Ma conscience me défend de voter la peine de mort. Fay
1 3. La mort du coupable ne peut réparer le crime commis. Fourny.
14. La peine de mort m'a toujours semblé immorale et contraire à son but. Garran Coulon.
1 5. Jamais la liberté d'un peuple n'a dépendu de la mort d'un bomme , mais bien de l'opinion publique et de la volonté d'être libre. Grangeneuve.
16. Je voudrais voir effacer la mort du Code pénal. Gujomond.
17. Il est contraire à mes principes de prononcer la peine de mort. Jard Panvillïer.
1 8. La peine de mort est contraire à mes principes.
Tour dan.
19. Si j'étais juge, je voterais par clémence, et non par haine : car c'est ainsi seulement que j'espère-
£sv9° ***
rais d'être le véritable interprète d'une nation généreuse. Comme législateur, l'idée d'une nation qui se venge ne peut entrer dans mon esprit ; l'inégalité d'une telle lutte le révolte. Kersaint.
20. Le peuple n'a pas le droit d'égorger un prisonnier vaincu. Lanjuïnais.
2r. La nature a mis dans mon cœur une invincible horreur pour l'effusion du sang. Je pense que l'homme n'a pas le droit de condamner l'homme à la mort. Lepage.
22. Des lois de sang ne sont pas plus dans les mœurs que dans les principes d'une république. La peine de mort était à supprimer le jour même où une autre puissance que la loi l'a fait subir dans les prisons. Le droit de mort n'appartient qu'à la nature. Le despotisme le lui avait pris ; la liberté le lui. rendra. Manuel.
2 3. Cette peine barbare ne devrait plus souilles notre Coàe.Marquis.
24. La vengeance la plus utile à la république que l'on puisse tirer du sang versé , est d'en prévenir une nouvelle effusion. RabauUPommier.
25. Je veux donner à ma nation, non la férocité du tigre qui déchire, mais le courage du lion qui méprise. Rabaut-St. -Etienne .
26. Je partage l'opinion de ceux qui pensent que la peine de mort doit être effacée de notre Code pénal. Real.
27. Je suis convaincu que la peine de mort, infligée à un criminel quelconque, est absolument contraire à la nature et à la raison ; je suis convaincu que la stabilité d'une république bien fondée ne dépend ni de la vie ni de la mort d'un individu; que tuer un tyran a toujours été la dernière ressource de la tyrannie. Villar.
28. Serait-il vrai que la tête d'un seul homme, abattu ou conservé , pût changer la destinée d'un empire? V Mette.
Lydiens. ( Cest un Lydien qui parle.) Une grande sécheresse désolait la Lydie. Noxus , roi de ce pays , voulant apaiser les dieux , résolut de détruire la ville de Crabus , dont mes concitoyens passaient pour athées. Nous fûmes attaqués. Notre défense devint inutile ; la place fut prise d'assaut. Ceux qui l'avaient défendue furent noyés dans un lac voisin de la ville.
Macédoniens. ( Cest un habitant de
&> 92 -^ Thessalonique , capitale de la Macédoine , t/H* s'exprime ainsi:)
3Nous fûmes passés au fil de l'épée, en 390, par ordre de Théodose, dix ans après que cet empereur eut embrassé le christianisme, et que, par une loi, il eut commandé à tous ses sujets de reconnaître le père, le fils et le saintesprit comme un seul Dieu en trois personnes. C'est une telle loi qui valut à Théodose le surnom de grand : il serait peu raisonnable de croire qu'il l'eût obtenu en ordonnant le massacre de plus de sept mille victimes de sa cruauté.
Malesherbes *. Je naquis à Paris, le 16 décembre 1721. Je fus successivement substitut du procureur-général, conseiller au parlement, et président à la cour des Aides. Je remplis vingt-cinq ans les fonctions de cette dernière place à laquelle j'avais été nommé en i^ôo.
* Lamoignon de.
Je m'opposai fortement à la création des impôts et à celle des tribunaux d'exception, pour fait de contrebande.
