‹ Nouveaux essais sur la peine de mortChapitre 12 sur 21 · OPINION DE MONTESQUIEU · texte numérisé non relu

OPINION DE MONTESQUIEU

i. «La peine de mort est tirée de la « nature de la chose , puisée dans la rai- « son et dans la source du bien et du mal.

2. «Un citoyen mérite la mort îors- « qu'il a violé la sûreté au point qu'il a ôté « la vie ou qu'il a entrepris de 1 ôter.

3. « Cette peine de mort est comme « le remède de la société malade. ( Esprit des lois, liv. 12, chap. 4«)

4- « Ce qui fait que la mort d'un crimi- « nel est une chose licite, c'est que la loi « qui le punit a été faite en sa faveur.

5. « Un meurtrier, par exemple, a joui « de la loi qui le condamne : elle lui a « conservé la vie à tous les instans ; il ne «peut donc réclamer contre elle. (Esprit des lois y liv. i5, chap. 2.

RÉPONSE

i. Si le meurtre est la nature de la chose dont parle l'auteur de l'Esprit des lois, on ne peut lui accorder que la peine de mort soit puisée dans la raison et dans les sources du bien. Le bien, relativement à toute peine , est dans la modération. Quant aux sources du mal , il faut les voir dans les pernicieux exemples de cruauté.

2. L'abus de ces mots : Un assassin mérite la mort, a fait périr injustement une partie du genre humain. Le grand meurtrier Syila promulgua les lois cornéliennes contre le meurtre. Il y a autant de démence à vouloir réparer un meurtre par un meurtre , qu'il y en aurait à brûler la maison d'un homme assez insensé pour avoir mis le feu dans celle de son voisin.

3. Ce n'est point la société, c'est un de ses membres qui est malade. Que

penser d'un remède qui tue, au lieu. de guérir, et que l'on a donné à tant de sages qui n'étaient point malades ?

4. Disons plutôt : Ce qui fait que la peine de mort est pernicieuse , c'est que des innocens ont été condamnés à perdre la vie, sous prétexte qu'ils étaient coupables. Montesquieu a beau prétendre que la loi qui les a punis avait été faite pour leur avantage : un tel sophisme ne peut justifier ni la loi meurtrière , ni les vengeances du pouvoir, ni les erreurs des tribunaux.

5. Avoir joui d'une loi qui tant de fois a indistinctement condamné des innocens et des coupables, qui cependant leur a conservé la vie à tous les instans , et ne pouvoir réclamer contre une loi dont l'abus est irréparable : voilà des idées tellement incohérentes, qu'il est difficile de se persuader qu'elles font partie du livre de l'Esprit des lois. Con-

&- 57 ^ cluons que des sophismes , quelque célèbre qu'en soit l'auteur, ne rendent point légitime la peine de mort , et qu'au jugement de la raison, indépendante des préjugés funestes , des coutumes atroces et de tout intérêt condamnable , un meurtre public , ordonné par des hommes réunis contre un seul homme sans défense, est un crime plus révoltant encore qu'un meurtre caché dont un scélérat s'est rendu coupable.

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