VICTIMES DES LOIS
Les lois de la terreur ont frappé des savans* : Je fais parler des morts pour sauver les vivans. ( L'auteur des nouveaux Essais.)
Agis IV , roi de Sparte. Je fus condamné à mort. Je n'avais aimé que la ■vertu. Mes amis pleuraient mon infortune. « Essuyez vos larmes , m'écriai-je ; « gardez-les pour ceux qui me font « mourir injustement. »
* La plupart des notices historiques ci-après regardent des hommes d'une grande érudition. On ne pourrait que trop multiplier de pareilles notices , puisque le nombre des innocens livrés aux bourreaux est effroyable ; mais on a cru que les alimens de la •sensibilité fatigueraient Tame s'ils -étaient prodigués.
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Arnaud de Bresse. Voici le grand crime qui me fit brûler vif à Rome , en 11 55. En qualité de moine, élève d'Abaiiard, j'avais prêché que « le règne de « Dieu et celui de ses ministres, n'étant « point de ce monde , le clergé ne doit « posséder aucun bien-fonds. »
Bailly. J'étais maire de la ville de Paris. En ma qualité de magistrat, je fis exécuter une loi odieuse, la loi martiale. Je m'y étais conformé. J'avais ordonné trois proclamations avant de faire tirer sur les séditieux du Champde-Mars, qui devint le lieu de mon supplice. En effet, je payai cher mon obéissance à la loi. De toutes les grandes victimes de la révolution, il n'en est aucune dont le martyre soit comparable à celui que j'ai souffert. On me fit porter, le 11 novembre 1791 , l'instrument de mon supplice et une torche ardente ; on me passa sur la figure le
drapeau rouge enflamme. On me couvrit de boue. Je fus l'objet de tous les outrages , de toutes les avanies que puisse imaginer une populace féroce.
Les plus cruels sarcasmes sortirent des bouches les plus viles. Et comme il tombait une pluie très-froide : Tu trembles, Baillj-, me dit-on , et tu es armé de la guillotine ! On me frappa sur la tête , sur cette tête que mes travaux avaient blanchie et qui inspirait le respect aux savans de l'Europe. Cependant des sauvages , voulant mettre le comble à tant d'horreurs , s'abreuvèrent de mon sang et dansèrent ensuite autour de l'échafaud où j'avais péri. Mon sort effroyable ne corrigea point tel ambitieux qui, en montant sur le trône, prouva que les mêmes causes ne sont pas toujours suivies des mêmes effets. On sait que, depuis ma mort , un ancien lieutenant de Barras devint empereur, quel-
que temps après avoir braqué le canon contre le peuple de Paris.
Barneveldt. J'avais acquis l'estime de la Hollande, ma patrie, et des puissances étrangères, dans les négociations politiques. Je suis l'un des fondateurs de la liberté de mon pays. Henri IV et la reine Elisabeth me rendirent justice.
J'avais voulu restreindre l'autorité de Maurice-d'Orange. Ce prince, pour se venger, me fit juger par vingt-six commissaires. Accusé d'avoir tenté de livrer ma patrie aux Espagnols, moi qui avais travaillé avec tant de zèle à les vaincre, je fus condamné en 1619 à être décapité.
Mes deux fils, Guillaume et René, formèrent le dessein de venger ma mort. La conspiration fut découverte, Guillaume se sauva ; René fut pris et condamné à mort. Sa mère demanda grâce pour lui à Maurice. « Il me paraît bien
& 63 -^ « étrange, dit ce prince, que vous fas- « siez pour votre fils ce que vous avez « refusé de faire pour votre mari ! » — « Je n'ai pas demandé grâce pour mon « mari, parce qu'il était innocent; je la « demande pour mon fils, parce qu'il « est coupable. »
Bellet. (Voyez L'herbette de Su- Charles. )
Bourg *. C'est en i55o, que je fus pendu et brûlé, à Paris, âgé de 38 ans. Pour accélérer mon supplice et celui de plusieurs calvinistes, le fanatisme, toujours fécond en impostures, m'avait accusé d'avoir pris part au crime des assassins du président Minart. Une accusation si révoltante ne fut suivie d'aucune preuve; mais les allégations et le soupçon suffisaient à des juges assez ignorans et cruels pour condam-
Ànne du.
ner à mort des hérétiques, c'est-à-dire des hommes le plus souvent de bonne foi, et dont les sentimens ne pouvaient être ceux du vulgaire.
