‹ Nouveaux fragmens philosophiquesChapitre 11 sur 15 · DE L'ÉCOLE D'ALEXANDRIE · texte numérisé non relu

DE L'ÉCOLE D'ALEXANDRIE

EuNAPii Sardiani mtas Sophistarum et fragmenta historia' ruM recenstdt notisque iUustrtwit J. F. Boissonnade ; accedit annotatio Dah. Wyttenbaghh. Amstelodauu , 181&2, a vol. iii-8**»

Hadriàitus Junius Hornanus est le premier qui ait entrepris, sur un manuscrit tiré de la bibliothèque du cardinal Farnèse, de publier les vies des philosophes d'Eunape, avec une traduction latine et quelques notes, à Anvers , chez Plantin , i568. Cette édition est remplie de fautes , tant dans la version que dans le texte. Junius ne paraît pas se les être dissimulées ' ; mais, pour les corriger, il reconnaissait qu'il avait besoin de nouveaux manuscrits. Jérôme Commelin trouva ce secours indispensable dans deux manuscrits de la bibliothèque palatine d'Heidelberg, à l'aide desquels il remplit plusieurs lacunes laissées dans le texte, et introduisit de meilleures leçons , sans toucher ce-

* Vojes sa préface.

pendant k la traduction de Junius; et dans le

même volume , à la suite de la vie desphiloso^

phes d'Eunape, il donna un fragritent de son

histoire politique , sur le même manuscrit éf^^n-

vers dont Hœschel avait déjà tiré l'ouvrage de

Dexipe et ceux de plusieurs autres historiens.

Cette nouvelle édition , imprimée d'abord à

Heidelberg en iSgô, et réimprimée en 1616 à

Genève 9 quoique bien supérieure à celle de

Junius, sans être tout-à-fait mauvaise, laissait

encoro^eaucoup à désirer , et plusieurs savant

avaient conçu le dessein de donner une édition

vraiment critique du seul historien que nous

ait laissé l'antiquité sur une des époques les plus

intéressantes et les plus obscures de l'histoire

de la philosophie. On voit, par une lettre d'Hol-

stenius à Lambecius ' , que Lambecius avait eu

ce projet. Gudius, dans une lettre à Ménage ,

l'entretient des travaux considérables qu'il avait

entrepris dans ce but. Fabricius avait voulu

aussi, à ce qu'il paraît, ajouter ce service à tous

ceux que lui devait déjà la philosophie ancienne.

Après lui, les nombreux matériaux qu'il avait

rai^mblés passèrent à Carpzow, qui, succédant

aux desseins et aux travaux de Fabricius , publia

à Leipzig, en 1748, un spécimen de l'édition

qu'il préparait. Wagner, l'éditeur des lettres

' Voyez les pages 36o et 38a de l'^tion de M. 3ovsonnade.

df Alciphron^ avait aussi petisé à Eunape. Enfin Wy ttenbach, après avoir jugé Eunape ai sévère* ment dans sa lettre critique à Ruhnken, se ré^ oon^ttia si bien, à une lecture plus approfondie^ aveè cet historien de la philosophie d'Akxan-v drie^ qu'il en entreprit une édition. Il était ré* serré à un Français d'accomplir la pensée de tant de savans hommes.

Personne 9 en effet, n'était mieux pr^>aré à donner une édition critique d'Ëunape que M. Boissonnade, qui a déjà si bien mérité de la philosophie néo-platonidenne en publiant une nouvelle édition de la vie de Produs par Mm* nuS| et le commentaire inédit de Proclus sur h Craijrle. Et comme si ses propres ressources ne lui suffisaient point , sa modestie lui a £sat un devoir de se procurer tous les matériaux amas» ses par ses devanciers. Le spécimen de Carps&ow le mettait en possession des notes de Fabriôus et par l'intermédiaire de Schœfer, Erfurt, entre les mains duquel étaient tombés les travaux inédits de Wagner, les a obligeamment comnm-* niques à M. Boissonnade, avec des notes de Reinesius. Pour la vie de libanius , il a eu les notes inédites de Valois; et deux exemplaires d'Ëunape qui avaient appartenu à Walkenaer, lui ont fourni quelques corrections heureuses déposées sur les marges par Walckenaer, ou par lui reéuetUies sur l'exemplaire de Yossiua conservé à la bibliothèque de Leyde; sans compUir

les conjectiiref de l'illustre éréque <i'Att*ali€he8y Huet^ que contient un des exemplaires de la bi^^ bliotfaèque de Paris ^ et- d'autres secours qu*il fterait trop long d'énumérer, et qui tous disparaissent devant la vaste collection de remarque^ de toute espè<3e dont Wyttenbach a enrichi l'ouvrage de notre savant compatriote r de sorte que les deux volumes dont se .compose cette édition ^dlËunape , présentent les travaux deé msdtrés de différens pays et de différens siècles , habilem^eUt. employés par uu des maîtres du &iède préselit.

Mais les meilleures ressources que M. Bois* sonnade ait eues pour son édition, ce sont particulièrement des manuscrits qui avaient man* que à ses devanciers. Nous ne parlerons point dçs variantes du manuscrit deFlcn^ence, prises par Jacob Gronovius , et déposées par celui-ci sur un exemplair de l'édition de Commelin y tombé dans la possession de Wyttenbach et communiqué par sa veuve à M. Boissonnade; ces variantes précieuses étaient connues de Wyttenbach. M. Boissonnade a eu à sa disposition les richesses de quatre bibliothèques qui n'avaient paf encore payé à Eunape leur con^ tingent d'utiles variantes. Le Vatican lui a fourni le manuscrit n"" j^o, excellent partout où il est lisible I et dont M« Hase a fait une description intéresèantb dans son catalogue malheureuse* ment encore inédit des manuaeritfc du YatiôM

que la conquête de l'Italie avait amenés à la bibliothèque de Paris. Celle-ci n'avait qu'un manuscrit du seizième siècle, plein de lacunes, et coté dans le catalogue n° i4o5. Le savant et obligeant Morelli a pris la peine de eollationnerpour M. Boissonnade un manuscrit de Venise, du. XV* siècle. Enfin la quatrième bibliothèque que M. Boissonnade a mise à contribution est celle de Naples, qui, à elle seule, lui a fourni trois manuscrits cotés n* 9 , n"" 188 et n*" 64 » dans le catalogue d'Harlès. Le manuscrit n* 188 prf^sehte ce titre remarquable : Eùvaiciou Iiçtol xal iinafiiSXuùi»

Commelin avait tiré dumanuscrit.^Anversun fragment de l'Histoire politique d'Eunape sur les légations; M. Boissonnaile le reproduit avec d'heureuses améliorations, et avec tous les fragmens d'Eunape qu'il a pu recueillir dans Suidas et les anciens auteurs : on a donc ici tout ce qui nous reste d'Eunape, si toutefois un hasard heureux ou des recherches habilement dirigées ne conduisent pas un jour à la découverte de la totalité de son Histoire politique, qui, embrassant le règne entier de Constantin , serait pour nous si intéressante , avec quelque passion que l'auteur païen l'eût écrite, ou même pxécisément à cause de cette passion, qui nous montrerait peut-être sous des faces nouvelles les événemens que nous connaissons , et fournirait des données précieuses à l'impartialité moderne. Incontesta*

. EtJKAPE* âloS

blement l'Histoire politique é'Ënnape existait du

temps de Muret, qui, au rapport de Patin, que

cite M. Boissonnadé, l'avait vue dans la bibli<>-

thèque du Vatican , et l'ayant demandée au car*

dinal Sirlet pour la faire copier , en eut cette

réponse : que le pape l'avait défendu, et que

c'était un livre impio e scelercUo. Schott, savant

homme, mais jésuite ^homo quidem doctus sed

jesiuta ' ) ^ dit dans ses notes sur Photius que la

chronique d'Eunape a péri par un effet de la

divine providence. Leunclave l'écrivait . aussi à

Henri Estienne. M. Boissonnade eng^e à ne pas

les croire légèrement : il invite le successeur de

Morelli à de nouvelles recherches; il exhorte le

savant Avellini, auquel il doit la collation à^

manuscrits de Naples , à fouiller soigneusement

les trésors peu connus de la bibliothèque de

cette ville. Nous laisserons parler M. Boisson-

nade : Nom ex titulo regii codicis Neapolitani

nescio quid faustœ prœsagitiouis menti est in-'

jecta (lisez injectum). Perreptet per regiam bi-»

bliothecam y peivestiget sedulp grœcos codices,

quos Augustiniensibus ad Qirbonariam (ne //-

laudato deterreatur isto -cognomine) bonus olifn

cardinalis Seripandus moriens legant. Holste-

nium quidem Peirescio scribere * memij^i hune

tJiesdurum m.onachqS'i draconum instar^ occur

pare; sed nunc puto mansuetiores esse.fac$ts.i

' Boissonn., priç/a^ , p. 17.

' EpisU Hobten.; p« i5d^ éd. J^aria.

^0^ HOITAM.

mtdraconesidgenuSy quibusjamnecungue^sunt neç dentés, Jf^ellinium à thesauro ipsis inutili pon arcebunt^ . M. Boissonnade remarque encore tj«e, du temps de Gerlach, c'est-à-dire, en 1576 {epiêt Gerlachii adCrusium, Turcograph. p. 499) à existait à Constantînople beaucoup de manuscrits grecs, parmi lesquels se trouvaient Z^^onicus Chalcondjrles, MicHael Gljrcas , jégatfUcLSj Eunapius. Il est probable qu il est ici question d'Eoiiape comme historien; et peut-être trouverait-on encore à Constantînople, au lieu du fragment connu d*Eunape, sa chronique toute entière. Ex disputatis igitur patet , conclut M. Boissonnade, nondum omnem recuperandi €perîs utilissimi spem decoUansse^ aîque in bibliothecis Italiœ ac Grœciœ quœrendum à lite^ ratis hominibus esse, qui illets regiones incôlunt vel invisunt.

Quoi qu^il en soit de désespérances*, nous avons du moins le fragment qui subsiste de Thistoire politique JEunape purgé de toutes les Êiutes qu'y avait laissées Gommdin ; surtout nous avons les f^s des philosophes dans Tétat où la enitique pouvait les désirer et peut long-

*Boîlibnn. yprœf,^ p. 18.

• Depuis que ceci est ëcrit , M. Mai a trouvé dans la bi- UioClièque du Y atican , sinon toute l'histoire politique d'£u-« nape, au moins un fragment nouveaii de cette lusl^ire. Script, vet. nov. coUect. T. n» p. ^7i BxHaapi x^^*

temps les laisser. Le tttte est krétocdileiiieiit constitué : des notes abondantes édairaaseiit tous les passages obscurs et ne laissent plus g;iière de difficultés véritaUes. H e&t été par conséquent superflu de faire une noirreile traduction d'un texte une ibis établi et édairâ, et reproduire la version défectueuse de Jumus ebSL été un contre-sens dans une édition critîqiie. Eunape paraît donc Ici tout seul et sans le cortège d'une traduction latine, inutile pour les savans, qui doivent toujours recourir au texte, et encore plus inutile pour les gens du monde qui ne liraient pas plus une traduction latine qu'un texte grec. I/édition nouvelle est divisée en deux volumes, dont Fun appartient à M. Bois^ sonnade, et l'autre à Wyttenbach. Le travail du prends- raobrasse la totalité de l'ouTrage d'Eiinape ; celui du second s'arrête à Proérésius : c'est là que, le a5 février 1819, une maladie d'yeux toujours croissante a forcé Wy ttenbach d'interrompre ses veilles. Le concours du savant français et du savant hollandais est une bonne foiv tune pour Eunape; car ptti^étre ni l'un ni l'autre, séparés, ne l'eussent entouré<f autant de limiîèrcs. Si Wy ttenbach était plus versé dans ITûstcwrede la pnilosophie que M. Boissonnade, nous ne croyons pas céder à un mouvement de patrio»

tttune et d'amitié, en réclamant pour celui-ci la supériorité de l'exactitude philologique. Wytr tenbach répand avec profusion les trésors d^one

érudition variée et facile aur tous les points historiques touchés par £unape; ses corrections verbales^ toujours ingénieuses , sont souvent fondées; mais souvent aussi elles sont ' hasardées et dépassent les limites d'une saine critique : c'est alors que la sagesse du savant français intervient heureusement, et empêche le lecteiù* de se laisser entraîner aux conjectures hardies de l'illustre professeur de Leyde.

