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vérité. Mais attendre de lui qu'il reste rigoureusement neutre entre son sentiment et celui d'autrui, c*est au-dessus de Thumaine faiblesse. Exiger qu'il ne prenne parti pour rien ni pour personne, c'est le réduire à n'être qu'un indifférent. Se flatter qu'il pourra complètement s'abstraire de lui-même, de ses goûts, de son milieu, de sa condition et des idées ambiantes, qu'il n'en gardera nulle empreinte et ne les reflétera jamais, même à son insu, c'est le rêve d'une âme candide, rêve qui l'honore, mais que dissipe le premier rayon du jour.
Quoi qu'il fasse, Thistorien est de son temps et de son pays ; il en est quand il les vante, il en est encore lorsqu'il les décrie : malgré lui, il subit leur influence et cède d'instinct à leurs préjugés. Thucydide est un Athénien, Tacite un aristocrate, comme M. Debidour est un universitaire. Qui s'aviserait de s'en étonner et de leur en faire un grief? En un mot, si elle n'est pas une ambitieuse chimère, j'ai peur que l'impartialité en histoire ne soit une fausse vertu. La seule qui soit compatible avec l'honnêteté de l'écrivain, c'est celle du juge, c'est l'équité qui ne condamne personne sans Tavoir entendu.
A quoi bon insister, au surplus? Je n'ai nulle envie de chercher une mauvaise querelle au laborieuiL auteur. Sans qu'il y paraisse, sur ce point préliminaire nous somnies plus d'accord qu'il ne semble. Voici d'avance, ajoute-t-il, la règle .à laquelle j'ai soumis mes jugements, « la loi qu'en mon âme et conscience j'ai cru devoir appliquer aux hommes comme aux choses. Si un conflit se produit entre les deux pouvoirs (spirituel et temporel), le dernier mot doit toujours rester à l'État ».
Il est difficile d'être plus sincère, mais il l'est aussi de s'avouer plus ingénument partial. Avant d'avoir fait un seul pas, l'écrivain prend nettement position. Il a la conscience d'avertir son lecteur. A la théorie de l'égalité, de la souveraineté parallèle et respective des deux puissances, il répond par la célèbre formule de l'Église dans l'État. Elle est brève, mais elle est pleine. Mesurons-en
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bien la portée. Tout litige suppose une obscurité à éclaircir, un droit disputé à faire reconnaître; toute controverse présume nécessairement une vérité à dégager d'une erreur. C'est un principe universel, c'est le bon sens. On est prêt à appliquer cette règle à tout le monde, sauf à l'Église qui est la sujette de l'Etat, celui-ci, comme le peuple de Rousseau, n'ayant pas besoin d'avoir raison. Il n'y a pas, il ne peut y avoir de droit contre .l'État, fût-il mille fois attesté par l'usage des siècles, proclamé par les engagements les plus solennels. En février 1810, le trop célèbre ministre de la police impériale l'entendait ainsi, lorsqu'il écrixail au préfet de Montenotte, gardien de Pie VII dans la prison de Savone : « L'Église se trouvera dans l'État ». N'est-ce pas ce que répète M. Debidour? Je ne le compare en rien à Fouché ; mais, à moins que l'expression n'ait trahi sa pensée, je défie qu'on puisse autrement interpréter son « dernier mot ».
Cette interprétation paraît d'autant plus plausible qu'elle est implicitement confirmée dans l'introduction du livre. L'auteur a compris qu'il ne pouvait entrer de plein-pied dans la France de 1789 sans jeter un coup d'œil sur celle de l'ancien régime. Mais son regard n'en embrasse qu'une faible partie. 11 écarte ce qui le gêne. Ainsi, après avoir réprouvé la prétention de Grégoire VII, d'Innocent III et de Boniface VIII à la suzeraineté universelle, pourquoi omettre de rappeler, avec Joseph de Maistre, qu'une opinion non moins universelle chez les peuples ne la leur disputait pas? Pourquoi se taire sur les doctrines des défenseurs du pouvoir civil, du dominicain Jean de Paris, par exemple, qui soutenaient la distinction du spirituel et du temporel? Quoique distincts, disaient-ils, l'Eglise et TÉtat restent unis. Et si ce grand problème de la vie religieuse et politique, le plus grave qu'ait connu la chrétienté, celui qui la sépare le plus profondément de la société païenne, a si fort agité le moyen âge, pourquoi ne pas reconnaître qu'aucun des légistes gouvernementaux d'alors n*a osé le résoudre par la vassalité ou l'asservissement de l'Église?
