‹ Nouveaux fragmens philosophiquesChapitre 7 sur 15 · XÉNOPHANE · texte numérisé non relu

XÉNOPHANE

théisme 9 entassant ainsi pêle-mêle trois contradictions. Il est trop bizarre en vérité de commencer par prêter à un homme un dogmatisme outré y pour finir par lui reprocher d'avoir introduit dans la philosophie la doctrine de l'incompréhensibilité de toutes choses \ D'où vient un pareil préjugé ? De la même source que celui du panthéisme de Xénophane, c'est-à-dire d'écrivains des âges inférieurs, historiens officiels mais très - peu sûrs des systèmes philosophiques , où pourtant il a paru plus commode aux historiens modernes d'aller chercher des opinions toutes faites que de s'en former à eux-mêmes par l'étude approfondie d'écrivains d'un accès plus difficile, mais d'une autorité tout autrement grave , comme Platon et surtout Aristote. Par exemple, Aristote, qui a si souvent parlé de Xénophane , ne dit pas im mot de son scepticisme. Platon n'en parle pas davantage. Cette opinion commence à paraître dans Sextus, qui tantôt prête à Xénophane un scepticisme ^solu, tantôt un demi-scepticisme, et rapporte des vers de Xénophane qui contiennent le scepticisme, à ce qu'il prétend, tout en convenant que son interprétation n'est pas unanimement adoptée *. Cicéron dit aussi ^ ; « Parmenides ,

* Axata)>î>j^ta Travrwv.

* Pyrrh, hjrp, , n, !i8;Mpers. Mathem. , vu, 49, i lo; Viii , 326.—» Academ. , iv, 23.

jCenophanes 9 minus bonis qucanquaan versibus sed tamen iUis versibus y increpant eorum arro* gantiam qui j cum nihil sdn possity audeani se scire dicere. > Mais d'abord il £aiut bien distinguer Parménide de Xénophane; «isuite Parménide n'a nié Tautorité des sens et la réslité du monde visible qu'au profit de son système sur Tunité absolue. Il parait que Sotion , à ce que dit Diogène , attribuait aussi à Xénophane l'opinion que tof^t est incompréhensible ; mats Diogène ajoute que Sotion se trompe en cela ' ; ce qui prouve , comme nous le savions déjà par Sextus , que l'antiquité était partagée à cet égard. Aristoclès dans Eusèbe', le faux Origène^, saint Epiphane ^ et Proclus lui-même dans le corn»

mentaire du Tintée ^ répètent vaguement l'accusation de scepticisme. Mais tout se réduit à l'autorité de Sextus , qui seul cite à l'appui de son opinion. un texte de Xénophane. U s'agit donc d'examiner soigneusement ce texte , et de voir si réellement , comme le veut Sextus ^ il contient le scepticisme universel.

Nul homme n'a su , nul homme ne saura rien de certain Sur les dieux et sur tout ce dont je parie.

Et celui qui en parle le mieux

N'en sait rien , et l'opinion régne sur tout [09x0; x nrl uSust,

Tinurratc.]

^Ibid. — ^Prœp. t^ang. ^ m, 3. — * Ihtd.^f. 94«— ^i> p. 1087.— * P. 78.

90 xâirûMm,

Il est aisé en isolant ce dernier vers àùB pré^ ccdeqts d'y trouver l'apparence du scepticisme; mais en le laissant à sa place, il se rapporte aux vers précédents , et signifie seulement que l'opinion règpe dans tout ce dont parlait Xénopbane. Or, de quoi parlait -il? S'il parlait de l'unité , du monde , de Dieu et des objets même de son système, il est en effet sceptique, incoi^séquent à lui-même , et inconséquent d'une manière si absurde qu'il faut uu peu hésiter à admettre cette solution. Mais Xénophane ne s'explique-t'il pas lui-même très-clairement, et ne dit-il pas qu'il s'agit ici des dieux , de ces dieux auxquels on sait qu'il faisait une guerre acharnée? C'est encore ainsi qu'il faut entendre, selon nous , ce vers de Xénophane que noua fournit Plutarque ':

Ces choses n'ont de la vérité que l'apparence, et appartiennent

[à ropînion.

De cette manière il n'y a point de contradiction dans Xénophane. Il est sceptique dans ces vers, mais sur le polythéisme de son temps , et ici le scepticisme est une fidélité à ses principes , et le lien qui le rattache aux deux écoles dont il participait , et dans lesquelles c'était comipe une formule convenue que la croyance aux dieux était en dehors de la science , et du seul domaine

* Spnpos. , liiv. Et , éd. Reiske , T. yin , p. 973. TaCra ^c^oÇotffOcu... Remarquez ravlrac et non irivra.

XilTOPHAHE, 0{

de l'opinion. Songeons d'ailleurs que le scepticisme n'est pas du temps de Xénophane , et qu'il faut attendre plus d'un siècle pour rencontrer une école sceptique. N'oublions pas non plus que les sceptiques mettaient bon gré mal gré dans leur école , au rapport de Diogène ', sur les plus faibles apparences y les philosophes les plus opposés à leur doctrine. Ils ont voulu .at? tirer à eux jusqu'à Platon. Il n'est donc pas étonnant , le poème de Xénophane ayant péri de bonne heure , que Sextus ait interprété scepr tiquement et détourné au profit de son système les quatre vers qu'il nous a conservés , et c'^st du livre de Sextus que cette opinion aura passé da^^ quelques-uns des écrivains postérieurs où les modernes l'ont rencontrée. Mais elle ne repose que sur un malentendu, sur une interprétation faite visiblement dans un intérêt d'école^ et tout-à-fait étrangère et postérieure au temps de la véritable intelligence philosophique

parmi les Grecs , au temps de Platon et d'Aristote.

Nous nous arrêtons ici avec les documents :

nous avons pris à tache de n'en négliger aucun , et de les faire entrer toq^ dans cet essai pour qu'ils pussent en conlBrmer les vues ou les convaincre d'inexactitude. Nous croyons n'avoir fait autre chose qu'encadrer les données que nous

* IX, 7a.

fournissaient les différents auteurs j et les avoir mises dans leur véritable point de vue. Partout nous avons étroitement uni la biograpliie du philosophe à l'histoire de ses opinions, convaincus qu'en fait d'histoire rien n'est arbitrM^ et indifférent, et que les théories les plus générales dépendent plus ou moins des temps et des circonstances au milieu desquelles elles naissent et se développent. En résumé , nous croyons avoir prouvé que Xénophane, né 617 ans avant notre ère , et dont la vie remplit tout un siècle , Ionien de naissance, est resté Ionien dans une grande partie de ses idées, et qu'arrivé dans sa vieillesse au milieu des colonies de la Grande-Grèce, il y pu/sa quelque chose de pythagoricien , qui , se combinant avec ses autres idées , en composa ce système si bien caractérisé par Aristote, comme un système indécis , où le théisme et le panthéisme coexistent , avec une prédominance secrète de l'élément pythagoricien et théiste , qui , peu à peu s'accroissant et se développant , finit par absorber l'élément panthéiste et ionien dans l'unité absolue et l'idéalisme exclusif de l'école d'Elée. Nous avons aussi essayé de mettre dans S3n jour un des meilleurs titres de gloire de Xénophane, celui d'avoir commencé la dialectique et fondé cet art de raisonner que l'École d'Élée porta si loin '.

* Aristoclès dans Eusèbe, p. 766 ; Atticus , ïbid. , p. Sog ; Sext. , Advers. Mathcm. , vu, 14.

^ xiNOPHAjnsJ 93

Sources et Bibliographie. — Aristote est le seul philosophe de Tantiquité qui ait consacré ua livre particulier à Fécole d'ÉIée. Du moins c'est à lui que Ton attribue le livre sur Xéno^ phane , Zenon et Gorgias. Ce livre est précieux en ce qu il rapporte non-* seulement toute la métaphysique et la théologie de Xénophalie , mais aussi l'argumentation par laquelle ce dernier essayait de démontrer et de lier entre elles les vérités qu'il exposait , et en ce qu'il donne des raisonnements de Xénopbane une critique qui contribue beaucoup à les mettre en lumière. H est étrange que Simplicius ne cite jamais cet ouvrage ^ d'autant plus que, dans tout ce qu'il dit sur Xénophane , il le copie et ne fait guère que l'abréger. G'est l'autorité de Théophraste qu'il invoque au commencement du morceau où il est question de Xénophane, et cette autorité a bien l'air de s'étendre également sur tout ce qui suit. Enfin Bessarion, toutes les fois qu'il traite de Xénophane , ne cite pas Aristote, mais Théophraste ; et cependant il ne fait que reproduire ce qui se trouve dans l'ouvrage sur Xénophane, Zenon et Gorgias.

Il ne serait donc pas impossible que cet ouvrage fiit de Théophraste et non d' Aristote , ce qui n'en diminuerait pas l'importance. Malheureusement il est si corrompu que les efforts des critiques les plus habîles sont loin de l'avoir entièrement éclairci. Les travaux les plus dis*

^4 UÉKOPBAlTBè

tingttés dont il a été Tobjet sont ceux de Fûllebom : Commentatio quâ liber de Xenophane , Eenone et Gorgidpassim illtistratur^ Halle, î 789 ; t»Iui de Spalding : Commentarius in primant partent libelli de Xenophane, Zenone et Gorgiâj prcefpissis vindiciis philosophorum megaricO" frim, Berlin, ^79^^ ^^ celui de M. Brandis, dans son excellent écrit î Commentationwn eleatica* tum pars prima , dont tous les amis de la philosophie ancienne désirent vivement la suite. Sextus est précieux pour les fragments qu^il nous à conseiarés. Simpliciuséclaircit, en l'abrégeant, l'ouvrage d'Aristote ou de Théophraste. Il faut lire avec une extrême précaution Diogène de Laérte , le fatlx Wutarque , le faux Origène , Gafién , Théodoret , etc. , auteurs sans critique Èt)mme sans intelligence, dont le meilleur est encore Diogène.

Chez les modernes, toutes les histoires de la philosophie où Xénophafte trouve sa place présentent en général ces deux défauts : 1® de ne point le séparer assez de Parménide et de l'école d'Êlée; 2® de trop rapporter au monde ce que Xenophane ne dit que de l'unité et de Dieu.

t^at*mi les écrivains qui se sont occupés spécialement de ce philosophe , il faut compter : Walther, Eroefnete Elêatiscbe Graeber, deuxième édition, 1724; — Feuerlin, Z)m. historico-philos. de Xenophane , Altdorf, i 729, in-4*^; — TièdemBîm^Xenophanis décréta^ nw* Biblioth.phihl,

XÉ^O^BAJUU 95

eicrit , vol. i, fasc. 2 ; — iPûllel>om , Beitrcsfj^ zur Geschictite der Philosophie; le septième cahier contient une collection, mais incomplète, des fragments de Xénophane , et le premier un ssai sur sa philosophie ; — Buhle , Commentât, 'de ortu et progressa pantheismi à Xénophane Co* lophûilio y primo ejus auctore , usque ad Spi" nosam^ Gotting., 1790, in-4^ et aussi dans les Mémoires de l'académie de Obtting. , tome x ; — Brandis, Commentât. Eleaticarum pars pri^ fhay jittônaj i8i3.

ZENON D'ELEE.

ZENON, appelé ordinairement 2^non d'Élée pour le distinguer du ifondateur du çtoïcisnie, naquit à Élée, colonie phocéenne de la Grjpde- Grèce \ Les uns lui donnent pour père Pyretès ^, la plupart Teleutagoras ^, la majorité des témoignages faisant de Pyretès le père de Parménide ^. Pour la date de sa naissance et toute sa chronologie, l'autorité la plus précise que nous ayons est l'introduction du Parme-nide de Platon, où Pa.rniénide et Zenon sont représentés arrivant à Athènes, Parménide à l'âge de soixante-cinq ans, et Zenon à l'âge d'apeu près quarante. Et il ne faut pas éluder l'autorité de* Platon, en invoquant ses nombreux anachronismes; car Platon se permet, il est vrai,

*Diog. de Laèrte, IX, 28. Apulée^ ^/>o/. , i. Strab., vi, etc.

