‹ Nouveaux fragments de droit et d'histoireChapitre 31 sur 40 · L'IDÉE DE DIEU DANS LA LOI · texte numérisé non relu

L'IDÉE DE DIEU DANS LA LOI

On aurait tort de nier Tattrait qu'exercent sur un grand nombre d'esprits les théories nouvelles qui, sous des noms et par des procédés divers, tendent toutes aujourd'hui à un seul but : l'expulsion de ce que M. Renan appellait le é/mn de Tordre social.

Les positivistes écartent Dieu au nom de l'observation et de rinduction ; les matérialistes au nom de l'éternité de la force et de la matière, les moralistes indépendants au nom de la dignité de la personne humaine. Au fond, quek que soient leurs scrupules particuliers et leurs divergences apparentes, ils en veulent tousà une autorité placée au-dessus et en dehors de nous, et repoussent avec ensemble les défenseurs des causes finales, les causes- finaliers, comme disait Voltaire, — quoiqu'il se rangeât parmi eux — , en affirmant qu'il y a une seule chose vraie, la science, une seule chose sûre, les faits. Comme la chimie moderne a réalisé sous une forme concrète la plupart des formules de la vieille métaphysique, de même tout doit aboutir en ce monde à l'observation, aux faits positifs, tangibles. Le reste n'est qu'hallucination. « Sur les deux rives du Rhin, dit quelque part Henri Heine , nous assistons à la même rupture avec le passé. On crie bien haut que la tradition a fait son temps, et comme en France aucun privilège, ainsi en Allemagne aucune preuve n'est plus soufferte -avant d'avoir fourni ses titres. On n'admet plus rien de confiance, et comme en France est tombée la monarchie, pierre de voûte du vieil édifice social, ainsi en Germanie s'est écroulé le théisme.

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pierre de voûte de TancieD régime iatellectuel. » Le litre à produire, c'est le fait dûment constaté, reconau, devant lequel chacun doit s'incliner.

Je ne méconnais pas les services de la méthode d'observation. Elle a pourtant un écueil qui est son attrait même. En analysant Thomme, en le passant au creuset, en cherchant à percer les voiles sous lesquels se cache son origine, le savant ne se contente pas d'observer, il déploie dans cette analyse minutieuse, souvent sans s'en rendre biea compte lui-même, une sorte de pouvoir créateurj; il mêle malgré lui je ne sais quelle fantaisie poétique à Texactitude des expériences et à la rigueur des formules; sur bien des points, il chemine dans les sentiers mystérieux de l'invisible et de l'inconnu, de cet invisible qu'il oie et de cet inconnu qu'il repousse tout en le poursuivant; sans qu'il s'en doute, l'observation, seule voie qui conduit à la vérité d'après lui, le mène à la conjecture et à l'hypothèse, devenant ainsi en quelque sorte une pure opération intellectuelle et idéale. Rien désormais ne saurait plus distinguer l'observateur de celui qu'il nomme dédaigneusement le causes-finalier, car, selon la remarque de Doraat, — un simple et bon jurisconsulte du vieux temps, qui ne se piquait pas d'être un grand naturaliste, mais qui était un grand penseur, — connaître la fin d'une chose, c'est uniquement (^ savoir pourquoi elle est faite, et on connaît pourquoi une chose est faite si, voyant comme elle est faite, on découvre à quoi sa structure peut se rapporter ».

Veut-on un exemple du danger que je signale? Un philosophe, M. Fouillée, auteur de Vidée moderne du droite déclare qu'elle ne saurait comporter celle de Dieu, et que, loin de reposer sur le devoirimposé à l'homme d'atteindre à sa fin, le droit découle de sa liberté. L'homme est ioviolable, parce qu'il est libre, et il est libre, « parce qu'il a Vide'e de la liberté ». Donc, en principe, nous avons droit à une liberté illimitée, « en bien comme en mal, et si, pratiquement, elle est restreinte, c'est que nous ne devons pas gêner celle d'autrui ».

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