*IToiis nous contenterons de citer les premières notes ^ui se irouveifl au commencement du savant commcntaôxe. Yoid la première phrase d'Eunape ,' d'après Gunmelin : Zfyofûv ô

jù»99fuc9 x«0|t«9ac* rot fuy n lirptÇj {ort Tf nt cv Tpd^piptfft, xaù ^9mv «^ptrqv 7pfffCt*tae «mxpaÇstfiTC qv ouwtoc* tùJa auei cycma

è»wytéytt»> Cette phrase est, il est Yni,unpeu embarrassée; mais c*cst le caractère dushrled'Ennape, onune Ta déjà observa Photius {PkotiêBihL, cod. 77.) ; et en mettant un point en haut après ti f^i S<vofwy, elle ne présente ancnne difficulté, et nous ne nous donnerons pas même la peine de l'expliquer. Mais comme sa construction n*a pas la sjmétrîe moderne qu'aucune phrase grecque ne pentamir , Wjttcnfaai^ dut que les copistes ont changé des mots, en ont d'autres, et que tout ce passage est cntièrcmait Xiimni , dit-il , (T. n , p. 7. ) mmUmdis amittemditfu perfermm %^riis hcumper sejam imfpeJiimm ùumferfiedammt. Selon lui , Eunqie a du écrire ainsi : Zntfw» •

-wtÊ^iiwmu tA yjy le l iyww iffÊ m u a^i yj p ii^ i l ai «à xi

Attaché aux manuscrits, M. Boissonnalde les compare sans cesse , et c'est par l'un qu'il entreprend toujours de corriger l'autre : quand les éditions et les manuscrits sont unanimes, ils'ef* force plutôt d'approfondir et d'expliquer une leçon que de la changer; et s'il prend le parti de la changer, il la change le moins possible, prenant scrupuleusement conseil des moindres conditions matérielles et morales. On ne saurait trop louer dans M. Boissonnadt la sagacité qui découvre une difficulté, la loyauté qui neTélude jamais, et l'habileté qui la surmonte en satisfaisant à toutes les conditions du problème : jamais M. Boissonnade ne tranche le nœud; il le délie méthodiquement. Et il faut remarquer que M. Boissonnade se garde bien de surcharger ses notes de passages tirés d'auteurs parfaitement connus et cent fois publiés. Ce sont surtout les manuscrits inédits qu'il consulte et dont il se

sysvva crpoirriyoxjç xatç wîro^cîyuao'tv' o yoCv fifiyzc ÂXiÇacv^poç ovx «V cysvfiTO \jJrfat.Zy à. \m nap* sxeivotf l^aOs twv Ilcpaûv xarafpo* V8tv. Âyyà, psv AEiiofûv xat rà niptoyx <fna\ 3slv twv OTrovdatMv àvdpûv àyoYpdéfciy. Ce n'est pas là publier un auteur, c'est le refaire , ou plutôt c'est le traduire ; car nous convenons que la phrase de Wyttenbach est une assez bonne pbrase du XV m*' siècle. M, Boissonnade ne restaure point ainsi les monumens de l'antiquité. Entraîné un instant par l'autorité de Wyttenbacb , sa prudence ordinaire le fait bientôt revenir sur ses pas , et , au lieu du complément arbitraire que Wyttenbacb ajoute après et pjj Sevo^ôiv, il se contente (T. i, p. X24) de mettre une parentbèse depuis tcc {4v «v Xôyotî jusqu'à

%X0 JBUlTAPfié

plaît à faire connaître de précieux fragfnens. Ici, par exemple, il a donné une lettre inédite d'Heraclite à Hermodore * , et cette tâche appartenait naturellement à l'habile éditeur des lettres du faux Diogène ^. Mais il est temps de faire faire connaissance au lecteur avec Eunape luimême.

EuNAPE était né à Sardes en Lydie ^. Sa première éducation fut confiée au sophiste Ghrysanthe, prêtre lydieif, son parent^, qui lui in-

tl iLT, Scvofûv inclusivement ; et , dans toute cette parenthèse^ le seul changement qu'il se permette est celui de xoù. iBmiv en «n^v riQixiv ; et même , selon nous, cette louable circonspection eut pu être poussée plus loin encore. Kot i^Oixigyy qui est dans toutes les éditions et dans tous les ma* nuscrits , peut três4)ien rester à la rigueur ; et , quant à la parenthèse , c'est encore un moyen de clarté un peu matériel et un peu moderne , qu'il ne faut pas absolument s'interdire dans certaines occasions , nais dont il ne faut pas non plus abuser; et ici deux points en haut cassent été suf&sans. Quel-^ ques lignes plus loin , l'ancienne édition donne : tû ^ouXopivw TOKxIrat ^ixaÇcev ex rûv u7rox£rfjievci>v a>]ue£uv xara^cpiràvei * ^ouXcrotc luv yotp raÛTa 7pdéf o)v^ xai VTtofivTj^atdiv àxptêgffw cvtstvj^ïîxcv. . . Rien de plus clair, surtout en mettant pouXirai p«v yàp ou entre deux points en haut, ou entre parenthèses , par sur^ croit de précaution, comme le fait M. Boissonnade. Mais cette précaution ne parait pas suffisante à Wyttenbach , qui propose (T. ii, p. 2) : T^ pay/koitiiMû raûra ^rxocÇccv xaTa^ifATri- MivpowXfTot ravTa ypa^wv* xat yàp wjropji/jtaoriv oêxptSwtv svtmS^^xcv....

* T. I, p. 4^4 j 4^5 , 43o. — ï- ^Notice dés Manuscrits , t. x, n«part.,p. 122. — ^PhotiiBibl,^ coA 77. — 4Eunape,T. i, p» 56, 107, m.

ÊUlTÀPfi. atl

ciilqud, avec le goût de la littérature et de la philosophie , son zèle ardent pour la religion de leurs pères. A Fâge de seize ans, il quitta la Ljdie pofUr aller achever ses études à Athènes '. Arrivé malade , il y trouva une hospitalité géné^ reuse dans la maison de Proérésius, sophiste célèbre, qui le soigna et l'aima comme un fils^ Eunape lui voua en retour une aifection et une admiration qu'il consigna plus tard dans soil ouvrage. Il était encore jeune homme à la mort de Julien et à Favénement de Valentinien et de Yalens ^. Après un séjour de cinq ans à Atfaè^ nés, il méditait lé voyage obligé de tout philo^ sophe d'alors en Egypte , quand un ordre de sa famille le rappela en Lydie *. Il y passa le reste de sa vie et exerça la profession de médecin , ott du moins il semble avoir eu d'assez grandes connaissances en médecine ; car il fit lui-m^e «ne opération à son parent Chrysanlhe , à défaut du célèbre Oribase , qui se faisait trop attendre*, et c'est à lui que ce même Oribase dédia sùù Tétrabiblion ^. Eunape composa des annales politiques en quatorze livres ^, qui continuaient l'histoire de Dexippe jusqu'à son temps, c'est-àdire , qui s'étendaient depuis le règne de Claude II

* Ibid. , p. 74 , 92. — * Ilfid,, p. 92. — ' Ibîd. , p. 58. — ^ Ihid. , p. 92. — * Ibid. y p. 1 19-120. — * Pkot. Biblioth, , cod. 219. — ^ Ibid, y cod. 77. Photius, dans le titre , dit dix-neuf livres ; dans le texte , quatorze ; le manuscrit de Naples , dixHsept.

212 CUlfAPS.

joflqnaa règne d'Honoriitt et (FArcadius. An raiMport de Photius j il fit deux éditions de ses aanaks; dans la première , il attaquait à découvert le christianisme et les empereurs qui 1 avaîent propagé , et surtout Constantin ' ; mais la seconde était fort adoucie, et la nécessité des tonps lui avait imposé quelque mesure. Hiotins , qui avait sous les yeux les deux éditions , témoigne de leur différence. Suidas^ parle aussi de rûstoire politique d'Eunape. On imagine aisément quels éloges il y donnait à Julien.

Il ne faut pourtant pas le confondre , comme le remarque très-bien Fabricius, avec un autre Éunape, rhéteur phrygien ^, qui jouit de quelque crédit auprès de Julien. L'attachement de notre auteur à Fancienne religion lui en fit obtenir les plus hautes dignités.

Initié aux mystères d'Eleusis, il fut élevé en Grèce par le prêtre d'un lieu dont il tait relt gieusement le nom, au rang des Eumolpides, et porté ensuite à celui de prêtre et d'hiérophante, quoiqu'il fût étranger, contre la loi expresse de l'institution. Lui-même nous fournit ces renseignements dans ses f^ies des philosophes ^ qu'il composa à l'instigation de Chrysanthe \ et à l'honneur des philosophes, médecins et rhéteurs célèbres de son temps qu'il avait connus ou dont il avait entendu parler à ses amis. C'est de cet

* Ibid, — * Aux mots KwvffTavûvo; et Povatvoç. — * Suidas, V, Mfivvwvio;. — * Jbid, p. 52.

ouvrage que nous noos prop osoa s de rendre iâ un compte détaillé.

Il est précédé d'un avant-propos asez pea intéressant , après leqnd vient une intrododkm sur ceux qui, avant Ennape, avaient écrît fins» toire de la philosophie '.

Selon nous j le vrai fil qui doit ocmdnire à travers le labyrinthe de cette introdoctioQy aatex embarrassée, est la division que £ût Fonaye de l'histoire de la philosophie ea quatre époques: la première comprend tous les essais de la pislosophie naissante en Italie et en lonie jnsqoîa Platon ; la seconde s'étend depuis Platon juscpf â l'entier développement de toutes les écoles socratiques, et leur commun déclin , envinm un siècle avant notre ère; la troisième, vide de grands génies et rempUe par la médiocrité in* génieuse et savante , se prcJonge juiqu a Plotin , avec lequel commence une nouvelle et quatricne époque, celle dont Eunape entreprend d'écrire l'histoire. C'est ce que 3L Boissonnade ne parait pas avoir fort bien compris. Très videtur* Eur napius philosophorum wi'x^ staiuere^ primam Platonis et ejus discipulorum ; secundam rivv (UTa TT|V nXaTtfvoç }euTsp«ty, quant plaUmicorutn esse pulo; tertiani veroy quœ sU edecticorum. Mais il est clair que la première époque ne peut

* Jbid. , p. i48-i4g.

i 1 4 EUir APE.

pas être celle de Platon et de ses disciples; car celle-là avait été précédée par une époque antérieure que remplissent les écoles d'Ionie et dïtalîe. Il est clair encore qu'en parlant d'une époque des platoniciens , et d'une autre des éclectiques 9 M. Boissonnade a fait deux époques d'une seule; car les éclectiques sont précisément les iplatoniciens ou néô - platoniciens , et l'époque antérieure, loin de renfermer la seule école de Platon, abonde en écoles opposées, celle d'Aristote, celle d'Épicure, celle de Zenon, etc. Wyttenbach, qui a proscrit tout ce chapitre ' sur des motifs assez frivoles, l'entend d'ailleurs trèsbien, et admet là division en quatre époques, qui débrouille toutes les difficultés. Chaque époque s'appelle çopà dans Eunape. Les deux premières avaient trouvé de dignes historiens dans Porphyre et dans Sotion. Porphyre avait écrit l'histoire des systèmes philosophiques de la première époque, et même les vies des philosophes de cet âge. Sotion , quoique venu avant Porphyre , avait embrassé avec la première époque toute la seconde , au moins jusqu'à son temps. La troisième na pas eu d'historiens, excepté Philostrate, qui a donné des biographies élégantes des meilleurs sophistes qui ont fleuri à travers la troisième éjpoque; mais, dans Philostrate, il ne s'agît que des sophistes, non desphiloso-

*T. n,ip. 21,32,23.

phes; et| pour montrer que les philosophes n'ont pas manqué à cette époque, Eunape en donne une liste , les énumère et les caractérise : d'abord Ammonius d'Egypte, maître du dwin Plutarque; Plutarque lui-même, qu'Eunape appelle 9 iXo^of uc àira^C âf po Jt-ni xotl Xupa ' ; l'Égyp* tien Euphrate; Dion de Bithynie, surnommé Chrysostome; Apollonius de Thyane, qui, selon £unape, n'est pas un philosophe, mais un intermédiaire entre les dieux et l'homme, et dont Philostrate a écrit la vie, qu'il aurait dû appeler une sorte de voyage d'un dieu sur la terre^; Carnéade, undes plus célèbres champions de l'école cynique, qui comptait aussi Musonius, Démétrius et Ménippe, et beaucoup d'autres moins fameux. Il n^existe, dit Eunape, autant que nous pouvons le savoir, aucune vie de ces philosophes ; mais leurs ouvrages leur servent d'histoire^; par exemple , Plutarque donne beaucoup de renseignemens sur lui-même et sur son maître Ammonius , et Lucien de Samosate avait écrit la vie de Démonax, le seul livre sérieux, avec un bien petit nombre encore , qu'il ait composé *. Eunape déclare qu'il ne se dissimule point que l'ouvrage qu'il entreprend sera peut-être incomplet, mais il cède au désir de faire connaître les