J'étais conseiller au parlement et diacre. De longues études m'avaient rendu célèbre; j'avais les mœurs d'un magistrat intègre. Les calvinistes me comptent au nombre de leurs martyrs. Ma mort tragique, autant qu'injuste, fut la cause de la conspiration d'Amboise et des guerres les plus atroces.
I. Brillon-de-St.-Cyr. Nous fûmes condamnés à mort, dans le mois de juin 1794? moi, un de mes enfans, âgé de 14 ans , mon frère et MM, Bellet, Germain et Chauvereau. Le tribunal révolutionnaire nous fit augmenter le nombre des innocens qu'il assassinait en masse.
II. Brillon-de-St.-Cyr. J'avais i4 ans. J'étais en pension chez M. François.
**■ 65 *i J'allai voir mon père, détenu à la prison de la Bourbe. Arrivent deux çendarmes chargés d'amener un M. Brion , âgé de y 5 ans. Le concierge répond qu'il n'y a dans la prison aucun individu portant le nom de Brion ; mais qu'il y en avait qui portaient celui de Brilion. Les gendarmes ayant dit qu'il leur était égal d'amener Brilion ou Brion , s'emparent de moi et de mon frère avec qui j'étais venu. Alors, le tribunal révolutionnaire était divisé en deux chambres pour expédier plus vite. Mon frère aîné, traduit à la chambre présidée par Dumas, fait observer qu'il ne se nomme pas Brion, et que sa figure et ses traits ne sont pas ceux d'un homme de jo ans. Il fut mis en liberté. Son premier mouvement fut de venir me trouver dans la seconde chambre du tribunal où l'on me jugeait aussi à la place du vieillard ; mais l'arrêt de mort était prononcé f je fus exécuté.
Brunus. Ceux qui se disent les ministres d'un Dieu de bonté, s'étant acharnés à me persécuter, m'accusèrent d'avoir enseigné que la pratique de la vertu est le meilleur des cultes. Je fus brûlé vif à Rome, en 1600, et traité de blasphémateur avant et après ma mort tragique.
Calas. J'étais négociant à Toulouse, depuis 4° a"s. Je jouissais de la plus honorable réputation ; j'étais protestant. Je fus accusé d'avoir pendu mon fils Marc-Antoine, le i3 octobre 1761.
Un de mes fils avait embrassé la religion catholique ; je ne l'avais nullement contrarié. J'étais si éloigné de ce fanatisme cjui rompt les liens de la société, que je gardais chez moi, depuis trente ans, une servante catholique, à qui j'avais confié la première éducation de mes enfans.
Mon fils Marc-Antoine n'ayant pu
réussir dans ma profession , ni à se faire recevoir avocat, parce qu'il fallait des certificats de catholicité *, prit la criminelle résolution de terminer ses jours, confia son projet à un ami, et se fortifia dans ses idées par la lecture de plusieurs écrits sur le suicide. Ayant un jour perdu son argent au jeu, il exécuta ce jour-là même son noir projet. Un ami de ma famille, le jeune Lavaisse, âgé de 19 ans, et mon fils Pierre, étant descendus de chez moi quelques instants après Marc-Antoine , trouvèrent celui-ci en chemin ; pendu à une
* Cicéron , quoique païen , ne plaida-t-il pas avec quelques succès ? Ne sauva-t-il pas sa patrie ? Sully n'eut pas besoin de certificats de catholicité pour être le modèle des ministres. Quelque importante que soit la profession d'avocat, la charge de ministre ne l'est pas moins. Les certificats d'un catholique ne lui donnent ni le talent , ni la probité. Pourquoi doue les protestans ne pourraient-ils pas être les défenseurs de la veuve et de l'orphelin ?
poutre. Son habit était plié sur le comp* toir; sa chemise n'était point dérangée; ses cheveux étaient bien peignés ; il n'avait sur son corps aucune plaie, aucune meurtrissure.