« Personne, disais -je là dessus au Roi, « n'est assez grand pour braver le res- « sentiment d'un ministre, ni assez petit « pour échapper à celui d'un commis. » Je fus nommé ministre d'état. Je visitai les prisons et j'en fis sortir les détenus par actes arbitraires. J'y établis des filatures de coton et des métiers. J'avais fait du bien, je fus exilé de la cour, où je m'étais regardé comme une plante étrangère. Je voyageai, sous le nom de M. Guillaume, en France, en Suisse et en Hollande. Pientré en France, je vécus dans une de mes terres jusqu'à l'époque où j'écrivis au président delà Convention nationale, que je demandais à défendre celui dont la confiance m'avait autrefois appelé au conseil d'état. Je fus introduit au Tem-
> 94 ^ pie le i4 décembre 1792, auprès de Louis XVI. Ce prince courut à ma rencontre, et me serra dans ses bras.
Après avoir concouru à sa défense avec un entier dévoûment, j'eus le courage de lui annoncer le décret qui le condamnait à mort. « Je m'y étais attendu , « répondit Louis avec calme. Au nom « de Dieu, mon cher Malesherbes , ne « pleurez pas. Nous nous verrons dans « un monde plus heureux que celui-ci. » Bientôt, en effet , je suivis le prince infortuné. Je fus conduit aux Madelonettes, et ensuite à Port-Royal. Arrivé dans cette dernière maisou d'arrêt, j'y fus reconnu par un père de famille qui avait occupé une place dans mes bureaux. « Eh quoi ! me dit-il , est-ce bien « vous, monsieur, que je vois? — Oui, « mon cher, je deviens mauvais sujet « sur la fin de mes jours , et je me fais « mettre en prison. » On ne tarda pas à
£*> 95 ^ me condamner à mort avec deux de mes enfans. Je traversais la cour de la conciergerie du palais de justice pour monter sur le fatal tombereau, lorsque je me heurtai contre une pierre. « Oh! oh! « m écïiai-je, voilà un mauvais présage: « à ma place , un Romain serait rentré. » La sérénité du courage m'accompagna sur l'échafaud où mes enfans furent décapités avant moi.
On m'a élevé un monument dans le même palais de justice où je fus condamné à mort.
Montmorency *. En 162 5, je battis la flotte des calvinistes , près de l'île de Rhé , et repris cette île dont ils s'étaient rendus maîtres. Le gouvernement de ma conquête ne me fut point accordé.
Richelieu le fit donner à M. de Toiras.
* Henri II , duc de Montmorency , pair et amiral de France , né le 3o avril 179a , décapité dans l'hôlet-de-ville de Toulouse, le 3o octobre 1632.
N> 96 ^ Loin de témoigner le moindre mécontentement à mon rival , je lui abandonnai pour plus de cent mille écus de munitions qui m'appartenaient comme amiral. On me représenta que mon sacrifice était trop considérable. Ma réponse fut : « Je ne suis pas venu pour « gagner du bien, mais pour acquérir « de la gloire. »
Lorsqu'en 1626, on parlait du siège de la Rochelle, ville qui était le boulevart du calvinisme , fatigué des longueurs qu'on apportait à l'expédition, j'allai trouver le chancelier d'Aligre.
Je lui déclarai que si le roi voulait me donner le commandement d'une armée de terre avec celui de la flotte, je m'engageais à prendre la Rochelle en peu de tems. « Qu'on ne me parle pas de « l'épuisement des finances ; j'offre de « faire toutes les avances de l'entreprise. « Si je ne réussis pas, je serai puni par
^•97 ^ « la perte de mon bien et de ma réputation; si la fortune couronne mon « zèle, l'honneur d avoir servi l'état me « tiendra lieu de récompense. » Le chancelier, la cour et les ministres admirèrent mon dévouement; mais le cardinal de Richelieu se réservait la gloire de conquérir lui-même la Rochelle. Il se réservait aussi le plaisir de faire tomber ma tête. Il persuada au roi, après l'affaire de Castelnaudari, que j'étais coupable de lèse-majesté, qu'il ne fallait pas avoir égard à mes actions toujours honorables avant que j'eusse embrassé le parti de Gaston, duc d'Orléans, frère de Louis XIII, et qu'il était indispensable de donner un exemple qui épouvantât les grands.
