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A l'heure où nous sommes, jeunes ou vieux, nous connaissons que très imparfaitement, si nous le connaisse même, ce que ]a révolution de 1830 avait fait de la re gion catholique en France et, je ne dis pas l'état des an Bdèles, — elles étaient rares à cette époque — mais cel de l'opinioD publique, de l'opinion de la grande major au lendemain de la chute de Charles X.
Quelles ruines et quel spectacle! Les croix abattues même temps que les fleurs de lys; l'archevêché de Pa saccagé parles mêmes mains que les Tuileries; Mgr Qiiélen réduit à se cacher comme un missionnaire Chine; le prêtre dépouillant sa soutane sous peine d'ël insulté dans la rue; des séminaires fermés, et le cholé lui-même impuissant à ouvrir les portes de l'hôpital à l'a mônier des dernières prières; l'image du Christ expuls du Palais; le Panthéon paganisé, et la Marseillaise y rei plaçant le Veni Creator; Saint-Germain-l'Auxerrois d vaste par une foule furieuse que conduisent quelqu « messieurs bien mis n ; partout les églises désertes, siui profanées, où l'on rencontre, de l'aveu même d'un minisi que n'animait pourtant nulle intention hostile, à pei deux ou trois- vieilles dévotes; partout ce sentiment que calholicisme a été emporté avec l'ancienne monarchie qu'il ne renaîtra pas de ses cendres, au moins oflîciellemer
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partout une débauche d'impiété ou — ce qui est pis peulêtre — une indifférence dégradante, surtout dans les classes moyennes, qui ont élevé et sur lesquelles, pour résister à Témeute, s*appuie le nouveau pouvoir encore chancelant, une indifférence voulue et calculée qui frise l'athéisme et qui a bien le caractère de représailles politiques, comme le remarquait M. de Salvandy en 1831 : « Il y a quelques mois, disait-il, on mettait partout le prêtre; aujourd'hui on ne met Dieu nulle part. »
Franchissons maintenant quelques années. Oh! sans doute, la tempête des premiers jours s'est un peu calmée, et la génération nouvelle ne sent plus, au niêiiie degré, la fièvre irréligieuse battre dans ses artères. Une tenlalive bientôt avortée a donné le signal sinon du réveil, au moins de la lutte. Un homme absolu et violent, <lont rexaltatioQ assombrie et Tamère éloquence poussaient tout à rextréme, poursuit, par haine de la vieille union du trône et de Tautel , le divorce de l'Eglise et de l'État ; sous prétexte de se dégager du gallicanisme, il courtise la démocratie et proclame dans ÏAve?iir une thèse théocratique qu'il force Rome à condamner. Lamennais y perd son âme, et avec elle l'amitié de ses deux collaborateurs, Lacordaire et Montalembert, entraînés derrière lui par l'inexpérience et Feothousiasnie de la jeunesse. Trois ans plus tard, le premier d'entre eux, qui, sans impatience, attendait l'heure de Dieu, est poussé par la Providence dans la chaire de Notre- Dame et ramène à ses pieds l'élite de cette société désenchantée de l'incrédulité, humiliée et troublée du vide profond creusé dans son cœur, d'une société maladive et stérile, à laquelle il peut jeter ce cri : « Assemblée, que demandez-vous, que voulez-vous de moi? La vérité? Vous ne l'avez donc pas en vous-mêmes, puisque vous la cherchez ici? » Le second, appelé par l'hérédité à la Chambre des Pairs, s'y pose en chrétien « sans espoir, ni peur », selon sa devise, mais à la stupéfaction de tous, tant il y apparaît isolé. Sans doute encore, dans les rangs des jeunes, jusqu'au sein de l'École normale, se forment des groupes
de catholiques — la baade des niais, disent les autres, une bande pourtant qui sait inspirer le respect, — et un Lyonnais, Ozanam, fonde la société de Saint-Vincent-de-Paul, celle des « Samaritains profanes », comme il la nomme lui-même, destinée à consoler, à assister, à réconcilier le pauvre avec le riche. En même temps, sans doute, les croix se relevaient dans les villages, des monastères se rouvraient, le P. deRavignan succédait à Lacordaire dans la nef de iNotre-Dame et célébrait la rentrée de Dieu dans la société française par la communion générale de Pâques en 1842. Un nouveau dominicain dînait enfin, froc blanc et crâne rasé, chez le garde des sceaux, à côté d'un ancien ministre de Charles X, qui murmurait : « Si je l'eusse invité, le lendemain la chancellerie aurait été brûlée ».
Quel contraste, quelle évolution et quels progrès, dirat-on! Hélas! ne nous y trompons pas, malgré ces symptômes favorables, s'il n'y avait plus au dehors d'éruption de lave révolutionnaire, si la brutalité des passions irréligieuses semblait un peu amortie, si le clergé devenait à quelques-uns moins suspect, si plusieurs âmes se sentaient atteintes de la nostalgie de l'idéal, si la société avide d'émotions ne se refusait pas à entendre parler, dans l'Athènes moderne, du Dieu inconnu, si, en un mot, la foi gagnait des régions réputées jusqu'alors inaccessibles et menaçait, selon le mot d'un sceptique, de ramener un vieux peuple à ses vieilles patenôtres, la bourgeoisie n'était pas touchée, du moins dans ses masses profondes. Si elle ne disait pas avec M. Isambert : « La Charte de 1830, c'est le protestantisme », elle reléguait encore au rang des préjugés et des conventions sociales les vérités de la révélation, elle les adoptait comme vraies dans le passé, mais pour un temps seulement; elle ne niait pas que le christianisme n'ait été autrefois un bienfait social, mais elle s'estimait assez forte, assez éclairée pour s'en passer désormais ; entre !a fleur des antiques croyances qu'elle jugeait mortes et le fruit de la science qui n'était pas encore formé, elle entendait se rattacher uniquement aux intérêts matériels, qui lui scm-
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blaient la meilleure garantie de la paix et de Tordre nouveau; le pays légal, c'est-à-dire Télecteur censitaire et les pouvoirs élus, restaient obstinénnent en dehors du nnouvement qui commençait à ramener les fils vers les rivages délaissés par les pères; je n'en paise pas seulement la preuve dans les journaux ou les livres contemporains, je la trouve mieux encore dans une correspondance familière el inédite que j'ai dessein d'entr ouvrir et dans laquelle je lis: « Le pays légal est contre nous, sinon avec colère, du moins avec ténacité. Ce qui se passe à Paris, au palais Bourbon, c'est ce qui arrive dans les conseils généraux, dans les jurys, à peu près partout. Le pays légal admet des idées religieuses, mais il n'aime pas les prêtres, il les accepte comme serviteurs subalternes, mais, dès qu'ils font acte de liberté oq d'égalité, il crie à Tinsurrection et se réfugie derrière des barricades. La sincérité de cette panique est évidemment la grande difficulté de la situation. Il faut tenir compte de cette disposition du pays légal. » Et ailleurs : « La Chambre ne considère l'Église que comme un cadavre. Elle Tembaumera s'il le faut, mais à une condition, c'est qu'il ne s'avise pas de donner signe de vie. Ou bien , c*est un condamné qu'on laisse aller dans la rue la corde au cou, sous la réserve qu'au premier signe il rentrera dans son cachot, faute de quoi il sera étranglé sur l'heure (1) ».