Un fanatique s'écria que j'avais pendu mon fils Marc-Antoine. Ce cri fut répété ; il devint unanime. Les uns ajoutèrent que Marc-Antoine s'était proposé de faire abjuration de son culte; que sa famille et Lavaisse l'avaient étranglé; les autres prétendirent que c'était moi seul qui avais étranglé mon fils.
Bientôt on fut persuadé, dans toute la ville, que j'avais mieux aimé donner la mort à mon fils, que de le voir changer de religion.
David, capitoul de Toulouse, excite par les vociférations des fanatiques , et brûlant de se faire valoir par une prompte exécution, nous fit arrêter, moi et ma famille, la servante catholi-
<jue etLavaisse. Il ordonna de commencer contre nous tous la procédure nécessaire. On verra qu'elle fut contraire à* toutes les lois.
Treize juges s'assemblèrent chaque jour afin de terminer bientôt la plus grave des affaires criminelles. Huit voix contre cinq me firent condamner à la roue. Il avait paru impossible à cinq juges qu'un vieillard de 68 ans, qui avait les jambes faibles et enflées , eut seul étranglé un fils âgé de 29 ans, et d'une force peu commune.
Le motif de l'arrêt n'était pas plus concevable que la condamnation. Les juges qui avaient opiné pour le supplice voulurent persuader aux autres que je ne manquerais pas d'avouer, sous les coups du bourreau , mon crime et celui de mes complices. Cependant je mourus sur la roue, le 9 mars 1762, en prenant Dieu à témoin de mon in-
nocence , et en le conjurant de pardonner à mes juges.
Par un second arrêt contradictoire avec le premier, mon fils Pierre, \e jeune Lavaisse et la servante furent mis en liberté. Un des conseillers fit sentir que les auteurs d'un tel arrêt se condamnaient eux-mêmes ; que les accusés avaient toujours été ensemble dans le tems qu'on supposait le parricide, et que leur mise hors de cause prouvait invinciblement l'innocence du père de famille qu'ils avaient fait exécuter.
On s'éleva fortement après ma mort contre la plus illégale des procédures ; et le samedi, 9 mars 1760, quarantedeux juges assemblés cassèrent le premier arrêt d'une voix unanime ; je fus déclaré innocent ; ma famille fut solennellement réhabilitée ; mais aucun arrêt n'a jamais pu sécher les larmes ni de ma veuve ni de mes enfans ; et au-
cune loi ne prévient, par l'abolition des peines irréparables, les nouvelles erreurs des tribunaux.
Charles I *. Je naquis en 1 600. Je succédai à Jacques I, mon père, en 1625.
J'épousai, la même année, Henriette de France , fille de Henri IV. Mon règne commença par des mécontentemens et fut terminé par un attentat sur ma personne. La faveur de Buckingham, l'expédition malheureuse à la Rochelle , les conseils violens de Guillaume Laud, archevêque de Cantorbéri, produisirent les plus grands murmures.
Les Ecossais armèrent contre moi. Le feu de la guerre civile éclata de toute part. Un traité ayant pour objet la fin des troubles fut conclu; mais il était équivoque. Je congédiai mon armée.
Les Ecossais , soutenus secrètement par
* Roi d'Angleterre, d'Ecosse et cPïrlatndè.
&> 72 <M Richelieu, feignirent de renvoyer leurs troupes, et les augmentèrent. Trompé par mes sujets infidèles , je me vois forcé à de nouveaux préparatifs de guerre ; j'assemble les pairs du royaume ; je convoque le parlement ; je ne trouve partout que des factieux. Le comte de Stafford était mon unique soutien. On m'accuse d'avoir voulu détruire la réformation de la liberté. Sous ce prétexte, on m'intente un procès , et je suis condamné à mort. Forcé de signer ma condamnation, j'assemble un nouveau parlement. On y décida qu'il faudrait le concours des deux chambres pour la cassation. La sentence de mort ne fut pas exécutée ; mais deux ans après , je fus expulsé de Londres. La monarchie anglaise fut alors renversée avec moi.
