‹ Nouveaux essais de critique et d'histoireChapitre 6 sur 52 · KAI.ZAC · texte numérisé non relu

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autres de ragglomération systématique d'une infinité de causes. Ils existent par la présence simultanée et la concentration involontaire des idées, comme les autres par l'action simultanée et la concentration naturelle des causes. Ils agissent par Timpulsion indépendante et irréfléchie des idées composantes, comme les autres par l'efTort spontané et personnel des causes génératrices. Le personnage alors se détache de l'artiste, s'impose à lui, le mène, et l'intensité de l'hallucination est la source unique de la vérité. — Je crois que cette espèce d'esprit est le premier de tous. Il n'y en a pas qui rassemble plus de choses en moins d'espace. Telle action, tel mot de Vautrin, de Bixiou, de Grandet, de Hulot, de Mme Marneffe, exige et rappelle tous les traits de leur naturel et toutes les circonstances de leur vie ; vous y apercevez, en un éclair, les vérités les plus inattendues et les plus vastes, la psychologie des tempéraments, des sexes, des passions, l'homme entier et Ihumanité avec Ihomme ; ce sont des raccourcis d'abîmes. — J'en citerai plus tard de longues suites; en voici deux seulement; il s'agit de ce philosophe de bagne, sorte diago, moins méchant et plus dangereux que l'autre, qui a érigé la perversité en principe et la prêche avec toute la verve du génie et de la corruption. Il fait à Rastignac le budget d'un intrigant du grand monde : « Votre blanchissage vous coûtera mille francs; l'amour et l'église veulent de belles nappes sur leurs autels. » — Un peu après, l'avant presque embauché dans un assassinat, il va lui prendre la main. « Rastignac retira vivement la sienne et tomba

sur une chaise en pâlissant. Il croyait voir une mare de sang devant lui. — Ah ! nous avons encore quelques petits langes tachés de vertu, dit Vautrin à voix basse. Papa d'Oliban a trois millions, je sais sa fortune. La dot vous rendra blanc comme une robe de mariée, et à vos propres yeux. » Je ne crois pas que le cynisme et la misanthropie aient jamais inventé des mots plus poignants. — En voici un autre : Balthazar Claës, riche Flamand, devient chimiste, presque alchimiste, athée ; sa femme, un jour, pénètre dans son laboratoire, au milieu d'une expérience dangereuse ; il se jette sur elle, l'enlève comme une plume, atteint l'escalier parmi les éclats de verre brisé, et s'assied sur une marche, anéanti. « Ma chère, dit-il, je t'avais défendu de venir ici; les sainte Vont préservée de la mort. » Dans cette prostration, vous voyez que l'homme fait a disparu; les superstitions enfantines seules ont subsisté; il parle comme s'il avait douze ans. 11 y a en effet plusieurs exemples de commotions cérébrales qui, supprimant la connaissance des langues apprises, ne laissaient dans le souvenir que la langue nationale; les idées superposées s'écroulent; il ne reste que les vieux fondements. Apparemment, Balzac ici ne songeait guère à ce détail de pathologie; mais l'inspiration est une divination.

Vous avez vu parfois une lourde chenille aux pattes multipliées, aux dents infatigables, s'endormir et se transformer dans l'épais réseau qu'elle s'est tissé ; il en sort péniblement un papillon pesant, empêtré et nourri par les débris de sa chrysahde, et que ses ailes magni-

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figues et énormes emportent au plus haut de Tair. Tel est Balzac, soutenu et alourdi par la vigueur grossière de son tempérament, par l'entassement de sa science, et dont le génie ne se dégage qu"à force de patience, après mille retards, avec des imperfections visibles, par l'accumulation et le triomphe de la volonté.

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