* T. I, p. 3. — * Ibid, ÉirtJDfuav iç dtv6pwirouc ^«oO. —

fiâioscffhes illiistres de son temps ' , et «Ten rapporter ce quil en sait% on par tradition ou par lecture ou par erpérience po^onndle, et par4à d'élever à la vérité, sinon un temple, au moins un vestibule; et c'est ici que, se résumant, il reproduit sa division en quatre époques. Nous citerons ses propres paroles:

t/BJt |Lcy ovv ^usuynTsv Ttva xal px^iv ô )rpovaç itk tacç xccvàç iPJfLfOféç Tpini oà inifôn êysvsTO fopà (<q fxf ysp ionéoa (urà ti^ IdsTovoç irsEctv culoocv^ç ecyasef* xifpuxTot) xaTàTO*iç KXxjîto*j xai Népuvo;' Toùçyàp aOXtouç xal èvtzGiou; où y^ii Ypaçciv (oOtoi d* t.c9DI ol xepiroXëav, BiTeXXioVy OOuva* Oùs^rGCcutyoç 2è ô sicl TOOTOtç xai Tîtoç xal ôcoi jiCTi toiîtouç ^pC^Ev ) , ïvat jtin ToiÏTo cTTOuîfl^eiv ^o^cûiiev* lA^ ciciTpéjpvTi y« xal (niveXovTt eîreiv, to tmv etourrov ftkoc6f{a}f yBvoç xol eîç SÉSupov dieTstvev ^. Rien de plus clair que cette phrase, ainsi constituée par M. Boi&sonnade ^; or il nous semble qu'elle renferme ou suppose la division de l'histoire de la philosophie en quatre époques. En effet , dire que la seconde commence après Platon , n'estce pas dire évidemment qu'il y a une première époque antérieure à Platon ? Et dire que la troisième commence au temps de Claude et de Néron , n'est-ce pas dire que la seconde

* P. 5. T«*v xat* fffJiWTOV àvOpoiTrwy. — ^ IBid, H xorà ôbcoqy S xarà «vaTvwatv yi wctoc WTopîav, — * Ibid. Àhfiiuii rrpoOvpa x«lirîî>«ç, — *P. Ô-6.

va jusque là? Dire enfin que cette troisième époque s'étend jusqu'à Sévère, n'est-ce pas dire encore qu'elle finit là, et par cotlséquent queTécole éclectique, venue après Sévère, ne fait. point partie de la troisième époque, contre ce que veut M. Boissonnade, et qu'elle en constitue une nouvelle à laquelle Eunape ne donne pas le nom de quatrième époque, mais qu'il faut bien appeler ainsi , si l'on veut continuer ses classifications? Si ces observations sont incontestables, elles conduisent peut-être à quelques corrections importantes dans le texte; et ici, contre notre ordinaire, nousappuyonsquelques-unes des leçons hardies que Wyttenbach propose de substituer à celles des manuscrits et des éditions , conservées par M. Boissonnade.

D'abord si cette phrase, edj^s^jLèv ouv ^iaxoir:ov

indique la division du temps par époques philosophiques, nous demandons ce que veut dire xoivàç<ru[X9opa;.Hornanus traduit : Hiulcum igi-» tur fuit et intercisum quodam modo tempus propter communes calamitates. Propter communes calamitates ne signifie rien ; car les malheurs publics peuvent rendre une époque plus ou moins riche, plus ou moins intéressante, mais ne peuvent servir de mesure de division pour la série des temps; or on ne peut pas entendre ^loxoTCTiv xai f^Çiv autrement que comme division du temps, surtout si l'on fait attention aux locutions ^euTepa^TpCin); etc. Dans ce

,.ir a*ifrfii:«œT!TirreexroeI!Jl A .^^ • if' nt: , t . ûo«jï prooegoBs r t 'i?

:Ti * 1* ^;/?*..-«- 'jr :;,/m<» r':i:~a : axrDL> Y- \^v^u%^ i'.tuiMjA. ^^lîmmmcB: i Slami. ^^r ^^

^:f iui.^Hi^f ^U' i '^Hn*m*:h«e :.?îaGii^ !?arniirrn,

f»*>A^r*^W; I^^^A-wt;^,. ï/;-^r/;n*^ JLOKiias^ 3^TOL^

AA>^A Kc*vt /T^r/^f ^,'y ^^j j^^ f|0€stîr«i seufefliiezit ^ pi.p^^^,ir^^. ^h^i^ifU rti/rtmr» et de médecms, Af 4<^ f///f> /-^/i> //M {yf^^jMe tous ceux qui se

distinguèrent dans les lettres et les sciences, pendant cent cinquante ou deux cents ans ; car il manque à CQtte liste^ un bien petit nombre de noms remarquables.

Mais, pour ne pas exciter trop vivement l'attente du lecteur, nous nous empressons de lui raippeler qu'Ëunape n'est pas un historien , mais un biographe, et qu'il ne s'agit point ici des doctrines de ces différens personnages, inaisdes détails de leur vie , détails assez peu importans par eux-mêmes, et qui ne prennent un véritable intérêt que par les inductions qu'ils fournissent, réunis et comparés, sur le caractère général des hommes et des temps auxquels ils se rapportent. Et dans ces biographies, il faut encore distinguer deux parties : l'une , où l'auteur traite de temps et d'hommes qu'il ne connaît que par tradition ; l'autre , où il parle de temps où il a vécu et d'hommes qu'il a vus et connus lui-même. Il glisse sur les premiers et ne s'appesantit que sur les seconds. Il y a peu de choses sur Plotin , il y en a un peu plus sur Porphyre, un peu plus encore sur lamblique ; mais ensuite les biographies deviennent plus étendues. En effet, depuis Édesius, Eunape se trouve pour ainsi dire en famille. Édesius a été le maître de Chrysante, parent d'Eunape; Proaeresius a été son maître , et Oribase son ami intime. C'est alors un contemporain qui parle de ses contemporains, c'est le membre d'une société qui émt 1^ méïfioif^ de

cette société y et nous entretient des hommes plus ou moins distingués qui la composaient ^ des événemens qui se passaient dans le^ir intérieur, et même indirectement des événemens publics, qui arrivaient jusqu'à eux et les atteignaient dans leurs idées y leurs affections ou leurs intérêts. L'ouvrage d'Eunape, depuis Édesius, est donc en quelque sorte le procès-verbal de cette petite société de professeurs de grammaire y de médecine , de rhétorique et de philosophie. Avant eux 9 et c&mmeà leur tête^ se présentent trois hommes supérieurs, Plotin, Porphyre et lamblique.

Eunape n'accorde guère plus d'uuQ page à Plotin. La raison qu'il en donne, c'est que tout le monde le connaît , et que Porphyre , son élève, en a donné ime biographie à laquelle il n'y a rien à ajouter. Eunape n'a donc rien de mieux à faire que d'y renvoyer , et il n'y ajoute qu'un seul trait, savoir, la mention de la patrie de Plotin. Porphyre n'en dit pas un mot , et on le conçoit, comme l'ont très -bien remarqué les deux critiques, puisqu'il s'agit d'un homme auquel les conditions temporelles de l'existence étaient si importunes, et qui se trouvait si mal à l'aise dans la prison de son corps et de ce monde, qu'il ne voulait pas laisser faire son portrait, et ne se «ouciait pas de dire quelle était sa famille et sa patrie terrestre '. Eunape atteste que

* Porphyre, Fie de Phtin.

Plotin était d'Egypte et de Lycopolis ' . Sa renommée avait jeté un tel éclat et laissé un si profond souvenir 9 qu'Eunape, plus d'un siècle après sa mort 9 dit que ses autels sont encore brûlans, et qtie ses ouvrages ne sont pas seulement entre les mains des hommes éclairés plus que tous les autres ouvrages platoniciens, mais que le vulgaire même, s'il est un système de philosophie auquel il fasse attention, s'occupe de celui-là^.

Quant à Porphyre, Eunape déclare que personne qu'il sache n'a écrit sa vie ; mais en même emps il assure que c'est à la leôture qu'il doit tolis les documens^ qu'il possède et avec lesquels il se propose de réparer l'injuste oubli de ses devanciers envers un homme tel que Por-

^ Ibid» TovTou nXoTÎvou i^cpfioi pwpt vCv , xat rà ^i€Xîa oO fAovov TOÎ( frnrac^ripicvoec ^cà x^'P^C ^^<P '^^^^ IlXarttvixoù; ^oyou;, oLÛà, xai TO iro^ù ^rX^Oo; , i ov ti trapscxoûffii ^oy|iaTttv , f c avrà xo^TTrcTAc. Ce dernier membre de phrase cayrc... xa^frTSTou n'a pas été entendu par Homanus , qui traduit : Bona vulgi pars j si minus placitis ejus obtempérai , tamen cursum ad eorum normam moderatur atque instituât ; M. Boissonnade explique l'expression équivoque obtewr^ perat placitis d'Homanus par ne pas comprendre un système, 'et retraduit ainsi la phrase d'Eunape : Si dogamtum aliquid non rectè omninà capiat et intelligat , ad ea tamen se dirigit ( Jiid. , pag. i5i ). Mais le système de Plotin n'est pas plus facile a pratiquer qu'à comprendre pour le vulgaire , et de fait on ne voit pas du tout que le vulgaire ait suivi le système de Plotin , surtout au temps d'Euuape où le christianisme enlevait les masses ù la philo-

phyre*. Or, puisque Eunape n'a pu consulter aucune des biographies de Porphyre qui n'existaient pas, et qu'il assure pourtant avoir puisé dans un livre , il reste que ce livre soit la biographie de Plotin par Porphyre, dans laquelle, à l'occasion de son maître , l'illustre disciple a donné çà et là sur lui-même des détails qu'Eu* nape aura recueillis, et qu'il présente ici rassemblés dans une notice spéciale. Voilà ce qui explique la ressemblance générale de la vie de Porphyre par Eunape avec ce que Porphyre dit de lui-même dans la vie de Plotin ; mais ce qui rend aussi très-difficiles à comprendre les différences qui se trouvent entre ces deux ouvrages, dont l'un pourtant ne semble devoir être qu'une copie de l'autre.

On voit dans Eunape, comme dans la vie de Plotin, que Porphyre, né à Tyr, s'appelait

Sophie de Plotin comme à toute autre philosophie païenne. L'interprétation que propose Wyttenbach , Si aliquantiim eiiam obiter philosophiœ phicita attingit , ad Pîotini placîta dwertit^ nous paraît donc infiniment préférable et fondée sur le sens véritable de Trapaxovsiv, comme Wyttenbach le prouve par de nombreux exemples. (T. ii , p. aS. ) Il s'agit ici évidemment de reflet qu'avait produit le système de Plotin ; eflFet tel , qu'il avait été jusqu'à cette partie du public qui , sans comprendre les systèmes de philosophie , ne peut pourtant s'empêcher d'y donner quelque attention , lorsqu'ils font du bruit , et excitent la curiosité générale par la singularité de leurs principes ou de leurs conséquences. *T. I, p. ^. Ex TÛv ^odmuv xaràTJQV «vdtYvwfftv,. ..

Malchus dans la langue syriaque ' ; lui-même nous apprend que ce nom de Malchus ^ spnnant mal à des oreilles grecques , fut traduit par le nom grec correspondant y savoir BoemXtùç, et qu'Ameliusy son condisciple ^ lui dédia sous ce nom Fouvrage qu'il avait composé sur la différence du système de Plotin et de celui de Numenius ^. Longin l'appelle BaaOceiiç dans son

écrit Tcepi TeXou; , et il parait, comme le remarque Ruhnken , que plus tard Longin changea encore le nom de BadiXeiiç en celui de Ilopf uptoç qui signifie à peu près la même chose ; car Eunape prétend que c'est par Longin que Malchus fut appelé IIopçupio; ^. On voit encore dans les deux ouvrages que Porphyre étudia sous Longin; mais, ni dans Fun ni dans l'autre, il n'est dit

dans quelle ville. Ce fut probablement à Athènes, où Longin s'illustra comme professeur. Cependant il ne serait pas impossible que ce fut à Tyr, ou qu'au moins Tyr ait été leur patrie commune ; car Porphyre nous a conservé une lettre de Longin * où celui-ci l'invite à passer de Sicile en Phénicie et à lui apporter des manuscrits exacts de Plotin. Il fallait donc que Longin y fût, et même qu'il y eût vécu long-temps avec Porphyre , puisque , pour le déterminer à préférer ce voyage à un autre ^ , il lui rappelle leurs an-

^Ihid. — 'Porphyre , F'ie de Plotin. — ' Ibid, p. 7. — * Porphyre, F'ie de Plotin. — ^Ibid. Tiv Trpoç «fxâ« ô^év t^ç fTcpoi>ffl7rpoxp(vac.

;!,»• . qu irmrrHst i hir . -& -smèt âiiaînre* ^:II0 •«eiib>Hrrat^ iairt rrurn^. tamrr^. ionaous c llulim3k«: • tru* \l.oiij[n. ^Liii-'hTrKi:. c«ritefiLn>. V)ij«ûi>f» Ut .11» ix^ vor eau- touD il leUrtr c* OJac^a é TfifTDitTn .tt toi. i* un mœosmntv

^ms^tiift ui«uxi« umr .i uiiiiâsan.. • Ijl j:u:-i xetr •^uk* gift Jmniu; y» )juk»c u jpnuî c unt dirtioi:

^lupuit -t*}ï*'*s {.irj«t difiihuïUi: âais:SL jiotrtf.. Il <i>5stt9' ti«^ 'Viii?' liunttf ^ J aniïïiiii ùm& ^CHte- -vilh-.

