Qui veut conserver sa vie aux
« dépens des autres, doit la donner aussi « quand il le faut.
y. « Or, le citoyen n'est plus juge du « péril auquel la loi veut qu'il s'expose ; « et quand le prince lui a dit: il est ex- «pédient à l'état que tu meures , il doit « mourir.
8. « C'est pour n'être pas la victime « d'un assassin, que l'on consent à mou- « rir, si on le devient.
g. « Dans ce traité , loin de disposer « de sa vie, on ne songe qu'à la garan- « tir; et il n'est pas à présumer qu'un « des contractans prémédite alors de se « faire pendre.
10. « D'ailleurs, tout malfaiteur, attaquant le droit social, devient par « ses forfaits rebelle et traître à la pa- «trie; il cesse d'en être membre, en « violant ses lois ; il lui fait la guerre.
11. «Quand on fait mourir le cou- « pable, c'est moins comme citoyen que « comme ennemi.
1 2. « Un tel ennemi n'est pas une
<( personne morale , c'est un Homme , et
« c'est alors que le droit de la guerre
« est de tuer le vaincu. ( Contrat social,
lîv.III, ch. 5.)
RÉPONSE
i. Si l'homme peut choisir entre différens risques pour conserver sa vie, il ne doit pas courir le pire de tous.
2. Ce n'est pas dans un danger imminent que la société aurait pu se rendre contractante ; elle a eu le tems d'éviter le saut périlleux.
3. De ce qu'un ambitieux brave la tempête, s'ensuit-il que tous les membres d'une association doivent s'embarquer? Caton regardait comme une de ses grandes fautes celle de s'être confié à la mer.
4. Détruire les contractans, est-ce les conserver? La sûreté de tous n'est point dans le danger que chacun court
de subir le sort de Calas, de Malesherbes, de Thomas Morus ou de Barneveldt.
5. Ne faut -il pas opter entre les moyens, les risques et les pertes ?
6. Le droit de représailles , pour être si commun , n'en est pas plus légitime. J'ajoute que la volonté de conserver sa vie aux dépens oVes autres n'est point la volonté générale , et que la volonté de quelques méchans ne doit pas compromettre la sûreté publique.
7. Ce n'est pas le plus humble des esclaves, c'est le plus fier des citoyens, le citoyen de Genève qui nous enseigne à mourir, lorsqu'un Caligula veut nous égorger. Mais Rousseau ne sort-il pas de la question? Nous n'en sommes point à l'exécution du pacte social; nous en sommes à l'établissement de ce pacte. Il s'agit d'un contractant, et non de celui qui est déjà lié en vertu d'un contrat.
Rousseau confond un contrat, qu'il suppose fait avec un contrat qui jamais ne fut accepté.
8. Le consentement dont parle Rousseau est illusoire. Tout accusé d'assassinat n'étant pas un assassin , et pouvant être regardé comme tel , la société doit empêcher la mort d'un innocent , au lieu d'y consentir. «Le consentement dont il s'agit supposerait l'infaillibilité des tribunaux.
g. Ne peut-on pas être pendu sans avoir prémédité de se faire pendre ?
Est-il vrai qu'en ne se proposant pas de perdre sa fortune, un joueur la conserve ? Le prix de la vie est au-dessus de celui de la fortune. La société surpasserait en démence le joueur que Rousseau propose comme une sorte de modèle, si, par un traité dont la simple supposition est absurde , elle aliénait la vie de ses membres, en la confiant à des accusa-
teurs, et même à des magistrats intègres. Les uns ne sont-ils pas le plus souvent aveuglés par la passion, et les autres ne le sont-ils jamais par l'erreur ?
10. Sans doute, les crimes doivent être expiés ; mais il ne s'agit nullement de cette vérité banale; il s'agit du genre de punition à exercer envers celui qui a cessé d'être membre de la patrie, en violant ses lois, et qui lui fait la guerre.
ii. Le coupable est -il armé quand vous le faites mourir? S'il ne l'est pas , vous ne pouvez l'égorger sans vous rendre criminel.