En vain je livrai plusieurs batailles aux parlementaires. La perte de celle de Nazerbi, en i6'45, fut décisive. Déses-
péré, j'allai me jeter dans les bras de l'armée d'Ecosse, qui me livra au parlement anglais. Je lus informé de cette lâcheté. Je m'écriai que J'aimais mieux être- avec ceux qui 111 avaient acheté quavec ceux qui m'avaient vendu. La chambre des communes établit un comité de dix-huit membres , pour dresser contre moi des accusations judiciaires. On me condamna bientôt à périr sur Dechafaud. J'eus la tête tranchée le 9 février 1649, dans la 49e année de mon âge, et la 2 5e de mon règne. La chambre des pairs fut supprimée; le serment de suprématie et de fidélité fut aboli, et tout le pouvoir remis entre les mains du peuple qui venait de tremper ses mains dans mon sang. Cromwell, principal auteur de ma mort, ayant été déclaré général perpétuel des troupes de l'état, régna despotiquement, sous le titre lie protecteur.
Ma contenance dans les revers et dans le supplice étonna mes ennemis.
Les plus envenimés ne purent s'empêcher de dire que fêtais mort avec plus de grandeur que je ri avais vécu, et que je prouvais ce qu'on avait dit des Stuarts : « Qu'ils soutenaient le malheur mieux « que la prospérité. »
On m'honore aujourd'hui comme un martyr de la religion anglicane. Le jput de ma mort est célébré par une* abstinence générale , connue sous le nom de jeûne expiatoire.
On a dit de moi : « Charles fut bon « maître, bon ami, bon père, bon époux; « mais il fut mal conseillé. »
Chauvereau. ( Voyez Lherbette de- St.-Charles. )
Concini. Je naquis en Toscane , et fus amené en France , en 1600 , par Marie de Médicis. J'eus pour femme Léonore Galigaï , fille de la nourrice de la
reine. Je devins maréchal de France, sans avoir, a-t-on dit, jamais tiré Pépée, et ministre sans connaître les lois du royaume. Louis XIII, qui se laissait gouverner par son favori de Luynes , fit arrêter le maréchal d 'Ancre; c'est le nom sous lequel jetais connu.
Vitry me demanda mon épée , de la part du roi ; et sur mon refus, il me fit tuer à coups de pistolet, sur le pontlevis du Louvre, le 24 avril 1617.
D'abord enterré, je fus ensuite exhumé par ceux des fanatiques dont la religion n'était pas la mienne. Mon cadavre fut traîné dans les rues , et coupé en mille morceaux. Un scélérat m'arracha le cœur „ le fit cuire sur des charbons, et le mangea publiquement.
N. B. Aucun tribunal n'ayant condamné à mort le maréchal d'Ancre, on ne peut convenir, rigoureusement parlant, que celui-ci fasse partie des inno-
^ 76 <M ce/zs condamnés ou -victimes des lois ; mais son article , quoique hors-d'œuvre, en quelque aorte , a paru devoir se trouver parmi les notices où Ion a classé l'article Galigaï.
Dolet. Je n'avais jamais fait brûler des hommes en l'honneur du bon Dieu.
Les disciples de Jésus ne furent pas satisfaits de mes principes d'humanité.
Ce sont eux qui furent mes délateurs; et bientôt , les magistrats , obéissant aux perturbateurs de tous les peuples, me firent brûler vif à Paris, place Haubert, le 3 août i546\
Efendï, Des fanatiques turcs, mes compatriotes , m'accusèrent d'avoir refusé ma vénération à Mahomet. Je fus exécuté à Constantinople. J'avais dit en mourant : « Mon supplice ne prouve pas « qu'un ami de la raison et de la vérité « meure coupable. »
Galigaï. * Je fus accusée de sorcellerie. Je répondis au juge qui me demandait quels charmes f avais employés pour ensorceler la reine Marie de Médias ** :
« Mon sortilège a été le pouvoir que « les âmes fortes ont sur les esprits fai- « blés. »
Je fus condamnée et brûlée comme sorcière.
Germain. (Voyez Lherbette- de- Saint-* Charles. ~\
Grandier. J'étais chanoine et curé de Loudun. L'éloquence fut ma grande passion. Mes succès excitèrent l'envie des congrégations religieuses , dont l'influence a- toujours été funeste. J'étais directeur des Ursulines. On m'accusa devant l'official de Poitiers de crimes d'impureté. Je fus privé de mes béné-
* Épouse de Concini , maréchal d'Ancre. Ll ** Épouse de Henri IV.