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<i:l I:iUXrtçi>'^ Or-^^^sue^, JÉLUitLL:i& tst 3LgmiiBtn$i •. f*^^fyb}'y^ j/«aiit JUtta; <I\Liiiti.j*- snai^ £ aie :u:

rf,Wj<;?J;wu>9 1^ ce liCjiaa est c» eff^ ôîé par P:irph}r0f^^ a/^::^ CJtlui d'im usm de Plo(!iii. P<'.ir iM^^mfi^ IVrrj^rïur e^t maijiieste; On^:»^ ii'es: jf^ un cx^fidlu^pl^ de Porphyre, mais de Plol..' ;

^^/j /// //'/*<; Tv5 çfojt«T«; a^/>îîJo. — * p. 8. Tac» ps^^lrm i'i^,/// é'Jit'/*— * /^iV/, — ♦ Porplijre , VU de Plotim.

TCJUXi- ai'

fit ili»'«t piHS ^nmii uf tùie amourtiiiui qui ii'ertBBfcici qaestuiu c cfriscut ir taireuen, mwd'un phiia«opfi« qu-, au nqjiwr i ut- irwvuyr<~ aéentimiirTe snr it;= ûbumiu-. '-t uu anttfr ul ^ I^Mmfi de ranptJTCur (aaiiCi-, M>li^ i*; uu»; «k otiM-mr ^i ■pjBvo;-aatrrT.; 6 laciiAf.-: . i-i- <•■ KMxi'sioiiàe cet Once»., coutuicuw t- Howii ♦" difiàpif tLâamnouiui, i>iiOf»«*t! ♦•; it^v*-i u*.' «rteur .grwe dKoisWrmuj. qii« ii«i*Mi;- '^'- **"■

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«AmL

aaô EOSAPE.

en faveardu christianisme que ce'quela force de la vérité lui arrachait. Nous citerons Ies^pa^oIes d'Hotstenius : Certum est ammonium religionis nostree arcana discipulis sub silentii religione communicasse , de quitus (les mystères chrétiens) non dîpulgandis Erennium, Origenem et Plotinurn fidfni sibi iiwicem obstrinxissû- ipse Porphjriiis Icstatur ; camque Fretinius primus eam /rtfgisset, nec Origenes Tifc Plotinus pro- ' missis sletcre , sed quà sc/tptis quà vivà voce in publicum ea protuleruiu quœ ah Ammonto philosopha acoeperant '. 11 est étrange qu'un critique aussi distingué qu'Holsteniiis affirme de pareilles clioses sans eu donner de preuves; disons plus, sans yn avoir aucune, car il n'y a pas un mot de tout cela dans le passage de Porphyre sur lequel il parait s'appuyer. Porphyre dit tout simplement ,dans la vie dePlotîn, p, 3 , qu'Erennius , Origène et Plotin s'étaient promis dene pas divulguer l'enseignement d'Ammonius, , IMïiiv ixxa^TTTEiv TfivÀf*î*(ftiou ^oyfiâTwv ï mais que cet enseignement fût chrétien , c'est ce dont il ne dit absolument r'wu, et c'est pourtant ce qu'Holstenius lui fait dire. Je ne coDnnais pas un seul passage de l'antiquité qui autorise cette conjecture; car l'autre passage de Porphyre, cité par Eusèbe (Hist. Eccl. vi. 19), ne conduit, directement ou indirectement , à

de Fitâ et Scriptis Porph/rii, vt.

rien de semblable. Mais revenons à Ëunape, La plus grande dififërence que Ton rraaarque entre sdh récit et celui de Porphyre, se rapporte au motif du voyage de oe dernier en Sicile, e% i ui^pisoBe de sa vie qui est du plus grand intérêt dans,Porpbyre,. et qui, dans le récit d'£unape , dégénère en une aventuré de roman.

Porphyre , à propos de l'extrême sagacité ds Plotin , en rapporte un trait relatif à lui-même, a Fatiguéde la vie, dit-il, j'avais résolu de mourir; »> Plotin le devina par une sagacité tout-à-fai^ » merveilleuse; et, tandis que j'étais chez moi » plein de rêveries funestes, je le vis tout à coup » arriver. Porphyre, me dit-il, ce projet n'est » pas d'un sage^ mais d'un fou et d'un malade; et 9 il me conseilla de laisser là mes travaux et de » quitter Rome. Ce fut par ses conseils que j'allai D en Sicile près de Lilibée ^ » Voici maintenant la version d'Eunape. Selon lui, Porphyre se livra avec tant d'ardeur à l'étude de la philosophie de Plotin , qu'il en vint à prendre cette vie en dégoût. U quitta Rome et la société, et alla cher^ cher dans la Sicile une retraite solitaire d'où i} n'aperçût plus de villes et n'entendît plus la voix des hommes ^. Là, détaché dç toutes choses, in^ sensible à tout plaisir, il passait ses jom*s à errer seul autour du promontoire de Lilibée et dan^ les lieux les plus sauvages. Il prit même la réso-

• Porphyre, f^ie de Plotin. — ^T. i, p. 8.

2^g EinrAPE.

lutioD de se laisser mourir de ùAm. Hotin devine son état, qaitte Rome, accourt en Scile sur les traces du jeune fugitif, le trouve au dertiier degré de l'abattement, et ses sages et mâles ^^iscours rappellent au sentiment de ses devws et au goût de la vie une âme prête à s'ènvc^r'.

Plotin inséra depuis, dans un des ouvrages qui ribus restent de lui , les discours par lesquels il rattacha Porphyre à la vie *. Voilà certes une version bien plus étrange que l'autre. 11 nest pas naturel de croire à Eunape plus qu a Porphyre, sur Porphyre lui-même. Wyttenbach, qui résout toutes les difficultés en prêtant à Eunape des extravagances, a bien l'air cette fois d'avoir raison de mettre ce récit sur le compte d'une imagination de rhéteur qui aura outré et gâté un incident par lui-même très-curieux, et qui donne une idée de l'état extraordinaire des âmes à cette époque. Du reste Eunape fait un éloge bien mérité de Porphyre. On ne sait , dit-il, lequel de ses talons il faut le plus estimer , et si c'est en lui le grammairien ou le rhéteur ou le musicien ou Tarithméticien ou le géomètre ou le philosophe, qui est le plus admirable ^. Il se maria, et il y a un livre de lui adressé à sa femme Marcella ; mais il la prit veuve, et déjà mère de cinq enfans, non pour en avoir lui-même, mais pour

* Ibid. — • Ibid. , p. lo.

donner un père à ceux de sa fenime '. Ce passage d'Eunape et un autre de S. Cyrille contre Julien * étaient jusquici la seule indication que nous eussions de l'existence de la lettre de PorpByre à Marcella; mais depuis , M. Mai a trouvé à l'Àmbroisienne et publié, malheureusement encore incomplet, cet écrit, qui donne une si haute idée de la pureté et de l'élévation de Tâme de Porphyre , et où un philosophe, parlant à une femme , mêle à l'austérité des principes les plus sublimes des teintes gracieuses et toutes les délicatesses du sentiment. Porphyre parvint à une vieillesse très-avancée et mourut, dit* on, k Rome ^. Mais ici Eunape ajoute une chose fort singulière, savoir, qu'arrivé à la vieillesse, Porphyre publia des ouvrages dans un sens tout différent des premiers; assertion qui, faute de développemens, est à peine concevable. Porphyre devint il chrétien , ou abjura-t-il le système de Plotin pour un autre système philosophique ? C'est ce qu'on ne peut savoir d'après ce passage d'Eunape, que nous croyons devoir citer textuellement : IloXXàç youv toTç ri8y\ irpowcTrpayjXaTeujxevoiç piSXtoiç Ôecopiaç èvocvTta; xaTsXtne , Tcepl cav oùx Igtw ÏTfipov Ti JoÇa^eiv y; oti Trpoï&v ercpa , è^^^aciv \ Nous regrettons que ce passage n'ait attiré l'attention ni de M. Boissonnade ni de Wyttenbach.

• Ibîd.^f. u. — ' Lib. VI, p. 209. — • Ibid.'^^JUd.

' lamblique était de Ghalcis en Célésyrie, d'une origine illustre et d'une famille riche et puisflsatte \ Il ne fut pas le successeur immédiat de Poï-phyre; entre eux deux est Anatolius. C'est probablement celui auquel Porphyre a dédié ses Questions sur Homère^ ou peut-être l'auteur 4u traité des sympathies et des antipathies j dont il nous reste un fragment publié par Rendtorf dans la Bibliothèque grecque de Fabricîus. Il y a eu plusieurs philosophes de ce nom; mais quel que soit èelui dont il est ici question , Eunape dit qu' Anatolius succéda à la réputation de Porphyre ^ ; mais il ne nous apprend ni d'où il était ^ ni si ce fut à Rome qu'il recueillit l'héritage de Porphyre; il ne dit pas non plus si c'est à Rome ou à Chalcis ou à Alexandrie qu'Iamblique fit sa connaissance et ensuite celle de Porphyre , ni dans quelle ville il demeura habituellement; il est probable que ce fut à Alexandrie. Eunape, comparant le disciple au maître , ne trouve lamblique Jinf&rieur à Porphyre que pour le style. « Ses écrits, dit-il, ne sont pas remplis de grâce » et d'agrément, comme ceux de Porphyre; ils » n*en ont pas la lucidité ni la pureté,, sans être > pourtant ni obscurs ni incorrects ; mais , » comme Platon le dit de Xénocrate , lamblique « n'avait pas sacrifié aux Grâces ; aussi , loin » d'attirer et d'attacher le lecteur, il le fatigue et

* /iwî. , p, II. — * Ibid, T» ««ri nop^^vptov r« dfvrepa

» le repousse '• » Et, quoi qu'en dise Wytten-bâch ^ ce jugement d*£unape est resté celui des connaisseurs et des juges impartiaux. lamblique rassembla autour de lui une foule de disciples , qui de tous côtés venaient pour l'entendre et se former dans ses entretiens. Parmi eux se distia«guaient Sopater de Syrie , Ëdésius , Ëustatbe de Cappadoce, la .Grec Théodore, Euphrasius et beaucoup d'autres en si grand nombre , qu'il est vraiment étonnant qu'un seul bomme ait pu lepr suffire à tous ^. Plus tard, dans la vie d'& désius, nous ferons connaissance avec Ëdésius, Ëustatbe et Sopater. Quant à EUphrasius, nous n'en avons pas plus entendu parler que Wyt* tenbacb^. Théodore est probablement ç&Théo*^ \

dore d'Asinée , que Proclus cite si fréquemment et qu'il regarde comm^ le véritable successeur d'Iamblique. La seule difficulté qui arrête Wyttenbâuch est un passage de Damascius , où Tbéor dore d'Asinée est donné comme un élève de Porphyre, ce qui, chronologiquement, ne permettrait guères que Proclus eût pu l'entendre , tandis que nous lisons dans le commentaire sur le Timae , ToiaùTa yàp Yixouça Jtal toC 0eQ^c»f qv çiXocoçouvToç ^. Si la difficulté chronologique paraissait insurmontable, il n'y aurait d'autre res^ source, que d'interpréter différemment ^'rwuM

* lèid. y p. 12. — 2 T. n, p. 5o. -^ * JUd, , p. i^.àau Sav/xaoTov 3v on wâfftv «wîîpxct. — ^ T. u , p.. 5l . •^ * P. |^.

a3a JEUNAPE.

de la phrase de Proclus, et de lui faire signifier que Proclus a entendu dire cela de Théodore et non pas à Théodore , en sous - entendant ictfi au lieu de ex 9 comme il y en a tant d'exemples'. Si Proclus avait suivi le^ leçons d'un maître aussi célèbre queThéodore, il est probable que Marinus nous l'aurait appris, lui qui indique avec tant de soin tous ceux que Proclus a entendus ^ : il est douteux aussi que Proclus, qui rend hommage en toute occasion à son maître Syrien , n'eût jamais exprimé une seule fois sa reconnaissance pour Théodore qu'il cite et loue fréquemment , si jamais il avait assisté à ses leçons. Enfin , dans le traité sur la proffidmce, la fataUté et la liberté^ ^ adressé à un de ses amis nommé Théodore^ il fait aliusicm au philosophe du^éme nom qui est venu après lamblique ; et certes il n'eût pas manqué de compléter l'allusion , et de rappeler, à Voccasionde son a mi Théodore, Théodore, son maître, si celui-ci l'avait été. De cette manière du moins on expliquerait la phrase de Damascius *, qui s'était occupé avec tant de soin de iWtoiredela philosophie, et dont il ne faut pas répudier l'autorité aussi légèrement que le fait ici Wyttenbach.

* Voyez LamL. Bos , éd. Schoef. , p. 734. — ^ Marinus , Vie de Proclus, éd. de M. Boissonnade. — * Voyez mon édition des OEmreê inédites de Proclus, T. i. — ^ Vit, Isidor, Phot. , cod. 242.

