LA COMÉDIE DES NUÉES
On a beaucoup agité la question , quelle a été l'influence de la comédie des Nuées sur l'accusation intentée plus tard à Socrate. Schleiermacher tire du Banquet et de la présence d'Aristophane dans la compagnie des amis intimes de Socrate, eefte conclusion, qu'il n'y eut jamais de haine véritable entre le comique et le philosophe; et en effet, quand on voit la citation tout-à-fait amicale que Platon fait dans le Banquet^ d'un passage satirique des Nuées, on peut supposer qu'il ne lui restait nulle rancune des traits qu'Aristophane avait lancés contre son maitre, comme le prouve encore le beau distique de Platon sur Aristophane ^. Je suis aussi très-con-
* Voyez ma traduction , T. vi , p. SSg.
* Olympiodore, f^ie de Platon dans le Commentaire sur VAlcihiade .*
Les GrAces chercliant un asile, Hencontrèrent l'esprit d'Aristophane.
l52 SOCRATE^
vaincu que jamais Aristophane n'eut aucune mauvaise intention contre Socrate, et que dans les Nuées y qui furent jouées vingt -trois ans avant Taccusation , il ne songeait pas le moins du monde à préparer cette accusation. Si c'est là la seule induction que Ton veut tirer du Ban^ quety je l'accepte, et là-dessus je suis complètement de l'avis de Schleiermachfer ', de Wolff *, d'Âst ^, du Quarterlj Revieiv^, et de Prînsterer^; mais si, abstraction faite des intentions d'Aristophane , on veut conclure du Banquet que la pièce des Nuées n'eut aucune influence sur le procès de Socrate et ne s'y rapporte d'aucune manière, j'avoue qu'il m'est impossible de partager cette opinion. Tout concourut dans la mort de Socrate, comme il arrive toujours dans les événements nécessaires. Les causes de celui-ci furent;
I® Les ressentiments du peuple lettré et des beaux esprits du temps , que Socrate avait soulevés en démasquant leur ignorance;
a® Les ombrages de la toute-puissance démocratique qu'irritait l'impassible équité de Socrate;
3 Le courroux long-temps contenu du pouvoir sacerdotal , qui, après avoir vu d'assez mau-
* Platon's ÎVerUy ii« p. , T. ir, p. 383.
* Sjrmpos,, Einleit. , p. 42.
* PlatorCs Leben und Schrifften , p. 817 *N'>42, sept. 1819, p. 271.
^ Prosopographia platonica f p. 177.
soir PROCÈS. i53
vais œil les premières études phpiques et astronomiques de Socrate^ fort suspectes de tendre plus ou moins directement à ruiner le paganisme (témoin Taffaire d'Anaxagore et de plusieurs autres physiciens), éclata enfin lorsqu'il vit Socrate proclamer , à la place des divinités consacrées , une Providence^manifestée à la fois dans la nature par les causes finales auxquelles se rapportent en dernière analyse tous les phénomènes extérieurs, et dans l'homme, dans Socrate par exemple, par la voix intime de la conscience , organe immédiat et incorruptible de la divinité ( c'est le sens du mot AatpLwv), qui dispense de recourir à l'intermédiaire officiel de la religion établie et de ses ministres.