En réalité, le pays légal offrait aux catholiques, en échange d'une tolérance dédaigneuse (^), la résignation muette dans la servitude.
Le pays était plus mauvais que le pouvoir. 11 n'en était arrive là que parce que, depuis trente ans, les catholiques avaient livré l'éducation à l'État, et fui la lutte
(1) Foisset à Louis Veuillot, 21 mai 1842.
(2) En mai 1842, Louis Veuillot disait en parlant de V Univers : « Nous ne devons pas consentir à être tolérés. Il faut qu'on nous persécute ou qu'on nous craigne ». Le 19 du même mois, il répétait à l'occasion d'une séance de la Chambre des députés où MM. Isambert et Dupin avaient pris la parole : « J'ai vu la France cracher sur l'Eglise catholique, et il résulte pour moi de cette séance que la religion n'y est que tolérée ».
autrement qu'à l'ombre de la police et du gendarme. Qui eut le don de les arracher à ce servage? Je n'hésite pas à l'affirmer, ce fut la campagne de la liberté d'enseignement.
On le sait du reste, au commencement du siècle l'État s'était emparé de l'éducation publique, il s'en était constitué le régulateur et l'entrepreneur; il avait de toutes pièces, sur les ruines du passé, fabriqué une machine nouvelle dans laquelle, de gré ou de force, il avait fait entrer les jeunes générations. Cette machine d'État s'appelait l'Uni* versité de France, a Dans l'établissement d'un corps enseignant, disait en 1806 Napoléon, mon but principal est d*avoir un moyen de diriger les opinions politiques et morales ». Pour les diriger, sa main de fer avait pétri la jeunesse dans ce laboratoire, comme le sculpteur pétrit la glaise qui doit devenir statue. Fondre les esprits dans le même moule, créer du nord au sud un seul peuple, prêt à obéir à une seule voix, à penser d'une seule façon, à marcher dans un seul sentier vers une seule destinée, la toutepuissance de l'État soutenue, au dedans comme au dehors, par l'unanimité des sentiments et des efforts des Français, fonder en un mot une manufacture d'âmes, telle avait été surtout au début l'unique raison d'être de l'Université. La monarchie de 1814 l'avait aisément reconnu. Dès le 17 février 1815, une ordonnance déclarait que « l'instruction publique reposait sur des institutions destinées à servir les vues politiques du gouvernement dont elles furent l'ouvrage »; mais, sous le coup de préoccupations plus urgentes, le roi dut ajourner l'afiTranchissement auquel, à la première heure, il avait explicitement souscrit. De son côté, la Charte de 1830 avait promis « dans le plus bref délai possible », une loi sur la liberté d'enseignement. Promesse dilatoire, mais formelle, dont l'inspiration ne venait pas assurément du clergé, étranger à la nouvelle constitution nouvelle, mais plutôt des libéraux, qui, par défiance du despotisme impérial, avaient inscrit dans leur programme l'abolition de tous les monopoles, surtout du
monopole universilaire W. Cette promesse, M. Persil Tavait renouvelée solennellement en 1831, devant la Chambre des pairs, en poursuivant les jeunes fondateurs de VÉcole libre : « Nous nous appuyons sur une législation expirante dont nous hâtons de tous nos vœux la prompte abrogation ». Les catholiques furent néanmoins les premiers à s'en souvenir. Enseigner le fils, n'est-ce pas la fonction du père, n'est-ce pas son droit et son devoir, un droit naturel et par suite inaliénable etinamissib]e,un devoir dans Taccomplissement duquel l'État peut sans doute le suppléer, mais le remplacer malgré lui, jamais! En effet, la société domestique a des droits au moins égaux à ceux de la société civile; paria saltem cum civitate civilijura obtinet, dit la dernière encyclique pontificale sur la condition des ouvriers, et l'État qui enseigne seul absorbe, confisque le droit de la famille. La liberté de l'enseignement est donc une liberté essentielle, primordiale. Sans elle, toutes les autres sont boiteuses. Bien qu'ils ne connussent encore qu'à demi les beautés du socialisme d'État, ce sont des catholiques, je le répète à leur honneur, qui jetèrent le premier cri. Qui ne se rappelle le procès de VÉcole libre, cette sorte de légende descendue du moyen âge, où Ton vit, comme dans un vitrail du xii" siècle, deux jeunes hommes, un clerc et un laïque, ouvrir au nom de l'Église, mais en vertu de la Charte, une classe aux enfants du peuple, puis défendre leur liberté avec leur foi devant la Chambre des pairs? Cette initiative hardie, ce coup de feu de tirailleur ne demeura pas sans résultat. A peine devenu ministre de Tinslruction publique, M. Guizot fit voter la loi du 28 juin 1833, qui, malgré ses lacunes, admit au moins la libre concurrence pour l'instruction primaire.
Restait l'enseignement secondaire. Les approches en étaient jalousement gardées. 11 faut rendre à M. Guizot,
(i) Benjamin Coastant et Voyer d'Argenson avaiert, dès la ReslauratioD, vigoureusement déaoncé le monopole universitaire a comme une usurpation du despotisme sur les droits d'un peuple libre. », disait le second en 1815 à la Chambre des députés.
LA LIBERTÉ d'enseignement EN 1844. 349
grand maître de l'Université et protestant, cette justice qu'il oublia cette double qualité, le jour où il déposa le projet de loi de 1836, dans lequel il proclamait le principe de la liberté, sans faire d'exclusion ou de condition particulière, et que, si on l'accusa de s'en être souvenu en ^ , 1841, lorsque la Chambre fut saisie d'un second projet beaucoup moins libéral, l'accusation n'était pas justifiée, puisque Tentière responsabilité de ce second projet appartient à M. Yillemain, qui occupait alors le ministère de l'instruction publique. Mais aucune de ces propositions n'aboutit; elles furent retirées toutes deux, l'une après le vole d'un amendement soutenu par la gauche et qui exigeait de tout chef d'institution le serment de ne pas être affilié à une congrégation non autorisée — de peur des Jésuites — l'autre avant même le dépôt du rapport, sur la protestation de 49 évêques, dont elle menaçait les petits séminaires, sous prétexte de les faire rentrer dans le droit commun (t).