Le reste de cette vie dlamblique est rempli de détails qa'Ëunape déclare tenir deChrysanle, lequel les tenait d'Édésius, disciple immélUat et ami d'iamblicjue. On sent querl'on approche du temps où les récits d'Ëunape vont appartenir à la biographie plus qu'à l'histoire , et où Técole platonicienne y privée de ses chefs les plus illustres y «'enfonce de plus en ^plus dans les superstitions de cette époque. Ainsi Eunape rapporte assez longuement ce qu'il appelle des exemples de la faculté divinatoire d'Iamblique et de son pouvoir de faire des prodiges. Dans ce siècle, tout le monde faisait des prodiges ou en voulait faire; et les Alexandrins, moitié superstition , moitié calcul , n'étaient pas restés en arrière de leurs émules. Ici lamblique , se promenant avec ses disciples, leur annonce qu'il va passer un convoi, et à l'instant un convoi se présente; et Eunape a la bonne foi d'avouer que ce fut peut-être un effet de la bonté de son odorat plutôt que de sa vertu divinatoire*. Mais une autre fois , au bain , devant deux fontaines nommées Yune Éros et l'autre Antéros^ il évoque en riant les génies de ces deux fontaines , et les deux génies sortent des eaux et entourent lamblique de leurs petits bras. Ce trait , dit Eunape, fit taire Fincrédulité de ses disciples, qui dès lors se montrèrent dociles et confiants'. «On

^Ibid.jf. 14. — */^W.,p, i5-l6.

934 SDITAjPE,

» raconte, dit encore l'historien , beaucoup d'au-

jojlm^ choses bien plus étonnantes que je n*ai

»^|M ifpvlii rapporter, pour ne pas mêler à une

3»hiëtoire véridiqne des récits qûî- pourraient

» sembler fabuleux. L'exemple même que je

» viens de citer, je me serais fait scrupule de le

9 rapporter, dans la crainte que ce ne fut un

» conte, si je n'a^pis l'autorité d'hommes sensés

n qui eux-mêmes avaient vu la chose. Quoi qu'il

3» en soit, personne avant moi n'a fait mention

» de ce trait , et Édésius m'a dit qu'il ne l'avait

» pas mis dans ses ouvrages et qu'aucun autre

» écrivain n'avait osé le faire ^ » Pour nous, qui

avons qudlque connaissance de l'époque d'Ëu-

nape, loin de nous étonner de sa crédulité ^

nous sommes au contraire surpris de sa réserve ,

et nous ne pouvons guère l'expliquer qu'en

nous rappelant que Théodose n'aimait pas que

les païens fissent aussi des miracles.

Vient ensuite un récit de querdles assez mesquines entre lamblique et un nommé Alipius, qui , par jalousie , adresse des questions engi^arrassantes à ncMre philosophe, qui se venge de son rival en rendant justice à ses talens et même en faisant son éloge après sa mort ^. Ni M. Bois- £OBnade iii Wyttenbach ne fournissent aucune lumière sur cet Alipius, et nous n'avons jamab lu ce nom autre part. A ce que dij Eunape , il

^liid. , p. i6.— ^/2i<£. , 17, p. 18, «9.

était d'Alexandrie et y mourut très-àgé. lambli^ que y mourut aussi après lui , selon Eunape ; ce qui confirmerait l'opinion que ce fut à Alexandrie qu'Iamblique passa sa vie. Il avait eu beaucoup d'élèves et laissa une nombreux école '^ c'est AU milieu de ses élèves qu'est tombé Eunape dans sa jeunesse'. Ils se i^andirent de tous côtés dans l'empire romain , et l'un des plus célèbres, Édésius, se retira à Pergame en Mysie, et y établit une école où fiit élevé Chrysante, le premier maître d'Eùnape. C'est depuis ce moment surtout que l'histoire d'Eunape gagne en authenticité tout ce qu'elle perd en grandeur, et devient d'autant pkis curieuse qu'elle dégénère en mémoires domestiques, et ne contient plus que des détails minutieux , il est vrai , mais <^ l'on chercherait en vain ailleurs , et qui , réunis, ne laissent pas de jeter d^assez grandes lumièrAs sur l'état du platonisme à cette époque , et indirectement sur toute l'histoire 4u temps.

Les seuls écrivains de l'antiquité qui fassent mentkon d'Édésius, sont, avec Eunape, Libanius et Simplicius ^. Il faut qu'il ait été entraîné vers la philosophie par une vocation particu^ 1ère; car il était d'une grande famille de. Gappadoce, et, pour se livrer à ses goi^ts, il eut à

^Ibid,^ p. ig. ÏTo^^àç piÇa; T8 xat irrriOLÇ fiWoftfltç. Ibid. TauTïïç 6 raiSra ypàçwv tîîî f opâ; «OTu^iiffCv. Liban. Orat, ii, p. 17-18, éd. Bong. ; Simpl. , Commentaire sur les Catégories, p. i.

a36 BUITAM*

vaincre une vive résistance de la part de sa famille. Il la surmonta à force de patience '^ et fit un voyage en Syrie auprès d'Iamblique , sous lequel il étudia ^ avec un succès égal à son zèle. Ëunape assure qu'il ne resta pas fort au-dessous de son maître, à lenthousiasme religieuiLorès, que peut-être même il posséda sans oser le montrer, à cause des circonstances ^. £n effet , c'étoit alors le temps où Constantin, parvenu à l'empire , renversait les temples les plus célèbres de l'ancienne religion, et où les philosophes les plus distingués étaient forcés de se condamner au silence^ et de s'envelopper de mystère; ce qui empêcha Eunape d'acq^^rir la connaissance du fond de leurs doctrines-^ avant l'âge de vingt ans. Aussi, après la mort d'Iamhlique, toute son école fut dispersée, et ses élèves se retirèrent où ils purent Un d'eux, Sopater ^ d'Apamée, d'un

* Ihid.p. 19.— ' Ihid.f p. 20. — ^ Ibid, To [mv tirn^virrcv tffwç Al^iffcoc auTOç Jcà rovç ;;^oyovç. —4 Ibid,Up6ç iLyjvvnpMti Tiva ffcuTT^y xal Upof avTixiv s;(CfAuOîav.-i^ ^Ibid, C'est ainsi qu'il faut entendre rûv à^qOf oripuy, avec Fabricius , ( Bihlioth, gracj T. vn , p. 536, ëd. Harl.) et nos deux critiques contre Jonsius , qui voit ici une initiation tardive aux mystères du paganisme (Jons. , de Scriptor* kUt. philos,, lib. m , c. 1 "j . ).

•/Wrf. p, 21; Voyez Zosime, 11, p. 4^; Suidas, v. Zwvrotrpoc Aïropnç ; Sozomène , Hist. eccles,j liv. xv ; J. LyduSy DeMensibuSy éd. Schow, p. 67; Julien, Epist. 19 ad, Liban,, p. 4^0. Le Sopater d'Apamée, auquel écrivit Libanius, est différent de celui-ci; voyez la note deWyttenbach , 1. 11 , p. 71, 72.

caractère plus énergique et comptant plus sur lui-même , au lieu de se cacher, se présenta à la cour de Tempereur, qui le traita si bien que les nouveaux courtisans en prirent de l'ombrage et jurèrent sai perte. Constantin ^ pour peupler la nouvelle ville impériale , avait tiré de toutes les parties de l'empire une foule immense qu'il était obligé de nourrir en faisant venir des vivres de l'Egypte, de la Syrie et de la Pbénicie *. Il aimait, dit Eunape, les applaudissemens de gens ivres qui pouvaient à peine se soutenir, et trouvait du plaisir à entendre répéter son nom par des bouches à peine capables de le prononcer *. A la moindre disette, la foule mécontente n'applaudissait plus. Les ennemis de Sopater, parmi lesquels était Ablabius ^ , saisirent l'occasion d'une disette pour l'accuser auprès de l'empereur: ils lui dirent que c'était Sopater qui avait retenu les vents et empêché les vaisseaux d'arriver, et le crédule Constantin le fit mettre k mort. U est inutile d'ajouter combien les détails de cette narration sont inyraisemblables | et

^ nid. p. 22 ; Zosîme, ii , 3a ; Yaloîs sur Socrate, Hist, ecchs.y II , i3 ; Spanheim sur Julien , Orat, i, p. ^8 ; Rilter sur le Code de Théodose, t*'V, p* 71-73.

' Ibid. p. 22, 23. Touc ev xotc ^forpoi; xpoTOu; TrapaS^uÇov-

T»'» «pouirdcXfi; ÂYOpwTrwv tffaXXoiiCvuv àvOpoiTrwv àyaTDiorx;

tyxûpua «al f&y:i|ft)]v oy^^ro; fwv ^tokiç xmo ffvv)]0<îaç ^OevjfOficvoiiy Tovvopiâe.

• Ibidy p. 23-26 ; Zosime , 11 , 4^*

ft3d EHITAPE*

arec quelle défiance il faut accueillir tous les rédto d'Eunape qui se rapportent directement ou indirectement au christianisme. Mais ces récits , quelque altéras qu'ils puissent être par la passion y n'en sont pas moins intéressans pour celui qui veut tout connautre , et entendre aussi le parti vaincu. IXailleurs ils remplacent pour nous riiistoire politique d'Eunape, l'auteur se citant lui-même perpétuellement. Nous aurons donc soin de recueillir les passages les plus importans de ce genre qui se rencontreront au milieu des biograpliies d'Eunape.

Après la mort de Sopater, Édésius était \e seul disciple célèbre qui restât de l'école d'Iam* blique. Il se fixa à Pergame% et céda ses fonctions de professeur en Gappadoce à un nommé Eustathe, dont Eunape nous raconte fort au long l'histoire*, son crédit auprès de l'empereur, son heureuse ambassade en Perse ^, l'intérêt que tout le parti païen et philosophique prenait à ses succès, et son mariage avec une femme extraordinaire nomn^é Sosipatra, sur laquelle Eunape nous fait les récits les plus fabuleux et les plus ridicules. Par exemple, elle prédit à son mari qu'elle en aurait taois enfans qui seraient tous malheureux , et ses prédictions s'accompli-

• Ibid.f p. 28. Ev Tw TraXatc^ ]|lp7a^&).

*/*irf;,p. 28.38.

' Ammien Marcellin dit au contt^re que cette ambassade n'eut aucun résultat. Amm. Marc, xvn, 14.

rent à la lettre '. Après la mort d'Eustathe, elle se retira à Pergame auprèe- d'Édésittis ^ et nous passerons sous silence lite détails étraiDges de sa vie domestique, pour nous occuper un moment du seul de ses enfans qui se sdit distingué , savoir Antonin ^. H se fit une grande réputation de vertu parmi les siens, et y passa pour un saint, parce qu'il prédit des événemens qui se réalisèrent après sa mort, la destruction du temple de Sérapis ^ et une persécution violente et générale qui ne laisserait subsister aucun temple , répandrait partout la désolation , et changerait a le plus beau pays delà terre en un* » séjour de ténèbres^. »* Ces prédictions furent trouvées véritables; et à peine avait-il quitté la

*ilJïrf.,p. 37.

* Ihid.y p. 4i» C'est le seul endroit de Fantiquité où il soit mention de cet Antonin ; car Wyttenbach a très-iAeli montré , contre Garpzow , que l' Antonin cité par Zosime est un disciple d'Ammonius Saccas , doqt parle Proclbs dans son commentaire sur le Timée, liv. ni, p. 187. Wjttenbach penche à croire que ce peut être l'Antonin d'Alexandrie , cité par Suidas , t. i , p. 235 , d'après Damascius.

* Wyttenbacli remarque que la destruction des temples ég3rptîens avait déjà été prédite dans les livres d'Henovès. Voyez la traduction latine attribuée à Apulée , Discours ^Hermès à Asclepius^ p. 90 ; et S. Augustin , Cité de Dieu , vni, 26.