Telles furent les causes du procès de Socrate ; mais ce fut surtout l'accusation d'impiété qui l'accabla : la religion menacée rallia autour d'elle l'état compromis et l'art insulté. Or, nous avons fait voir ailleurs que les réponses équivoques de \j4pelogie ' ne sont rien moins que satisfaisantes sur l'article de l'impiété, et il y a quel* que chose d'absurde aujourd'hui à vouloir défendre Socrate d'avoir été en effet peu orthodoxe de son temps , et le premier héraut de la révolution dont il fut le martyr, et à laquelle il a attaché son nom. Si Socrate avait pensé comme
* Traduction de Platon, Argument de Yjâpologie^ T. 1% p. 55,
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Euth3rphron , îl serait mort dans son lit ; maïs l'adorateur impie dVin dieu inconnu, le prophète d'une foi nouvelle devait finir comme il a fini. Disons-le nettement: en attaquant le paganisme, sur lequel reposait l'état dans l'antiquité, Socrate ébranlait l'état; devant l'état il était coupable. Or Aristophane 9 excellent citoyen, gardien et vengeur de l'état et de la religion, et qui du haut de son théâtre comme d'une tribune combattait sans pitié , avec les armes redoutables du ridicule , tout ce qui lui paraissait contraire aux intérêts de la patrie et à l'ordre établi, Aristophane, sentinelle vigilante, devait jeter un cri d'alarme à la nouvelle direction des études de la jeunesse athénienne, et à l'apparition d'oisifs novateurs occupés des cieux plus que de la patrie, et dans les cieux trouvant des astres à la place des dieux du pays. Socrate était au premier rang de ces novateurs; Aristophane les persiffla donc au nom de l'état dans la personne de Socrate. Dans l'antiquité, la religion, l'état et l'art se prêtaient une force mutuelle : la première comédie avait une mission très-sérieuse , et les bouffonneries d'Aristophane couvrent des pensées profondes. Assurément Aristophane n'eut pas l'intention de dresser l'acte d'accusation de Socrate, pas plus que Socrate n'eut Vintention de faire une révolution; mais dans l'histoire, il ne s'agit pas des intentions des hommes , il s'agit de leurs actes, de leur caractère gé-
SON PBOCiS. i55
tiéral et de leurs effets incontestables.. Socrate était Torgane d'innovations qui devaient triompher, mais dont le jour n'était pas venu; Aristophane était le défenseur presque officiel de la cause attaquée par Socrate. Les deux personnes pouvaient se voir et même s'aimer; les deux causes étaient ennemies, et la plus forte accabla l'autre. D'abord, la religion menacée se suscita pour vengeur un poète qui attaqua les innovations dans la personne de Socrate, seulement par le ridicule; enfin le mal s*accroissant et le ridicule poétique étant impuissant , la religion appela l'état à son secours pour la délivrer de leur redoutable adversaire, sauf d'ailleurs à Aristophane et à Socrate, dans Tiiitervalle de la représentation des Nuées à l'accusation juridique, à souper ensemble chez Agathon.
C'est ainsi qu'il faut concilier le Banquet et le passage célèbre de \ Apologie ' : « Ce sont eux, Athéniens, qui, s'emparant de la plupart d'entre vous dès votre enfance, voUs ont répété et vous ont fait accroire qu'il y a un certain Socrate, homme savant qui s'occupe de ce qui se passe dans le ciel et sous la terre Voilà mes vrais accusateurs; car en les entendant, on se persuade que les hommes livrés à de pareilles recherches
ne croient pas qu'il y ait des dieux Ce qu'il
y a de bizarre , c'est qu'il ne m'est permis ni
^ Ibid.p» 64.
ï56 soc RATE,
de connaître ni de nommer mes accusateurs y à Texception d'un certain faiseur de corné* dies... Voilà l'accusation; c'est ce que vous avez vu dans la camédie d'Aristophane. ... »
Dans le Banquet ^ les individus seuls sont en présence et conversent ensemble amicalement; dans X Apologie^ les causes mêmes sont aux prises , et sous ce rapport on peut placer très-justement Aristophane parmi ceiix qui ont amené le triste dénouement qui s'apprête. En efFet, comment supposer que les Nuées n'aient pas préparé le peuple et le magistrat à voir dans Socrate un citoyen équivoque, un novateur dangereux, digne du sort d'Anaxagore et de Prodicus? Les Nuées ne soulevèrent pas l'accusation contre Socrate, mais lui frayèrent la voie. Ce quiavaitproduit la comédie l'accrédita, et quand le temps fut venu, la convertit en accusation. La seule différence est celle du premier acte d'un drame à son dernier.
On insiste et on soutient que l'effet des Nuées dut être d'autant moindre, et se perdre d'autant plus aisément dans l'espace de vingt-trois années, que les traits d'Aristophane ne portaient évidemment pas sur Socrate, et que le Socrate des Nuées ne ressemblait en rien au Socrate réel. Et on répète avec une confiance parfaite les paroles de Socrate dans X Apologie , qu'on l'accuse à faux de s'occuper de physique et d'astronomie, qu'il n'en sait pas un mot et n'y a jamais pensé.