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Ni Philippe le Bel, ni Charles V, ni même Louis XIV, après la fameuse déclaration de 1682, ne lont tenté. Le clergé gallican n*a pas connu l'opprobre du joséphisme, fùl-ce aux. tristes jours de ses bruyants démêlés avec le parlement. L*aocicn régime n'a jamais prétendu rompre ses liens avec le pontificat suprême, ou le réduire vis-à-vis Tautorité civile à un rôle subalterne. Quel que fût son arbitraire, il était contenu par ses propres traditions. Cette prétention est moderne, et date à peine de la fin du dernier siècle et surtout du nôtre. De tous les souverains français, Napoléon empereur est le premier qui lait brutalement émise, sans s'apercevoir qu'il s'était d'avance infligé un démenti en signant le concordat de 180i. Le vainqueur peut imposer sa loi au vaincu, mais on ne traite pas de puissance à puissance avec un inférieur, un inégal. Les articles organiques n'ont été eux-mêmes qu'une surprise et une entorse donnée par un négociateur sans scrupules à la foi jurée d'un libre traité.
La laïcisation de l'État — c'est le nom que M. Debîdour applique au système qui a ses préférences, et ce nom même atteste la nouveauté du but poursuivi — la laïcisation de rÉtal n'a commencé qu'avec la Révolution. Elle ne fut pas un retour, mais un contre-sens aux usages monarchiques. Elle n'était ni dans les vœux populaires exprimés par les cahiers des électeurs de 1789, car il ne faut pas la confondre avec l'abrogation du concordat de 1515 demandée par la catholique Bretagne, précisément pour enlever i l'État la nomination des évoques et des curés, ni à plus forte raison dans ceux du bas clergé. De l'aveu de notre auteur, celui-ci se bornait à réclamer un recrutement plus équitable, une meilleure répartition des revenus ecclésiasr tiques, une plus rigoureuse discipline. La domination laïque fut uniquement voulue par un parti qui ne repoussait la conciliation des deux pouvoirs qu'afin de les absorber dans le sien.
Si nous nous sommes arrêtés un instant sur cette introduction qui révèle la science avec les opinions tranchées
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de l'écrivain, oserai-je, pour obéir à son propre désir, lui signaler deux ou trois inexactitudes, dont la rectification ne déflorerait pas son récit?
La prétendue pragmatique-sanction, dite de saint Louis et datée de mars 4260, n'appartient pas à ce prince. C'est un document apocryphe, fabriqué vers 1450, car il a été produit pour la première fois à l'assemblée de Chartres de cette année, pour appuyer la pragmatique de Charles Vil (1).
En condamnant la proposition du P. Quesnel que « la crainte d'une excommunication injuste ne doit pas nous empêcher de faire notre devoir », la bulle Unigenitus n a introduit aucune innovation dans l'Église. Cette doctrine se lit en toutes lettres dans le Corpus juris canonici(^) et remonte à Grégoire IX (3). Elle n'a du reste rien de a criant », et M. Debidour se serait épargné des frais d'indignation s'il en avait recherché le véritable sens. Sententia episcopi, sive justa, sive injusta fuerit^ timenda e^^ dit ce pape. Et pour quel motif? Ne sententiam ecclesiasticam contemnere videaiur, ajoute sa décrélale Per tuas litteras à l'archevêque de Sens. 11 faut craindre et respecter, tant qu'elle existe, la sentence d'un juge compétent. C'est une règle de décence et de procédure. Elle subsiste dans nos lois civiles, puisque le pourvoi en cassation ne peut suspendre l'exécution du jugement ou de l'arrêt attaqué. Est-il un jurisconsulte, un plaideur, qui ait jamais protesté contre elle?
M. Debidour évalue de 80 à 90 millions le revenu net des propriétés du clergé avant 4789, chiffre qui, joint à la dinie et au casuel, aurait produit 200 millions, c'est-à-dire, dit-il, 500 millions de notre monnaie actuelle. Les estimations de ce genre sont très approximatives, il est vrai, mais comment ne pas se défier de celle-ci lorsqu'on se reporte aux débats de l'Assemblée nationale? Talleyrand fixait^ ce revenu à 70 millions, Dupont do Nemours à 60, et l'évê-
(1) Marquis de fieaucoart, Histoire de Charles VII ^ U V, p. 213.
(2) 2* partie, Causa XI, qusest. in, cap. i.
(3) Homelia 26 in EvangeU
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que de Nancy, Mgr de la Fare, à 36. Pour démeotir leurs doonées jusqu'à ce jour admises, il eut été bon d'indiquer le document qui les infirme.