Toute la France et les puissances étrangères s'intéressèrent à mon sort, mais inutilement. Hai-du-Châtelet, maître des requêtes, quoique dévoué au
cardinal , ne put dissimuler sa tristesse. Le roi lui dit : « Je pense que vous vou- « driez avoir perdu un bras , et sauver « M. de Montmorency. » — « Je voudrais « les avoir perdus tous les deux , sire , « s'écria-t-il en pleurant 3 et vous en « avoir sauvé un qui vous a gagné , et « qui vous gagnerait encore des batailles.»
Quels que fussent les sentimens de Louis XIII, la volonté suprême du ministre-cardinal l'emporta sur toutes les considérations : je fus décapité.
Mortjs *. C'est en récompense de mes services, en qualité d'ambassadeur, que Henri VIII me nomma chancelier; et c'est à l'occasion du refus que je fis à ce prince cruel de le regarder comme chef suprême de l'église, qu'il me fit trancher la tête. Je disais des c'asuistes qu'ils semblent s'attacher, non pas à ,
* Thomas M. , chancelier d'Angleterre , né vers Van 1483, mort en 1 534, auteur de Y Utopie.
^99 «^ garantir les Jiommes du péché, mais à leur apprendre jusqu'où l'on peut approcher du péché sans pécher: Quàm propè ad peccatum liceat accedere sine peccato.
Noël. Je n'avais pas prostitué mon adoration. Je n'avais adoré que le Dieu de l'univers. Des prêtres m'accusèrent d'irréligion, d'impiété, d'athéisme, et me firent brûler dans la ville de Metz. Puisse la postérité connaître la perfidie de ceux qui me font périr avec autant de cruauté que d'injustice !
Phocion. Les Athéniens me chargèrent quarante-cinq fois du gouvernement de la république. J'étais trop austère pour plaire long-tems à un peuple frivole. Après la conquête du port de Pirée, on m'accusa de trahison. Un arrêt de mort fut le prix de mes services. Un ami vint me trouver dans mon cachot, et me dit en pleurant : « Oh ! mon
$s> IOO -«3
« cher Phocion . que vous, souffrez là « un traitement injuste ! — Oui; je de- « vais m'y attendre : c'est le sort qu'ont « éprouvé les plus illustres citoyens « d'Athènes. »
Priscillien. Nous fumes condamnés à mort, moi et mes nombreux disciples, sans avoir fait aucun tort à la société, Nous eûmes pour ennemis deux évêques. Le témoignage que je vais citer en notre faveur n'est pas suspect.
Saint Martin de Tours s' exprima ainsi:
<i L'accusation intentée contre tant « d'infortunés est souverainement in- « juste : formée par les deux évêques « Ithace et Ipace , elle ne peut que dés- « honorer l'épiscopat. »
Prodicus. Disciple de Protagoras, et maître d'Euripide , de Socrate, de Théramène et dlsocrate , j'ai fait parler, dans un dialogue, la vertu et la volupté qui, épuisant leur éloquence, aspiraient
fc£> IOI <K$
Tune et l'autre à la possession du cœur d'Hercule , alors adolescent. J'ai fait triompher la vertu pour illustrer le jeune héros. Les prêtres d'Athènes m'ont accusé cependant d'être le corrupteur de la jeunesse, et m'ont fait condamner à boire la ciguë.
Puccius. Je fus brûlé à Rome, pour avoir dit que V homme de bien serait sauvée quelle quejût sa religion,
Ristvik. D'après l'impulsion de ma conscience , et sans avoir été salarié par l'état, j'avais affirmé que la morale universelle est préférable à toute morale particulière, modifiée par des prêtres.
Ceux-ci ne manquèrent pas de prouver l'excellence de leur doctrine en me faisant brûler à La Haye, en i5i2.
