‹ Nouveaux fragments de droit et d'histoireChapitre 5 sur 40 · DÂPRÈS UNE ŒUVRE POSTHUME · texte numérisé non relu

DÂPRÈS UNE ŒUVRE POSTHUME

trimestre auquel se limilail Texpédition. Lorsque les Cimbres, faisant irruption dans la haute Italie, eurent battu Catulus, ils s'arrêtèrent soudain en été sans profiter de leur brillante victoire, ce qui serait invraisemblable, s'ils n'avaient obéi à un usage constant des Aryas, leurs aïeux.

On peut corroborer ces preuves en ajoutant que les peuples aryens ne connaissaient pas la mer, car leur langue primitive ne possède aucune expression qui désigne le sel, et que les émigranls ne conservaient aucune relation, aucun lien de dépendance avec la mère-patrie. Il faut en conclure, dit Ihering, qu^ils étaient séparés du reste du monde par de puissantes chaînes de montagnes, telles que l'Himalaya, derrière lesquelles leur berceau s'abritait au fond des vallées.

Mais quel était le degré de civilisation de ces peuplades? Chose étrange et en apparence inadmissible, si l'autorité de H. Zimmer et de Victor Hehn ne la rendait certaine aux yeux de notre savant auteur, les Aryas dont la langue est la plus riche et la plus développée que Ton connaisse, à ce point que, d'après Schleicher, elle suppose une formation de dix milliers d'années, les Aryas primitifs dont la haute intelligence est attestée par la philosophie védique, étaient dans la vie usuelle au-dessous de tous les autres peuples. Ils ne connaissaient ni l'agriculture, ni les villes, ni les maisons de pierre, ni le travail des métaux. Pâtres grossiers, ils vivaient sous des tentes côte à cAte avec leur bétail qu'ils promenaient à travers des pâturages restés communs. Le mot sanscrit ajras, d'où le latin ager^ ne signifiait pas, comme on l'a cru, terre cultivée, mais pâture; il n'y a pas dans la langue mère de termes pour désigner la charrue ni l'automne, la saison des moissons ; en revanche le mot façu, bétail, d'où le latin /?ecr/5, pecunia^ vient de la racine pak qui signifie prendre, lier avec une corde, un lacet. Les bœufs des Aryas paissaient à l'air libre; il fallait les capturer à l'aide d'un lasso comme dans les plaines de l'Amérique du Sud. C'était la seule richesse et la seule monnaie de ce peuple pasteur, divisé en clans et très nom-

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breux. S'il connaissait le cuivre, ayas^ d'où le latin œs^ il ignorait Tart de le fondre comme celui de forger le fer. Ce qui le démontre, c'est qu'à Rome le fécial dut pendant des siècles se servir d'une lance en bois, hasta prœcusta, et d'une hache en silex, et qu'il était interdit de mettre des clous de fer hxxpons sublicius, où ne pouvaient entrer que des clous de bois. De même, la vestale ne devait rallumer le feu confié à sa garde qu'çn frottant l'un contre l'autre deux morceaux de substance semblable. Autant de traces manifestes d'usages préhistoriques transformés à la longue par le respect populaire en rites religieux.

Les institutions juridiques des Aryas n'étaient pas moins primitives. Ce que nous en savons confirme le sentiment exprimé parlheringsur l'état d'enfance prolongée de leurs tribus. L'hospitalité pour l'étranger y était inconnue; elle n'apparaît que chez les Phéniciens qui l'ont transmise aux Grecs et aux Romains. Donc nulles relations internationales et partant point de commerce. La polygamie et l'achat de la femme par le mari étaient de pratique constante. L'union conjugale était interdite entre proches parents et la fille recevait une dot de son père en se mariant. La séduction de la vierge sans frère était rudement châtiée. Le coupable était plongé « dans un lieu profond». Zimmer affirme que l'usage AQ^sutties a passé des Aryas aux Hindous : seulement il ne faut pas y voir une preuve d'amour donnée par la veuve, mais une exigence de l'égoïsme marital qui s'étendait sur la femme, propriété du mari, jusque dans le tombeau. On ne peut non plus conclure des sacrifices funéraires offerts aux aïeux au développement de la piété filiale, puisque les fils étaient autorisés à exposer leurs parents trop âgés, comme le père avait le droit d'exposer sa fille nouvelle-née. Le dépôt d'aliments sur la tombe paternelle n'était qu'une offrande de la peur : timor fecit deos. Aucun lien de parenté n'était admis, en général, entre la mère et les membres de sa famille et les enfants qui appartenaient au père seul ; ceux-ci du moins n'arrivaient à la succession maternelle qu'en qualiiéd' heredes

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extranei. Enfin, la propriété foncière n'existait pas : tout ce que possédait primitivement l'Aryas, c'était son troupeau, portant sa marque en couleur, ses armes, ses ustensiles de ménage et sa hutte de bois qu'il démontait pour en charger les pièces sur un char lorsqu'il changeait de résidence ou plutôt de pâture.

