‹ Nouveaux essais de critique et d'histoire (volume 2)Chapitre 33 sur 37 · Pallegoix · texte numérisé non relu

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des renaissances ; là est la pesanteur innée qui, selon son degré, nous précipite plus ou moins bas dans le lamentable gouffre de la vie. C'est pourquoi par la suppression radicale de cette attache nous pouvons rompre la barrière de la destinée universelle, échapper à la renaissance, atteindre la délivrance finale. On n'a jamais donné à l'homme une si haute place dans le monde ; selon les bouddhistes, la volonté est une puissance sans limites; il dépend de l'homme d'atteindre le sommet des choses, d'entrer dans le nirvana, de s'élever au-dessus des dieux.

Quel est-il ce ciel plus sublime, ce monde « sans couleur ni forme », où les Bouddhas accomplis résident, où la nature est vaincue, où la délivrance s'opère? Il a quatre régions : celle de l'espace sans limites, où la vie est de vingt mille grands kalpas; celle de la sagesse sans limites, où la vie est de quarante mille grands kalpas; celle où il n'y a plus absoluinent rien et où la vie dure soixante mille grands kalpas; celle où il n'y a plus ni pensée ni non-pensée et où la vie dure quatre-vingt mille grands kalpas : au delà s'étend le nirvana, le pur rien, l'extinction complète. Cette échelle de régions indique les progrès de l'épuration mystique. En effet, par degrés, la contemplation se simplifie et s'efface. Le religieux, concentrant sa pensée sur un seul point, arrive, après diverses haltes, à chasser de son esprit les idées « de résistance, de forme, de diversité », et à ne plus apercevoir que l'espace uni et sans bornes. Bientôt cet espace, si simplifié qu'il soit, disparait à son tour, et il n'en reste plus devant ses yeux que l'idée infinie, j'entends l'intelligence infinie. Celle-ci disparaît elle-même; alors il n'y a plus rien, absolu-

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nent rien devant les yeux, et le religieux s'arrête, ilncore un effort cependant; car il pourrait affirmer lu'il n'y a rien, et cette affirmation serait quelque 3hose. Il la supprime aussi. A cette hauteur, il n'y a plus de pensée ni de négation de pensée; a l'idée et la perception cessent *. » L'esprit a fait le vide en soi-même, comme au moyen d'une machine, effaçant tour à tour les objets divers, les idées diverses, tout objet, toute idée, jusqu'à ce que sa substance se soït évaporée, et que, sous cette absorption puissante, il se soit réduit à un pur néant. Là est le but, l'accomplissement, la perfection suprême. Sortir non seulement de la vie, mais de l'être, tel est le souverain bien. C'est à cela que les Bouddhas, à travers des millions d'existences, aspirent et arrivent par des sacrifices et des renoncements infinis, abandonnant ou donnant leurs biens, leur vie, leur chair, la chair et la vie de leurs plus proches bien-aimés, de leurs enfants, de leur femme. Pour concevoir une pareille doctrine, il faut renverser toutes nos habitudes occidentales, effacer toutes les couleurs sombres dont nous entourons l'idée du néant, ne plus considérer avec Pascal, comme deux misères égales, « l'horrible alternative d'être éternellement malheureux ou éternellement anéanti. » Cela est bon pour des races fortes, actives, âprement attachées à leurs projets, incessamment relevées par la salubrité ou la dureté de leurs climats, portées en avant par un souffle continu de courage et d'espérance. Ici, le point de départ pst la doctrine que le changement fait souffrir, que le désir est une source de douleurs, que la vie est un mal ; l'idée du bonheur

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