*Apollo(Iore, dans ses Chroniques ^ au rapport de Diogcne , IX , 25

• Diog. , ibid. Suidas, Z>jvwv.

*Diog. , Parmen, Suidas, Ifotpwcv. Théodoret, Therap, Scrm,

des anachrohismes, mais quand ils lui sont nécessaires y OU quar>d ils sont insignifîans ; ôr ici rien de semblable. Platon n'avait aucun besoin de nous donner Tâge précis de Parménide et de Zenon , J9t ïerreur serait trop positive et trop grave pour être une simpje distraction chronologique; ce serait une véritable déception toutà-fait inadmissible. On peut donc regarder la date fixée par Platon comme une base sur laquelle la critique doit s'appuyer. Or Zenon, arrivé à Athènes à l'âge de près, de quarante ans, y jeta un grand éclat pendant son séjour, à ce que Platon nou» apprend. Il y donna des leçons à l'élite de la jeunesse athénienne : Plutarque assure même qu'il enseigna à Périclès la philosophie de Parménide. Ainsi cette époque peut être considérée comme la plus brillante de sa vie, et par conséquent c'est à celle-là que peut très-bien se rapporter ce que dit Diogène, que Zenon fleurit à /la soixante-dix-neuvième olympiade; Suidas dit à la soixante-dÎK-huitième; Eusèbe le place avec Heraclite à la quatre-vingtième. Or un homme qui a près de quarante ans vers la soixante-dixhuitième ou soixante-dix-neuvième olympiade, est né vers la soixante-huitième ou soixante-neuvième. Le même célcul servirait aussi à bien fixer la chronologie de Parménide. Si on fait tomber l'âge de soixante-cinq ans que Platon lui donne vers la soixante-dix-neuvième olympiade , il sera né entre la soixante-unième et la soixante-

deuxième , c'est-à-dire , dans le berceau même d'Élée et dans le premier établissernent de la colonie. Il aura pu entendre Xéuophane, mort vers la soixante-sixième olympiade, et il aura trèsbien pu commencer à se distinguer, vers là soixante-neuvième, comme le marque positivement Diogène. Son illustration se sera accrue et développée de la soixante-neuvième à la soixantedix- huitième ou soixante-dix-neuvième, époque à laquelle il arriva à Athènes à l'âge de soixantecinq ans , déjà tout couvert jde cheveux blancs , dit Platon , et avec l'aspect d'une belle vieillesse. Après son voyage à Athènes, sa célébrité n'a pu que se maintenir jusqu'à sa mort, ce qui explique ce que dit Eusèbe qu'il a fleuri avec Empédocle dans la quatre-vingtième olympiade; la mention simultanée d'Empédocle prouve assez qu'il ne s'agit pas ici du commencement de la réputation de Parménide , maïs de son plus haut degré et de son dernier terme. La seule objection est l'impossibilité que dans cette hypothèse Socrate, né dans folympiade soixante-dix-septième, 3* année, ait pu prendre part à la conversation re-' tracée dans le Parménide, et qui a dû avoir lieu vers la soixante-dix-neuvième olympiade, c'està-dire, quand Socrate avait au plus dix ans. Sa jeune imagination aura bien pu être frappée de îaspect imposant du vieux philosophe; mais comment lui prêter , si précoce qu'on le suppose, une partie de largumentation du Parménide ?

A cela nous répondons que c'est ici que se place très-bien le genre d'anachronisme que Platon se permet, et qu'il pouvait se permettre. Platon se proposant de faire connaître la pfaMosophie éléatique, c'était une bonne fortune pour lui de trouver établie et répandue une tradition vive encore du voyage etduséjourdeParménideetdeZénon à Athènes, tradition qui lui permettait de mettre en scène ces deux illustres personnages exposant eux-mêmes leur doctrine. D'un autre côté, la donnée fondamentale des drames de Platon était l'intervention de Socîrate; et Socrate dans son enfance avait vu ou pu voir Parménide et Zenon. Il ne s'agissait donc que de lui prêter quelques années de plus, et de substituer sa première Jhh nesse à son enfance, changement nécessaire mais suffisant j)our faire jouer à Socrate un certain rôle dans cette haute conversation philosophique. L'anachronisme» était peu de chose, et il était indispensable. Rien d'ailleurs n'était pluS aisé ^ue de le n^^quer-sous une expression^ indécise qui offrit le double isens de l'enfance ou de la première jeunesse , et c'est précisément une semblable expression ^ qu'employé Platon dans le Parménide et le Théœtète. Cette, seule hypothèse admi^, il en résulte un calcul qui a .pour lui la concordance de tous les autres té*moignages^ qui fixe et détermine toute là

lOO ZÉUfOV J>iLÉE.

chronologie de Zenon et de Parménide , se lie à celle de Xénophane, établit l'enchaînement 9t le mouvement de l'école d'Élée , et par là éclaire Thigtoire entière de cette école. On voit alors toute cette métaphysique, en apparence si arbitraire, se développer régulièrement, comme d'après un plan arrêté d'avance sur lequel viennent se dessiner successivement et au temps marqué, avec leurs rapports intimes et leurs différences nécessaires, les trois grands hommes qui constituent l'école d'Élée. Entre la soixante-unième et lasoixaAte-sixième olympiade, Xénophane, Ionien de naissance, et récemment établi au milieu des colonies doriennes et pythagpiiciennes de la Grande-Grèce, conçoit l'idée fondamentale de l'école d'Élée, et la lègue indécise encore, mais féconde et pleine d'avenir, à son successeur Parménide, qui, néàÉlée, n'ayant jamais respiré d'autre air que celui de la Grande- Grèct, nourri de bonne heure et pénétré de l'esprit qui avait inspiré la.vieilleVe de Xénophane, retranche de l'ensemble imparfait dont il hérite l'élément empirique et ionien, pour en développer exclusivement l'élément dorien , la haute tendance idéaUste et pythagoricienne , et imprime ainsi au système éléatiqOe Tunité et la rigueur qu'aucUn système ne peut avoir à sa naissance, l'élève à son véritable principe, le pousse à ses véritables conséquences, lui donne enfin son caractère et sa forme définitive. Ceci

avait :$^ ver^ la soixante-dixième olympiade. Zenon, né à Élée, vers cette époque, trouvant l'école éléatique fondée tt achevée, n'avait plus rien à faire qu'à la ^fendre etk combattre pour elle; c'était le seul rôle qui lui restfit, et il l'a rempli admirablement de toute manièrc.On peut dire que Xénopbane est le fondateur de l'école d'Elée; que Parménide en est le tégisiateur; Zenon, le soldat, le héros et le martyr. Ce point de vue domine à la fois la vie de Zenon et ^ ouvrages ; car la vie et les ouvrages (fun liomme qui appartient véritaWement à l'histoire expAment la même idée et tiennent k lainêmedestinée. I^a destinée deZénon devait être toute poléihiquç. De là, dans le monde extérieur, la forte vie et la fin tragique du patriote; et dans le monde de la pensée , le rôle laborieux dy dialecticien ' .

Né à Élée vers la soixante-neuvième blympiade avec des avantages extérFeuçs remarquables ', la première partie de la vie de Zenon s'écoula, à ce qu'il parait, dans l'étude de la philosophie do Parménide, qui l'aima comme un père ^, sefen les uns, ou plus vivement encore , selon les au-

Diog. ,ix, 25.

^PUton, Ponn., tifiJ,xrt vaùjpfUmtiin*. Apulée, jipal, i. Longé dtcorissimum. Dïogéne dit 1a même chose d'après Platon.

* Dîog. , «liait piv TCUvtufifiM, diirit ^4 nif^mifet.

loa z^iroir d'elèe.

très *.Tous les auteurs s'accordent^ur s^ argent patriotisme. C'étaitl'époquede l'affranchissement de la Grèce et de l'élsA' général vers la liberté et l'indépendance : de toutes parts on secouait le joug des Peisps, et l'on travaillait à se donner des institutions plus libres. L'histoire de chaque colonie, cl surtout l'histoire d'Élée,est couverte de it-uclM-es trop épaisses, pour que nous sachions ce qui se passa alors sur ce point intéressant de là Grande-Grèce, Seulement nous Toyons'que, fondée dans la soixante-unième c^mpiade, Éiée s'adressa à ses philosophes, à Parménide, selon Plutarque et Diogpne, à Parménide et à Zenon , selon Strabon , pour fixer sa constitution et ses lois ". Quelle était la nature de cette législation? Inclinait-elle vers l'esprit des établissements' doriens , on , fidèle à son origine phocéenne , Élée conserva-t-elle l'esprit ionien daas ses institutions ? On s'accorde à louer cette législation sans la décrire, e^ Plutarque ^ assure qu'au comçiencement .de chaque année, les citoyens faisaient serment de n'y rieo changer. La tradition dit la même chose des

• Plajon, Hid., nai^irâ mÛUapftfnSw. Mïiénie, liv. si, éd. Schw., T. rv,p. 38i, semble confirmerropÎDion de Platon par le reproche même qu'il lui fait d'avoir dît sans aucune nécessité que Zénoti était le bien aimé de Parménîde : ivSifuài xanwii.'/oiaiiç ^ù«i-

*Diog., IX, 23. Plutarq., contr. Colot. , éd. Reiske, T. x, p- 6a8 ; Stnbon , vi. — • I&id.

zinpvr i>*tiàiR. io3

lois que Chârondas donna à Rhégium^ et de celles de plusieurs autres villes de la Grantle- Grèce. Si le fait rapporté par Plutarque est cer& tain 9 il supposerait à Élée, comme à Rhégium^ comme à Thurii et ailleurs , des troubles anté-« rieurs , probablement causés par la lutte dej'âristocratie et de la démocratie , lutte qu'on aurait essayé de terminer par l'adoption d'une législation tempérée. Quoi qu'il en soit , Zenon , cbn-» tenj d'avoir contribué à donner à sa patrie des institutions sages, ne chercha pas à s'y faire tiné grande place , et ne voulut d'autre pouvoir que celdl^dd ses vertus et de ses talents. Diogètie atteste qu'il méprisait les grandeurs ' à l'égal d'Hé-^ racKte, et l'on sait que l'Ionien Heraclite mépHsa si fort les grandeurs, qu'il renonça volontairement au pouvoir suprême. Mais les deux philosophes étaient animés en cela de sentiments bien différents. Heraclite quitta en même temps le pouvoir et la société des hommes poUf se livrer tout entier à l'étude de la nature. Zenon -. eh se ttiaiiitenant pur de toute ambition , conserva son activité politique. Il était même tres-sensible à Ibpinion , et Diogène nous en a coiij^rvé un mot qui prouve qu'il y avaî^ en lui un «œar d'homme et une honorable sympathie. Quelqu'un * lui demandant pourquoi il était si sensible au mal qu'on disait de lui : « Si le blâme de mes concitoyens,

• Diog. , IX , 28 , vTïtpdTTTixôc Twv fAetÇdvoiv. ^Diog. , IX, 29.

lo4 ZjéNON D£]^]é£.

» répondit-il ^ ne me faisait pas de la peine , leur » approbation ne me ferait pas de plaisir. » Il aimait trop ses concitoyens pour n'avoir pas besoin d'en être aimé. Élée n'était , il est vrai , qu'une petite ville; mais ses citoyens étaient bonné te§9 et Zenon préféra constamment ce séjour modeste aux magnificenjces d'Atbènes ', qu'il ne fit que visiter de temps en temps, et qui ne purent le séduire ni l'arrêter.

Ce fut dans un de ces rares * voyages qu'il accompagna Parménide, et que se ^lace l*pisode de sa vie qui fait le sujet du Parménide de Platon. Ce voyage eut l'important résplttt de faire entrer la philosophie éléatique dans le mouvement général de la philosophie grecque.

