SECONDE LETTRE
Près de sortir de la conciergerie du Palais-de-Justice7 j'écrivis à Dubosq , à la place duquel j'allais périr, et je conjurai mes ju^es de faire insérer cette lettre dans les journaux :
« Vous , au lieu duquel je vais mourir,
« contentez-vous du sacrifice de ma vie. « Si jamais nous êtes traduit en justice, « souvenez-vous de mes trois enfans « couverts d'opprobre , de leur mère au « désespoir, et ne prolongez pas tant «. d'infortunes causées par la plus fu- « neste ressemblance. »
Je demandai à aller au supplice avec des vêtemens blancs ; je montai avec calme dans la fatale voiture, et je,' m'assis auprès de Courriol, qui, toujours fidèle à sa conscience, ne cessa, sur toute la route, et jusqu'au pied de l'éehafaud, de s'écrier : je suis coupable , mais Lesurques est innocent.
Lherbette de St-Ch arles. M. Brillon de St-Cyr était détenu à la prison de la Bourbe. Avant son arrestation, il avait enterré douze mille francs en or, dans sa cave, à Paris, rue de Berry, au Marais.
Une loi postérieure à son emprison-
N> 85 -^ nement déclara que tous les tre'sors enfouis appartenaient à la république, et que le propriétaire d'un trésor serait regardé comme voleur de deniers publics , s'il le déterrait. Sur ces entrefaites , M. grillon de St-Cyr m'écrivit pour me prier de transporter les douze mille francs et de les mettre en lieu de sûreté. Je crus devoir remplir ses intentions.
Je me fis accompagner de MM. Germain et Bellet, parens et amis intimes de M. Brillon. Nous emportâmes la somme, M. Bellet en fut le dépositaire. Celui-ci la remit à sa mère, à Soisy-sous- Etioles.
Deux ou trois mois s'étaient écoulés lorsqu'une visite fut faite dans la cave de M. Brillon , par des membres du comité révolutionnaire qui avaient compté y trouver du salpêtre. Ils y trouvèrent malheureusement sur l'escalier la feuille de plomb qui avait renfermé les douze
^nilie francs, et que nous n'avions pas eu la précaution d'emporter.
Le portier Fut interrogé sur les personnes qui venaient dans la maison. Il indiqua MM. Germain, Bellet, Lherbette et Chauvereau. Observoft que ce dernier n'était venu que cette seule fois chez M. Brillon pour rendre compte à M. Germain d'une commission.
Revenons à la somme dont M. Chauvereau n'avait pas connaissance. On nous accusa de l'avoir envoyée à des émigrés, quoique d'après nos renseignemens le tribunal s'en fut emparé à Soisy-sous- Etioles, avant même le jugement qui fut rendu contre nous. Le croira-t-on sans étonnement ? nous fumes tous ensemble condamnés à mort.
Liszinski. J'avais trouvé moins de clarté , moins d'évidence dans les définitions relatives à Dieu, que dans cette proposition : 2 x 2=4. Fléchier a très-
bien exprimé ma pensée dans ce vers :
Pour savoir ce qu'il est, il faut être lui-même.
Plus heureux que moi, l'évêque de Nîmes n'a pas été condamné à mort.
Je fus décapité , comme impie , et brûlé àGrodno, le 3o mars 1689.
Louis XVI. Mon supplice n'est que trop célèbre. Je ne puis le reprocher ni à la presque moitié de la Convention nationale *, ni à l'immense majorité des citoyens français.
J'ai dû pardonner à mes ennemis. Je me suis acquitté, dans mon testament, de ce devoir sacré , imposé par la religion à toute ame qui place la générosité au-dessus de la vengeance.
* Nous allons citer quelques-unes des paroles prononcées à la tribune nationale, avant la condamnation d'un prince infortuné dont la mort fut suivie de guerres civiles et du règne de la sanglante anar» chie ;
i. La soif de la vengeance et du sang n'est que dans les individus et les factions /jamais dans une grande nation prise en masse, surtout lorsquelle est victorieuse. La peine de mort est absurde, barbare, propre à rendre les mœurs féroces, et une des grandes causes des maux dont gémit la société. Bancal.
i. N'est-il pas tems que le sang français cesse de couler ? Bonguyode.
3. Je crois qu'il suffit d'enlever au condamné les moyens de nuire. Cappin.
4. Je ne crois pas la mort nécessaire an salut du peuple français. Casablanca.
5. Toute différence de peine pour les mêmes crimes est un attentat contre l'égalité. La peine contre les conspirateurs est la mort ; mais cette peine est contre mes principes, je ne la voterai jamais.
Condorcet.
6. Il me paraît malheureux que les hommes qui font les lois puissent ordonner la mort d'un homme.
Creuzé-Latoache,
7. Je suis intimement convaincu que la gloire du peuple français est inséparable de ses intérêts ; et je ne crois pas qu'ils lui permettent de frapper un ennemi vaincu. Cussy.
8. Je ne pense pas qu'un homme ait le droit d'ôter la vie à son semblable. Defermon.
9. Il n'entrera jamais dans mes principes de voter la peine de mort contre mon semblable. Dufestel.
10. Il y a long-tems que j'ai manifesté mon vœu le plus positif pour la suppression de la peine de mort. Dufriche- Valazé.
1 1. Je crois qu'on peut être très-bon patriote sans tuer son ennemi par terre. Dusaulx.