On peut encore exprimer quelque surprise de la sévérité avec laquelle est traité Tépiscopat français à la Teille de 89. Malgré les cabales des courtisans, Tindulfi^encede 1 opinion, les causes de relâcbement, les obstacles semés sur les pas du dépositaire de la feuille des bénéfices, cet épiscopat était en général bien plus régulier, bien plus recommandable que ne le pense M. Debidour. Il y aurait injustice à le juger en bloc sur un Jarente, un Loménie de Brienne, un Conzié, unTalIeyrand. S'il y eut une dizaine de mitres mal portées sur cent vingt environ, c'est beaucoup, c'était trop; mais quelle faible minorité dans un corps qui s'bonorera toujours des Boisgelin, des Juigné, des du Belloy, des du Tillet, des La Rochefoucauld, des Durfort, des d'Aviau, des Coëtlosquet, des Noé! Tocqueville la équilablement reconnu : « Je ne sais, dit-il, si à tout prendre il y eut jamais dans le monde un clergé plus remarquable que le clergé catholique de France au moment où la Révolution Ta surpris, plus éclairé, plus national, moins retranché dans les seules vertus privées, mieux pourvu de vertus publiques et en même temps de plus de foi : la persécution l'a bien montré ». La même justice s'était déjà rencontrée sous la plume de Burke, qui demeura toujours un admirateur fidèle de nos évêques et de nos prêtres, avant et depuis Témigration. Il était pourtant anglais et prolestant. Le nouvel historien français fait sans doute des réserves et excepte quelques noms de sa dure sentence, mais ces noms ne devraient-ils pas être plus nombreux?
El puisqu'il veut bien solliciter lui-même les rcctiGcations de faits, qu'il me permette de franchir sans transition les années, et de soumettre à sa bonne foi un menu détail auquel on pourrait se tromper. Il s'agit du bref du S juillet 17U6, qui aurait contenu une adhésion formelle et explicite de Pie VI au gouvernement établi en France. Or, ce bref se bornait à rappeler Igt doctrine générale de
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rÉglise sur la soumission due aux pouvoirs constitués, et D a pas été lobjet d'une publication officielle par le Saint- Siège. Voici exactement ce qui s'est passé.
Le Vatican négociait alors la paix avec la République française. Pour favoriser la bonne issue de ces négociations confiées à Tabbé Pieracchi, le pape lui avait remis un simple projet de bref, que son plénipotentiaire à Florence, Mgr Caleppi, était éventuellement autorisé à rendre public, si les représentants du Directoire se montraient prêts à un accommodement. Mais les conférences diplomatiques ayant été rompues sans aboutir, parce que ceux-ci exigeaient que le pape rétractât tous les décrets apostoliques concernant la France depuis 4789, l'envoyé pontifical remporta la pièce, qui n'était encore revêtue d'aucune des formes requises pour une notification en règle. Aussi ne figure-t-elle pas dans la collection officielle des actes du Vatican (^). Seulement Cacault, agent du Directoire à Rome, avait eu vent du projet et parvint à s'en procurer le texte qu'il fit tenir à Delacroix, son ministre. Celui-ci le communiqua à l'abbé Sicard, directeur des Annales catholiques , lequel le publia comme s'il avait été définitif.
Minces critiques, dira-t-on,qui effleurent à peine la solidité du livre. Sans doute. Elles attestent au moins en même temps l'attention avec laquelle il a été lu. Mais le fond est plus grave, parce qu'il accuse plus nettement le but et les prédilections de l'auteur.
Ëst-il besoin de dire qu'il approuve en principe l'expropriation du clergé en 4789, « satisfaction due depuis bien longtemps à la morale et au bon sens public », et que, s'il exprime un blâme, ce blâme s adresse uniquement à l'ingratitude des spoliés? La nation n'a-t-elle pas, en effet,
(i) Papiers de Caleppi, dossier qo 13, aux Archives secrètes du Vatican. V. sur ce point le Directoire et le concile national de 1797 , par H. Welscbinger, 1895, et le vicomte de Richemont, dans le Correspondant du 10 septembre 1897, p. 813. Le projet de bref se bornait d'ailleurs à rappeler les principes généraux de rÉglise sur la soumission due par les fidèles aux pouvoirs établis. Pieracchi fut brutalement expulsé du territoire français par arrêté du Directoire avant d'avoir pu recevoir de nouveaux ordres de Rome.
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« traité royalement tout ce personnel de Tancienne Église, dont elle n'avait que faire »? Et, au lieu de se plaindre, ne lui de\ait-il pas plus de gré « de sa modération, de sa générosité? »
La constitution civile du clergé lui apparaît, il est irrai, comme « une erreur capilale », mais ses rédacteurs « eurent tort à force d'avoir raison ». Ils avaient raison de se prétendre pénétrés de l'esprit de la primitive Église; ils eurent tort de croire à la possibilité de sa résurrection. Leur faute fut d'allumer une torche sur un baril de poudre et de rendre la persécution inévitable. Quant au schisme .lui-même, à la juridiction et aux droits violés du Sainl- , Siège, à la brutale rupture du concordat de 151S par une seule des parties contractantes, un mot unique : la France ne voulait plus traiter avec Rome. C'est bientôt dit. il eût été bon et surtout peu facile de le prouver. On Ta déjà rappelé plus haut : le cahier du tiers-état de Rennes demandait presque seul en 1789 la suppression du concordat de François 1", mais seulement dans le but d'éviter la nomination d'évêques de cour et ne prétendait point l'obtenir contre le gré du pape ni contre celui du clergé, car il sollicitait la convocation d'un concile national pour « corriger » la discipline ecclésiastique W. M. Debidour ne se contredirait-il pas en ajoutant avec beaucoup de justesse : • pour les jansénistes de la Constituante, la constitution civile du clergé fut la revanche de la bulle Unigenitus?