&> 78 «s fices en 1629, et renfermé dans un séminaire. J'en appelai comme d'abus, je gagnai ma cause; le présidial de Poitiers me déclara innocent.
Trois ans après ma mise en liberté , mes ennemis , les ecclésiastiques , me suscitèrent une affaire bien plus funeste que celle dont je viens de parler. Le bruit se répandit parmi le peuple de Loudun que les Ursulines étaient possédées par les démons, et que j'étais sorcier. On imputait alors le crime de magie aux hommes les plus recommandables que le fanatisme voulait perdre.
Mon supplice fut la plus douce espérance des moines et de leurs dupes. Le fameux père Joseph , capucin , confesseur de Richelieu, fit entendre à ce cardinal-ministre que j'étais l'auteur de la satire intitulée la Cordonnière, Le cruel Armand, plus sensible aux libelles qu'il n'aurait dû l'être 5 saisit l'occasion de se
t* 79 ** défaire de moi. Laubardemont, créature du ministre despote et sanguinaire, chargea douze juges fanatiques de m'intenîer un procès criminel. On me fit souffrir la torture. On entendit les dépositions du diable Astaroth , de Nepthalim et de dix autres diables. Suivant les juges et le petit peuple, de pareilles dépositions ne pouvaient être suspectes.
Je fus condamné à être brûlé vif, comme coupable du crime de magie.
La sentence fut exécutée en i634- Le courage avec lequel j'endurai le supplice fut attribué à la sorcellerie. Pendant que j'étais sur le bûcher, on aperçut une grosse mouche qui volait au-dessus de ma tête. Un moine, présent à l'exécution , et qui avait ouï dire que Belzébut , en hébreu , signifie dieu des mouches, s'écria que c'était le diable Belzébut qui volait autour de moi pour emporter mon ame aux enfers.
Il est facile d'expliquer comment une vingtaine de religieuses avaient pu se croire possédées. Ma figure avait fair impression sur les béates ; mais honteuses de leur faiblesse , elles aimèrent mieux mettre en scène les diables , que de découvrir certains mouvemens inspirés par la présence d'un homme. Je n'avais satisfait ni même deviné leur passion. Leur dépit ne pouvait donc m'être favorable auprès de mes juges, instrumens du fanatisme des moines et des vengeances de Richelieu.
Gruet. Je fus décapité à Genève, en i549- ^e m'étais prononcé contre Calvin et contre tous les propagateurs du mensonge qui vendent les fables les plus absurdes à la stupide crédulité.
Hus. On ne craignit pas de me condamner à être brûlé vif, quoique j'eusse beaucoup de partisans. Je fus exécuté dans le quinzième siècle, à Constance
en Suisse. De mes cendres sortit une guerre civile. Mes quarante mille sectateurs inondèrent de sang la Bohème.
Tous les prêtres qu'ils rencontraient payaient de leur tête l'atroce stupidité des magistrats de Constance.
Lesurques. Je fus accusé d'avoir assassiné le courrier de Lyon. La ressemblance de mes cheveux blonds avec la perruque blonde du véritable assassin fut la cause de mon malheur. Condamné à mort par le tribunal criminel du département de la Seine, je fus exécuté le 3o octobre 1796. Après avoir entendu l'arrêt fatal, mon ame fut saisie d'effroi et de douleur , d'étonnement et d'indignation. Une pâleur mortelle se répandit sur mon visage. Mais recueillant bientôt toutes mes forces , j'élevai la voix :
«Sans doute, m'écriai-je , le crime « dont on m'accuse est horrible ; mais
« s'il est affreux d'assassiner sur une « grande route, il ne Test pas moins « d'abuser de la loi pour frapper uh « innocent. Le moment viendra où mon « innocence sera reconnue , et c'est « alors que mon sang rejaillira sur la « tête des jurés qui m'ont trop léger e- « ment condamné , et sur celle du juge « qui les a influencés. »
Peu d'instans après ces plaintes amères, j'écrivis les deux lettres que je dois rappeler aux législateurs et aux magistrats :