Quant au droit criminel, si l'on excepte les ordalies au nombre de neuf, et deux pénalités différentes, la bastonnade et l'expulsion indiquées par Zimmer, on ignore en quoi il consistait. R. von Ihering croit cependant que sous la flagellation se cachait la peine de mort, et il invoque à ce sujet le témoignage de Suétone : corpus virgù adnecem cœdi... mos majorum. Il ajoute qu'en tout village [grâma) était élevée une colonne ou poteau d'infamie [drupada) auquel on attachait le condamné avant de le fustiger, le débiteur afin de le contraindre à se libérer par ses mains ou celles d'un autre. Il y restait lié jusqu'à complet paiement, exposé aux coups de ses créanciers, aux intempéries des saisons, à la faim et à la soif, si personne ne venait à son secours. Cette colonne du martyre des Aryas qui serait, d'après le célèbre professeur de Goettingen, devenue le prototype de celle du Stylite, lui aurait été révélée par un passage du poème de Solon rapporté dans le traité d'Aristote sur l'organisation politique des Athéniens. « J'ai arraché plus d'un poteau. Tu étais en servitude et je t'ai délivré ». On en trouve, dit-il, la trace dans la terminologie romaine qui nomme nexiim (de neclere, lier) lobligalion stricte du droit primitif, et soltitio (de soivere, délier) le paiement par le débiteur. Il en découvre également la réminiscence dans les mots allemands composés de lôserij délivrer : einlôsen^ dégager un nantissement, erlôsen, racheter.

En résumé, si ce tableau est exact, si ces couleurs empruntées pour la plupart au Rig-Veda et à l'ouvrage publié en 1879 par H. Zimmer sous le titre à' Aliindisches Leben^ ne se sont pas altérées en passant d'une palette à une autre, le peuple-père^ l'Aryas primitif aurait occupé le degré inférieur de l'échelle des nations dans l'antiquité préhis-

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cité fidèlement sans discuter. Mais, pour être ente, je dois ajouter que le pieux et véridique Ting doute de la solidité de la peinture de Zims indianistes les plus récents ne font pas remooition déjà très développée du Rig-Veda jusqu'à ïnne. Dès lors, pour justifier les coaclusioos les Indo- Européens avant l'histoire, il ne subies arguments tirés par lui de la linguistique : des analogies qu'il établit entre les mœurs isus de la même origine. C'est un peu léger a conviction. Poursuivons cependant.

le l'Aryen végétait misérablement dans ses lis, de joncs, de paille, sans contact avec le limes, une brillante civilisation s'épanouissait lines qui s'étendent de l'Euphrate au Tigre, le à une autre race, qui depuis a passé à 1 du progrès, la race turque, mère des Acca- Summériens que soumirent un jour les Se- 3squels ils se fondirent en un seul peuple, les Civilisation non seulement remarquable en nais vraiment phénoménale, si on la compare sociale du peuple dont nous venons de parler, inexplicable si l'on n'en découvrait te puisdans le sol. Ihering expose ici la thèse qui entre toutes et qui lui a peut-être inspiré son haque page la développe, thèse en apparence 1 le reconnaît lui-même, mais qui jaillit des 30se à l'observateur. Montesquieu avait déjà Ique chose de celte doctrine. Mais il s'était :ôte; il ne s'était pas élevé jusqu'au sommet ùt fait embrasser les vastes horizons. Cette me d'une phrase. Le sol est tout le peuple. Il "est l'habitat qui décide de ce que devient une ace échue à celle-ci sur la carte du monde .lalement son sort, de façon qu'il est permis éographie est de l'histoire tracée à l'avance, de la géographie mise en action.

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Par sol il ne faut pas d'ailleurs entendre uniquement le climat et la constitution géologique; que ces éléments fassent la moitié du tempérament d'un peuple, cela n'est pas douteux; il en est des hommes comme des arbres; le même sujet devient à l'extrême Nord autre que sous les tropiques : « il subit Tinfluence du terroir maigre bu gras, de la proximité de la mer ou de Téloignement du rivage ». Mais le mot a ici une acception plus large; il comprend aussi les points de contact avec les autres groupes humains, les relations, les communications internationales que créent la longitude et la latitude du pays. On doit Tentendre à la fois dans son sens physique et dans son sens politique. Pourquoi le Grec s'esl-il si vite civilisé? Parce qu'il était voisin des Égyptiens et des Sémites. Pourquoi le Germain était-il encore dix siècles plus tard à l'état de nature? C'est qu'il était loin de la Méditerranée, ce véhicule nécessaire de la civilisation antique. Le processus du progrès dépend exclusivement du territoire sur lequel il s'est fixé. L'innéité de la race n'exerce sur elle qu'une influence accidentelle et secondaire ; l'éducation, les institutions ellesmêmes n'ont pas, bien qu'elle existe, toute l'action qu'on suppose; celle du sol est du moins très supérieure, parce qu'elle agit sans relâche, parce qu'elle est permanente. Elle modifie, elle transforme, elle crée même jusqu'aux instincts populaires. Voyez par exemple les Germains et les Celtes. On a coutume, et non sans raison, d'attribuer aux premiers une humeur voyageuse et migratoire, tandis que les seconds ont toujours été stables. En effet, pendant un millier d'années l'émigration forme la règle chez les uns et l'immobilité celle des autres. D'où vient cette différence caractéristique? D'une propension naturelle, d'un goût spécial à chacune des deux nations? Nullement, mais des conditions climatériques et géologiques du lot qui leur est respectivement échu dans le partage de l'Europe. Si la Gaule^ contrée favorisée du Ciel, admirablement située entre deux mers, au sol fertile ensoleillé, à la température clémente, avait été dévolue aux Germains et la froide, la