Il est également dans le vrai lorsqu'il avoue que l'Assemblée législative, dominée par les girondins, ressentait pour le catholicisme autant de haine que la Convention ellemême terrorisée par Robespierre, que ni la libre pensée des uns, ni le déisme politique de l'autre, ni le culte de la Nature, ni celui de la Raison, ni les fades et ridicules mô-
(1) Art. 79, 80, 113 de ce cahier, qui peut-être de tous ceux du tiers-état porte le mieux Tempreinte du jansénisme. Il demande en èiTct rélection des évêques et des curés, ce que ne font ni celui de Quimper ni celui de Saintfirieuc dans la même province. On sait que Lanjuinais fut le principal rédacteur du cahier de la sénéchaussée de Rennes et qu*il était très gallican. Sa . griffe se distingue en chacun des articles de ce cahier, unique en ce genre.
MWJ-
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merîes des IhéophiFaalhropes n'étaient capables de remplacer, dans rimmense majorité des Français, la foi et les traditions chrétiennes. Mais on éprouve une profonde et pénible surprise à Tentendre refuser aux prêtres « réfractaires » jusqu'à la sincérité de leur résistance, dont selon lui, (c le dogme et la discipline n*étaient que le prétexte », et cette surprise devient de la stupéfaction lorsque, deux pages plus loin, après avoir reconnu que la Révolution ne pouvait tenir contre les idées religieuses, il aftirme que le décret du 3 ventôse an III (21 février 4795), complété par celui du 7 vendémiaire an IV (29 septembre 1795), fut « une véritable charte d'affranchissement pour TÉglise ». Ouoi! 30.000 prêtres ou moines émigrés, déportés, massacrés ont sacrifié leur liberté ou leur vie à un mensonge, 400.000 laïques vendéens ou bretons ont versé leur sang pour des dogmes qui les laissaient indifférents! Ces lois furent l'aurore de la renaissance catholique! Elles supprimaient le traitement du clergé constitutionnel, mais rouvraient-elles les églises fermées et délivraient-elles les prêtres entassés sur les pontons de Rochefort? Le bannissement à perpétuité cessait-il d'atteindre le déporté qui remettait le pied sur le sol français? Aussi, réflexion faite, l'auteur se ravise et confesse que « l'affranchissement » est venu trop tard. Il aéchoué parla faute des «insermentés ». C'est la victime qui a eu tort : le Directoire se chargea volontiers de le lui rappeler en l'envoyant périr dans les marais fiévreux de Sinnamari.
Dans son Étude sur la Séparation de VÉglise et de tEtat W, M. Aulard m'autorise lui-même à rectifier un autre détail peu important et de pur fait, qui a vraisemblablement échappé à M. Debidour. Une loi du 21 nivôse au VIII avait exigé des membres du clergé catholique une promesse de fidélité à la Constitution de la même année. La formule était acceptable et différait essentiellement du serment haineux, prescrit par la loi révolutionnaire du
(l) Revue de Paris, le» mai 1897. Archives nationales, AF IV, 1065.
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19 fructidor. Quelques évêquesde Tancica régime etTabbé Émery ne déconseillaient pas d'y souscrire. Leur aotorilô a-t-elle influencé Técrivain au point de lui faire oublier que les refus sacerdotaux furent néanmoins presque universels? On pourrait s'y tromper en lisant sous sa plume : « un certain nombre ». Le terme s'entend mal d'une immense majorité. En réalité, celle-ci se prononça cootre la promesse exigée (*). Ce n'est guère, on en conviendra, une raison de soutenir que le clergé se raillait en masse, que ses défiances étaient dissipées, que son cœur se rouvrait à l'espoir, que l'ère des persécutions lui paraissait définitivement close, quoique çà et là plusieurs de ses membres fussent encore jetés en prison comme sous la Terreur, ri que, satisfaite d'une tolérance promise, mais non garantir, la partie religieuse de la nation « ne demandait rien de plus ». Il est permis au moins d'en douter, même contre l'avis de M™* de Staël, citée par Thislorien, et dont la compétence semble ici bien discutable.