SOIT PROCÈS. l5'J
(c Je ne me suis jamais mêlé de ces matières ', et je puis en prendre à témoin la plupart d'entre vous. » Mais contre Yyàpologie nous avons un témoignage sans réplique, le Phédon : Socrate y avoue que dans sa jeunesse* il était passionné pour les recherches de physique. « Pendant ma jeunesse , il est incroyable quel désir j'avais de connaîf:re cette science qu'on appelle la physique. Je trouvais sublime de savoir la cause de chaque chose, ce qui la fait naître, ce qui la fait mourir, ce qui la fait être, et je me suis souvent tourmenté de mille manières , cherchant en moi-même, si c'est du froid ou du chaud, dans l'état de corruption, comme quelques-uns le prétendent, que se forment les êtres animés ; si c'est le sang qui nous fait penser, ou l'air ou le feu, ou si ce n'est aucune de ces choses, mais seulement le cerveau qui produit en nous toutes nos sensations, celles de la vue, de l'ouïe, de l'odorat, qui engendrent à leur tour la mémoire et l'imagination , lesquelles, reposées, engendrent enfin la science. Je réfléchissais aussi à la corruption de toutes ces choses, aux cbangemens qui surviennent dans les cieux et sur la terre. » Ce passage du Phédon est une défense véritable des Nuées. On voit que Socrate s'y donne pour avoir été à peu près tel que le grand comique le représente, avec
' ibid., p. ee.—'/wrf. ,-p. 27I
l58 SOCRATE,
Fexagération et la haute bouffonnerie qui sont propres à la première comédie. Plus tard, il est vrai Socrate renonça à ses premières études et quitta les spéculations physiques et cosmologiques pour la philosophie morale jusqu'alors fort né^ûoée. Lui-même nous raconte encore, dans le Phédon ' , conunent l'étude des phénomènes extérieurs considérés en eux-mêmes ne le satisfit point, et comment il chercha un point de vue plus élevé et plus intellectuel. Ce point de vue fut le NoDç d'Anaxagore, qui devint pour Socrate et par Socrate la vraie Providence. De là l'étude des lois morales et des causes finales substituée à celle des phénomènes et des loi$ physiques, et toute la seconde époque delà vie de. Socrate. La première justifie les Nuées; la seconde n'était pas propre à en détruire l'effet; car les nouvelles études de Socrate achevèrent ce qu'avaient commencé les premières, et si la physique d'Anaxagore avait ébranlé les divinités du soleil et de la lune, le sentiment d'une Providence partout présente et surtout dans l'âme enseigna à les remplacer avec avantage.
La conséquence de tout ceci est qu'il ne faut point se révolter contre ce qui a été, car ce qui a été était ce qui devait être. Platon peut avoir admiré la grâce supérieure du génie d'Aristophane, et Aristophane peut avoir rendu
SON PROCES. iSq
justice à l'excellent caractère de Socrate, sans que pour cela les choses ai^nt moins suivi leur cours. Socrate jeune avait été traduit devant le peuple par Aristophane; Socrate dans sa vieillesse fut traduit devant Faréopage : c'était toujours le même Socrate, et l'esprit qui inspira Aristophane et celui qui entraîna l'aréopage était aussi le même esprit.
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PLxVTON.
LANGUE DE LA: THÉORIE DES lOl^ES.
La dialectique est Tinstrument de la philosophie de Platon, et la dialectique de Platon est tout entière dans la définition. Or, la définition a deux procédés, la généralisation et la division. En effet, la définition est double; elle se fait j?€r genus onper differentiam. Le propre de Ja déùr^ lîVàon per genus Q^ d'établir dans toute discussion, en laissant là les exemples qui sont toujours des particularités, l'idée générale de la chose en question , idée générale qui doit dominer tous les exemples particuliers et les contenir tous dans ce qu'ils ont de commun entre eux; cette définition a donc pour principe la généralisation. Et réciproquement , la division ou la résolution de l'idée générale, non dans toutes les particularités indéfinies où elle peut se rencontrer, mais dans ses élémens essentiels, est le principe nécessaire de la définition per differentiam. Ces deux procédés constituent
LAITGUE D£ LA THÉORIE BSS IDÉES. l6l
tQUte la. définition, c'est4k-dire, la dialectique platonicienne. Le premier est la base du second, . le second est le développement du premier.
Mais si la divisicHi repose sur la généralisation, sur quoi la généralisatiou.repose-t-elle? Évidemment sur la théorie des idées, laquelle est ainsi le principe fondamental, 1 ame de toute la dialectique et de la philosophie de Platon. La langue dans laquelle cette théorie célèbre est exprimée mérite donc une attention particulière.