Zenon enseigna la nouvelle philosophie à Péridès ^, et donna à Py thodore et à Callias ^ des leçons qu'ils lui payèrent cent mines; et, quoique la coutume de faire payer ses leçons lui ait été commune avec les sophistes, il n'y faut rien voir de contraire aux habitudes modestes de sa vie et à son désintéressement. Platon est le premier qui dcfina des leçons gratuites, d'abord parce qu'il répugnait à fjiire dégénérer l'enseignenlçnt de la sagesse en ung sorte de profession mercantile ;

• Diog. , IX , 28 , Hoktj evrÙYi riyxnnfft fAoXXov t^ç ÀOmvatuv Htyoàttv^ioiç. Suidas, Eisa,

? Diog. , ibid. , Oux èm$Yiii^<Tctç roc TtoXkot tt^Ô; aÙTOv;.

• Plutarq. , f^it. Pericl, — * Plat. , AlcUf, Voyez ma traduction, T. V, p. 72.

ZÈJX01X DÉLÈE. Io5

ensuite pour distinguer par-là plus fortement renseignement de Socrate et le sien de celui des sophistes; enfin par la raison qu'il était fort riche, et pouvait se passer de tout salaire. Faute de cette dernière raison, les philosophes platoniciens eussent été obligés d'abandonner tôt ou tard l'exent* pie de leur maître , si les Antonins n'eussent pas créé à Athènes des chaires publiques de platonkme avec un traitement donné parVétat ou avec des dotations afifiîctées à la chaire qui permet* taient aux professeurs (ol Aia^ojpi) d'enseigner gratuitement ; et ces dotations subsistèrent jusqu'au décret célèbre de Justinien , sous le consulat de D^cius, au sixième siècle '. Olym|âodore , dans son Commentaire sur le premier Alcibiade j en commentant le passage sur les cent mines que Zenon fit payer pour ses leçons à Callias et à Pythodore, tout platonicien qu'il est , a le bon sens de ne point accuser Zenon , et même de le défendre , par cette raison très-simple qu'on ne voit'|ps pourquoi il n'en serait pas de la philoso|>h!l^' comme de la médecine et des autres arts, et pourquoi le philosophe instruirait les hommes sans obtenir une récompense 'de ses soins ^. D'ailleurs la vie entière de Zenon est là pour le défendre du reproche de cupidité. On peut voir dans le Parmé^

* Joanuki^ Malela , Hist, chron.^ n, p. 187, éd. Oxon.

* Ol^mp. , m Plat. Mcib. , éd. Creuzer, p. i4o et i^i.

I06 ZÈBCfB 0CJL£E«

nide Feffet q[aQ produisirent à Athènes les étrangers d^Élée^ et la doctrine de Tunité absolue. On conçoit que les objections et les plaisanteries ne manquèrent pas de la part de Tempinsme ionien y la seule doctrine philosophique jusqu'alors conifue et accréditée à Athènes. Zenon , chargé par Parménide de soutenir la discussion, au lieu de rester sur les hauteurs de l'idéalisme , descendit sur le terrain même de l'empirisme , et tournant contre ses adversaires leurs prc^res objectionset leurs plaisanteries, les força- de reconnaître qu'il n'est pas plus aisé d'expliquer tout par la pluralité seule que par la seule unité. Cette polémi(|ue d'un genre tout nouveau déconcerta entièrement les partisans de la philosophie ionienne, excita une vive curiosité et un haut intérêt pour les doctrines italiques ; et ainsi fut déposé dans la capitale de la' civilisation grecque^ avec un élément nouveau et une nouvelle donnée philosophique^ le germe fécond d'un développement supérieur. Zenon, avec sa dialectique subtile et audacieuse, ^parut aux Athéniens comme une sorte de Palamède en fait de discus- Mon philosophique'.

De retour àÉlée, et ici toute date "précise nous

* Platon , Phedr. , (Voyez ma traduction , T. vi , p. 85. ) et Diog; , IX, 25, d'après Platon. C'est en effet Zenon que Platon désigne sous le nom de Palamède d'Élcc. Hermias (éd. Ast. y p. 1 84) et le Scholiaste l'entendent ainsi : ort^c ffftvcffiTDifAwv er;(é^ov ?v i àvipj ùç xal naXcejjui^ijç, Quintilien ,

ziâroN d'èiée. t0j

abandonne ) son patriotisme trouva l'occasion de se déployer sur un plus grand théâtre. Tous les historiens attestent qù'Éiée étant tombée , il est impossible de savoir comment, sous le joug d'un tyra& appelé Néarque, ou Diomédon , ou Démy losy Zenon enti^e^it de la délivrer , qu'il succomba, et périt dans un horrible supplice où il montra un caractère héroïque. Voilà le fond du récit 4es historiens ; mais les .variantes sont innombrables. Le fait est trop intéressîftit en lui*diéme et trop honorable à la piiîlosophie éléatique, pour qu'il nous soit permis de ne pas l'examiner en détail.

Cicéron^ le.^apporte d'une manière tr%s-gé* nérale. Phitarque le développe davantage ^ : « Zé- D non, l'ami de Parménide, ayant conspiré contre y> Démylos , et ayant échoué dans son projet , ren« » dit témoignage par ses actions de l'exceUence

Xnst, Or. , m , i, voit un rl^teor dans le Palalnède de Platon , le rhéteur Alcidamas. Il n'est pas besoin ^ avec Spal— ding } de rejeter la phrase de Quîntilien comme l'addition d'un glossateur ; il suffit de l'explicpier par les habitudes d*esprit de Quîntilien. Il est étrange que Tiedemann , ./#rgum, m Plat. , p. 578 , rapporte cette expression à Parménide , fondant celte conjecture sur une autre , véritable* ment au— dessous de» la criti^e<^ savoir, que Platon aura ainsi parlé d'après un livre controuvë de Parménide ^'il aura pris pour authentique. Mais lui-même a plus tard abandonné cette opinion, et il est revenu à celle que nous avons adoptée. Geist der spéculât. Philos. T. i*% p. 298.

^Tusc. , II. — De nat. deor.j i. — * Contr. Colot*, éd. Kciske y T. x , p. 63o. ^

I08 zilfOir DELÉE.

» de la doctrine de son maître, et prouva qu^une 9 ame forte ne craint que ee qui estdéshoBnéte, » et que la douleur ne fait peur qu'à des enfants » et à des femmes , ou à des hommes qui ont un » cœur de femme. En effet, il se coupa la langue » avec les dents et la cracha àfeJa figure du ty- » ran. p II rapporte la même chose ailleurs '; et dafts les Contradictions des stoïciens^ en faisant allusion au malheur de Zenon, il rappelle le nom du tyran Défnylos. Le rétit de Diogène est encore plus détaillé que celui de Pluthrque, et repose sur diverses autorités graves ' : «r Zenon ayant » enti%pris dje renverser le tyran Kéarc^e, d'au- »tres disent Diomédon, fut pris, comme le dit » Héraclide dans l'abrégé de Satyrus. Interrogé » sur ses complices , et sur les armes qu'il avait » transportées à lipara , il nomma tous les par- » tisans du tyran , afin de le priver de ses appuis. » Ensuite, feignani d'avoir quelque secret à lui » dire, il lui mordit l'oreille et ne lâcha prise «qu'après avoir été percé de traits, suivant » l'exemple 4'Arîstogiton le tyrannicide. Démé- » trius, dans les Homonjrmes, dit qu'il lui mordit » le nez. Antisthène , dans ses Successions de 1^ philosophes , Aiaiojjiti, raconte qu'après avoir » dénoncé les partisans du tyran , comme celui- » ci lui demandait s'il ne lui restait plus per-

* D€ Garrulitate^ T. vni, p, i3.— *T. x, p. 345.— • IX , a6-a8.

» sonne à dénoncer , il répondit : « Toi ^ fléau

30 de ma patrie ! » et que , s'adressant aux as-

» sistans : « J'admire, leur dit-il, votre lâcheté,

» sif par crainte de ce que je souffre, tous con-

» sentez à être esclaves. Enfiui il se coupa la lan-

» gue a^ec les dents, et la cracha à la face du ty-

3» ran. Alors les citoyens se jetèrent sur le t^ran

» et le tuèrent. Yqilà ce que disent à peu près la

» plupart des auteurs ; mais Hermippus prétend

» que Zenon fiit jeté dans un mortier et pilé. »

Diodore de Sicile ' dit positivement que le tyran

dont il est* ici question était un tyran d'Élée, ce

que dit aussvSuidas^, et ce qui va très-lKen avec

le récit de Diogène; car, pqur délivrer Élée qui

est sur la côte, il était naturel de s'assurer de

Lâpara ifui est presque en face, et d où Ton peut

rapidement débarquer à Élée. Il n'est donc pas

du tout nécessaire de supposer avec quelques

critiques, qu'il s'agit d'un tyran de Lipara que

2^non avait voulu attaquer ^, encore moins, avec

Valère Maxime, du tyran d'Agrigente, Phalaris *,

et encore moins, avec Philostrate ^,d'un tyran de

Mysie. Il ne faut pas représenter Zenon comme

un aventurier politique, mais comme un patriote

dévoqé. Diodore appelle le tyran d'Élée Néar*

que, ainsi que Philostrate; Clément d'Alexandrie

• /Vûgyi., éd. Bip., T. IV, p. 63-64. —! E>iâ. — * Vorstîus, dansBayle. — * m, 3". Voyez Bayle. — * F'it. Apollon.^ VU, 2, éd. OWar. , p. 279. ÉXivô<p« Ta Mvawvîy^vi.

Fappelle Néarque ou Démylos ' ; Suidas^, qui copié Diogène, "Néarque ouDiomédon. Diodore, dans son récit, ajoute quelques particularités qu'il est impossible de passer sous silence. Néarque demandant à Zenon quels étaient ses complices: «Plût à Dieu, répon^t Zenon, quej'eusseJecorps 9 au)ssi libre que la langue! » Diogène dit que Zenon ne lâcba l'oreille du tyran qu'à force de coups î Diodore va jusqu'à prétendre qu'on fut obligé de l'en prier. Mais ce qu'il y a de plus remarquable dans le récit de Diodore , c'est que les dernières lignes semblent faire enfendre q«ie Zenon fiiit délivré et qu'il se tira d'affaire, ce que le> dernières lignes du récit de Diogène admettraient aussi, aans toutefois l'indiquer. Ménage, sur Diogène , et Bayle ont relevé et expliqué les erreurs des écrivains inférieurs qui, en racontant cette histoire , en on t confondu les héros , le temps et la scène. Par exemple , Tertullien , dans Yuépologétique ^{bjX demander parDenys à Zenon d'Élée ce qu'enseigne la philosophie. Celui-ci lui répond : « Le mépris de la mort. » Sur quoi il ^st livré à d'affreux supplices et scelle sa pensée de $on sang. C'est un pur roman , et Dionysio est là évidemment pour Demylo ou N€ar:f:ho. Ammien MarceUin ^ prête cette aventure à Zenon le stoïcien , et fait du tyran d'Élée un roi de Cy pre , évidemment encore d'après une mauvaise interprétation « •

^ S iront. , IV. — ^làid. -**xiv, 9,

cîe la phrase de Cîcéron, qui, a côté de la mort de Zenon d'Élée, cite celle d'Anayarque, qui eut * lieu par l'ordre d'un roi de Cypre. En général l'histoire d'Anaxarque et celle de Zenon ont été confondues, et, pour athever la cdbfusion, 9Énèque ' attribue à un des conspirateurs athéniens contre Hippias, probablement Aristogitoli , une partie des choses que l'on a coutume d'attribuer à Zenon d'Élée.

De l'ensemble de ces faits réduits par la critique et apprétiés à leur juste valeur > mais rapprochés et combinés dans ce qu'ils ont de ç$tisàhy ressort le caractère que nous avons signalé dtins Zenon comme homme et comme citoyen, et que nous allons retrouver et suivre dans le philosophe. En effet, quel est le trait le plus frappant et le plus original de Zenon comme philosophe? Quel est le titre incontesté auquel est attaché son nom ? C'est évidemment l'invention de la dialectique. Et je ne parle pas ici de la dialectique qu ba trouvait déjà dans les essais de Xénophane, et qui n'a pas manqué non plus à Parménide ; ]é veux parler de la dialectique considérée comme un système et comme un art, avec ses règles et ses formes , avec l'appareil et Tautorité d'une méthode positive. C'est un point sur lequel tous les auteurs sont d'accord. Diogène rapporte ^, sur la foi d'Aristote, que Zenon est

* De Ird^ u, 23. — ^ ^Diog. , n: > 25.