4 fbid.^ p. 4^« Kot Tt pv^M^fç xai «tilff{ okotoc rvpaw^ffci ta IttI 7>3$ xoXXcffTat

a4 J EtTNAPK.

vie, que, sous le règne de Théodose, Théophile, évêqufe d'Alexandrie, Evetius ou Évagrius, gouverneur civit, et Romanus, gouverneur militaire ^ détruisirent le culte païen à Alexandrie, et renversèrent le Sérapéum.. Nous rapporterons ici , en l'abrégeant un peu , le récit d'Eunape , dont le ton , moitié amer et moitié ironique, trahit sous l'affectation du langage un ressentiment profond , et nous montre l'impression bizarre que faisaient sur Tâme des lettrés païens les grandes scènes populaires de la révolution chrétienne. « Des hommes, dit Eunape, » qui n avaient j amais entendu parler de la guerre, » s'attaquèrent bravement à des pierres , les as- » siégèrent en règle, démolirent le Sérapéum et » s'emparèrent des offrandes que la vénération » des siècles y avait accumulées. Vainqueurs sans » combats et sans ennemis, après avoir coura- » .geusement livré bataille aux statues et aux of- » frandes , les avoir vaincues et dépouillées , ils Dirent la convention militaire que tout ce qui » aurait été volé serait de borine prise. Mais en- » fin*, quelle que fût leur bonne volonté, comme

* Ihîd,^ p. 44* 0«o^ocriov pâv tôt* faat^tuovTOÇ , ©loçi^ov ^s (Zosîme, V, i8; Théodoret, Hist. eccLy v, 4^? Socrale, V, 16; Suidas, Sipairtç; Sozom. vu, l5) npocraxowro^ rw èva7«v (les clirétiens) , Evstwv Si {ExtoLypwç Sozomène, vn, i5 ; Cod. Theodos., L , xi) tjôv TroXir^iv àp^iv «p^ovroç, Pm- ^vov Sk {Cod. Tlieodos, , ibid,) tovç x«r' hXfhzxw orfotxwrt^

EUITAPE. 3,^1

» ils ne pouvaient emporter le sol, ces grands » guerriers , ces héroïques conquérants , tout w glorieux de leurs exploits, se retirèrent et se » firent remplacer dans l'occupation du sol sacré » par des moines , c'est - à - dire par des êtres B ayant de l'homme l'apparence, vivant comme n les plus vils îiiiimaux, et se livrant eu public » aux actions liis plus dégoûtantes, qu'il est im- » possible de rappelei-. C'était pour eux un acte » de piété de profaner de toute manioie ce lieu » révéré: car, à cette époque, quicoiK|iiL; portait » une robe noire avait un pouvoir dcs[)otique. » Nous en avons parlé dans notre liistoire géné- » raie. Ces moines campèrent donc sur la place » du Sérapéum ; et alors , au lieu des dieux de la 11 pensée, on vit des esclaves et des criminels M obtenir un culte: à la place des tètes de nos » divinités , on montrait les tèies sales de misé- » rable's repris de justice; on mettait un genou » devant eux et on tes adorait. On appelait mar- » tyrs , diacres et chefs de la prière , des esclaves » infidèles déchirés par lefouetet tout sillonnés « des marques de leurs crimes. Tels étaient les n noiLveaux dieux de la terre '.» Quelque ou-

' Ibid. , p. 44i 45- Wyttenbach , p. i47, wcbercbe où était aitné ce temple de Sérapis, à Alexandrie ou à Canope. Il pense qu'aétaitsilnéenlreCaaope et Alexandrie, etqu'il était commun Si ces deux villes, hypothèse Irês-peu probable, Xousles auteurs citésdaasia note précédenle, auxquels il Taut ajouter Damasciusdam Suidas , v. ÔluftTrx, placent à Alexan-

tréeg que soient ks couleurs de ce tsi^leau, il ' nous donne une idée de l'histoire politique d'Eunape, et nous montre combien il importerait de la retrouver.

Ëunape, revenant à An tonin, nous le peint , ' sous la menace de la persécution , inflexiblement attaché au culte de ses pères, cachant sa vie dans une solitude près de Canope, exact observateur des rites dont il prédisait lui-«méme la chute, et faisant sa consolation et son bonheur de la contemplation des monumens qui ne doivent pas Jui survivre '. Antonin, Eustathe et Sopater occupent dans la biographie d'Édésius plus de place qu'Édésius lui-même; et, sans dire où et comment mourut ce dernier, Eunape passe à la biographie de Maxime.

Rappelons au lecteur que jusqu'ici Eunape parle d'après les traditions qu'il a recueillies, mais que dès lors il a été le témoin oculaire de presque tout ce qu'il raco^ite, et qu'il a connu les personnages dont il écrit l'histoire. Ainsi il dit lui-même, au commencement de la vie de Maxime, qu'il a rencontré dans sa première jeunesse Maxime déjà vieux , et il en fait un portrait

dric et non àCanope la scène que retrace ici Eunape ; Rufin, ii , oô^-ao , Ia place à Canope. Il faut voir Jablonski , Panthéon egypt* > ii> 5, et V, 4« — Sur l'influence illégale et arbitraire des moines , voyez Godefroy sur le Code de Théodose , |, VI, part.i, p. 107.

^ IHd* , p. 4^*

détaillé; lâais il ne dit point de quel pays ilétsât Il avait pour frère Claudien ' , qui vint à Alexan^ drie et y enseigna, et Nymphidianus , qui professa avec éclat à Smyrne. On peut conclure de ce passage que Maxime n'était pas d'Alexandrici puisque son frère Claudien n'en était pas; et de ce que Nymphidianus enseigna à Smyrne , il ne s'ensuit pas qu'il fût de celte ville ni lui ni son frère Maxime, comme l'a voulu Valois. So* crate et Ammien Marcellin disent que Maxime étuit d'Éphèse ^. Il fut lé maître, l'ami et le conseiller de Julien , et joua un grand rôle politique. Aussi tous les écrivains en parlent-ils , Suidas , Socrate , Sozomène , Libanius , Julien lui-même et Zosime ^. On lui attribue le poème Tctpt xotrap^âv, publié par Fabricius ^, et Simplicius en cite un commentaire sur les catégories d'Aristote *.

* nid., p. 47* ^^ criticfues ne sont pas d'accord sur ce Qaudien. Voyez Wyttenbach, 166, 167. Reinesius, cité par M. Boissoanade, le donne pour le beau-père du poè'te Clau-dien. Une inscription grecque de Seldcn nous offre un Clauidien , prytane à Smyrne avec une grande— prêtresse Naiiphydia. Boissonnade, p. 287.

^ Socrate, Hist. ecoL ^ in , i ; Amm. Marc. , xxix, t , p. 556; Valois, Ufid,

' Suidas, V, Mx$cfAo;; Sozomène, d'après Socrate , Y, 2; Libanius, Epis t. 606; Julien, Epist. i5, 16, 32^ 39; Zosime, iv, 2 et i5.

* Eibl. grac, , t. viii , p. ^i5 ; et l'édition d'Ed. Gerhard, Lipsi^, 1820.

* Simpl. , in Categ, Arist,, p. i.

Sa YÎe daas Eonape est

ment liée â œfle de Julien et à FhîstiHre de cette g fa iMie époque, que nous ne noos ferons pas sorqmle d*en dooDer ki un assez long estrait , poor s<q>|rfécr à la perte de Hûstoire générale dïnnape, d'où Eonape loi-même dédare qa il a tiré la pins grande partie de cette biographie de Maxime.

Kesté seul de la famille de Constantin, Joliai lot, dès son en£uice, entouré d'eunuques et de snrveillans dont la principale misâon était de le retenir dans la foi chrétienne '. Éloigné des affaires, Julien s'appliqua arec ardeur à lëtnde, et Constance , selon Eunape ^, £snrorisa son goût par politique, aimant mieux le voir enfoncé dans des livres que pensant au trône qui lui appar* tenait. C'est là ce qui explique les fedlités fini lui furent laissées de s'instruire : Julien en profita. Non content des lirres, il visita tous les hommes distingués du siècle : il ne pouvait man* quer de venir à Pergame, où enseignait le plus célèbre des philosophes d'alors , Édésias , entouré d'une école florissante dans laquelle brillaient Maxime, Chrysanthe de Sardes, Priscus de Thesprotie ou de Molossie, et Eusèbe de Mindes, Tille de Carie. Eunape nous a conservé les détails du séjour de Julien à Pergame. Il nous mon-

•Eunnpc. , T. i, p. 47.

ECNAPE. a45

tre ce jeune homme dévorédela soif de la science, sollicitant Édésius de lui donner des soins particuliers, indépendamment de ses leçons publiques qu'il suivait assidûment , et le vieux Édésius, épuisé par l'âge, regrettant de ne pouvoir servir un zèle, aussi extraordinaire dans l'héritier présomptif du trône du monde. Il s'excuse de ne pouvoir plus être utile à celui qu'il appelle le fils aimable de la sagesse \ Il ne le loue pas d'avoir oublié qu'il est né prince, il l'exhorte à être plus qu'un homme*. A son défaut, il lui recommande ses élèves; mais Maxime étant à Éphèse et Priscus en Grèce, Julien ne put s'attacher qu'à Eusèbe et à Chrysanthe. Chrysanthe n'avait qu'une âme avec Maxime ^, et était surtout remarquable par son enthousiasme religieux et ses recherches mystiques et théurgiques. Eusèbe % au contraire, était un penseur plus sévère, et paraît s'être distingué dans l'école d'Édésius comme dialecticien. Il se moquoit des prétendus miracles de ses collègues , et fit tous ses efforts pour détourner Julien de la route du mysticisme et de la théurgie ^. Mais Julien , au

* Ihid, y p. 48 , 49* Tixvov ffOf laç «TTî^paTov.

* Ihid, 9 p. 49* ^^* ^^X?» '^^^ fAUfftTîptwv, divr^t^vn ffàvrwç OTi t78vou xœi sx).)i9]qç avOpwroç.

' Ihid, y p. 49* OfzoA{/u;(ft>; MotÇifA^).

* Wyltenbacb, p. 171, pense que c'est l'Eusèbe dont Stobëe nous a conservé des fragments en ionien , et que ce ne peut être celui dont parle Anunicn Marçellin, xiv, ^.

* Ihid, p. 49 > 5o, Si..

%46 BP3ri«.

liea de Fécoirter, s'attacha à Chrysante : û alla mcme avec loi à Éphcse, où était Maxime ' , et ce fiit là qu'il se fonoa et dcTÎnt ce qu'il resta toute sa rie. Avant entendu dire qu'il existait en Grèce un vieux prêtre dTlcusis, il alla le miter ; et i cette occasion Eunape rapporte que c'est ee piètre qiû llnitia, lui Eunape, aux saints mvstères, Fêle va au rang des Eumolpides * , et lui prédit qu à sa mort il deviendrait grand-prêtre à son tour, malgré la loi de l'institution qui défendait que tout homme initié à d'autres mjstères et étranger montât jamais sur le trône de rhiért)phante. Eunape nous apprend encore que le culte d'Eleusis étaitceluideMilhra, puisqu'fl emploie, pour désigner le prétre athénien, tantôt le nom d'hiérophante des déesses, twtoîv BsaT^ !epoçflWT7 , tantôt celui de père de l'initiation de

* Ibid. ^ p. 5l .

* Jbid. , p. 52. hùu yàp tot ypôuftyroL xat cic EwjioW&ç î|c. Malgré ropinlon de M. Boissonnade ( p. 298 ) , qui a eotrafné Wyttcnbach, p. 181, 182, i83, nous faisoDS dépendre riv jpœ9Qvra de Jye comme de trtUt , arec tons les antres critiques. D'abord il n'en est pas de ayeiv comme de àvoif ipf tv , et M. Boissonnade convient qu'il ne connaît pas d'autre exemple de aytiv dans le sens de remonter jusqu'à , descendre de. ensuite c'est abuser aussi de la mauvaise léputatioD des constructions d'Ëunape, que de lui prêter une construction aussi bizarre que serait celle de la pbrase eu question, daus l'hypothèse de M. ^(Hssonnade. Sur les £umolpidesi voyez Hésychius.

COKAPE. 147

Mythra, icarJjp ttc MiOpianxîç tAettjç ". Enfin il indique ici ce qu'il avait raconté avec étendue dans son histoire générale, savoir, que ce furent les moines de la nouvelle religion , les hommes habillés de noir, dit-il, qui livrèrent à Alaric le passage des Thermopyles, et renversèrent,* à l'aide de l'étranger, l'institution et les mystères d'Eleusis *. Julien selia intimement avec ce vieux prêtre athénien ; et au retour de son expédition dans les -Gaules, où Eunape assure^ avec beaucoup d'autres historiens que Constance Favait envoyé pour s'en défaire, et où il sut, à force de génie et de prudence, échapper à tous les pièges dressés contre sa vie et cacher son dévouement à l'ancienne religion; lorsque enfin il prit le parti d'éclater et de détruire ce qu'Eunape appelle la tyrannie de Constance *, il fit venir de Grèce ce même prêtre et lui fit part de ses desseins. Ils ne mirent dans leur secret que deux hommes, dit Eunape, Oribaze de Pergame et Évémère l'Africain ^. Parvenu à l'empire, Ju- • lien renvoya en Grèce ce grand-prêtre avec un

* Ibid. , p. 62. Voyez rexcellente note de M. Boissou- Bade,p. 3oo, 3oi; et celle de Wyttenbach, p. i83, 184.

' Ibid, , p. 52 , 53.