Deux ou trois ans après, néanmoins, ajoute l'honorable écrivain, on pouvait opérer la pacification par la liberté. Oppresseurs et opprimés, tous étaient las, tous la désiraient. Séparer l'Église et l'État était alors aisé. Bonaparte seul fut l'obstacle, parce qu'il préférait enchaîner l'Église dans les liens d'un traité avec Rome.
Je suis peut-être bien difficile, mais je reste incrédule. Que le premier consul, s'eslimant le plus fort, ait songé dès 1801 à la dictature, même sur l'Église, et qu'en dictant les clauses principales du concordat il ait voulu la transformer en un docile auxiliaire de sa politique, il la trop franchement avoué à Sainte-Hélène pour qu'il soit permis de le contester. Mais d'une part, la Révolution n'aurait jamais accordé la liberté absolue, de l'autre, Bonaparte lui-même, pas plus que TÉglise, n'avait le choix.
(1) Huit départements seulement Tacceptërent. Elle fut repoassée daastuu^ les autres. — J'oserais à peine poser une dernière question à M. Debidoar, si elle ne témoignait du soin avec lequel je Tai lu : Pie VI ne fut-il pas enlevé de son palais le 20 février 1798 et non le 25 ?
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Un schisme était oé de la constitution civile du clergé. SufHsait-il d'abroger Tune pour réduire l'autre et pour ramener ses partisans? Les biens ecclésiastiques étaient devenus domaines nationaux : qui rassurerait leurs acquéreurs contre une éviction si la nation s'engageait, par impossible, à les restituer à leurs précédents propriétaires, et sous le régime de la séparation, qui garantirait à ceux-ci l'indemnité stipulée en échange? Les circonscriptions diocésaines avaient été bouleversées, les évêcbés comme les simples cures avaient pour la plupart deux titulaires, l'un pourvu de l'institution canonique, l'autre de l'élecUon constitutionnelle; qui ferait le triage entre eux? Et si par hasard le second venait à résipiscence, qui dépouillerait le premier à son profit? Le Pontife suprême, dira-t-on; soit, mais il ne peut dépouiller qu'un indigne ou un intrus et un prélat régulièrement institué, puis dépossédé de son siège, n'est en fait ni l'un ni l'autre. Ce que l'on ne pouvait obtenir de la volonté ou de la violence du législateur laïque, il fallait donc le demander à un accord, à un sacrifice volontaire accompli en vue d'un intérêt supérieur, d'un plus grand bien, celui de l'Église; il fallait en un mot, négocier, transiger avec elle. Bonaparte était trop avisé pour ne pas le comprendre. Aussi, dès le début des longs pourparlers qui précédèrent la convention de 1801, quelles qu'aient été ses menaces et ses colères, sa résolution était bien arrêtée : il était d'avance prêt à signer l'acte célèbre qui, rétablissant le culte, allait consolider dans la France consulaire sa naissante et déjà prodigieuse fortune. Le pape lui céda, mais lui aussi céda au pape. Malgré sa force doublée d'astuce, malgré ses caresses félines, il ne put arracher au faible vieillard la reconnaissance des maximes gallicanes et dut prendre sa revanche dans les articles organiques (^). Les Mémoires du cardinal Consaivi ne laissent
(1) M. Debidoar n'a pas commis Tétrange bévue de Thiers qui, dans un discours du 2 mai 1845, s'écriait : « On a dit que TÉglise avait réclamé, protesté (contre les articles organiques). C'est un mensonge historique. Rome est engagée comme nous ». 11 reconnaît sans peine qu'elle ne les a jamais
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aucuQ doule à cet égard. « Le prix de tous les sacrifices du Saint-Siège, disent-ils, la compensation de toutes ses concessions, le contrepoids de toutes ses peines, fut toujours la certitude de Textinction totale du schisme ». Quant au premier consul, il céda, puisqu'il se résigna à accepter la rédaction de Consalvi sur la police du culte, contre laquelle il s'était d'abord énergiquement élevé sans vouloir même accueillir aucune explication.