112 zâ^ON D'iliE.

l'inventeur de la dialectique , comme Empédocle de la rhétorique. Sejttus ' répète la même chose sur lautorité du même Aristote, et il paraît que c était là un fait constant dçns l'antiquité, puis* que Diogènôi^ dans son introduction ', en traitant des trois grandes parties delà philosophie, la physique, la morale et la dialectique, attril)ue l'invention decette dernière à Zenon; ]Vl|dn tenant quelle était la dialeetique de Zenon? la réfutation de l'erreur comme moyen indirect de ramener à la vérité. Or la vérité pour Zenon c'était le systèiaaeéléatique. Ce système unefoisdécouvert par Xénophane, développé et achevé par Parménide, il ne s'agissait plus que de le défendre contre les attaques de ses adversaires. De là le rôle polémique de Zenon , et l'invention nécessaire de ia dialectique. De là encore l'emploi nécessaire de la prose; car si l'intuition spontanée de la vérité, l'inspiration^ et toute conviction primitive ont la poésie pour langue naturelle, la prose est l'instrument de la réflexion et de la dialectique. Aussi Zenon est^il le premier philosophe éléatique qui ait écrit en prose. L'antiquité atteste qu'il écrivit, non des poèmes, comme Xénophane et Parménide, mais des traités, et des traités d'un caractère éminemment prosaïque,

*Sextu8, VIT, >],

'Diog. , Introd. , i8. Philoslr, , yU. JpolL , vu, a. Suidas, Z)r;v6)v. Apulée, ^o/.

ZÉNOJf BJSLÊE. . Il3

c'est-à-dire^ des réfutations. Il écrivit de bonne heure ', et il écrivit beaucoup^. Diogène qui loue ses écrits ^ ne les nomme pas. Mais Suidas, à l'article Zenon , assure qu'il écrivit i® Épt^aç, Aes Débats y c'est-à-dire quelque ouvrage de pure controverse ; ^ EÇtqyykjiv toG EfA^ire^ox^^ouç , un examen cïEmpédocle^ de ses opinions ou de ses

ouvrages ^ ; 3^ IIpoç toùç f t>.o(70f ouç trepl fuceoç, sur la nature contre les philosophes ^. D'ail*leurs Suidas ne^it rien sur la forme de ces différents ouvrages. 11 serait assez naturel que l'inventeur de la dialectique eût inventé ou du moins employé la forme du dialogue qui est la forme même de la réfutation. Et, en effet, si l'on en croit Diogène ^, Zenon passait pour le premier qui eût écrit des dialogues , et l'on pourrait induire aussi qu'il a employé cette forme de composition , d'une phrase d'Aristote, où il est question de Zé-

^Plat. , Parmen,, vffo vcou Srroç e/uv t^pa^....

* Bîog. , Inirod, . , i6.

* Diog. , n , 26 y Bt6>ta iro^c OTJviffett>ç yêiuDna» • . •

* Toû Koster, rûv Ménage sur Diogène.

* Ou bien encore , selon l'interprétation deTenneniann , deax ouvrages différents , l'un contre les philosophes , l'autre sur la nature. Suidas ne trahit d'aucune manière les sources auxquelles il a puisé ces renseignements ; les autres parties de l'article fort court qu'il a consacré à Zenon sont un extrait de Biogène.

* Diog. , Plat. , m, 47 et 48.

Il 4 ZÉMOUf D^iutE.

noocomm^ interrogeant et comme répondant '.

Quoi qu'il en soit , si nous ne connaissons pas certainement la forme de ses écrits, nous pouvons nous faire une idée très-claire de leur but, et de leur caractère général , d'après l'introduction du Parménidey, où Platon nous donne un exposé substantiel, mais précis, d'un livre de letton , destiné à défendre la philosophie de sou maitre. Ce livre était une composition en prose *, divisée en plusieurs chapitres, subdivisés eux-mêmes en plusieurs points; car Socrate prie Zenon de relire le premier point , la première hypothèse du premier chapitre, iw acpA- TYiv uiçoôsfftv Tou «f^TOv Xoyou, Le mot iiïoOctfiç

Arguments sophistiques > i > g. Staûdlin ( £^€schichte und Geisi des Scepticismus , T. i , p. 21 1 , ) a entendu €« passage conuDe s'il s'agîseait de dialogues où Zenon eût joué Je même rôle que Socrate dans ceux de Platon ; mais Tenneftiann {Geschichte der Philosophie j T. r, p. 193 ) conclut seulement de la phrase d'Aristote que Zé^on présentait sa pensée sous 1a fonne de demandes et de réponses. Quant à l'invention du dialogue , Aristote , dans le liv. 1*^' de son ouvrage perdu sur les poètes , l'aUribuait à Alexamène de Téos, et Phavorinus était de la même ^inion, au r£^p<M:t de Diogène, m, 4? ^t 4^. Athénée, qui cite }a phrase même d'Aristote , ajoute ( xi , 1 5 , ) à celte autorité celle de Kiciaft de Hicée et de Sotion ( le texte ordinaire donnait Soli^rion ; Schweighsuser a corrigé ; Sotion ) . * Platon , Parmenid. , «ruyypa^iptTt ©ï^Misé à TOtç 7roi«>M9iv Simplic. , in Ph/s. Arist. , p. 3o. Év f«v Ty auTypoipfMiTi

xiaov m'ÉLÊB. ii5

révèle la nature de la composition , et Pro dus, dans la Théologie de Platon^ et surtout dans le Commentaire sur le Pùrménide ' ^ ne laisse aucun doute à cet égard. C'était une revu» critique d'un certain nombre d'hypothèses qui toutes étaient successivement poussées à l'abr surde. Peut-être même était*ce l'ouvrage intitulé ÊpiJeç dont parle Suidas. Pour en bien saisir l'esprit, il faut se rappeler l'état de la querelle danslaquelleintervenait Zenon. Parménide, continuant et développant Xénopdane y avait dit que tout est un, et que l'unité seule existe. Un cri s'était élevé contre une pareille proposition. SA tout est un , disaient les Ioniens, il n'y a plus de différence : le semblable est |e dissemblable, et le dissemblable est le semblable; le grand est Ip petit, le petit est le grand; le mouvemcjot est le repos et le repos le mouvement, etc. Il n'était pas très -facile de répondre à cette dijpction. Que fit Zenon ? Aqjieu de défendre son maître , il attaqua ses adversaires , leur renvoya leurs propres arguments , et le ridicule de leur^ conséquences. Il s'appliqua à démonti*ep que tontes les difficultés que les partisans de ia |)liiralité élevaient contre l'unité retombaient sur eiix^ mêmes , et que dans leur hypothèse aussi te dissemblable est le semblable , etc. Ecoutons Fia-

* Voyez le i" livre de ce commentaîlre , lom. rv de ma collection des ouvrage inédit» 4« Proch», Pa^is ^ ^821 »

Il 5 zEiroir dbxee.

ton : « Les écrits de Zenon , dit-il , étaient une «défense de la doctrine de Parménide contre » ceux qui l'attaquaient par le ridicule des con- » séquences , comme , par exemple , que si tout » est un , il en résulte une foule d'absurdités et de » contradictions. L'écrit de Zenon répondait aux » partisans de la pluralité , leur faisait précîsé- » ment lès mêmes objections et en plus grand » nombre encore , de manière à montrer que D l'hypothèse de la pluralité prête encore plus au » ridicule que celle de l'unité , si quelqu'un

» l'examine comme il faut Ainsi le maître

» dans ses poèmes établissait l'unité , et le disci- » pie , dans ses traités en prose , s'efforçait de » prouver que la pluralité n'existe pas '. » Simplicius lui attribue précisément le même point de vue. « Zenon démontre successivement que si la pluralité existe, elle est à la fois grande et petitesfinie et infinie.... étant et n'étant pas*...» Ces pas- .sages contiennent tout le secret dela^ialectique de Zénoû ; ils font voir que Zenon s'était placé tout exprès dans l'hypothèse de la pluralité pour la mieux combattre , en la poussant à ses conséqueinces nécessaires. Faute de bien comprendre le but qu'il se proposait et la situation où il s'était mis, on lui a prêté une foule d'opinions ridicules qui, loin de lui appartenir, sont des conséquences qu'il tire de la doctrine de la pluralité pour la convaincre de contradiction et d'absur-

* Platon , Parmenid. , Bekk. , p. 7. «^ Ibid.

dite. On a attribué à Zémin précisément les extravag^oes qa'il imputait à ses adversaires et sous lesquelles il les accablait. On s'est imaginé, par exemple , que Zenon scmtenait pour son propre compte que le semblable et le dissemblable sont la même chose, que le mouvement est ht même chose que le repos, etc., tandis qu'il soutenait que ces conséquences dérivent rigoureusement de la doctrine de la pluralité,et que par là même cette doctrine est inadmissible. Vous prétendez, disait-il aux empiristes ioniens, qu'il n'existe que ce que les sens vous attestent ; qu'ainsi la pluralité seule existe; etvous trioufphez dans l'énumératiorfdes différences, que vous opposez à la doctrine de l'unité absolue ; vous triomphez surtout du mouvement universel que vous opposez à l'immobilité absolue , qui résulte de l'unité absolue de Parménide. Ëhbienl je vous prqpds par vos propres arguments , et je vous démontre que si tout diffère, par cela même tout se ressemble, que, akout se meut, tout est en repos; qu'ainsi votre système même vous pousse à des conséquences opposées à votre propre système. L'empirisme est donc condanmé à la contradiction , et à une contradiction perpétuelle,. Cette contradiction est votre monde y le monde de la pluralité et de l'apparence que les sens vous attestent, et que l'opinion vulgaire admet. Il ne faut croire qu'à la. raison, non aux sens et à l'opinion. Or, la raison condamne la pluralité à Fextravaganoe; donc

ii6 zÉiroff tï'iLiSL.

la plaralité n'existe, pas. ITobjectez pas que dans le système de Tunité absolue , le dissemblable aussi devient le semblable y le mouvement le repos ^ etc.; car notre système ne tombe pas sous de pareiHes objections , puisque ces objections ne viennent que de votre hypothèse de la différence , du mouvement , de la pluralité et du monde visible, et que cette hypothèse a été convaincue d'absurdité et de contradiction. Les objections que vous élevez contre notre théorie , du sein tfune théorie détruite , ne portent donc pas. La raison n'admet d'autre autorité que la sienne , et la raison n'existe pour elle-même , ne s'exerce et ne se développe, ne comprend et ne conçoit que sous la condition de l'unité ; rien de ce que conçoit la raison n'est dépourvu d'unité. La raison n'a en dernière analyse que l'unité pour forme et pour objet ; l'unité est la région , le monde de la raison , le seul monde que des pensëtirs et des philosophes puissent admettre. Donc , la doctrine de l'unité absolue de Parménide est la seule vraie philosophie. C'est du haut de ce point de vue qu'il faut envisager et apprécier la dialectique de Zenon , son prétendu scepticisme , son prétendu nihilisme , et en particulier sa polémique contre le mouvement quî a été si peu comprise. Considérée ainsi, cette polémique prend un caractère simple et grand qui a échappé à tous les critiques.

' Otèz Tunité, né la supposez jamais , rien n'est

uni y rien ne peut l'être , tout est isolé et nécêssairem^it isolé dans le temps comme dans Tes* pace;le temps et Fespace se réduisent à des points et à des moments qui tendent eux-mêmes à se diviser et à se subdiviser sans cesse. La seule loi qui subsiste est celle de la divisibilité à Tinfini ^ qui détruit tout continu et par conséquent tout mouvement. C'est dans ce sens qu'il faut enten-* dre les arguments avec lesquels Zenon établissait l'impossibilité du mouvement. Jusqu'ici on les a fort bien exposées et développés en eux*mêmes ; on n'a oublié que le cadre qui les met dans leur vrai point de vue, savoir, l'hypothèse exclusive de la pluralité, c^est-à-dire la négation absolue de l'unité, laquelle emporte la divisibilité à l'infini , laquelle emporte la destruction de tout continu.