La langue de la théorie des idées s'est fixée peu à peu, ainsi que cette théorie. De même que celle-ci est encore un peu incertaine dans le Phèdre^ c'est-à-dire, ^dans le premier cKalogue de Platon, quoiqu'elle y soit, déjà, de même ]^ langue qui l'exprime n'y est pas encore aussi arrêtée qu'elle l'est devenue depuis dans le Ménoriy le Parménide^ lePhédon et la Républiq^g. Yoici les différens ter^nes, qui, dans Ici langue et dans la théorie de Platon bien constituées, représentent les différens degrés de l'idée, avec la signification précise qu'il faut attache^ à cftacun d'eux. ^
D'abord y au faite de la théorie est l'idée en soi, eUoç aÙTo xaO' oûto , l'idée prise absolumetit, sans aucun rapport ni au monde de l'^espût ni a celui de la nature, l'idée considérée comm^l'ir déal invisible, la raison première et dernièrç, éternelle et ajbsolue , de toute? les choses qui la réHféchisscAt ici-bas da^s c^^nu^Ade du relatif c(
|6^ [LARGirB IKK tA THÉORIE
de Tmvxteuce j pei^étuelle métamorphose de phéBomènes qui se renouvellent et deviennent sans cesse y sans être jamais substantiellement ^ Y^eoiCy To (A^i ov, T« \fJh SvTa. Par opposition aux phénomènes 9 Teiioç outo xaft' aûro, l'idée en soi est la vraie essence, ^ ouata, toov ovtwç, et elle réside dans le Xi^yoç Oetoç ou Tintelligence absolue , par-delà Tintelligence finie de l'homme et la région inférieure de ce monde.
Mais ridée ne reste point et ne peut rester à Fétat absolu dans le sein de l'éternelFe intelligence. Comme elle est cause en' même temps qu'elle est essence et attribut substantiel, eîVe entre, par sa propre fiDrce et Fénergie dont elle est douée , dans l'action et le mouvement , et elle passedans Fhumanité et dans la nature. fiUe n'est phis alors eîJoç aùro xaô*aÙTo, mais elle devient «tt^C dans Tesprit humain , et IUol dans la nature ; elle est là ce qu'il y a encore d'absolu mêlé au relatif. Dans l'esprit humain, sl^oç est Ji'idée générale, car c*est toujours une notion de généralité qu'il feut attacher à ce mot. Or, la généralité est jprécisément ce sans quoi il n'y a pas de véritable connaissance possible. En effet, sans généralité, pas dé définition ; car d*abord toute définition feiïi porte Fidée de l'être, laquelle est essentiellement générale ; ensuite toute définition se fait nécessairement per^eizttJ'aussi bien queperdif- /erentiamy réléméiat de la différence supposant toujours u^ élément général , qui seul dàsae ,
JD£S IDÉES, ig)
c'est-à-dire, définit l'individu à définir; de sorte que tout individu et toute espèce doivent se rapporter à un genre pour être définissables, c'està-dîre pour être intelligibles; et que la pensée la plus particulière en apparence, pour être une pensée*, implique une notion quelconque de généralité , ti el^oç. L'efôoç est donc dans l'esprit humain le fondement de toute connaissance ; ce sont là les principes directeurs de l'en* tendement, les notions universelles et nécessaires, les lois àe tout jugement^tde toute conception , les universaux du pOTjajçjjsme. Voilà pourquoi Ydèoç est presque tonjoftrtf développé dans Platon par lexaô* aov; par exemple, cUoç T«ç âp«T^; ou âpexiq )c«9'5Xou, Ménon^ Bekk., p. 33q. et partout ailleurs , de la même manière. KaV ei^oç , xaT* «ï^vi Xeyaiv, tjxoTfsîv, veut dire Considérer les choses sous un point de vue général , coibme^ par exemple, le xaV tXh axoxsîv dix Politique qu'ex* plique parfaitement l'expression analogue du &>. phiste , xaTÀc yévoç ^laxptveiv. On trouve déjà cette expression technique dans le passage suivant du Phèdre : 8tl yàp «vOptoiçov Çuvifvai xar' ilèoç Xeyo(A«vov, ÈK TcoXXôv lov ai<TÔ7f(Tiwv ct( ïv Xoyt^jjiô Çuvaipoti- |i.£vov. Bekk. , p. 45 et 46 : JEn effet le propre de Vhomme^est de comprendre le général ^ cest^** dire ce qui , dans la diversité des sensations ,* peut être compris sous une unité rationnelle^ KaT el^oç XeYojAevov (suppléez to avec Heindorf et
Schleiermacher, soit en le sous-entendaot, soit
l64 LANGUE D£ LA THISORIE
en Tinsérant dans le texte ) est proprement ici la catégorie de la généralité.