Comment il appliqua le concordat, qui était un bienfait à condition d'être sincère de sa part, comment, en dehors de son texte, le persévérant despote s'efforça de le tourner contre Tindépendance de TÉglise, contre le clergé, l'épiscopat malheureusement trop souple, contre les cardinaux, le souveraia Pontife lui-même, les souvenirs du premier empire sont encore trop vivants pour qu'il y ait lieu de les rappeler. Il faut rendre à M. Debidour cette justice qu*îl ne dissimule ni la duplicité, ni l'arrogance, ni les sarcasmes, ni l'odieuse tyrannie de l'empereur vis-à-vis du patient el héroïque captif de Savone. Mais on ne peut taire qu'il est prévenu conlre celui-ci, au point de lui refuser non seulement la plus vulgaire des compassions, mais la moins exigeante des équités. Il semble qu'il ail hâte de racheter la juste sévérilé de ses jugements sur l'un par une implacable dureté envers l'autre. La défiance que le Vicaire de Jésus-Christ lui inspire se traduit en phrases courtes mais malveillantes. Pie VII n'est peut-être pas à ses yeux le « vieux renard » qui dépiste un chasseur brutal; mais il a, « pour des intérêts temporels, incliné la majesté du Saint- Siège devant la Révolution ». « Complaisant », il a obéi à
admis. Pie VII a protesté dans son aUocution solennelle du 24 mai 1802, puis dans une dépêche diplomatique du 18 août 1803, adressée par le cardinal Consalvi à Talleyrand, ministre des relations extérieures, enfin dans la buUe d'excommunication du 10 janvier 1809. Il a demandé leur abrogation à Louis XVIII, en 1817. Napoléon lui-même pouvaitril d'ailleurs se flatter d'en exécuter quelques-uns, tel que l'art. 24, prescrivant l'enseignement de U déclaration de 1682 dans les séminaires? Il est à mettre à côté du Bénafutconsulte du 17 février 1810 qui porte : « A leur avènement, les papes prêteront le serment de ne rien faire contre les libertés de Téglise gallicane ».
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« des raisons étraogères à la religion » et « sa bonne foi n'a pas toujours été parfaite » (^). Son admirable lettre du 2i mars 4813, ce cri de la conscience torturée qui lui échappe dans sa geôle dorée de Fontainebleau, qui a ému jusqu'aux, incroyants et demeurera pour tous son éternel honneur, ne trouve pas elle-même grâce devant Thistorien : cène fut qu'un « manquement à la parole donnée ». a II n'appartient à personne, a dit un grand libéral, de s'introduire entre Dieu et la conscience d'un homme ». Sur ce terrain, M. Debidour est plus à l'aise que M. Jules Simon : il a sondé Tâme du vénérable pontife et il y a lu clairement le calcul, la manœuvre d'un rusé tacticien décidé à rompre dès la signature du concordat!
Quelqu'un aditaussi : « Le seul moyen de sauver la liberté est de la restreindre ». A ce compte, le premier empire a sauvé celle de l'Église. M. Debidour qui se déclare le zélé partisan de cette liberté, ne me démentira pas; je lui emprunte ses propres paroles. Qui a donné le coup mortel au vieux gallicanisme? C'est Napoléon, d'abord en négociant le pacte de 1801, puis en voulant le briser douze ans plus tard. Mais il s'y est brisé lui-même et voici la morale, toute d'expérience, qui se dégage de ce lamentable drame dont les scènes ont été, ce semble, longtemps remaniées «par l'auteur. Si les catholiques étaient avant tout des hommes d'opposition, s'ils mettaient l'esprit de parti audessus de la vérité et de la justice, loin de gémir des luttes entre l'Église et l'État, ils s'en réjouiraient, car elles n'ont jamais porté bonheur à ce dernier.
Le régime impérial avait été l'oppression du spirituel par le temporel. La Restauration fut, selon M. Debidour, la réaction du « parti prêtre » contre la prédominance des
(1) Notamment à propos du mariage fionaparte-Patterson que le pape re£usa d'invalider. Meis jamais TËglise n'a contesté la validité des mariages mixtes entre catholiques et protestants. Quant à la clandestinité de l'union, elle ne pouvait être un motif d'annulation dans une ville des États-Unis où les canons du concile de Trente n'ont pas été publiés. C'est ce que les théologiens catholiques admettent couramment encore, et pour le même motif, à l'égard <le ces mariages célébrés à Genève .
B. ir,
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éléments laïques. A Tunion parfois orageuse, mais toujours fidèle qui existait eotre TÉglise et Tancienne royauté, ce parti ne prétendait à rien moins qu^à soumettre la monarchie nouvelle à la théocratie. L'assertion ne laissera pas de surprendre. On tenait jusqu'ici et Ton répète volontiers encore que si les idées religieuses souffrirent alors do quelque chose, ce fut de l'alliance trop étroite du trône et de Tautel. Si les Bourbons attendaient docilement le moi d'ordre de Rome, comment le clergé choisi par eux reslat-il en grand nombre notoirement gallican? La vérité est moins compliquée et moins inconséquente : il faut d*ailleurs distinguer entre la première et la seconde Restauration.