* Ibid. , p. 53 ; Ammien Marcellin, xvi, 11 ; Socrate, Hist. eccl. y III , p. 137 ; Sozomène , v, 3 , p. 4^4 ; Zonar. , Ann.^ xni, 10 ; Zosime,ii(^ 1 ; Liban. Orat, ParentaL \ 7 ( Fabric. Bibl. Gr.T. vu. i'« ëdit.); inWexïyEpist, adJlhen.^ p. 27-7,

* Ibid, , p. 53 ,54. — * Ibid. , f , 54.

a48 EUNAPEf

pouvoir illimité et les forces nécessaires à la défense des temples et du culte. Il est fâcheux que, par un scrupule religieux ' , Eunape ne nous ait point dit le nom de ce prêtre. Quant à tous ces détails^ ils ne sont nulle part ailleurs dans les historiens; et il en est peu qui soient plus inaportans dans Thistoii^e du bas empire, puisqu'ils éclairent la grande lutte du paganisme et du christianisme. Malheureusement nous n'avons aucun moyen de contrôler le récit d'Eunape; il y règne une teinte romanesque qui sans doute n'est pas invraisemblable et peut tenir aux choses elles-mêmes , à l'imagination de Julien et à sa destinée extraordinaire; mais nous ne pouvons nous empêcher de nous rappeler l'épisode romanesque de la vie de Porphyre, raconté par Eunape et démenti par Porphyre lui-même.

Quand Julien fut arrivé à l'empire, on conçoit avec quel empressement il appela auprès de lui ses amis de Pergame et d'Éphèse. Maxime et Chrysanthe délibérèt'ent ensemble sur ce qu'ils avaieitt à faire. Eunape nous a conservé leur entretien. Mon cher Maxime, lui dit Chrysanthe, non-seulement il faut rester ici, mais il faut même nous cacher. Chrysanthe, répondit Maxime , il me semble que tu oublies un peu

* Sur la loi de ne pas révéler le nom de l'hiérophante , voyez Valois, Entend. , liv. m , i5 ; «t Villoison, Mémoires de V Académie des inscript,, T. xlvii, p. 338,

EtarAPE. 2 49

les principes dans lesquels nous avons été nourris, et qui commandent au sage de ne point se décourager et trembler à la première apparence (car ils avaient fait en commun un sacrifice et consulté les dieux); il faut écarter les apparences contraires et forcer le dieu de répondre favorablement '. Chrysanthe resta inflexibleynent attaché à ses projets de solitude. Maxime lui fit écrire par Julien ; et celui-ci, sachant quelle était sur Chrysanthe Tinfluence de sa femme Mélite, cousine d'Eunape, lui écrivit de sa propre main une lettre où il la priait de déterminer son mari à venir le joindre. Enfin désespérant de vaincre sa résistance, il le nomma avec sa femme * souverain pontife de la Lydie, leur laissa»t le pouvoir de choisir les autres ministres du culte. Maxime et Priscus se rendirent auprès de Julien. Maxime y jouit d'une faveur illimitée : il était de tous les conseils de l'empereur et le voyait à toute heure du jour et de la nuit.

Mais il paraît que son pouvoir l'enorgueillit, qu'il prit des habitudes d'élégance et de mollesse y et devint superbe et difficile. Au contraire, Priscus se conduisit avec une modération parfaite , résista à toutes les séductions , et conserva à la cour les mcfeurs et la simplicité

* J^ic/. , p. 55.

* Ibid. , p. 56, 57. Sur les souverains pontifes, avant le christianisme et sous Julien, voyez Godefroy, Code de Théodose, T. iv, p. 483.

a5o EUlfAM.

d'un philosophe. Priscus et Maxime accompagnèrent Julien dans son expédition contre les Perdes ' ; et il faut que tout ce cortège philosophique ait été en général bien haurain et bien ridicule, puisque Eunape lui-même est forcé de l'avouer. Après le désastre de l'expédition de Perse et la mort de Julien, qu'Eunape dit avoir racontées longuement dans son histoire générale ^ , Jovien continua de bien traiter les favoris de son prédécesseur. Mais quand Yalentinien et Yalens parvinrent à l'empire, la scène changea; Maxime et Priscus furent jetés en prison. Priscus absous retourna en Grèce; mais pour Maxime, il avait soulevé trop de haines par sa conduite orgueilleuse pendant le règne de Julien, pour ne pas les retrouver ardentes et acharnées à sa perte quand le malheur fut venu. Il le supporta mieux qu'il n'avait supporté la prospérité : on le condamna à des amendes, on le vexa, on le tourmenta de toutes les manières. Eunape exagère sans doute, comme l'a remarqué Wyttenbach ^, en disant que le supplice des Perses, i mafevai;, était peu de chose en comparaison des supplices qu'on lui infligea; mais enfin il faut que la torture ait été poussée bien loin ,

^ Ibid. ^p. S']. Ammien Marcellin dît qu'ib assistèrent à sa mort et recueillirent ses demîèreé paroles sur l'immortalité de l'âme, xxv, 3.

* tbid,f p, 58.— *T. u, p. 2o5, ao6,

puîsque Maxime demanda à sa femme un breuvage qui le délivrât de ses ennemis et de la vie. En effet, elle acheta du poison et l'apporta dans la prison de son mari ; mais quand celui-ci le lui demanda, elle le prit elle-même. Eunape loue beaucoup le préfet d'Asie, Cléarque *, qui fit cesser la persécution qu'éprouvait Maxime, et lui fit rendre peu à peu une partie de ses biens. Maximç revint à Constantinople, et prouva Tinnocence de ses études théurgiqnes * , ce qui augmenta la considération générale qu'on avait pour lui , mais ranima l'envie. Faussement impliqué dans un complot, arrêté avec ses prétendus associés, et conduit à Antioche , où était l'empereur, il réfuta devant le tribunal l'accusation portée contre lui; et il aurait été absous, sans la lâche férocité de Festus , qui s'empressa de le faire périr ^. Telle fut la fin d'un homme dont les fortunes diverses représentent merveilleusement les vicissitudes de ces temps orageux.

* Sur Cléarqne , voyez Ammien Marcellin , xxvii , g , et Wyttenbach , 210.

^ Si^ tel est le vrai sens de la phrase d'Eunape (T. i , p. 62 ; Boisson. , 824. ; Wyttenb. , 221 ), il paraîtrait que Maxime aurait été accusé de magie. Voyez, contre la ma*gie , les Décrets des empereurs , d'abord de Constance, années 357 et 358 , puis de Lucîus et Valentinien , Code de Théodose ^ Kv. ix, tit. xvi.

' Jbid.y 62, 63. Sur Festus, Ai&m« Marc,, xxix » i, a, 3 ;

a 5a ECJîAPE.

Après Maxime y Eunape passe à la biographie de Priscus ' , dont il avait déjà eu occasion de parler dans la vie de Maxime. Priscus était réservé et, tout au contraire de Maxime, fort peu empressé à se mettre en avant. Il se distinguait par une mémoire rare et une connaissance approfondie des anciennes opinions. Il poussait Faversioa des disputes au point de renfermer le plus souvent ses propres opinions en lui-même et de les garder comme un avare garde son trésor ^ ; il appelait des prodigues ceux quimanifestentà tout propos leurs sentimens; enfin il formait un véritable contraste avec tous ses condisciples de l'école d'Édésius, et avec Édésias lui-même, qui était d'une affabilité parfaite, et, ses leçons achevées , s'entretenait volontiers avec tout le monde à Pergame, même avec les plus ignorans, auprès desquels il trouvait encore le moyen de s'instruire. Priscus regardait cette facilité de mœurs comme une sorte de trahison envers la dignité philosophique ^. Son extrême réserve eut du moins, l'avantage de le soustraire aux persécutions après la mort de Julien, Il vécut

Zosime, iv, i5; Godefroy, sur le Code de Théodose, T. VI, part. 2, p. i54.

* Les auteurs qui ont parlé de Priscus sont Julien, EpisU 3 ad Liban. ; Libanîus , Epist. 866 , et selon Wjttenbach, .Epr^^ gg6 et loig; Amm. Marc, xxv, 3.

*/Aèa.65.-.*/4irf.,p. 66.

EUNAPE. • a 53

solitaire dans les templeà de la Grèce * , et y parvint k une vieillesse très-avancée; car il ne mourut qu'à quatre-vingts ans passés, tandis qu'à cette époque beaucoup d'hommes distingués se tuèrent de désespoir * où furent égorgés par les bafbares ^ ; par exemple, un nommé Proterius de Céphallénie et le peintre ffilarius de Bithynie, qui, au témoignage d'Eunape, rappelait quelque chose de la manière d'Euphanor.

Ici finit à peu près la série des philosophes, ou du moins elle est interrompue jusqu'à la biographie de Chrysanthe. L'intervalle est rempli par des rhéteurs et des médecins.

Leâ rhéteurs dont Eunape raconte la vie sont ceux qu'il trouva à Athènes, et sous lesquels il étudia pendant les cinq années de séjour qu'il fit dans cette ville. Le père de cette école de rhéteurs est Julien de Cappadoce, qui fleurit, et, dit Eunape , régna ^ à Athènes vers le temps d'Édésius. Ses disciples les plus célèbres furent Proserésius, Héphestion, Epiphanius de Syrie, Diophante l'Arabe, et Tuscianus ^. La biographie àe Julien renferme moins de détails sur lui-même que sur Proaerésius , qui hérita de sa renommée.

* Ibid. ; p. 67. — ^ Ibid. , p. 67.

* Ibid, , 67. L'incursion ^es Goths en Grèce est de 3g6#

* Ibid, , 68. JTupdévvei tmv iôyjvwv. Sur Julien , voyez la note de Wyttenbach , aSo , aS i .

• Ibid, , 68. Il était de I^ydie. Liban. , Efi^t. 348 , 35i .

Proserésius est le maître chéri d'Eunape ; aussi il lui consacre un trèsrlong chapitre, et rappelle les moindres circonstances de sa carrière de professeur, ses démêlés avec ses collègues, les obstacles qu'il eut à surmonter, enfin ses succès et la haute faveur dont il jouit a la fin de sa vie \ Mais il n'y arien dans tout cela de fort instructif: on peut tout au plus s'y donner le spectacle de l'état déplorable où était tombée Athènes privée de tout intérêt sérieux, réduite à assister à des jeux de bel esprit, à applaudir des exordes et des péroraisons, et des traits d'éloquence, tels que ceux qu Eunape nous rapporte avec un enthousiasme ridicule. Quand on voit à découvert la misère d'une pareille civilisation, on est moins tenté d'accuser les invasions des barbares, et l'on ne sait en vérité ce que serait devenu le monde sans le christianisme. La philosophie seule sollicite encore et soutient rattenlion de l'ami de l'humanité, parce que, dans ses aberrations mêmes, il y a encore un peu de grandeur et de vie; mais partout où elle n'est pas, le paganisme ne présente que le spectacle d'une dégradation complète et les signes d'une dissolution inévitable. Nous parcourrons .donc rapidement toutes ces biographies de rhéteurs, y signalant seulement les points qui ne seront pas tout-àfait dépourvus d'intérêt. Dans la vie de Proae-

* Ihid, , 53-93. Sur Proaerésîus, voyez la note de Wjtteûback, 366, 367^

SITlfAPE. 255

résius, il faut lire attentivement un passage sur le mode d'élection des professeurs de rhétorique à Athènes, et la répartition des élèves entre les difFérens professeurs, selon leur pays. DéjàGodefroy a tiré un assez grand parti de cet endroit dans son commentaire sur le code de Théodose '. Il ne faut pas négliger non plus quelques lignes où il est question d'un jurisconsulte nommé Anatolius , né à Béry te , ville qu'Eunape ^ appelle la mère de la jurisprudence. Il paraît que cet Anatolius,^ jouit d'un grand crédit à la cour de l'empereur, et fut nommé préfet du prétoire. Dans une tournée qu'il fit en Grèce, Anatolius vint à Athènes assister aux exercices littéraires, et il protégea puissamment Proaerésius. Celui-ci , étendant de jour en jour sa réputation, fut appelé dans les Gaules par Constance Qesar, puis envoyé à Rome, où on lui éleva uteie

* Ihid. , p. "jg. Godefroy, sur le Code de Théodose ^ liv. XIII, titre m , p. 37-47. Cresoll. , in Theatr. rJtetor.^ iv, I, p. S 76; Olearius adPhilost. , p. 566; vbjez aussi Lefèvre {^ouf^elle Athènes y p. 4* ) *^**^ ànns la note de M. Boissonnade, p^ 36r. Sur Fadmission au titre d'étudiant, voyez Wyttenbach. , 280.

* Ihid, , p. 85 ; Bach. , Hist.jur. , un , c. 1 1 , 4^ > Villoi— son , uicad, des inscript. ^ T. xlvii ; Wolf. sur la lettre ^74 de Libanius, et Spanheim sur Julien, p. I20 ; Godef., Cod^ Theod, , T. VI , p. 1 1 3.