Sauf cette démarche spontanée de Tépiscopat, la première depuis 1830, les catholiques n'étaient pas descendus dans l'arène; quelques-uns estimaient que le statu quo, dont l'inconstitutionnalité était flagrante, valait mieux pour rÉglise que les projets de M. Yillemain ; les autres, et c'était le plus grand nombre, étaient par apathie plutôt que par peur demeurés silencieux : silencieux quand rémeute hurlait dans les rues, quand s'instruisait le procès des ministres à la barre de la Chambre des pairs; jusqu'ici ils n'avaient été pour rien dans les embarras du pouvoir. Ils l'avaient au contraire soutenu, bien qu'ils n'eussent pas beaucoup à se louer de lui. On a souvent reproché à Louis XIV d'avoir enlevé aux calvinistes français leurs enfants pour les faire élever dans l'orthodoxie. C'a été longtemps la thèse favorite des organes de la libre-pensée. Le traitement infligé par le décret de 1808 aux catholi-
(1) « Il est toujours vrai que la loi de renseignement ne sera pas présentée celte année. Villemain seul le veut dans le conseil et on ne pense pas qu'il remporte » (Veuillot à Foisset, 12 avril 1843).
ques n'était pas différent. L*Élat prenait leurs enfants pour les faire élever dans Tindifférence religieuse ; il les lear rendait non pas peut-être impies, mais déchristianisés daos la moelle, quoique en douceur et à petit bruit, et au seio des familles presque personne ne pensait à s'en indigner.
Pourquoi ce lamentable silence? L'écrivain dont j'analyse en ce moment la correspondance, M. Foisset a dit le mot : « Nos pères avaient eu les reins cassés par la Révolution. Trop heureux de voir rouvrir les églises, ils navaient rien demandé de plus; ils subissaient le monopole comme ils subissaient la conscription sous le premier Empire, non pas sans douleur, mais sans résistance ». La Restauration leur avait donné les petits séminaires, n'étaitce pas suffisant? Quant à la liberté, quant au principe de la concurrence, admis un instant par M. Guizot, le père de famille était trop timide ou s'estimait trop faible pour les conquérir à lui seul; la bourgeoisie s'en défiait, la presse voltairienne, le vieux Constitutionnel en tête, s'en moquait, et l'opposition libérale faisait désormais tout entière cause commune avec l'Université pour les combattre, moins par hostilité préconçue, que parce qu'elle y flairait je ne sais quelle vague odeur de légitimité, de carlisme, disait-on (*).
Un homme surgit alors, et si, pour être plus exact, je ne dis pas deux ou trois hommes, c'est que, tout en s'inspirantde leur ardeur et de leurs conseils, il eut la gloire de les conduire à la bataille et demeura leur chef incontesté ; cet homme, c'est celui que nous avons déjà vu à \ Avenir^ dans le procès de ÏÉcole libre^ on Ta nommé, Montalembert. Né à la vie politique à l'heure du radieux réveil de la liberté en France, et tout ému encore des visions enchantées qui avaient empli sa jeunesse, en même temps chrétien convaincu et fidèle défenseur de l'Eglise, il a sous les yeux deux modèles, et sur les lèvres le nom
(1) Cette crainte était particulièrement exprimée, en 1843, par le Jownial des Débats, qui accusait l'opposition de M. de TocqueviUe d'être du légitimisme déguisé.
LA LIBERTÉ d' ENSEIGNEMENT EN 1844. 35i
de deux maîtres : O'Connell en Irlande et Félix de Mépode en Belgique; il se dit que, contrairement à Vhabitude des catholiques français, qui comptent sur tout, excepté sur eux-mêmes, le salut est dans Faction, et non dans les doléances platoniques; qu*it est l'heure de se rappeler le mot de saint Paul : civis romaniis surriy et de réclamer comme citoyen ce que Ton refuse au simple fidèle; qu'en France, malgré tout, un monopole ne saurait pas plus durer qu'une injustice; qu'on ne conquiert pas la liberté sans s'y confier; que si Cobden a pu remuer l'Angleterre avec sa ligue économique, il n'est pas plus impossible d'agiter légalement l'opinion chez nous en concentrant les intérêts religieux sur un point précis, spécial, celui de l'enseignement. Les catholiques ne seront sans doute qu'une faible minorité; mais, s'ils se disciplinent, ils formeront presque partout un appoint décisif qui fera pencher la balance électorale du côté où un gage sérieux sera offert à leur cause. Que demandent-ils, au surplus? La domination? non, mais la vie. Le droit commun, mais le droit commun dans la liberté, non dans la servitude; pas de faveurs, mais la liberté franche et loyale comme en Belgique; c'est le vœu de leurs pasteurs (^). C'est celui qu'a exprimé le cardinal de Bonald, archevêque de Lyon. Dieu et mon droit, voilà la devise du catholique. Le Gouvernement est désintéressé dans le débat, car son intérêt se réduit à souhaiter qu'on lui élève des Français gouvernables, ce que ne fait pas l'Université; qu'il la garde, c'est son droit; mais qu'il laisse aux citoyens la liberté de rester en dehors. Il a même tout à y gagner, car si l'État défruit la famille en lui refusant la liberté d'enseignement, la famille se vengera en minant sourdement l'Etat. On dira vainement : le laïque n'a pas mission de défendre la religion, il doit rester passif. C'est ignorer le passé et
(1) En novembre 1843, Louis Yeuillot écrivait dans le même sens à Th. Foisset : « Ne demandons pas Tempire, demandons la liberté. Que l'Eglise n'ait plus de fers aux mains, ni de bâillon sur la bouche, je lui réponds de la couronne ».
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mal comprendre les conditions de la luile dans laquelle, bien malgré elle, TÉglise se trouve entraînée. Le nonce n'a-t-il pas d*ailleurs levé ce scrupule en affirmant qu'il appartient aux laïques de combattre pour elle, et Mgr Parisis, évêque de Langres, celui que Ton appelle le premier évêque de France, n'a-t-il pas ajouté dans une lettre publique, non contredite par ses collègues, que c'est pour eux un devoir, car leur intervention est, en ce moment, nécessaire à l'Église?
Ce langage véhément, sans insulte, sans outrage, mai? grave et précis, ni effrayé, ni effrayant, n'était pas seulement nouveau, car rien n'était plus rare alors qu'un catholique militant laïque, il était encore habile; outre le grand mérite de réunir et de diriger vers un but unique, palpable, immédiat, des forces jusque-là inertes et dispersées, il avait celui de répondre, par une vigoureuse offensive, à une diversion récente des défenseurs du monopole contre un ordre célèbre, mais alors plus que suspect à la masse, contre les Jésuites. Durant la courte accalmie des années précédentes, Téclectisme triomphant dans les chaires officielles, désireux de maintenir les positions acquises, s'était fait bon prince et n'avait pas dédaigné, en tacticien retors, de faire de caressantes avances aux catholiques. Il espérait par là se saisir de ces consciences flottantes qui répugnent à la violence, mais que conquiert un peu d'adresse ou une apparence de conciliation. Son chef, M. Cousin, avait même rédigé de sa belle plume un catéchisme, oui, dit Sainte- Beuve, un édifiant catéchisme, qui était imprimé déjà, lorsqu'au dernier moment, on s'aperçut avec effroi que le purgatoire y avait été oublié. On ne pense pas atout; Tédition fut supprimée. Malheureusement, les disciples navaient peut-être pas compris, en tout cas n'imitèrent pas la politique savante du maître; tandis que la presse irréligieuse, ressuscitant le fantôme usé du parti-prêtre, dénonçait bruyamment, avec des cris de vierge effarouchée, les prétendues immoralités des «cas de conscience » enseignés -dans les séminaires et se voilait publiquement la face sous
rAf
les feuilletoQS obscènes d'Eugène Sue, deux professeurs, Edgar Quinet et Michelel, ouvraient, en plein Collège de France, une campagne furibonde contre leshomnries noirs, nommés Jésuites. Dieu les avait-il envoyés pour mentir, comme disait Joseph de Maistre? Peut-être, car l'un d*eux, Michelel, prétendait enseigner Dieu à TÉglisc. Dépassant bien vite le quartier latin (*), ces délirantes diatribes avaient un retentissement immense. La Révolution bondit de joie au point d'alarmer le pouvoir lui-même, mais aussi, dans le monde timide des conservateurs, les écailles tombèrent des yeux les mieux fermés; il était désormais interdit de s'y méprendre : c'était la guerre déclarée non seulement à un ordre, non seulement au clergé, à Rome, mais au Christianisme même; ses adversaires ne ledissimulaient plus, ils voulaient délrôner le Christ, et le coup partaitdroit de l'Université, de cette Université dont M. Villemaîn déclaraill'enseignement irréprochable. Il ne s'agissait plus de dénoncer aux pères de famille des règlements et des dérèglements (le mot est de Louis Veuillol), mais l'apostasie du corps enseignant. Il ne s'agissait pas de défendre les Jésuites, qui n'étaient que des comparses, dans celte arène déloyale, msàis la foi chrétienne ellemême, le droit en un mot. Quelle illusion pouvait rester aux catholiques?