Dès son arrivée d'IIartwel, Louis XVIII avait dans la charte solennellement promis la liberté des cultes et, par suite, celle de l'Église catholique. Cette promesse était sincère. Il avait également déclaré irrévocable la vente des biens nationaux et, par conséquent, ecclésiastiques. Quoique ce prince ne fut pas dévot, il était trop intelligent pour ne pas comprendre que le système napoléonien inspirait une profonde horreur et qu'il était urgent d'en raser les bases principales. Son arrêté du 8 avril 1814, qui annonçait la liberté de l'enseignement, en est une première preuve. Le concordat qu'il prépara en 1817, et qui aurait rendu le clergé indépendant de l'État en substituant, dès que les circonstances le permettraient, à ses traitements une dotation en rentes ou en terres, en est une seconde (*l Le succès de ces mesures émancipatrices eût été peu douteux si elles avaient pu se réaliser trois années plus tôt.
Malheureusement, les catholiques eux-mêmes, à peine rendus à la vie, à peine échappés à l'outrage d'un silence compresseur, n'usaient de la parole que pour réclamer des privilèges au lieu de la liberté. Ce mot, qui sous la République avait servi de masque à tant de haines, d'opprobres
(1) Le concordat de 1817 ne reçut pas d'exécution à la suite de la formation du ministère Decazes. Il fut déclaré par la cour romaine indéfiniment suspendu.
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et de persécutions, ne leur inspirait que la défiance et sonnait d'autant plus mal à leurs oreilles qu'il venait d'être pris pour devise par leurs adversaires. Coalisés contre la royauté restaurée, les débris de la Révolution et les demeurants de l'empire déchu préparaient, ^ous le nom de libéraux, celte ardente campagne qui, pendant quinze ans, maintint unis sous le même drapeau des alliés si disparates. Est-il besoin de dire que ni les uns ni les autres ne voulaient rindépendance de l'Église et qu'ils entendaient la recourber sous le joug afin de mieux affaiblir la monarchie? Celle-ci crut la défendre en lui accordant, surtout en lui donnant à espérer de visibles faveurs, et elle se trompa; la liberté lui eut suffi, car l'Église ne demande aux maîtres du monde qu'une chose, la liberté; mais le vrai coupable fut le parti libéral qui la rendit suspecte et, par suite, impossible.
On s'en aperçut tardivement, mais nettement, bien après 1830. Il n'a pas fallu moins de quinze années à l'Égliso pour se relever de l'impopularité dans laquelle cette politique timide l'avait jetée en France. Il lui a fallu attendre jusqu'à l'élan d'enthousiasme qui accueillit l'avènement de Pie IX et que les mauvais jours de 1848 eurent peine à interrompre. Louis-Philippe disait à ses ministres : « Ne me faites pas d'affaires avec les évêques. » Mais, chose bizarre, les fautes de son gouvernement contribuèrent presque autant à cette réaction finale que ses intentions les plus honnêtes. Ces fautes — il en a beaucoup commises — ont été grossies depuis qu'il est tombé; elles l'étaient déjà avant sa chute, parce qu'il y a toujours des esprits disposés à se croire profonds lorsqu'ils ne tiennent aucun compte des embarras du pouvoir, et habiles quand, au lieu de remonter les ressorts d'une horloge, ils entreprennent d'en diriger les aiguilles avec le doigt. Ce gouvernement n'eut jamais besoin de jeter un soldat à Rome. L'occupation d'Ancône lui suffit pour délivrer le Saint-Siège do l'apparence inquiétante d'une domination autrichienne. A l'intérieur enfin, l'Église put se faire lentement sa place,
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sans autre appui qu'une frêle demi-liberic trop parcimonieusement mesurée, trop souvent disputée même, et qu'elle dut conquérir, mais qui lui rendit au moins le
\ service de lui en apprendre Tusage et de la dégager d*ane
I protection dangereuse.
Je sais bien que nous ne sommes pas ici d'accord. M. Debidour et moi, que nous ne voyons du même œil ni tous les hommes, ni tous les événements, et qu'en particulier je ne partage point ses préoccupations professionnelles à regard de TUniversité, la grande pensée impériale. Loin de m'indigner, j'applaudis à Montalembert, sonnant
.1 la charge contre son monopole; à Guizot, déclarant le 31
^* janvier 1846 qu'en matière d'enseignement l'enfant appar-
tient à sa famille avant d'appartenir à l'État. Je ne pais donc être surpris que, de son côté, M. Debidour ne manifesta aucune tendresse pour la loi de 1850 qui détruisit ce monopole. Le contraire étonnerait davantage. A ses yeux, elle fut « la grande charte de l'enseignement clérical en France ». Avec elle, ajoute-t-il, « le parti catholique obtint de la République ce que ni la royauté de Juillet ni même la Restauration ne lui avaient accordé ».