Voici ces arguments tels qu'Aristote nous les a Conservés dans sa Phfsique^ liv. vi , ch. 9.

I** Argument. — « Le mouvement est impossible , car ce qui est en mouvement doit traverser le milieu, avant d'arriver au but (Ce qui est impossible, là où il n'y a plus de continu, et où chaque p oint se divise et se subdivise à%ifini').»

^Nous avons cité textueUemefit AHstotë Avec leê «èuli^ additions nécessaires pour le faite comprendre , mais il lie sera pas ihutîle de donner ici lé développement de Bayle : H S'il y avait du mouvement , il faudrait que le mobile pût passer tfun lieu à un attire ; car tout mouvemetit tèiiferme deux extrémités , ietminum à qm, îètmifiutn âd qtiemf te

âfW l^i^Mft <(f «cWi^ fâHO'iUr «^ potrt ' O «pri est iÊspssr^ p4ilt qm^^m^itm ettîre ksf deux e ourems '.}

f#^ ^fi^^ f W pMt ^ le Ika i»& Ti» arme. Qr, ^Ufmii^mmiffipfffi^ ]wr d«i csfMccs qui }^(!ilf#$|^#|#r|M^M;f ^irtfq«febinaliérecstdn«^ k ViaSm; it ^A4m«, iwpOiiiM^ qtiele mobile parnemie d'une extréi^4l^ iir lV«#(r^« Le milMm 4»il compoié d'une infinité de par- IJ^# qfi'il fmi parceitrir ftieeeMÎreinent les unes après les fWiri^/», Mfl# <{(ii} )nmm yotM puissiez toncber cdle de devant, #ft f»i^»^ t4fin|M qui) vous touchez celle qui est en deçà , de ^orf^ qu0 |imir {trircourir un pied de matière , je veux âîre pof}r ftri'lviir du <'omm(9ncement du premier pouce à la fin (lu ddUfti^m^ pouco, il fnudrait un temps infini, car les es- \mm qu*il fuut pAroourir «uccasiivemeut entre ces deux ter- \\W^ I i\m{ iiiilnitt pn noltibro , il est clair qu'on ne peut les immHiHf quo daii» \\m infinité de momens...» La réponse trAvUUitii wt pîtoj'ftlle ; il dit qu'un pied de matière n*étant \\\h\\ f|u Va puiiMAnof) , )>0ut fort bien être parcouru dans im IWWjVi \\\\{y^^^ (i'wl *f» moqufr du monde que de se serrir k\^ \MW, K\at^\\\^ V K%^ ^\ U mMitV^ <^at divisiUe à Pinfini , \A\^ K^\\\\\!^\ f^'XwAXim^wK un nomltte infini de parties ; ce ^Vt ^^M^^ ^Ml Mt\ iatiiit t^ (wissancei e*cst un ûdoù qui

^^'V^ ^V^^H-^Viv^l v^*>k»^> appel* rAdùUe

nie Argument. — « Le mouTement est ideiltique au non mouvement. En effet, tout mouvement a lieu dans un espace qui lui est égal, cfestà-dire où il a lieu au moment où il a lieu; donc ( comme on est toujours là où l'on est) la flèche est toujours en repos quand elle est en mouvement (car elle n'est jamais où elle n'est point \) »

ly® Argument. — a Le mouVement conduit à l'absurdité. Supposez deux corps ^ égaux entre eux, mus dans lui espace donné et dans une direction opposée et avec la même vitesse ; supposez que l'un parte de l'extrémité de l'espace

d'Acliille ; limitons la vitesse de la tortue et celle de celiéros à la proportion d'tin à vingt. Pendant qu'Achille ferft yîogt pas 9 la tortue en fera un ; elle sera donc encore plus aTan*cée que lui. Pendant qu'il fera le vingt et unième pas , elle gagnera a vingtième partie du vingt-deux ; et pendant qu'il gagnera cette vingtième partie , elle parcourra la vingtième partie de la partie vingt et unième, et ainsi de suite, ^^ristote nous renvoie à ce qu'il a répondu à la précédente objection ; nous pouvons le renvoyer à notre réplique.»

^ Bayle : u Si une flèche qui tend vers un certain lien se mouvait, elle serait tout eâseàible en repos et en mouvement. Or cela est contradictoire , donc elle ne se meut pas. La conséquence de la majeure se prouve de cette façon. La flèche à chaque monKut est dans un espace qui lui est égal ; elle y est en repos, car on n'est point dans un espace d'où l'on sort ; il n'y a donc point de moment où elle se meuve ; et si elle se mouvait dans quelques moments, elle serait tout ensemble en repos et en mouvement. »

* I%le ; « Ayez une table de quatre aunes , prenez deux corp9 qui aient aussi quatre aunes , l'un de bois , l'autre de

donné, l'autre du milieu : (comme l'un n'aura parcouru que la moitié de l'espace donné , quaud l'autre l'aura entièrement parcouru le même espierre ; que la table soit immobile , et qu'elle soutienne la pièce de bois , selon la lon^eur de deux aunes à Toccident ; que le morceau de pierre soit à l'orient , et qu'il ne fasse que toucher le bord de la table. Qu'il se meuve sur cette table vers l'occident , et qu'en demi-heure , il fasse deux aunes ^ il deviendra contigu au morceau de bois. Supposons qu'ils ne se rencontrent que par leurs bords , et de telle sorte que le mouvement de l'un vers l'occident n'empêche point l'autre de se mouvoir vers l'orient ; qu'au moment de leur contiguité , le morceau de bois commence à t^dre vers l'orient , pendant que l'autre continue à tendre vers l'occident ; qu'ils se meuvent d'égale vitesse ; dans demi-heure , le morceau de pierre achèvera de parcourir toute la table ; il aura done parcouru un espace de quatre aunes dans une heure y savoir toute la superficie de la table. Or le morceau de bois dans demi-heure a fait.un semblable espace de quatre aunes puisqu'S^ touché toute l'étendue du morceau de pierre par les bords ; il e^t donc vrai que deux mobiles d'égale vitesse font le même espace , l'un dans demf-heure , l'autre dans une heure , donc une heure et i|pe demi— heure font des temps égaux, ce qui est contradictoire. Âristote dit que c'est un sophisme, puisque l'un de ces mobiles est considéré par rapport à un espace qui est en repos , savoir la table , et que l'autre est considéré par rapport à un espace qui se meut , savoir le Biorcean de», pierre. J'avoue qu'il a raison d'observer cette différence , mais il n'ôte pas la difficulté ; car il reste toujours à expliquer une chose qui parait incompréhensible , c'est qu'en même temps un morceau de bois parcoure quatre aunes par son c6té méridional , et qu'il n'en parcoure ^e deux par sa surface inférieure »

pac^serapaitxmra par deaxcorpségaoxet d'égale vitesse dans un temps inégal) il en résulte qu'une moitié de temps parait égale au double.»

Aristôte et Simplicius, Sans son Ckimmentaire , attribuent positivement ces arguments à Zenon y et les donnent sous le nom dtétrop (set, doutes j arguments négatifs de Zenon contre le mouyement, soit, comme le dit Simplicius j que tous les arguments de Zenon contre le mouvement se réduisissent réellement à quatre y soit qu'il y en eût davantage , mais qnatre surtout plus décisifs qu^ les autres. Mais ces arguments n'étaient pas les seuls dont se sen^sent les adversaires du mouvement. Aristôte au même endroit en cite plusieurs autres , par exemple , celui-ci : Tout mouvement est changement ; or, changer c'est n'être ni ce qu'on était, ni ce qu'on sera ; on n'est plus où Ton était ; autrement , il n'y aurait pas en de mouvement; on n'est pas où l'on tend , car il n'y aurait pas besoin de mouvement. Le changement et le mouvement ne peuvent donc avoir lieu ni dans ce qu'on était ni dans ce qu'on sera, ni dans l'iln ni dans l'aur tre , mais dans ce qui n'est ni l'un ni l'autre , c'est-à-dire dans rien , ce qui est impossible ; par conséquent le changement et le mouvement sont impossibles. Un argument curieux est aussi celui par lequel on essayait de démontrer que le mouvement circulaire et sphérique et le mouvement sur soi-même impliquent à la fois le mou-

ia4 ziifoif ï>ÉîÉE*

veinent et le repos. A qui appartenaient ces derniers arguments PAristote, et après lui Simplicius, les rapportent en général aux sophistes. On n'a aucune raison de lesaitribuer à Zenon; ils appartiennent très-probablement à l'éristique méga*> rienne encore si peu connue , et qui a fini par représenter et continuer seule en Grèce la dialectique de l'école d'Élée. Il faut bien se garder de les confondre avec les quatre arguments que nous avons exposés , et qui sont les seuls que la critique soit fondée à attribuer à Zenon. Bayle triomphe de ces quatre argilinents , et les maintient absolument; tandis que, pris absolument , ils ne renfermeraient que des subtilités vaines; le quatrième même a bien Tair de n'être, dans toute hypothèse , qu'un pur sophisme , et £udème, au rapport de Simplicius, l'avait déjà bien séparé des trois autres. Parmi ceux-ci le troisième revient au premier, comme Ta remarqué Aristote, ce qui réduit les quatire arguments à deux, le premier et le second^ lesquels sont bo^ relativement, relativement à l'hypothèse exclusive de la pluralité, contre laquelle ils étaient faits. Pour les reprendre en sous-oeuvre, il n'est pas besoin d'être sceptique ; au contraire , on peut les , employer à réfuter le scepticisme , qui résulte nécessairement de l'empirisme, et à démontrer que la pluralité toute seule est incapable d'expliquer les choses , de rendre compte de la continuité de l'espace et du temps.

zisov B'iLâs. ia5

et delà possibilité du moavement. C'est, dit-on, en entendant répéter ces arguments de Zenon , que Diogène le Cynique, pour toute réponse, se leva et marcha. Mais Zenon aurait très - bien pu répondre à Diogène : Soit; car yous n'avez pas de système, et vous ne niez pas l'unité. Mais quand on est assez sceptique pour nier l'unité , c'est-àdire , la condition absolue de tout continu , de l'espace et du temps , avouez que c'est une fai-* blesse ridicule que de n'aller pas jusqu'au bout de son opinion, et de croire, contre tout bon sens , au mouvement sans continu, sans temps et sans espace et dans la dissolution de toutes choses à l'infini. Nous ne connaissons qu'un seul moyen de répondre à Zenon , c'est de rétablir la continuité du temps et de l'espace dans l'unité , et d'admettre , pour la formation du monde , l'intervention de l'unité aussi bien que celle de la pluralité. Mais l'habile éléatique , aussitôt que pour échapper à ses arguments on aurait admis l'unité, partant de là, n'eût pas tardé à rétablir le dogme fondamental de son maître, savoir, que l'unité est indivisible , par conséquent qu'elle exclut la pluralité, et par conséquent encore le mouvement. En effet , le mouvement périt à la fois dans l'ime et l'autre hypothèse d'une pluralité san3 unité , ou d'une unité sans pluralité. La pluralité toute seule , sévèrement interrogée, ne donne que la divisibilité à l'infini) sans aucime collection, sans aucune to

talité possible ; car toute collection , toute totalité renferme de l'unité ; il en est de même de la plus simple succession ; toute succession est plus ou moins un ensemble f une totalité , c'est-à-dire ti^nt à l'unité. Par conséquent, dans l'hypothèse de la pluralité , ni continu y ni contigUy pas de temps, pas d'espace, nulle succession, nuUetotalité, nulle coexistence, nul rapport de points ou de moments. Chaque point devient un infini de points qui se dissolvent et qui se dissolvent infiniment, chaque moqfient un infini de moments qui se divisent et se subdivisent à l'infini ; de là le vide absolu, et dans ce vide absolu , l'absolue dissolution de tout élément composant , si petit fôt-il , soit de temps , soit d'espace ; par conséquent pas de mesure possible du temps là où il n'y a plus de temps, etaucun pas- ' sage d'un lieu à l'autre là où il n'y a plus d'espace ; par conséquent pas de mouvement. D'un autre coté , supposons que l'unité ne s(»*te pas d'elle-même, et qu'elle demeure indivisible, vous rétablissez la possibilité du temps et dé l'espace, et par conséquent du mouvement ; la possibilité, dis-je, mais non pas la réalité ; vous rétablissez l'espace et le temps absolu sans t^mps et sans espace relatif et visible : par conséquent sans mesure , sans mouvement. Le teaqps et l'espace (inpotentiâ , non in actu) restent alors dans l'éternité et l'immensité , dans une éternité sans succession, dans une immensité sans forme^

ziffoir ocLEE. lorj

dans use exîsleDce absolue, ^de de tonte existence positive , dans une immobilité <x>mpléte. Voilà où conduit l'idée exdusiYe de l'unité , ou l'idée exclusive de la pluralité. 11 faut les unir , et fondre ensemble la pluralité et l'unité pour obtenir la réalité ; to tv xol «o1ûl£