Ce fut ainsi que le comité pour la liberté de l'enseignement prit naissance. Il jaillit de la tourmente, quoique le germe en remontât plus haut, et qu'il eût attendu quinze mois pour se manifester.
Dans son sein, à ses côtés ou non loin de lui, se groupait une élite qui ne s'est pas retrouvée : Montalemberl, Dupanloup, le P. de Ravignan, Vatimesnil, Ch.Lenormant; j'en passe, et des meilleurs, sans parler du grand orateur chrétien, Lacordaire, et de cet écrivain à l'âme tendre autant que vaillante, Ozanam, qui ne lui appartenait pas, au
>!ffl
(1) tt Mon enseignement, disait orgueilleusement Michelet dans une de ses lf»rons, est répandu par mes élèves sur tous les points de la France ! »»
334 LA LIBERTÉ d'e>SEIG.\EAIENT EN 18 li.
moins par le nom. Cette glorieuse phalange semblait deToir tout rallier. Que nous connaissons mal le monde, et combien est grande notre ignorance de nous-mèraesl Dans cette France de 1844, où il existait encore des hommes qui avaient vu passer les massacres de septembre, la Terreur et Napoléon, des hommes debout, qui avaient le droit de dire : J*ai assisté au schisme en 1791, aux déportations el à réchafaud en 1793, aux prisons d'État et à la séquestration du pape en 1811, eh bien, rien de tout cela n'a prévalu contre la conscience publique, — dans cette France qui comptait encore nombre d'âmes vraiment généreases et chrétiennes, profondément émues, troublées jusqu'aux larmes du déchaînement artificiel (*), mais menaçant des passions antireligieuses, dans cette France dont la masse flottante se composait au moins d'honnêtes gens, dénués sans doute de fortes croyances, mais amis de la concorde et que froissait l'outrage immonde autant que Tinjustice, presque personne n'eut le courage d'élever la voix v- . On dévora l'éloquente protestation du P. de Ravignan au nom de l'Institut des jésuites, on en vendit 25.000 exemplaires en un an, mais sur 43 personnes auxquelles, dès le premier jour, M. de Montalembert fit adresser sa circulaire sur la formation du comité, sept seulement lui répondirenten lui envoyant leur adhésion. D'autres s'esquivèrent de peur de se compromettre. « Il y a dans tous les partis, derrière la ligne des soldats, une réserve nombreuse de diplomates tout prêts à se mettre à l'abri de la défaite comme à profiler de la victoire ». Si la jeunesse catholique était pleine d'ardeur, si le clergé était admirable, les salons, je cite les propres termes de Montalembert, étaient « mous, flasques, engourdis ». L'épiscopat lui-même, dont près de 60 mcm-
(1) « Toute l'irritation antichrêtipiine, dont on a fait tant de bruit jx^ur ahurir les catholiques et tout spécialement les êvêques, n'est qu'une malaù. de la peau » (Foisset à Montalembert, 6 janvier 1844).
(2) Le gros public ne comprit même rien à cette levée de boucliei-^ qw lui paraissait une inqualifiable témérité. «Les catholiques, disait-on couraa:ment, ne sont qu'une poignée, et ils travaillent à n'être qu'une pincée ». L'événement prouva combien l'on se trompait. '
LA LIBERTÉ b'kNSEIGNEMENT EN 1844. 355
bres avaient reçu la mitre depuis 1830, conseillait en partie non le silence, mais la réserve, et hésita un instant sur la question d'opportunité. Il sentait bien ce qu'il ne voulait pas; mais il était impuissant à préciser ce qu'il voulait. Le nonce, Mgr Foroari, uniquement préoccupé de rUniversité de Bruxelles qui appartenait aux francs-maçons, ne disait-il pas que la liberté d'enseignement faisait grand mal à la Belgique? Quanta la Chambre des pairs, où siégait le président du nouveau et petit ij
groupe, Montalembert, je ne puis mieux la peindre qu'en empruntante celui-ci ses couleurs : « Tout le monde m'y redoute, sans parler de ceux qui me détestent ». Molestas est nobis^ disait-on déjà du juste au temps de l'Écriture.
Ce fut le moment choisi par le Gouvernement pour déposer, le 2 février 1844, à la Chambre des pairs, un troisième projet de loi sur l'enseignement secondaire. 11 avait été annoncé dans le discours du trône prononcé à louverture de la session législative. A vrai dire, ni le ministère, ni le roi ne s'en souciaient. Dans le premier, nul n'avait de passion ou de volonté arrêtée contre l'Église. On eût même très volontiers accepté son concours, s'il n'eût impliqué son indépendance. L'âme de M. Guizot était trop haute et son intelligence trop large pour qu'il lui déniât, en principe, le droit à la libre concurrence; il Tavait prouvé en 1836. Le garde des sceaux, Martin du Nord, à la fois doux et disert, ne perdait aucune occasion pour protester de son filial respect à l'égard de la religion et pour caresser ses représentants, qu'il prenait un à un afin de les mieux convaincre de sa sympathie et de mieux les apaiser; on lui a connu des successeurs non moins souples, peut-être moins sincères. Malgré son éducation sceptique, fin du xvm* siècle, le roi lui-même avait trop de finesse d'esprit pour ne point discerner l'intérêt I qu'il avait à vivre en paix avec le clergé, avec ces 40.000 , prêtres qui peuvent tous les huit jours parler aux 40.000 [ paroisses de France, et à éviter de prendre parti, selon le mol du jour, pour les k cuistres » contre les « bedeaux ».