C'est précisément ce qu'écrivait M. Anatole Leroy- Beaulieu dans la Revue des Deux- Mondes du 15 août 4884 : « Une chose certaine, dit-il, c'est que cette loi de 1850, dont le principal avantage était de substituer la concurrence au monopole, devait rester la plus favorable à l'Église que les catholiques aient connue dans ce siècle. Ils n'en reverroot assurément jamais de pareille en France ». On n'y contredira point, et ces mots suffisent pour repousser les reproches immérités que certains adressèrent à la législation nouvelle, reproches qui encoururent le blâme de Pie l\ dans son allocution consistoriale du 20 mai 1850. Il était impossible de faire plus. Mais n'est-ce pas manquer de justice que de méconnaître complètement, comme le fait M. Debidour, le caractère principal de cette loi, si clairement signalé par M. A. Leroy-Beaulien, à savoir l'affranchissement de l'enseignement privé et ramélioration de
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celui de TEtat par le fait de la concurrence ? Non seulement la société, mais TUniversité elle-même n'ont-elles pas ainsi largement profité de ce régime libéral ? El celle-ci ne restet-elle pas maîtresse des programmes qu'elle impose aux établissements libres?
Laissons, du reste, ce sujet spécial, sur lequel; on le comprend aisément, nous ne saurions nous entendre ou nous convertir réciproquement. Il en est beaucoup d'autres non moins dignes d'attention. S'il est difficile au penseur, à l'écrivain de s'isoler absolument de son milieu, comme vient de le prouver l'honorable inspecteur-général, si, atout prendre, chacun de nous est excusable de mal pénétrer le secret des mobiles et les dessous de la politique humaine, comment se tromper sur les actes publics, sur les faits eux-mêmes? Qu'on en juge par un seul exemple.
Selon notre historien, l'expédition romaine de 1849 fut le résultat d'un complot des cléricaux, dont M. de Falloux était Tàme et auquel s'associa Louis-Napoléon pour se conserver les bonnes grâces du clergé qui l'avait accueilli faute de mieux et crainte de pire. Mais il était prudent de déguiser cette alliance : la mission diplomatique de M. F. de Lesseps à Rome, puis la lettre du président à Edgard Ney n'eurent pas d'autre but. En réalité, le futur empereur était déjà et « demeura toute sa vie le prisonnier du parti clérical » (p. 500).
On croit vraiment rêver. Comment! L'Assemblée législative récemment' élue compte une énorme majorité conservatrice, et c'est pour la conquérir qu'est lancé un manifeste dont elle réprouve le fond et la forme I Bien mieux, quelques jours plus tard, Louis-Napoléon oblige son impérieux geôlier, M. de Falloux, à sortir du ministère, et le remplace, ainsi que tous ses collègues, par un cabinet plus complaisant. Cet esclave des ultramontains qui l'avaient à leur merci (p. 578, 603, 614), ce vassal de l'Église (p. 614), ce féal du cléricalisme (p. 626), oubliant que les papes et les Bonaparte ne sont pas destinés à bien vivre ensemble, a
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l>rouvé son allégeance au Saint-Siège en chassant TAulpiche de la Lombardie, en laissant spolier les duchés, en autorisant sous main Tinvasion du patrimoine de saint Pierre, récrasement de sa petite armée, en faisant Tunilé italienne!
Faut-il en conclure que M. Debidour est un illuminé, un naïf ou un mauvais plaisant? En aucune façon. Il a travaillé, médité son œuvre à loisir, il s*est minutieusement entouré des documents les plus propres à l'éclairer. Si la chute du pouvoir temporel ne lui apparaît pas comme une calamité, loin de là, il reconnaît sans rélicence qu'elle a fortifié l'autorité spirituelle de Rome et qu'à mesure que le monde se romanise la papauté s'universalise. Il ne lui reproche pas, comme certains de ses ennemis, d'être encore trop puissante dans son dénûment et de ne plus se sentir retenue par un lien matériel aux intérêts d'ici-bas. Il ne demande pas, formellement du moins, qu'on en finisse avec elle, ou qu'on l'isole en attendant qu'on la fasse mourir à petit feu W, S'il goûte peu le concordat, entre ceux des adversaires de ce pacte qui veulent le détruire parla voie la plus simple, en le dénonçant, et ceux qui se proposent d'atteindre le même but par un procédé plus tortueux, mais plus efficace, en violant son esprit au profit de la lettre, il a la droiture, ce semble, de préférer les premiers. Il a. j'imagine, l'amour sincère de la tolérance, pas toutefois à la manière des fanatiques qui l'imposent par la force, (jue lui manque-t-il donc? Une seule chose : le sens historique et social de la vérité catholique.
Qu'il me pardonne : à le lire on constate qu'il alonguement étudié la Révolution, mais qu'il ne se doute pas de ce qu'est l'Église. A l'exemple de M. Falk, ministre des cultes prussien aux beaux jours du Kuliurkanipf, il ne la tient que pour une simple corporation, dès lors soumise à toutes les volontés, à tous les caprices de l'État; il refuse d'y voir une société parfaite, sortie tout organisée des mains de son
^1) Expression de Gacault, en 179T.