* /^iW,, 85. Voyez, sur Anatolius, Godefroy, Cod, Theo^ dos. y T. VI, part. 2, p. 338; Valois, sur Amm. Marc.^ p. 243 ; Wernsdorff , sur Himerius , p: 296.

a56 EUKAPE., . ^

statue d'airain de grandeur naturelle , avec cette inscription qui dit tout sur l'esprit de ces temps : Rome , reine du monde y au^roi de V éloquence '. A la fin l'empereur le laissa retourner à Athènes, en lui conférant de hautes dignités; mais Rome ne pouvant se passer de rhéteurs, redemanda Proaerésius ou du moins un de ses disciples, et Proaerésius lui envoya Ëusèbe d'Alexandrie ^, homme qui était fait pour vivre à Rome, si l'on en croit Eunape, exercé dans l'art de flatter les grands et façonné à la corruption d'une capitale; du reste sans aucun talent oratoire, comme on pouvait l'attendre d'un Égyptien; car l'Egypte, dit Eunape^, est si folle de poésie, que le sérieux Hermès s'en est retiré. Il est aussi question dans cette vie de Proaerésius d'un rhéteur nommé Musonius^, qui fut exclu de sa chaire sous Julien, parce qu'il avait la réputation d'être chrétien. Proaerésius mourut à Athènes, où il avait acquis une grande réputation, quoiqu'il

* Ihid,^ p. go; Libanius, Epist. 278 ad Maxim. Ibid, , 91 . Là finit le commentaire de Wjtlenhach.

M. Boissonnade ne dit rien sur cet Eusèbe. Fabricius, Bill grœc.^ T. VII, p. 4io, soupçonne que c'est le sophiste dont parle Pbotius, cod, i34.

* Ibid., 92. M. Boissonnade remarque très-bien qu'à ce compte l'Egypte était fort cbangée. Voyez Heyn e,Opiwca/., T. I, p. 92.

* Ibid. , 92. Sur ce Musonius, voyez Wernsdorf sur Himerius, p. 472; Jons. , Hist. phiL, m, 7,

BDWAPE, a 57

n'y fût pas né/: son pays était l'Arménie .'. Après la biographie de Proaerésius vient celle

d'Epiphanius le Sjrien, un des rivaux de Pro.-erésius ^ ; puis celle de Diophaate l'Arabe , qui fit l'éloge funèbre de Proîerésius'; celle de Sopolis, qui essaya d'imiter le caractère du style des anciens*; celle crniintriiis du lïithynie^, qui passa quelque temps auprès de Julien, et, à la mort de l'empereuc, vint à Alhèiies ïe'cuLMlIir l'héritage de PiOii'ré.sius; «L-crivain d'un style facile net harmonieux et qui .s'élève quelquefois à la » hauteur dAristide.^. n Eunape accorde à peine une ou deux phrases à Parnasius ?, qui fut aussi professeur, et rie manqua pas tout-à-fait de mérite. La biographie de Libanius est un peu plus longue; mais Eunape ayant raconté la meilleure partie de sa vie dans son histoire générale à l'occasion du règne de Julien, n'a mis ici que des détails d'un faibl.' iuu itt. Cependant on ne peut nier qu'il ne. le caractt^nse avec exactitude. Le vrai talent (leLibaaius, selon Eunape, était l'ironie ^; il atfnit aussi la [>lus grande aptitude anx affaires ^. On lui {proposa les plus hautes dignités, qu'il refusa '°. Il était d'Antioche en Célésyrie ; il avait été élevé à Athènes sous Diophante; il visita Constantinople, mais il vé-

' Ibid. p. ^8. — " Ibid. 93. — ' lliid. 93 ; voyez In note deM.Boi^nn.,p. 388,389.— '/W. 94; Liban. Eput. SSi.— '/ini.gS, ToyezWerasdorf.— «/iiW.gS.— '/Jjy. gS.-'/iiW. ^, — » Jbid. 99. — " Ibid. 100.

a58 EDiuPE.

eut et mourut à Aotioche '. Restent deux au- , très biographies de rhéteurs, celle d'Acacius, né k Césarée en Paiesfine ", contemporain de Libauius et auquel celui-ci dédia^son traité nepi i.iiyjt»ç, et celle de Nymphidianus de Smyrne^, frère du philosophe Maxime, et lui-même philosophe distingué , qui participa à la fortune de son frère sous Julien et remplit un emploi de secrétaire à la cour impériale.

■ Voilà les rhéteurs dont Eunape a écrit l'histoire ; les médecins sont Zénou , Magnus, Oribaze et Jonicus. I^ premier est le maître de tous les autres : il était de Chypre *, et contemporain de Julien et de Proœrésius. 11 parait que Magnus était meilleur professeur que praticien : on établit pour lui une école de médecine à Alexandrie ^. Jonicus de Sardes ^ ne fut pas seuiemeat un médecin du plus grand mérite , mais iJ cultiva avec soin l'art oratoire, la logique et la poésie. II y eut aussi en Gaule à cette époque un médecin célèbre nommé Théon'; mais celui qui éclipsa tous les autres est Oribaze, né à Pergame^ et élevé à Athènes, auditeur de Zenon et condisciple de Magnus^. 11 ne resta pas étranger aux mouvemens politiques de son temps.

* Ibid. , xaxtl TOï «iïTa iSùi ^ivav . — ^Ibid. I oo , i o I .

* Ibid. 101, I02. — * Ibid. I02,

'Ibid. I02, io3; yojtz lanotedeM.BoUsonn. 4ii, 4'^- *Ihid. io6, 107. — ' Jiid. 107. — ' Jiid. io3; selon Snidiia, il était ^« Sardes. — * Ibid, la^.

Sous le manteau de médecin , il fut le confidefit de Julien, et né contribua pas peu k Félever à l'empire ' ; mais après Julien , il expia sa iayeuf passée par la confiscation de ses biens, la pror scription et l'exil cbe^ l^ barbares ^..Ce f^( là précisément qu'Oribaze mopt^pa toute la force de son caractère et les ressources de son talenf. Des guérisons miraculeuses le rendirent si célè? bre chez ces barbares , et le mirent en telle faveur auprès de leurs chefs y que les empereurs romains se lassèrent de persécuter \\n tel homme^ et lui permirent de retourner dans sa patrie, où il fut rétabli en possession de fous ses biens ^. {1 vécut heureux; il vit encore, dit Ëunape, au moment où j'écris, et je souhaite qu'il yiye long-temps '*. Après cette digression ^ur les rl^éteurs et les médecins de son temps, Ëimape s'avertit lui-même qu'il est temps de revenir ftUJt philosophes.

Mais les philosophes, à cette époque, étaient plus rares que les rhéteurs, et, avant de repren-

* Uid, 104. C'est ainsi (jpi'il faut enteodre la pkrase suivante, maigre Thésitation de M. Boissonnade , qui ne voudrait pas qu'un médecin et un homme de lettres se fût si fort mêlé de politique : lov^iavô; fA8v aÛTov sic tov Kai^opa irpoîâv «TivripTcaffcv m Tjj rv/^*r^^ oik Togovrov ir^Lcovtxrcî xaï; SÙ^tç àpt* Tot; wffTç xa't ^mMtx, tov lovXcavov iiri&tÇ*. Vpyez U lettre de Julien aux Athéniens , p. 377 , «« Urpoç.... , et la lettre d^Oribaze à Julien , dans Photius, Cad. 217.

« Ibid, 104. —* Ibid. io5. — * Ihid. io5.

a6o EUTTAPE.

dre une nouvelle vie à Athènes sous les auspices de Syrien et de Proclus, l'école néoplatonicie;ine semble épuisée et près de s'éteindre avec Épîgonus ou Épigonius de Lacédémone ' , et Beronicianus de Sardes^ , qui ont à peine laissé quelques traces dans l'histoire. Le seul philosophe de cet âge est Chrysanthe , auquel Eunape consacre un chapitre de quelque étendue , dicté par la reconnaissance et des sentimens particuliers. Chrysanthe était un parent d'Eunape, qui prit soin de sa première jeunesse, l'envoya étudier à Athènes, et le reçut chez lui à son retour en Lydie. Cest lui qui engagea Eunape à écrire la vie de ses contemporains lesplus illustres. Élève d'Édésius avec Priscus et Maxime, nous avons vu avec quelle sagesse il refusa de se mêler aux orages politiques de son temps , et ne se Jaissa point éblouir par l'éclat des succès passagers de Julien. Eunape confirme ici tout ce qu'il nous en avait déjà appris , par une foule de détails qui ne sont pas toujours aussi importans pour le lecteur moderne qu'ils pouvaient» le paraître à la piété et à la reconnaissance d'Eunape. Nous n'extrairons de ce panégyrique assez long que les traits les plussaillans. Chrysanthe était d'une

* Ihid, 120. Euqape : Èjrtyovoç. Amm. Marc, parle d^un Epîgonius, è Lyciâ phiiosophus j xiv, 7, et Valois veut que ce soit le philosophe d'Eunape.

^ lùid. lao. £st-<;e celui qui est cité dans la troisième lettre de Denis ?

EimAPE. a6i

famille de sénateurs, petit- fils d'Innocentius ', qui jouit d'une grande autorité auprès des empereurs, et écrivit plusieurs ouvrages en latiu et en grec, où se montraient, au rapport d'Eunape, un jugement et une sagacité peu commune* Après avoir étudié sous Édésius toutes les doctrines antiques et parcouru le cliamp entier de la philosophie d'alors, il s'appliqua prrticulièrement « à cette partie de la philoso- » phie que cultivèrent Pythagore et son école , » Archytas, Apollonius de Tyane et ses adora- » teurs ^, » c'est-à-dire que Chrysanthe fut plus théologien que philosophe ; et de la théologie à lathéurgie, dans ce siècle , il n'y avait qu'un pas: aussi nous avons déjà vu que , pour savoir s*ils devaient se rendre à l'invitation de Julien, Chrysanthe et Maxime consultèrent les prodiges.

L'ambitieux Maxime s'obstinait à repousser les apparences défavorables , et voulait faire sans cesse de nouvelles expériences et comme arracher d'heureux augures. Chrysanthe, plus docile ou plus clairvoyant, se sépara de Maxime et se refusa à toutes les sollicitations de Julien. Nommé grand-prêtre en Lydie, au lieu d'imiter le zèleç outré de presque tous les autres dépositaires du pouvoir impérial, et de se faire l'instrument d'une réaction momentanée, il se garda d'opprimer les chrétiens ^ , et son administration fut

^ Ibid, io8. Amm. Marc, parle d'un Innoçentiu^ , 3^X , n. — * Ibid, p. log. — • Ihid. p. i u.

si iiiodérée, qu'on s'aperçut à peine en Lydie de la restauration de l'ancienne religion. Aussi quand la révolution chrétienne reprit son cours^ elle ne changea et ne déplaça presque en Lydie ni les hommes ni les choses ^ et tout se passa doucement )et sans t^'oubles; tandis que partout ttUeurS la tempête religieuse et politique bôulerersalt toutes les existences '. Chrysanthe était généralement admiré, et rappelait le Socrate de Platon que, dès sa jeunesse, il avait pris pour modèle ^. On ne pouvait être plus simple dans ses manières, d'un commerce plus facile et d'une àf&bilité pliis parfaite, quoiqu'il fôt très-attaché à §es opinions et au culte de ses pères. Il mourut dans une vieillesse avancée , étranger aux évéiièmehs publics , et uniquement occupé du soin de sa famille '. Il supporta la pauvreté plus aisément que d'autres la fortune ; adorateur fidèle de l'ancien culte , il ne cessait de lire les anciens philosophes, et il écrivit dans sa vieillesse plus d'ouvrages que beaucoup de jeunes gens n'en ont lu ^. Malheureusement aucun de ses ouvrages n'est venu jusqu'à nous. Èunape né donné le titre d'aucun d'eux, et il n'en est fait mention dans aucun auteur de l'antiquité.

Telles sont les vies des sophistes d'Eunape ; on ne ^eut nier qu'elles ne renferment beaucoup d^ l'enseignemens importâns pour l'histoire gé-

E0NAPE. a63

nérale et l'histoire de la philosophie , et qu elles n'aient l'avantage de nous familiariser avec les hommes d'une école et d'une époque trop ignorée. Né nous récrions pas contre les superstitions d'Eunape; car elles appartiennent à son siècle, et sont communes à ses ennemis comme à ses amis. Il ne faut pas oublier non plus que son fanatisme et sa partialité historique, tout en imposant de graves précautions à la critique moderne, lui fournissent en même temps de nouvelles et utiles données. La passion des uns sert de contrôle et de contre poids à la passion des autres. Il est curieux aujourd'hui d'entendre sur ce grand débat la voix de l'un des derniers défenseurs de la cause perdue. On pardonne même à cette voix d'être amère et souvent injuste, parce qu'elle est celle d'un vaincu; et la situation de cet homme du IV^ siècle, de cet ami d'Oribaze et de Chrysanthe, obligé de cacher sa foi dans l'obscur asile d'une société secrète, se retirant d'un monde qu'il ne peut comprendre et qu'il abandonne aux révolutions et aux barbares, cette situation a quelque chose de touchant encore, même à la distance de quinze siècles, et répand un intérêt .singulier sur ce petit livre, écrit par un prêtre et un sophiste païen d'un esprit ordinaire en l'honneur de quelques lettrés ses contemporaine, restés fidèles comme lui à une religion et- à uœ philosophie expirantes.

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