356 LV LIBERTÉ d'eNSEIGNExMENT EN 18 i4-
— « LaissoQs-Ieur, disait-il, la liberté à tous, moyennant un bon petit article de police qui suffira ». Le malheur était qu'il croyait trop à Tefficacité de ces petits articles, aux expédients, à Thabileté du marin qui louvoie entre le? récifs, à la politique qui cajole pour étouffer les plainte^ qui gagne du temps, qui tourne les difficultés au lieu de les résoudre, et pas assez à la force irrésistible que puist une conscience droite dans la foi religieuse. 11 lui manquait le sentiment intime de la valeur du pouvoir Spirituel et le courage de reconnaître le domaine de ce pouvoir.
Qu'on me permette à cet égard deux courtes anecdotes. Un jour — c'était en 1841, peu après le dépôt du projet df loi sur renseignement — Mgr Affre, qui n'avait rien du prélat de cour, et que Louis-Philippe appelait son « délicieux archevêque », par souvenir des raideurs de Mgr de Quélen, se rendit au château pour soumettre au souverain ses appréhensions sur la loi proposée. A peine a\ail-il ouvert la bouche que le roi, effrayé de la tournure de l'entretien, l'interrompit d'un ton bonhomme : « Monsieur l'archevêque, vous allez prononcer entre ma femme et moi. Combien faut-il de cierges à un mariage? Je soutiens que six suffisent, la reine eu veut douze ». — « Six ou douze, peu importe, répond Mgr Affre; mais que Votre Majesté veuille m'entendre sur un sujet plus grave ». — « Comment! ceci est 1res grave; il y a division dans mon ménage : si j'ai raison, c'est que ma femme a tort ». L'archevêque continue sans répliquer. « Mais mes cierges, me* cierges » reprend le roi avec quelque impatience. Un peu ému, nullement intimidé, le prélat achève froidement son discours, puis salue profondément et se retire. Quelque temps après, en 1843, un évéque nouvellement nommé entre aux Tuileries et glisse au roi un mot timide en faTeur de la liberté d'enseignement. « Ah! vous donnez aussi làdedans? » Il n'obtint pas d'autre réponse.
Au fond, je le répète, le prince avait le vif désir de ne s'aliéner personne : sans bien comprendre, malgré son sens trè> aiguisé, ce qu'est TÉglise, il lui répugnait autant d'entrer
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en conflit avec elle que de paraître la servir, et il se flattait d'échapper à ces deux écueils eo évitant de se prononcer.
Chimérique, je dirait volontiers enfantine espérance ! Que pouvait-il sortir de cette neutralité déflante sinon la lutte? L'initiative que !e Gouvernement redoutait de prendre, la gauche la lui imposa; c'était trahir l'Université que de tarder à la défendre; son grand maître Villemain fut sommé de la fortifier. Montalembert, et les évêques après lui, avaient répété le mot de saint Anselme : Libérant vult esse Deussponsam suam, non ancillam: TÉglise est Talliée, non la servante de TÉtat. Ancillam^ ancillam^ répondit le chœur des Libri, des Isambert, des Lestiboudois, des Chegaray, renforcé, au dernier jour, de la voix rude souvent vigoureuse quoique toujours vulgaire, mais cette fois particulièrement âpre et violente, de Dupin aîné, qui saisit Foccasion de se refaire une popularité. « Nous sommes, s'écria-t-il, sous un Gouvernement qu'on ne confesse pas. Je vous y exhorte. Gouvernement, soyez implacable! » Le mot parut si dur qu'il fut le lendemain remplacé par celui à'inflexible; mais l'effet était produit. Le ministère, mis en demeure de donner des gages aux adversaires de la liberté d'enseignement, avait déjà dénié aux évêques le droit de la réclamer dans une lettre collective, sousprétexteque les articles organiques leur interdisent les « concerts par écrit ». Désormais, l'apaisement était loin, Car on ne pacifie qu'avec la liberté, la lice était ouverte, et, bon gré mal gré, il fallait y descendre.
Le nouveau projet de loi ne s'en prenait pas, comme en 1841, aux petits séminaires, quoiqu'il leur consacrât deux articles pour maintenir les dispositions des ordonnances du i6 juin 1828, qui limitaient le nombre des écoles ecclésiastiques et celui de leurs élèves; il se contentait de mettre les établissements libres ou particuliers, qu'il distinguait des établissements publics, sous l'autorité et la surveillance de l'Université (0.
(1 j Mais quelle surveillance? Elle s'étendait jusqu'aux maîtrises des catlié^
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Cette foDction de l'enseignement libre était grevée de la production obligatoire d'un diplôme. Toute institution dite de plein exercice devait se pourvoir, dans le délai de trois ans, de deux licenciés ès-lettres et d'un bachelièressciences mathématiques au moins; jusqu'aux simples répétiteurs, aux « pions », comme on les nommait alors, devaient être bacheliers.
On maintenait le certificat d'études, c'est-à-dire qoe, pour se présenter au baccalauréat ès-lettres, il fallait avoir fait sa rhétorique et sa philosophie soit dans sa famille, soit dans les collèges de l'État ou les institutions agréées par lui. De plus, tous les aspirants à la direction d'un établissement libre devaient justifier d'un brevet de capacité délivré par un jury spécial et signer une déclaration attestant qu'ils n'appartenaient à aucune association oa congrégation religieuse non légalement établie en France (0. En somme, si le projet de loi concédait aux évêques un régime exceptionnel pour leurs petits séminaires exonérés de la rétribution universitaire, il resserrait les liens qui enchaînaient la jeunesse laïque aux pieds de rUniversité.
Un moraliste, Joubert, avait l'habitude de dire : « Mon esprit est fort étroit pour tout ce qui n'est pas net ». Ceci était très net au contraire et ne pouvait échapper à Tinlelligeoce la plus obtuse. L'Université disait en propres termes : « l'État, c'est moi ». Cependant, l'Université n'avait jamais été l'État, pas même à son berceau, sous Tempire, et nulle part, dans l'ère moderne, l'État ne s'était fait encore maître d'école. Elle ne se contentait pas d'enseigner et de surveiller l'enseignement d autrui, elle ne se
drales, où il était interdit à plus de douze enfants d'apprendre à la foisllalin et le chaut ecclésiastique.
(1) Il est juste de reconnaître que la disposition relative à rexclu5ion J'j congrégations était empruntée à l'ordonnancp du 16 juin 1828, sur U^* écoles secondaires ecclésiastiques, dont l'article 2 exigeait que nul np ptt être ou demeurer chargé de la direction ou de renseignement dans ur maison d'éducation, « s'il n'avait affirmé par écrit qu'il n'appartenait à aucune congrégation religieuse non légalement établie en Franco »>.
contentait pas de teair les clefs de la maison où Ton enseigne, puisqu'elle seule pouvait conférer les grades; elle allait plus loin et, pour exclure une congrégation qu'elle ne désignait pas, mais que chacun nommait à sa place, elle renouvelait ce qu'elle abhorrait, Tinquisilion ; elle obligeait les citoyens à se dénoncer eux-mêmes, à inscrire, comme Aristide, de leur main leur nom sur la coquille de l'exil, et, chose surprenante, qui peint bien l'illogisme des partis, c'est à la sincérité de ces artificieux Jésuites, chaque jour pourtant accusés de mensonge ou de parjure, qu'elle se confiait pour les dépouiller, sans droit, du droit commun à l'enseignement.