:s INDO- EUROPÉENS AVAKT L BISTOIBE

ilérile Allemagne aux Celtes, jamais les preîQteu !a velléité d'échanger leur pays contre seconds au contraire se seraient faits éminisateurs. « L'histoire de l'Occident n'aurait i aucune m odiTi cation, et les savants parlestinct inigratoiredes Celles et de lu slabilité >. Un proverbe vulgaire explique très jusledes nationaux : c'est la faim qui fait sortir s. u C'est la faim qui a poussé l'Aryas d'étape |u'à ce qu'il atteignit le sol où il pouvait la iDitiveinent. Ce fut elle encore qui provoqua unts des Germains à l'époque chrétienne ».

1, les Slaves n'ont pas abandonné leur patrie; iment étendue, quoiqu'elle leur offrit ua cli- : que celui de l'AUomagne, et ils sont ainsi deis paisible, le plus endurant des peuples, l'infirmer, l'exception justifie la règle : mêlés tion réduite par eux en servitude, les Slaves s nourrir par les vaincus. Trouvant parmi lier bien-être, ils se sont insensiblement fa> résignation, à l'indolence, à la passivité qui

encore.

pas la thèse, je n'y ajoute rien non plus, je me borne à la reproduire. Ihering qui l'a lant deux ans et en revendique hautement la revient complaisamment à chaque pas, pour toutes les faces, pour en distribuer la preuve e logiquement les conséquences. Il y déploie l'argumentation, il la caresse avec une si vise qu'on ne peut douter de l'importance ca- '. avait prise à ses yeux. C'est évidemment l'ie de son livre. Par elle, il prétend déchirer s dont s'enveloppent les âges préhistoriques et, e l'eut interrompu dans son fiévreux, mais Lvail, tout donne lieu de croire qu'il l'aurait ppliquée à l'élude de l'histoire des Hindous Europe. Un axiome aussi général est vrai ou

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ne Test pas : s'il est vrai, c^est une loi universelle que ni les siècles ni les faits ne sauraient démentir et à laquelle ils doivent se soumettre, si Ton sait bien les interpréter. Pour le moment nous sommes à Babylone et nous allons voir comment, d'après notre auteur, la civilisation sémitique confirme son infaillible système.

L'ancien Testament nous apprend que Caïn a bâti la première ville. Qu'est-ce à dire? C'est que la fondation des cités est l'œuvre du laboureur. L'idée répugne à nos préventions modernes. Elle est pourtant exacte, parce que le premier laboureur eut besoin d'un refuge pour se mettre, lui et ses récoltes, à l'abri des incursions ennemies. Babylone, vil le- forteresse, n'a pas d'autre origine. Située dans une plaine fertile, elle a été construite par et pour des agriculteurs. A la différence des Aryas, peuplade pastorale, le babvlonien usait de la charrue.

Ce fut une première découverte à laquelle le contraignit la nature. Il en fit d'autres sous la même impulsion. La nature lui avait refusé la pierre et le bois : il dut les remplacer artificiellement par la brique. Enfin, elle lui avait donné de grands fleuves navigables et l'accès de la mer, ce qui l'amena à construire des navires. La brique et le navire, voilà les deux grands rudiments de la civilisation du Sémite; ils ont, à eux seuls, supporté la charge du monde babylonien.

En effet, la brique suppose le bâtiment et, par suite, l'architecture. Du travail du maçon il est facile de conclure à la division de la journée en heures, et, en conséquence, à l'invention de l'horloge hydraulique destinée à mesurer le temps, à l'emploi rudimentaire des plus simples notions de géométrie et de mathématiques, enfin, comme l'indique le mot assyrien sabbattu, repos, fête, à une suspension périodique du travail manuel. Celte suspension eut lieu le septième jour de la semaine, parce que les habitants de Babylone avaient adopté le système duodécimal et qu'ils jugèrent suffisant pour l'ouvrier soumis à la corvée de peiner pendant la moitié de douze jours, c'est-à-dire pen-

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