Servet. Je naquis à Villeneuve- en- Aragon , l'an i5oc;. La médecine fut ma profession. J'avais adressé à Calvin des questions embarrassantes sur des mys-
tères de religion. La réponse à mes cloutes fut une sentence que mon ennemi avait sollicitée. Je fus brûlé vif à Genève, en i553.
Socra.te. Des prêtres athéniens * furent mes accusateurs, et me firent condamner à boire la ciguë. « Quoi ! tu « es innocent, me dit Xantippe mon « épouse , et. tu meurs au nom des lois ! » — «Voudrais-tu donc que je fuss^ court pable ? »
Sorantjs. Je fis mes délices de la poésie latine. Je vécus sous le règne de Jules César. Je fus condamné à mort par des juges ignorans. Mon opinion sur la divinité avait paru criminelle.
J'avais dit :
Jupiter omnipotens , regum rex, ipse deusque , Progenitor genitrixque deûm, deus unus et omnis.
Théodore de Cyrène. Je fus disci-
* Xantus , Mélitus et Anilus.
£s> io3 -x$
pie d'Aristippe. J'enseignai que les amis de la vérité eurent souvent pour accusateurs les ministres des autels. Mon sort prouva ce que j'avais dit: je fus condamné à m'empoisonner.
Thou *. Le secret d'une conspiration contre le cardinal de Richelieu, funeste secret que m'avait confié Henri d'Effiat, marquis de Cinq-M ars , fut la cause de mon supplice. J'eus la tête tranchée, à Lyon, en 1642, âgé de 35 ans.
On pleura généralement un homme qui périssait pour n'avoir pas été le délateur de son ami.
Richelieu avait saisi l'occasion d'exercer son insatiable vengeance sur le fils de l'historien qui avait dit d'un grand oncle du cardinal, en parlant de la conjuration d'Amboise , en 1760 : Antonius Plessiacus-Richellius 9 vulgb dictus monachus , quod eam vitam professus fitis-
* François-Auguste de.
set, dein vero ejurato, omni licentiâ ac libidinis génère contaminas s et.
Le ministre vindicatif sélant rappelé ces mots, s'écria: «De Thou, le père, « a mis mon nom dans son histoire ; je * mettrai le fils dans la mienne ; » et méprisant le jugement de la postérité, autant que la haine de ses contemporains, I il ne roula dans son cœur que l'adage des tyrans: O devint dinn metuant.
Trumeau. Je fus mis à mort à Paris, en i8o3, le vendredi saint» J'avais été accusé d'avoir empoisonné mes deux filles. J'eus beau affirmer, assurer, que j'étais innocent, et le protester devant les jurés, devant les juges, sur le fatal tombereau et surl'échafaud : je fus exécuté. Le sang de Lesurques n'avait pas étanché la soif des accusateurs , des jurés et des juges; il fallut une nouvelle victime , et je fus immolé sept ans après l'infortuné à qui l'assassinat du courrier
de Lyon avait été imputé. Ma mort n'apaisa point mes ennemis. Un libelle fut vendu à grands cris dans les rues. Plus mon innocence était évidente, plus on me chargea de crimes. Tous les marchands d'actes d'accusation et d'arrêts de mort furent mis sur pied pour me noircir par leurs révoltantes vociférations ; mais la vérité a percé enfin le nuage : le nom d'Augustin Trumeau a été ajouté à la très-longue liste des innocens condamnés à mort.
Vàkini. Des théologiens me firent couper la langue, pour m'empêcher de rendre à la vérité mon dernier hommage, sur le bûcher où je fus dévoré par les flammes. J'avais 34 ans. Mon supplice, à Toulouse, le 19 février 1619, pénétra d'indignation les gens de bien.
Qu'avais-je fait? j'avais composé, entre autres ouvrages, mon livre ayant pour titre : De admirandis naturœ , reginœ
deœque mortalium , arcanis. On trouva plus facile de me brûler que de me réfuter. Un biographe et la foule des copistes m'ont gratiné du nom de scélérat: c'est ainsi que sont qualifiées les victimes des lois.