Je crois l'avoir déjà suffisamment montré, si vive qu'ait été la défiance, si injurieux qu'ait été le dédain dans lequel la majorité avait jusqu'alors tenu les catholiques, auxquels on répétait le mot de Paul-Louis Courier : « Tu ne seras ni empereur, ni gendarme, ni garde champêtre, tu ne seras rien », ni le clergé, ni les laïques, à de rares exceptions près, n'étaient sortis d'une attitude passive et réservée; amis de la paix intérieure, plus favorables qu'hostiles à un régime qui, au fond, la souhaitait comme eux, d'un régime dont ils n'ignoraient pas les embarras, et dont, plus que personne, ils redoutaient les pires agresseurs, ils s'étaient abstenus de tout acte public d'opposition ou de résistance; s'ils mesuraient d'un œil inquiet l'infirmité des moyens que les aberrations de l'esprit public laissaient au Gouvernement pour résister au mal, nul ne pouvait leur reprocher d'être les complices ou les instruments du désordre ou d'une haine délovale; aussi loin de la conspiration que de la complaisance, on ne les avait jamais vus, selon le mot de Montalembert, ni dans les émeutes, ni dans les antichambres. Mais presque malgré eux, cet ostracisme délia leurs lèvres. Soixante-quatre évêques protestèrent, d'un accent ferme et ému, au nom de la liberté (*K Quoique d'inclination et d'humeur diffé-
(1) Voici les noms de leurs diocèses : Paris, Belley, Chartres, Lyon, Châ-
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rentes, ils ne s'étaient jamais encore rencoolrés aussi prompts, aussi unanimes. La surprise du pouvoir ne put se comparer qu'au soulagement de la conscience des croyants.
Que se passait-il cependant à la Chambre des pairs où le projet de loi avait été déposé? Le comte Mole, président de la commission chargée de son examen, et le duc d<' Broglie, rapporteur, n'étaient ni des esprits étroits, ni des esprits serviies. Sincèrement libéraux, beaucoup plus que ceux auxquels cette épithète était d'ordinaire affectée, ils ne déguisaient nullement que la liberté d'enseignement leur apparaissait comme la conséquence nécessaire de la liberté de conscience. « L'État, disait le rapport, n'inlrrvîent dans l'instruction qu'à défaut des familles, à titre de protecteur et de guide; il enseigne, mais non pas seul; il supplée seulement à Tinsuffisance des établissements particuliers ». C'était nettement reconnaître le principe de la concurrence, c'était nier celui du monopole universitaire. En outre, ils n'hésitaient pas à admettre pour les familles le droit de faire donner l'instruction religieuse et morale à leurs enfants, dans les collèges, par un ministre du culle choisi par elles, non pas un enseignement vague, superficiel, mais celui du dogme et de l'histoire de la religion, un enseignement qui ait pour but et pour sanction des « pratiques régulières ». On ne pouvait mieux préciser le but, on avouait implicitement que la philosophie officielle n'était pas pour donner toute sécurité aux familles, puisqu'on consentait à ce qu'elle fût, en dehors de FUniversilé, professée par d'autres maîtres que les siens. Mais, soit par crainte de jeter le désordre dans les études et Tirritalion
Ions, Perpig^nan, Langrcs, Rennes, Limoges, Quimpcr, Blois, Meaux, Orléans, Versailles, Autun, Dijon, Grenoble, Saint-Claude, Reims, Soisson-^, Amiens, Bordeaux, Beauvais, Agen, Poitiers, Angoulème, Luçon, Cambrai, La RochcUo, Arras, Tours, Le Mans, Angers, Nantes, Vannes, Sabl- Brieuc, Bourges, Clermont, Le Puy, Saint-Flour, Aire, Tulle, Aix, DiiTi»-*. Bayonne, Marseille, Rodez, Sens, Goutances, Avignon, Montpellier, Viviers, Nîmes, Besançon, Valencp, Nevers, Fréjus, Moulins, Troyes, Bayeux, Cahor*, Mende, Strasbourg, Agen et Albi.
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daas les rangs universitaires, soit plutôt par le désir de ne point heurter les préjugés d'une majorité sur laquelle s'appuyait le pouvoir, les conclusions du rapport s'écartaient singulièrement de ses prémisses; il acceptait avec certaines modifications la nécessité des grades, l'obligation pour les aspirants à l'enseignement libre de produire en outre un brevet de pédagogie délivré par un* jury mixte composé de notables et de professeurs de l'Université, et que dirigeraient ces derniers, sans Tcmporler-néanmoins parle nombre; il refusait aux conseils municipaux le droit de choisir les maîtres payés par eux dans les collèges des communes et de subventionner les établissements privés; enfin, bien qu'avec un embarras visible, il acceptait l'exclusion des congrégations comme un holocauste passager à des précédents ou à des préventions qu'il jugeait sans doute invincibles.
Faut-il le dire? Le plus grave de la situation n'était pas dans le texte primitif du projet : il élait surtout dans les amendements qui l'avaient corrigé et adouci, dans celte adhésion solennelle accordée à l'ensemble de son système par des hommes émiuents, respectés, personnellement chrétiens, qui proclamaient en principe le droit à la liberté, pour le retirer ensuite en détail^ et qui, à leur insu, couraient le risque de donner le change au pays, sinon même aux catholiques.Aucune des parties, il est vrai, n'était satisfaite, comme dans la plupart des transactions; mais n'est-ce pas le propre des transactions, soient-elles purement apparentes, d'agréer à la galerie, de rassurer les timorés et d'endormir la légion des indolents?