Aristote, Phjrs., iv, 3, nous a aussi conservé une objection de Zenon contre l'espace, qui montre par£ûtement l'esprit général de sa diarlectique , laquelle consistait à pousser ses adversaires dans Tabime de la divisibilité à Tinfini, et dans une multiplicité qui se détruirait elle^néme par le défaut de toute unité. U disait : « L'espace est le lieu des corps j mais dans quel espace est Te^ce lui-même?» Dans un autre espace; et celui-ci dans un autre encore, et toujours ainsi j]|Bqu'à l'infini, sans qu'on puisse s'arrêter logiquement, à moins qu'on ne veuille sortir de la pluralité pour admettre l'unité, c'est-à-dire ici l'unité absolue de l'espace. Dans ce sens, l'argument de Zenon nous paraît excellent, et loin d'aller contre l'espace en soi , il tend à l'établir en étaUissant sa condition , savoir, l'unité.

On cite, d'après Aristote, une phrase entière de Zenon, qui semble lui faire nier précisément ce qu il avait pris tant de peine à établir et même à établir exclusivement, c'est-à-dire l'unité. Mais il £siut entendre bien autrement cette phrase importante. Encore une fois , avec la seule catégorie de la pluralité, on ne peut ob-

ia8 ziNOV d'elee.

tenir que des quantités indéfinies ^ sans addition possible , sans totalité ; car la totalité y qu'il faut encore bien distinguer de l!unité en elle-même, çst l'application de Tunité à des quantités qu'elle assemble et réunit en un tout quelconque. Supposez l'esprit humain vide de toute idée d'unité , et , ce qui est la même chose conçue extérieurement, supposez la nature dépourvue de toute force assimilatrice , attractive et composante , il n'y a de possible ni une seule proposition, ni une seule chose déterminée et finie. Voilà l'ex^tence telle qu'elle résulte rigoureusement du système qui exclut toute idée d'unité. Zenon démontre aisément qu'une pareille existence, to ov, n'ayant rien de fixe et d'absolu, ressemble à une non-existence, to (jl:^ ov, puisque par la divisibilité à l'infini, son attribut essentiel , elle y tend sans cesse. La vertu de l'unité est de ne point tomber dans ime pareille existence. De là la proposition célèbre: «Si l'unité est indivisible , elle n'est pas, » c'est-à-dire, elle n'est pas dans le sens empirique du mot. En effet, être, pour l'empirisme, les sens et le vulgaire, c< c'est être une quantité, qui, ajoutée ou » retranchée, augmente ou diminue ce de quoi on » la retranche ou ce à quoi on l'ajoute, c'est-à-dire » une quantité matérielle; c'est làl'existenqe réelle. » La monade ou l'unité, ne remplissant pas cette » condition, n'est pas \ » Tel est le sens véritable *Aristole, Métaph. , ii, édit. Brandis, p. 56 et 57.

de la phrase de Zenon conservée par Aristote^ phrase si souvent citée et si peu comprise* II est évident qu'une fois l'existence réduite à Texi^ tence matérielle et empirique des Ioniens, dont l'attribut fondamental est la divisibilité à l'infini ^ c'est-à-dire la tendance au néant, l'unité, dont l'attribut fondamental est l'indivisibilité, ne peut exister de cette manière, afiif d'exister de la vraie existence, de cette existence qdi ne tend pas au néant , mais repose immobile , sans commencement comme sans fin , ày^w^irov xal âtjiov. La proposition de Zenon contre la réalité empirique et matérielle de l'unité ne tient donc pas à un sy%|:ème de nihi^sme, comipe on l'a tant répété, i^ais tout au, contraire au réalisme transcendental de l'idéalisme dorien. Rien n'est moins nihiliste que l'école d'Elée , car elle tend à l'existence absolue; mais à ses yeux- l'existence absolue exclut toute existence relative ; de là l'existence relative et phénoménale assimilée à la non-existence, rè Sv [l^i ov; oubien, l'existence phénoménale est-elle prise pour tjrpe de l'existence? voilà l'unité indivisible , laquelle n'existe que de l'existence absolue , assimilée à la non-existence,

Ce que nous avons dit du nihilisme de Zenon , il faut le dire de son prétendu scepticisme et de l'habileté qu'on lui attribue à soutenir le pour et le contre. Sans doute il soutenait le j^our et le contre; mais dans quelle sphère? Dans celle de

i3o tinosf B^ÉùÉi^.

ses adversaires, dans celle de rempirisme- Or l'edlpirisme ou la négation de toute réalité transcendentale^ et par conséquent de l'unité absolue iqui ne se trouve pas dans la scène visible de ce monde ^ rempirisme ne peut admettre^ au lieu de l'unité y qu'une simple totalité^ et encore par inconséquence; car l'idée de^la totalité tient à celle de l'unité; et à la rigueur l'empirisme ne peut admettre que la pluralité sans totalité, c'est^àndire la pluralité non ramenée à l'unité , la pluralité en soi> avec la divisibilité à l'infini pour caractère unique ; l'empirisme implique donc ia destruction de tout autre rapport que celui de là différence. Et ce n'est |ms là seuleqjent une conséquence forcée de l'empirisme ionien ; c'en était une conséquence avouée et coasenlie : c'était le système même d'Heraclite. En effet, de itaéme que l'unité indivisible de l'école éléatique est le dernier et nécessaire résultat de l'idéalisme dorien et pythagoricien , de même la dififérence, l'opposition absolue d'Héradite ( *^«vTi<iTYîç ) est le dernier terme de Tempirisine ionien. Voilà les deux grands systèmes exclusifs de la philosophie dans leur idéal le plus rigoureux : il appartenait au génie grec de les produire presque à son berceau. Heraclite et Parménide les représentent dans toute leur grandeur et dans toute leur misère. Admirables l'un contre l'autre, ils se détruisent d'eux-mêmes; et Zenon raisonnait à merveille lorsque , pour atta*

quer le sy^ème de la pluralité , il se plaçait dans le cœur même de ce système , dans le système d'Heraclite. Là, en effet , par une manoeuvre ha« bile , il lui était aisé de tourAer ce système contre lui-même , et de démontrer qu'une absolue différetice est une absolue ressemblance , et que l'absolue opposition est l'absolue confu9ion. SI tout est essentiellement différent, tout a quel-^ que chose d'essentiellement commun, savoir^ d'être différent; l'identité est donc encore sous cette apparente discordance ; *rop^sitiôfi est à la surface sur la scène de ce monde , et l^identit^ est au fond dans le principe invisible des choses; ZéiuHi ramenait ainsi l'opposition à IHdentité', et détruisait de fond en comble lé système d^Hë<raclite, en lé forçant de rentrer dans celui de !Farménide, du haut duquel' ensuite il foudroyait de nouveau celuj^ d'Heraclite, proSV&nt de restfe que l'unité, si él^ est rigoureusement fj^ce^e , ne conduit qu'à elle-même, ne sort paS'tf ellefâiéiaie, et exclut toute pluralité, toute différence, c'estrà-dire , tout phénomène "et tout empirisme. Le scepticisme n'était donc pas dans la |Ahsée de Zenon; au contraire, il y avait lui dogmatisme excessif; mais le chemin d^ ce dogmatisme était un scepticisme apparent, une dialectique qùi^ Tair de se jouer de toute vérité en soutenant alternativement le pour ^t le contre. Car iî Fallait bien que Zenon admît un momqptavec Heraclite, que tout se meut et que tout diffère, pour sou-

l3ll ^ ZÛUfOJS D'iL££.

tenir ensuite que si tout est mû, tout est repos , que si tout diffère , tout se ressemble, et que si tout est pluralité y par cela même tout est unité. Cqptre Heraclite, contre tout système exclusif qui se réfute par ses conséquences, ce genre d'argumens était excellent; c était là le vrai^ terrain où il fallait se mettre , et Zenon s'y est mis. U était en effet curieux de faire voir que cet em-> pirisme si fier de son bon sens apparent et du sentiment de la réalité vis-à-vis Fidéalisme pythagoricien , n'était lui^^méme qu'une confusion déplorable qui dans le détail renfermait les conséquences les plus. contradictoires et les plus rv- . dicules. Cette confusion , ces contradictions, ces extravagances*, ce oui et non perpétuel , ce scepticisme universel était la conséquence nécessaire de l'empirisme , dont Zenon voulait l'accabler, pour ramener à l'unité absolue dans laquelle il n'y a plus de contradiction , à uu dogmaftisiùe ferme et solide;, et, chosç admirable „ on lui a prêté précisément le scepticisme , la. confusion et les folies qu'il imputait à ses adversaires !

Rpste à examiner un point très-obscur que personne n'a remarqué ni éclairci, et qui mérite bien de l'être. Cet adversaire du mouvement, du temps, de Tenace, de l'existence visible et sensible est tout-à-coup transformé par Diogène en un physicien et un naturaliste. Après avoir rappelé les argumens de Zenon contre le mou-

ziNOiy h^ÈLÉE. l33

vement, et en général tout un ordre d'opinions qui «détruit l'existence du monde, piogène, ^vec le plus grand calme , passe à l'ciqposition du système physique de Zenon. Il nous apprend' que Zenon ce admettait plusieurs mondes , m^ avec » la réserve qujil n'y a point de vide ^ que tout est » composé de froid et de chaud , de sec et d'hu- » mide, confonous entre eux, que l'homme vient » de la terre, que l'âme (^u)(7(; il s'agit ici du prin- 3> cipe vital et pon de l'âme des moden^s) est un » mélange des élémens précédens dans une telle » harmonie qu'aucun d'eux neprédomine.» Onse demande ce* que ceci veut dfre,,et.quel est le mot de cette nouvelle énigme. Le voici, selon nous^ Nous avons fait voir ailleurs que la réputation de sceptique qu'on avait faite mal-à-propos à Xénophane, vient très-probablement de ce qu'on aura pris pour sa philosophie tout entière un des côtés de cette philosophie ,' et de ce qu en effet Xénopliane si dogmatique en métaphysique, dans la région de l'eqtendenlent , était sceptique en mythdiogie et dans la sphère de l'opinion. Parménide ajouta à la fois au dogmatisme et au sceptici^e de son maître, et les augunenta en raison directe Tim de l'autre. Son poème sur la. nature avait, dit -on, deux parties, la première toute métaphysiqu|6^et idéaliste, où il n'admettait d'autre monde que

'Piog., ix,3q,

l34 ZIÉKON b^ilÊE.

celui de la raison , savoir, Tunité et ses attributs essentiels 7 la seconde où il traitait du monde du vulgaire , de l'opinion et des sens , to ^oÇa^ToV, où même il empruntait le langage de la mythologie de son temps. C'était dans cette seconde partie que se trouvaient vraisemblablemtent, avec les fables mythologiques, acceptées CQmme' des fables et des illusions de l'imagination , les débrisMe la physique ionienne de Xénophane, conservés, inàis rel^piés parmi les fables efe les préjugés , dans le domaine de la simple opinion. Parjnénfde «e consentait à traiter du monde que dans la seconde partie de son ouvrage , comme d'une simple opinion et d'un phénomène sans féalité; mais eniSn il en traitait, et il rendait compte, à sa manière, des apparences sensibles. C'est sans doute par une pareille condescendance que Zenon s'occupait aussi dé physique. C'est ainsi du moins que nous interprétons le passage de Diogène sur la physique de Zenon. Mais ce'horsd'œuvre de physique, qui dans Xénophane attestait l'influence des opinions ioniennes et de 1 esprit de sa première patrie, retranché par Parménide de la vraie pliilosophie et rejeté parmi les préjugés populaires, occupe à peine une place dans Zenon; et liul autre auteur n'en dit un ipot après Diogène, excepté Hésychius qui le copie.