Nous avons vu que l'idée de la généralité enveloppe et domine dans l'esprit humain les idées les plus particulières , et que par conséquent l'el^oç est le fond même de l'esprit humain , qui par là se maintient dans un rapport constant avec l'intelligence absolue. Or, la nature est la sœur de l'humanité; elle est fille, comme elle, de l'éternelle intelligence ; elle la réfléchit , elle la représente comme elle, mais d'une autre manière, d'une manière moins intellectuelle et par conséquent moins intelligible , claire pour les sens , obscure à la pensée. L'cISoç à ce degré est îîéa ; l'îîéa est FelSoç tombé en ce monde, l'eisprit devenu matière , revêtu d'im corps et passé à l'état d'image. Mais dans cet état même Yi^ix conserve son rapport et avec l'el^oç et avec l'elSoç aÙTo xaô' auTo , et par conséquent elle implique toujours quelque généralité , non plus dans la forme intérieure de la pensée, mais dans la forme de l'objet. L'i^ea est la forme idéale de chaque chose; c'est par elle que la nature aussi est idéale , intellectuelle et qu'elle a sa beauté. Sans doute la généralité que retient l'ti^ea est fort audessous de celle de l'eUo;, comme les lois de la nature sont infiniment moins générales que celles de l'esprit; cependant on ne peut pas nier que ce mot ne réveille encore indirectement quelque notion de généralité , en même temps
DtS ID££S. l6S
qu'il s'applique directement à uue image^ à quelque chose d'extérieur et de visible.
Tel est le sens propre des mots efôo; «ûto xa6 aÛTo , el^o^ y i^éoL , et c'est dans ce sens que Platon les prend ordinairement. Mais il fgut convenir que el^oç et iSéa se permutent fréquemment , et il n'est pas raréde trouver i8éa pour cl^oç, Phèdre , Bekk.y p. 23, 39, 78 et 79, comme on y trouve . aussi quelquefois aî^oç pour une espèce et non pour un genre; ainsi dans le Phèdre ^ Bekk. , p. 79, xaT 81^71 Tfipaw veut dire diviser l'idée générale dans ses élémens. Mais alors il ne faut pas entendre par efôTj toutes les particularités possibles , mais seulement les élémens essentiels d'une idée, les espèces, nôïi' les individus , ce qui implique encore quelque généralité, comme tjea, employé même pour a^oç, implique presque toujours encore un regard au monde extérieur.
Les idées de Platon subsistent sous des noms différens dans la philosophie moderne. Ce sont les vérités éternelles de Leibnitz , dont le dernier fondement est cet esprit suprême et universel qui ne p^ut jnanquer cC exister y dont FentendC' ment, à dire vrai, est la région des vérités éternelles... Ces vérités nécessaires contiennent la raison déterminante et le principe régulateur des existences mêmes , et, en un mot, les lois de runiuers. Ainsi ces vérités étant aniérieres aux . existences des êtres contingens, il faut bien
l66 hÂixavE tm la TnioRiE des idées.
qu'elles soient fondées dans T existence d^une substance nécessaire. C'est là où Je trouve Vori^ ginaldes idées et des ^vérités. Leibni tz , Nouveaux essais sur F entendement humain, livre IV, ch. II. Ce sont encore, à un degré inférieur^ les lois de la constitution de la nature humaine, les principe$ du sens commun de la philosophie écossaise; mais les Écossais se sont servi de leurs lois et de leurs principes sans approfondir leur nature, sans reconnaître leur origine , sans embrasser toute leurportée, sans les compter ni lea classer, sans tracer l'histoire de leur apparition et de leur développement dans la conscience, sans les suivre dans leurs conséquences ni les rapporter à leur premier et dernier principe. Kant a été infiniment plus loin dans la même route. Le schématisme rappelle ri^fioe, les catégories Ytièoç, et les idées de la raison pure les etSn ocùrci mit oc&Toé. J'ose à peine ajouter qu'il y a dix ans, j'ai tenti» selon mes forces, une théorie complète des vérités absolues , dont on peut voir une esquisse imparfaite sous ce titre : Programme des leçons données à F école Normale pendant le premier semestre db 1818 sur les vérités absolues. Fragmens philosophiques , pag. a63.
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