M. de Montalembert se chargea de rompre le voile et de sonner le tocsin. Ce n'est pas qu'il attendît la victoire, il se savait vaincu à l'avance. « Mais je suis un soldai, écrivaitil, tout au plus un chef d'avant-garde dans ce siège de la liberté; pour monter à la brèche, il faut passer sur des cadavres; qu'importe si le mien roule dans la poussière, pourvu qu'il serve de marche-pied au soldat qui me suit? » L'Église, au surplus, n'a pas été libre en France un seul
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jour depuis Philippe le Bel. Dépouillée ea 1790 avecTaDcien régime, proscrite, émigrée en 1792, amaistiée, mais en passant sous les fourches caudines du 18 germinal an X, ses chaînes se sont parfois cachées sous les fleurs; puisoo Ta cru écrasée sous les pavés des barricades; mais a-t-elle Jamais succombé, els'esl-elle un instant découragée? Non, parce qu'on n'en unit pas avec les consciences comme aiec les partis. « Au milieu d'un peuple libre, nous ne voulons pas être des ilotes : nous sommes les fils des croisés et nous ne reculons pas devant les fils de Voltaire ». Après ce cri célèbre, jeté le 16 avril à M. Dupin, dans un combat d'avant-garde, durant vingt-sept jours de mémorables débats, qui suffiraient à illustrer Thistoire parlementaire, sans autre secours que celui de trois collègues, le baron Séguier, le comte Beugnot et le marquis de Barthélémy *', « champions imprévus », tels que le moyen âge en vil descendre « dans la lice des combats judiciaires », il tient tète à Cousin, l'avocat et aussi le Socrate de l'Université, mais un Socrate suppliant, humilié, qui semble déjà condamné à la ciguë; à Villemain, son défenseur plus officiel encore, puisqu'il est le parrain de la loi, dont il n'abandonne rien, si ce n'est peut-être un amendement désagréable à son rival secret, le chef de la philosophie éclectique; il fait successivement face au ministère et à la commission, au garde des sceaux, dontle rôle effacé révèle d'ailleurs la gêne du Gouvernement, au centre ministériel qui l'appuie, au baron Charles Dupin, à MM. Rossi et Mérilhou, à M. Guizot, qui, s'élevant au-dessus de la loi pour éviter de se mettre en contradiction avec lui-même, promet de maintenir toutes les franchises, même « celles dont on abuse », et célèbre dans un éloquent langage la réconciliation future, ajournée, mais entrevue par lui, de la religion et de la liberté moderne. Aux uns, Montalembcrt rappelle que l'intervention directe, exclusive de l'État dans l'édu-
(1) Il faut ajouter à ces noms ceux des barons de Fréville et de Brîgode, qui combattirent aussi le projet de loi dans les séances du 23 au 25 aTiôl.
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cation n'a jamais été professée que par LycuPg'ue et Robespierre, que prétendre, au nonn de l'État, à la haute police des âmes et des intelligences, traîner violemment l'enfant dans un camp ennemi, pour servir Tennemi, c'est infliger au citoyen la dernière des servitudes. Il cite le double exemple de l'Amérique du Nord, où il n'existe pas la moindre trace de l'intervention préventive "du Gouvernement dans l'enseignement, où l'instruction est aussi répandue qu'elle est libre, où elle est donnée, grâce à cette liberté même, par le clergé des différentes confessions religieuses, et celui de l'Angleterre, où tout le monde peut enseigner ce qu'il veut, à qui il veut et comme il veut, sans être tenu de se soumettre à une surveillance quelconque. « Tout ce qui est possible en Belgique (considérée par M. le duc de Broglie comme une exception) l'est aussi en Angleterre et nous pourrions tout aussi bien demander la liberté comme en Angleterre que la liberté comme en Belgique ». Puis, le 8 mai 1844, défendant un amendement présenté par le duc d'Harcourt pour faire supprimer du projet de loi le paragraphe qui exigeait des aspirants à la direction d'un établissement d'instruction secondaire l'affirmation de n'appartenir à aucune congrégation religieuse non reconnue en France, il dit aux autres : « Quoi! voilà deux hommes, qui sont l'honneur de la France catholique, deux hommes dont je chercherais difficilement les rivaux et surtout les supérieurs à aucune autre tribune, Lacordaire et Ravignan; ces deux hommes, vous les proscrivez, vous les déclarez incapables d'être maîtres d'étude, vous leur refusez le droit que vous livrez au dernier de vos bacheliers, et cela dans une loi que vous appelez une loi de liberté!... Et pour quelle cause? Leur crime, le voici : c'est d'avoir juré à Dieu de rester chastes, pauvres et obéissants... Ils sont Français, peu importe... Ils réclament la liberté et l'égalité : que la liberté soit pour eux une chimère, l'égalité un mensonge; ou plutôt qu'ils soient libres comme les forçats libérés et égaux aux repris de justice. Oui, c'est bien cela, les forçats, les repris
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(le justice el les moines, voilà les trois seules catégories que vous excluez. » Ëofia, aux timides orgaues du pouvoir, il jette cette superbe apostrophe : « Ici, je cherche en vain le fier vainqueur des injustes clameurs de la foule; je ne trouve plus que leur écho, leur complice et leur docile instrument. Ah ! s'il fallait encore, après tant de leçons, une preuve nouvelle de la misère morale du pouvoir de nos jours, je n'en voudrais pas d'autre que le cruel empire des circonstances qui rend les hommes les plus éminenls infidèles à eux-mêmes, qui leur fait courber la têle sous des préjugés qu'ils ne partagent pas, subir le joug des passions qu'ils méprisent, immoler à des haines surannées la liberté et le dévouement sur l'autel de la défiance, de la jalousie et de la peur ».
Enfin, revenant sur les restrictions apportées par le projet de loi à l'existence des petits séminaires, il disait : «Le droit des évêques de préparer une portion de la jeunesse au sacerdoce est un droit sacré, imprescriptible, indispensable à leur ministère : il leur a été imposé comme un devoir par le concile de Trente, et il a été reconnu par tous les gouvernements de la France, excepté par le décret de
« Or, quoi qu'il arrive, les évêques n'y renonceront pas: l'Église ne se courbera jamais sous le joug de l'Université... Vous voudrez peut-être Ty contraindre : vous essayerez de forcer la volonté des évêques; vous ferez beaucoup de mal h l'Eglise; mais vous en ferez beaucoup plus encore à l'État. Et, en outre, vous ne. réussirez pas. Ce que vous ferez, le voici : vous exciterez contre vous, au sein de la portion la plus honnête et la plus tranquille du peuple français, une de ces résistances lentes à se former, mais bien plus lentes encore à disparaître, et qui deviendra peu à peu votre plus redoutable obstacle, une de ces résistances dont on ne vient pas à bout avec la force matérielle, mais qui survivent à toutes les violences comme à toutes les finesses de la politique. Oui, sachez-le, au fond de chaque presbytère, au pied de chaque autel, devant chaque foyer
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domestique où se réuniront des catholiques, au chaque berceau où veillera une mère chrétienne, \ trierez contre vous les sentiments les plus profond plus énergiques que le cœur humain puisse nou vous aurez fait tout cela uniquement par peur de la et par complaisance pour des passions vieillies et | traditions dïs plus mauvais jours de notre histoire. Qu'ajouterai-je à la hauteur, à la puissance incisi vérité toujours vivante de ces paroles? La noble ass< suspendue tout entière aux lèvres du jeune pair, tendit avec frémissement, avec une stupeur mi sympathie, et cette bienveillance inaccoutumée arrachait l'éloquence ne fut pas complètement stéri la cause catholique. La loi fut votée avec les ménag introduits par la commission, même avec un amen de M. de Ségur-Lamoignon , qui restreignait l'er ment de la philosophie dans les établissements d( et qui fut, à la surprise de tous, appuyé par un des Tuileries, M. de Monlalivet ; elle fut votée par 1 plus que par conviction, comme on se débarrasse t sant fardeau; mais 51 voix contre 85 protestèrent de la liberté dans le scrutin d'ensemble du 2i mai. tait pas le triomphe, mais c'en était l'espérance et la promesse. Jamais, en effet, depuis 1830, les re^ tions religieuses, jamais les griefs de l'Église n'avai tenu une aussi forte minorité. Il est même perm dire, jamais, depuis le commencement du siècle, I ment de sa liberté, si enseveli sous l'Empire, si e sous la Restauration, sauf les protestations de 181 1828, n'avait connu uq tel réveil. Jamais, dans ui aussi retentissante et aussi prolongée, le monopole sitaire, jusque-là inviolable, n'avait essuyé, mon du moins, un semblable échec. Ni la presse, ni 1 démies, ni le Conseil d'État, oi le Collège de Franci intrigues parlementaires, ni la majorité des Cham les rhéteurs, ni le ministère, coalisés contre la libci vaient pu le lui épargner. Dans le champ des idées.