Ce n'est pas là que l'histoire doit chercher et apercevoir Zenon d'Élée: il est tout entier

ZENON V^ÉLÉE^ l3S

(XHnme philosophe dans la polémique qu'il a in^ stituée contre la pluralité et Tempirisine. Il p'y a même que cela qui repose sur des preuves bien certaines. Zenon, dans sa carrière philosophique, est, comme dans sa vie , 1 avrp ^pcarixoç de l'école d'Elfe. Là il se mêle aux événemens politiques de son temps, entreprend la défense des lois de sa patrie, et succombe dans cette entreprise; ici il descend des hauteurs de l'unité absolue dans les contradictions de la pluralité, du relatif et du phénomène , et épuise dans c^tte lutte toutes 1m farces de son génie. <le génie est purement dialectique : c'est là qu'est l'originalité du r6le de Zénort et son caractère historique : c'est par là qu'il a sa place dans Fécole d'Élée, dans la philosophie grecque et dans Hiistoire «de l'esprit humain. Faible encore et indécis dsok^ Xénophane , Tidéalissme éléatique s'affermit , acquiert de l'unité et de la rigueur entre les mains deParménide, qui l'expose et le développe systfématiquement, tandis que dans Xénophane, comme. Fa trèsrbien remarqué Aristote, c'est moins un système qu'un pressentiment fécond et une intuition sublime. L'unité de Xénophane renfermait encore, jusqu^à un certain point , dans une harmonie incertaine , l'unité et la pluralité , l'esprit et la nature , Dieu et le monde , le théisme et le panthéisme , quelque chose de l'esprit dorien et quelque chose ^e' Fesprit de Yloaie. Mais Parménide est exclusivement do-

l3G ziKOTIf DiUÉE.

rien , théiste , idéaliste , unitaire. Tout dualisme a disparu dans l'abîme de l'unité absolue. L'unité absolue a perdu tout rapport avec autre chose qu'elle-même; car en tant qu'unité absolue, elle exclut tout ce qui n'est pas elle : par conséquent même en elle, elle exclut toute différence, t#ute distinction, par conséquent encore tout rapport d'elle-même à elle-même , identité et indivisibilité sans puissance .différentielle , unité sans nombre , éternité sans temps , immensité sans forme , intejlligence sans pensée , pure essence sans qualité et sans contenu. C'était là la perfection systématique de l'école d'Élée; car c'était là sa dernière conséquence; en effet il n'y a rien par-delà l'Être en soi, et la borne infranchissable de toute abstraction est atteinte. Mais l'entier développement d'un système exclusif , en trahissant son vice fondamental , entraîne sa ruine. Parvenu au sommet, et pour ainsi dire sur le trône de l'abstraction, sans autres sujets que des ombres, ou plutôt sans ombres mêmes, car l'indivisible unité ne doit pas même projeter une ombre, l'idéalisme éléatique trouvait sa perte inévitable â»ïs sa rigueur systématique. Les conséquences accu« saient trop et renversaient irrésistiblement leur principe. Mais en même temps il était réserve à 1 Ecole d'Elée d'accabler , en tombant j l'empirisme ionien ; et sans pouvoir sauver le système de Parménide, la mission

de Zenon était de détraire celui «FHéracIite. En effet, si l'unité de Parménide est une unité impuissante, et pour parier le langage de la science moderne , une substance sans cause, c'est-à-dire, une substance vaine, puisqu'elle est dépourvue de lattribut essentiel qui constitue la substance, de même la pluralité d'Heraclite, son mouvement universel et la difiérence &so^ lue n*est pas autre chose que la cause séparée de la substance, Fattribut sans sujet, la force sans base , la manifestation sans principe qu'elle manifeste , et l'apparence sans rien à iaire paraiire. Or, la cause sans substance, comme la substance sans cause, le mouvement sans un moteur immobile, comnie un centre immobile san^ force motrice, l'identité absolue sans différence, comme la différence sans identité, l'unité sans pluralité, comme la pluralité sans unité, l'absolu sans relatif et sans contingent, comme le relatif et le contingent sans quelque chose d'absolu, c'étaient là deux erreurs contradictoires, deus systèmes exclusifs qui devaient, en se rencontrant sur le théâtre de l'histoire, se briser l'un contre l'antre, et se détruire l'un par l'autre. Mais non; rien ne se détruit, rien ne périt; tout se modifie et se transforme d^s l'histoire comme dans la nature* En effet , que suit-il de la polémique de l'eKipirisme ionien et de l'idéalisme éléatique? Il ne suit point que l'unité et la différence soient des chimères; j^qjis tout au contraire que la différence

i38 ziiroir iHvkR.

et l'unité sont toutes deux réelles, et si réelles qu'elles sont inséparables , que Funité est nécessaire à la différence, et la difi^rence à l'unité , et par conséquent qu'après s'être combattus, pour s'éprouver, les deux systèmes opposés n'ont qu'à retrancher les erreurs, c'est-à-dire les côtés exclusifs par lesquels ils s'entre-choquaient , pour se rAconcilief et s'unir, comme les deux parties d'un même tout, les deux-élémens intégrans de la pensée et des choses, distincts sans s'eiiiclure, intimement liés sans se confondre. Tel devait étia le résultat de la lutte de l'empirisme ionien et de l'idéalisme éléatique. Ce résultat était dans leà destinées de la philosopl^e grecque ; mais il ne parut l^u'en son temps. L'effet immédiat et apparent fut la double ruine du système d'Heraclite et du système de Parménide , l'un par l'autre. Zenon , avec sa dialectique , opéra cette lutte mémorable et s'y épuisa; encore une fois, c'était là sa destinée dans la philosophie comme dans la vie. ♦

Nous avcms essayé d'envisager et de présenter sous son véritable jour la dialectique de Zenon; mais si elle a été peu comprise généralement, il ne faut peut-être pas s'en beaucoup étonner. II est naturel qu'un homme qui voile son but et ce qtf il y a de positif et de grand dans ses desseins pour n'en laisser paraître que le côté négatif , qui a l'air d'accepter les opinions de ses adversaires, afin, de les mieux réfuter par les

conséquences auxquelles il les pousse , en sup* posant 9 ce qui est inévitable ^ qu'il soit luinéme descepdu à quelques subtilités; il est, dis-je, très-naturel qu'un tel homme ait été mal compris, et qu'il ait passé auprès du grand nombre pour un simple disputeur qui soutient tour à tour le pour et le contre. Cétait làf en eflfet la!^éputation que lui avait faite Timon le SîUographe, qui pourtant rend justice à sa loyauté'. Isocrate*, Plutarque^ Sénèque* le représentent comme un sophiste, dont l'unique but est de trouver des objections contre toute doctrine sans en établir aucune , ne faisant pas réflexion que si Zenon n'établit aucune doctrine, c'est

qu'il n'en avait pas besoin , celle de Parménide

* A iiff or epoykûffvov êh fiiyx aOlvoç oùx anirrikov Ziqvâvoc, Trav— To*v lîriWîrTopotf....... Plutarq. , P^it. PericL — ^ Encom.

IIelen% j 2. Zigvedva rov rourà Ivvarà icot 7râ)Ltv oc^uvcerc ttcip poipcvev' à^rof aivftv. — ' PluUfrq. , f^it. PericL , tkpfjKyoKiipÊ

Tiva rixi, $C fivavTiftXoyia; elç obroptav xarflexltcoi^ffoy ||ey«

Dans un écrit perdu dont Eusèbe nous a conservé des extraits {Prœpar, EuangeL^ 1,8), Fl]itarc[ue dit de ,Zé— non : Un a rien établi sur ce point (l'origine du monde ) , mais il a fait une foule d^ objections. Erf effet, Parménide, et même avant Parménide , Xénophane , aymt établi la vérité , savoir, que l'être véritable , l'unité n'a pas de naissance çt de commencement, il ne restait plus à Zenon qu'à attaquer l'hypothèse de la naissance des choses et du monde. — ' 4 Epist, , 88. Zeno Eleates omnia negotia de negotio dejiciens , ait nihU esse. Si Parmenidi credo , nihil estpraeter unum ; si Zenoni , Be uniim c[nidem.

i4o ziNON B'iliE.

son maître 9 étant là, et qu'ainsi tout son effort devait être de réfuter les adversaires de Parménide, et de les pousser à la contradiction et à l'absurde. On comprend fort bien ces malentendus de la part de simples amateurs de philosophie, mais il est plus remarquable que Pkiton lui-même ait paru s'y tromper dans le Phèdre 9 où il a l'air de confondre Zenon avec les autfts sophistes^ Mais contre Platon, nous avons Platon lui-même, et au jeune ami de Socrate, qui n'était pas encore sorti de sa ville natale , et ne connaissait la doctrine éléafique et la dialectique de 2iénon que par ouï-dire , d'après Timpression qu'elle avait faite à Athènes , et à travers leS préjugés du bon sens socratique , nous pouvons opposer le philosophe mûri par l'âge , l'étude et*Ies voyages , qui dans un ouvrage spécial , dont le but avoué est l'examen de la philosophie éléadque, et dont les personnages sont précisément Parménide et 2^non, nous montre le disciple imbu de la même doctrine que le maître , partageant le même dogmatisme, et le dogmatisme le plus absolu qui lut jamais, avec cette seule différence que l'un^ déjà affaibU par les années, se contente d'exposer sa doctrine^ et que l'autre, jeune encore, plein de force et d'audace, attaque ceux qui attaquent Parménide , et les combat avec leurs propres armes , le ridicule et

*Tom. VI de ma traduction , p. 85*

zisov D'iiis. i4i

Tabsurdité des conséqueDces. Rien de plus clair et de plus positif que cette déclaration de Platon, dans l'introduction du Parménide; et toutes les autorités doivent fléchir devant celle-là. Sans doute on peut supposer aveé Simplicius , sur ia Physique dAristote, et avec Tennemann , que dans le cours de la discussion • Platon • voulait faire connaître l'école éUpEiiique tout entière , et épuiser la question de l'unité et de la pluralité, a rassemblé et concentré dans Pamîtnide et dans Zenon tous les autres personniiges de l'école d'Élée , et prêté à ces deux philosophes beaucoup d'arguments qui appartenaient règlement à plusieurs autres. Cette supposition est plus que vraisemblable : mais il n'en faut pas conclure le moins du monde que dans l'avantscéne j et lorsqu'il s'agit seulement de décrire et de faire connaître les différents personnages de son drame • Platon se soit amusé à leur attribuer, .sans aucune nécessité; des caractères et des desseins imaginaires , à établir entre le maître et le disciple une identité de doc* trine qui n'eût pas existé , ej; une différence de méthode qui n'eût pas existé davantage, à fein« dre, par exemple , que 2iénon avait embrassé de bonne heure un rôle qui n'eût p^ été JtfTSîen , quand tout le monde à Athènes, et surtout àMégare , eût pu se moquer de Platon. Il est absurde de supposer qu'il eût prêté à Zenon tel ouvrage, entrepris dans tel but , écrit avec telle méthode.

t4^ uoroir D^JÉUBB.