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est pas comme sur les champs de bataille : la victoire n'est pas toujours du côté des gros bataillons. Malgré leur petit nombre, les catholiques résolus avaient enfin éprouvé leurs forces et trouvé leur terrain d'action. Battus au scrutin, ils se retiraient confiants et résolus de l'arène. Au fond, pour ceux qui pensaient et pouvaient sonder l'avenir, l'Université était vaincue par la conscience, plus puissante que les étroits calculs des hommes. Elle Tétait si bien que, moins de deux années après, M. Guizot, montant à la tribune où M. Thiers avait lu le haineux rapport dont nous allons parler, était forcé de faire cette déclaration : les enfants appartiennent aux familles avant d'appartenir à TEtat, et rUniversité impériale blessait les droits des familles, en ne tenant pas compte des croyances religieuses- « Désormais, écrivait à M. de Montalembert un de ses plus fidèles el plus sûrs conseillers, M. Foisset, désormais ropposition catholique ne sera plus uu feu de paille. L'Église est patiente, parce qu'elle se sait immortelle, mais elle n'est pas privée de sentiment et elle le fera sentir. On veut un catholicisme gallican, c'est-à-dire eunuque, non pas même le gallicanisme de Bossuet, mais celui de Harlay de Champvallon et de Maurice Le Tellier, ombrageux envers Rome seule, servile à Tendroit du pouvoir temporel. Ce catholicisme-là, on l'aime et on ne le craint pas, je le crois bien. Mais on ne veut pas en tolérer d'autre. C'est trop d'humiliation... le clergé prouvera qu'il n'y a pas de lois de fortifications contre la liberté des consciences, contre la vérité historique... les évêques subiront la loi, mais sans Taccepter. Ce résultat certes est considérable et dès à présent nous pouvons dire : « tout est perdu, fors l'honneur».
Eh bien, non, tout n'était pas perdu, car ce récit a son épilogue. A peine la loi votée au Luxembourg, la Chambre des députés s'en saisissait avec colère, et M. Thiers se chargeait de préparer un rapport qui fût à la fois un hautain démenti des timides concessions du ducde Broglie, une apologie passionnée et une éclatante revanche de l'Université. Dès le mois de juillet, le rapport était prêt; c'était une œuvre
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hâtive, moins de conviction que de combat, une œuvre qui fut depuis contredite, sinon désavouée par son auteur W, mais qu'il estimait alors utile à son dessein de séduire la majorité afin de lui arracher de nouveau le pouvoir. Méconnaissant l'incompétence doctrinale de TÉtat, il n'hésitait pasàproclamerson droit de fondre les esprits dans un moule et de façonner les jeunes générations à sa guise. La lutte allait reprendre sur une scène agitée, instable, elle allait reprendre plus ardente, pleine d'inquiétude et d'imprévus pour le ministère, au vif déplaisir de M. Villemain luimême, qui confiait ses alarmes à un ami : « Cette loi me tuera ». Pensait-il dire si juste? Dans les derniers jours de décembre 1844, ce délicat et brillant esprit, mais ce cerveau faible, qui se croyait poursuivi par les Jésuites et qui en voyait partout, jusque dans les tas de pierres, perdit subitement la raison. « Quelle Visitation du ciel? écrit à son correspondant habituel M. Foisset. Adorons et prions, prions pour le pauvre homme... Mais si nous n'étions frivolisés jusqu'aux moelles, comme parle Saint-Simon, quelle leçon égalerait celle-ci? ». Bossuet n'était plus là pour répéter : Dieu seul est grand. La leçon ne fut pas pourtant tout à fait perdue pour la prudence ministérielle : elle ne retira point le projet de loi, mais elle le laissa s'enterrer et si, le 21 février 1846, MM. Odilon Barrot et Thiers, qui n'y trouvait d'ailleurs plus d'intérêt, s'avisèrent par pure tactique d'en demander l'exhumation, leur proposition fut repoussée par la majorité à la prière même de M. de Salvandy, ministre de l'instruction publique. A aucun prix on ne voulait recommencer une lutte qui avait grandi l'Église.
J'ai fini, et néanmoins je voudrais ajouter un dernier mot. Ce ne sera ni pour comparer deux époques bien différentes, 1844 et 1899, ni même pour montrer — ce qui serait facile — combien depuis cinquante ans nous avons faitdepas et combienlesprojetsde loi récents empirentcelui
(1) Dans son discours à rAsscmblêe nationale du 24 février 1850.
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qui portait le nom de l'infortuné Villemain. Ce serait, je le répète, fort aisé; il suffit de remarquer que si le conseil académique était autorisé à ordonner la clôture des établissements libres dans lesquels l'enseignement serait jugé contraire à la Constitution ou au\ lois, l'État, c'est-à-dire l'Université, pourrait à son gré, fermer les portes de toute maison d'éducation capable d'obtenir la confiance de$ familles. Mais encore une fois je n'entends rien discuter. Je préfère citer sans phrases une parole de M. de Monlalembert, une parole prononcée précisément à l'occasion du projet de loi de 1844 : « Pour défendre TÉglise, écrit-il. il faut trois choses : du courage, du courage et encore du courage ». Voilà bien le mot que je cherchais, parce qu'il est toujours et partout de saison. Le courage! Est-ce qu'il nous ferait défaut?
11 y a déjà bien des années, dans le grand et mémorable duel que la France soutint sur mer contre sa puissante voisine de l'autre côté de la Manche, un bâtiment français, la Surveillante, on l'a rappelé, se trouva tout à coup enveloppé par plusieurs vaisseaux anglais. Le combat s'engage corpsà corps, les lourdes pièces tonnent, les bordées s'entrecroiseut et, dans le nuage de la fumée, un boulet destiné à la coque du navire abat du sommet du mât le pavillon français. « Victoire! crie l'ennemi, ils se rendent, ils amènent leurs couleurs! » Non, les nôtres ne se rendaient pas.- L'un d'eux, Le Many, ramasse sur le pont le glorieux emblème, s'élance dans la hune et, ne pouvant Ty clouer, le brandit de sa main droite jusqu'à la fin de la bataille. Et, comme le dit la vieille chanson bretonne, ce fut l'Anglais qui fut contraint d'amener. Eh bien ! dans la lutte soutenue pour la liberté de l'enseignement, nous aussi, nous pourrons à certaines heures voir notre drapeau fléchir, peut-être même tomber à terre, mais qu'on le croie bien, il n'y ilemeurera pas longtemps, tant qu'il y aura parmi les catholiques des poitrines pour le défendre et des bras pour le relever!