«Uviié d^ telle manière, contenant telle polémique, réfutant telles hypothèses, si rien de tout <^a n'eut été vrài, et n'eût été généralement connu et admis. Ce témoignage de Platon, si «lair, si précis, si étendu, dans un de ses meiljofU'S et de ses plus authentiques ouvrages , nous l^aitrait décisif ^ fùt-4i seul. De plus , Proclus, dans sonCommeataire^tur le Parménide^ emploie tout le premier livre à dévelopjper l'introduction dû Aalogue de Platon f et partout il confirme ce qu'avais avancé Platon. On ne saurait trop se pénétrer du poids que doivent avoir, contre des as- ^sertionsoouFteset obscures, de longs morceaux, comme l'introduction entière du Parrnénide et le premier livre du commentaire de Proclus, où rien n'est laissé à une interprétation arl^traire, et où tout est présenté avec une étendue, une clarté et une abondance de détails et de renseignements qui ne laissent rien à désirer ni à con^ tester. C'est sui'cette base que nous nous sommes appuyés avec ooE^ance^ c'est avec cette autorité •tjue nous avons éprouvé toutes les aiitres. A la lumière que Platon nous offre, on se reconnoît et on s'oriente dans les détours de l'école d'Élée; on aperçoit la place de Zenon dans cette école, ses • rappoipts avac ses devanciers , et en même temps la différence qui Ten sépare et lui donne un caractère propre et original; on conçoît sa mis- « sion ; et sa dialectique cesse alors d'être une logomachie inintelligible. Or, il nous paraît que

c est une méthode fort commode , mais tres-{>eu critique et philosophique, au lieu d'approfondir ane doctrine , jusqu'à ce qu'on la comprenne et qu'on y trouve un sens j de se tirer d'affaire et de trancher toute difficulté en y supposant une extravagance qui nous absout de n'y rien comprendre et nous dispense de l'étudier. Il ne faut pas étre-si prompt à trouver des extravagances. L'histoire en général , et en partimilier Thistoire deia philosophie a &on plan, ses lois, et une marcbe régulière ; les grands systèmes que produit l'esprit huq^in ont un sens raisonnable qu'il faut pénétirer : un homme ne devient pas câèbre parlui ses semblables par de pures folies , et le derlî^r et illustre représentant de la grande écofce d'JSlée mérijte bien de n'être pas tout d'abord traité d'absurde sans examen.

. £n somme, notre manière de concevoir Zenon, sa vie et ses ouvrages , repose sur Tintroduotion du Parménide de Platon , commentée et confirmée par Proclus. Nous regardons les <^érents argumentscontrelemouvement,qu'Aristotenous a conservés et qu'il attribue à Zenon , comme une |)artie des détails cachés sous les généralités indiquées dans l'introduction du Parménide. Quand d'un côté Platon déclare que Zenon , dans un de ses ouvrages , examinait successivement diverses hypothèses empruntées à l'empirisme «t au système de la pluralité, et dont il tirait des conséquences à la fois rigoureuse^ et en contradiction

avec les hypothèses données ; quand lui et son commentateur Proclus j sans énumérer ces hypothèses f expriment nettement les résultats de îargumentation dont elles étaient le sujet y savoir, que sans unité la pluralité est inadmissible , que la pluralité bien examinée renferme lunité , la différence la ressemblance y le mouvement le repos y et que le mouvement sans unité est impossible; et quand d'iui autre côté nous trouvons dans Aristote Fénumération précise de divers arguments contre le mouvement «et contre l'espace; quand enfin en mettant ces détails dans le cadre général que Platon nous fournit ^ on leur donne un sens raisonnable et un but intelligible, et que par là on expUque toutes choses , n'est-on pas fondé à admettre une supposition si naturelte et si plausible, à considérer les arguments qae nous a conservés Aristote comme quelques-uns de ceux que devaient renfermer les hypodièscs indiquées par Platon , à les y rapporter comme les détafls aux généralités, et à interpréter les détails dont le caractère est obscur et douteux par le caractère non équivoque et non contesté des généralités? Il est vrai qu'Aristote, dans les endroits où il cite les quatre arguments contre le mouvement, ne les ramène pas au point de vue sous lequel Platon nous présente la polémique de Zenon dans le Parménide; mais d'abord il ne dit pas non plus que Zenon prît ces arguments d*uue manière absolue; ensuite,

coTnme plus tard ces arguments furent employés absolument par les sophistes, et qu'Aristote considérait plutôt l'abus qu'on en avait fait que le sens qu'ils pouvaient avoir dans l'esprit de leur inventeur, il n'est pas étonnant qu'il les ait pris lui-même absolument , et qu'il ait cherché à y répondre aussi d'une manière absolue. Enfin, nous avouerons que les réponses d'Aristote , commentées et développées par Simplicius , nous paraissent , ainsi qu'elles ont déjà paru à Bayle , assez peu satisfaisantes. Aristote accuse Zenon de mal raisonner, et lui-même ne raisonné guères mieux et n'est pas exempt de paralogisme ; car ses réponses impliquent toujours l'idée de l'unité , quand l'argumentation de Zenon repose sur l'hypothèse exclusive de la pluralité. Au reste nous convenons qu'en eflfet Aristote n'est pas favorable au point de vite que nous avons adopté , mais nous avons pour nous l'autorité de Platon , que nous devions préférer; car la critique peut-elle hésiter entre quelques lignes jetées sans développement et en passant, de sorte que ce qui appartient précisément à Zenon n'est pas très-facile à reconnaître, et un long passage d'un ouvrage composé ex professa^ non pas seulement sur les matières traitées par Zenon , mais sur l'école à laquelle il appartient , sur son maître et sur lui-même, sur ses opinions et sa méthode? La question critique est de ^savoir si on donnera à quelques lignes d'Ari-

t46 ZÉHOVf d'éléb.

stote une eertaine interprétation ^ ou si Ton re* jettera absokiment l'autorité du Parménide de

Platon,

Les deux autres passages de Zenon , contre l'espace et l'existence empirique de l'uniléy se trouvent dans kvisXote ^ Physique y iv , 3,.et dans \z. Métaphysique ^ ii, éd. Brandis, p. 56, 67. U est fait aussi allusion à la prétention de Zenon , que le mouvement est impossible , dans les Pre» mières Analytiques j édit. Sylb., tome î,p. i84; dans les Topiques, éd. Sylb., tome i ,*p. 4ii et 457. Le livre des Lignes insécables j éd. Sylb., tome VI, contient plusieurs phrases d'Aristote, plus ou moins défigurées par George Pachymère, mais où l'on reconnaît pourtant, à travers les réfutations d'Aristoteet les raisonnements tronqués de Zenon , le but que celui-ci avait toujours de- ▼ant les yeux , savoir, de ramener à un principe indivisible, en montrant toutes les extravagances de la divisibilité à l'infini. Tous les passages du traité de G. Pachymère qui se rapportent à Zenon regardent quelqu'un des quatre arguments eontre le mouvement.

Peut-être semblera-t- il* étrange que nous n'ayions fait aucun usage du livre d'Aristote sur Xénophane , Zenon et Gorgias , livre sur lequel nous nous sommes souvent appuyés ailleurs pour établir plusieurs opinions de Xénophane. Notre réponse' est que la partie de ce petit traité qui concerne Xénophane , quoique vi-

zhfOV DÉLÉE, 1^7

siblement corrompue et d'une interprétation très^diffîcile sur plusieurs points , est cependant intelligible en général , tandis que la partie qui regarde Zenon est dans un état tel que nous avouons franchement que tous nos efforts pour l'entendre n'ont abouti qu'à une interpréta*tion incertaine et arbitraire , sur laquelle nous n'osons asseoir aucun résultat critique et vraiment historique. Il n'est pas même encore universellement reconnu qu'il s'agisse dans cette partie de Zenon et non de Mélisse. Nous avons donc négligé cet écrit , dont la meilleure édition est celle de Fiilleborn' , Comrnentatio qiiâ liber de XenQph,,Xen, etGorg/passim illustratury Halle, 1789. Voyez aussi Spalding^ Commentarlus in primant partem libelli de Xen.y Zen, et Gorg.^ Berlin y ^793-

Outre l'autorité de Platon et de Proclus d'un côté,. d'Aristote et de Simplicius de l'autre, il n'y

a plus guère dans l'antiquité d'autre témoignage sur Zenon d'Élée que l'article de Diogène de

* Cependant on en peut employer quelcpies lignes qui dans le texte même sont rapportées à Zenon ; par exemple, ceiiet;ci ^i éclaircissent le passage de la Métaphysique où Zciion pousse tout principe empirique à la divisibilité indéfinie, p mr ramener, par les extravagances que la divisibilité en-^cnt re , à rindlvbibilité du principe transcendentjal : Quelle rue. s oit cette existence visible^ eau ou terre , il faut quelle ait plu'^ rieurs parties^ comme le prétend Zenon. Il y est fait aussi sdliision à l'opinion de Zenon sur l'e^ce.

l48 ZENON D'iL^E.

JLiaèrte, ix* a5-3o, qui a passé dans les extraits des écrivains postérieurs. Parmi les modernes , il faut consulter, mais avec précaution , l'excellent article dé Bayle, qui, selon sa coutume, se complaît à faire de Zenon un sceptique. Il est curieux de lire Brucker sur toute l'école d'Élée , et en particulier sur Zenon , pour se faire une idée de la mauvaise humeur de ce bon et savant homme contre une doctrine qui surpasse son intelligence , et qui lui paraît avoir quelque rapport avec le panthéisme. Aux yeux de Brucker , Zenon est un sceptique et un sophiste. Rant est le premier, je crois, qui, dans la Critique de la raison pure y ait soupçonné que les contradictions auxquelles Zenon réduit tour à tour tous les phénomènes, ne sont pas aussi sophistiques qu'on l'a prétendu, et que Zenon peut-étro n'a pas voulu nier absolument les deux termes de la contradiction , mais seulement prouver par là que l'un et l'autre, admettant une contradiction raisonnable , ne peuvent avoir une vérité absolue. Cette remarque appartenait de droit à l'auteur des Antinomies de la raison , à celui qui a montré le premier les contradio* tions de propositions réputées également raisonnables, et qui par là, sans les détruire, a réduit leur valeur, et les a reléguées dans ime aphère inférieure d'évidence. Depuis, Tiedemann ( Geist der speculati{fe Philosophie , tom. r ^ pages 285 -3oo) et Terinemann {Geschiclue lier

Philosophie^ totn. i, pag. 191-206), sans avoir reconnu le véritable point de vue sous lequel il faut considérer la dialectique dé Zenon , ne l'ont pas du moins traitée comme une pure logomachie. Quant aux détails, il est impossible de mieux exposer que ces deux savants critiques les arguments de Zenon contre le mouvement et l'espace, d'après A ristote et Simplicius. Staûdlin ( Geschichte und Geist des Scepticismus j tom. i , pag. 200-216, Leipzig, 1804) a le bon sens de défendre Zenon contre l'accusation qui lui est généralement faite de n'avoir été qu'un sophiste. 11 refuse de mettre parmi les Gorgias, les Protagoras, les Hippias et les Prodicus, l'homme austère qui préféra l'obscurité d'une petite ville vertueuse aux magnificences d'Athènes, et la mort à la servitude : Staûdlin ferait volontiers pour Zenon une classe particulière de sophistes. Il va même jusqu'à convenir qu'on n'a pas de, raison solide pour le considérer comme un sceptique.

On peut encore consulter sur Zenon les ouvrages suivants : Buhle, Commentatio de ortu et progressa pantheismiindè à^Xenophane Colo^ phoniOj primo ejus auctore , usquè adSpinosam , Comment, societ. scient. Goetting.j x; — Car. H. Erdm. Ijohse y Dissertatio de argumentiSj quitus Zeno Eleates nullum esse motum démonstraçit^ et de unicâ horum refutan^orum ra-

. ^^^ ^r^//i/^ Hofflbauer , Halle, 1794, În-S;

TiedeoiBnn : Utrùm scepticus fuerit an do-

'Znoiictis Zeno Eleates ? JVoi^. Bibl. phil. et cn't.

t a^ia^^M ^ati^^ «a^i*^^ ^^-^—.^.^.^^ ^ a.^».^^.^^^.^-*..^.^.».^.^— ^^■^■^^^^^■■^^■Éi^^ AA^toB^^^^k^^^^^^^te*

SOCRÂTE.

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