SIS
sc livra avec tant d'ardeur à l'étude de la philosophie de Plotin , qu’il en vint à prendre cette vie en dégoût. 11 quitta Rome et la société , et alla chercher dans la Sicile une retraite solitaire d'où il n'aperçût plus de villes et n’entendit plus la voix des hommes (i). Là, détaché de toutes choses, insensible à tout plaisir, il passait scs jours à errer seul autour du promontoire de Lilybéc et dans les lieux les plus sauvages. 11 prit même la résolution de sc laisser mourir de faim. Plotin devine son état, quitte Rome, accourt en Sicile sur les traces du jeune fugitif, le trouve au dernier degré de l'abattement , et ses sages et mâles discours rappellent au sentiment de ses devoirs et au goût de la vie une àme prête à s’envoler (a). Plotin inséra depuis, dans un des ouvrages qui nous restent de lui, les discours par lesquels il rattacha Porphyre à la vie (s). Voilà certes une version bien plus étrange que l’autre. 11 n’est pas naturel de croire à Eunape plus qu’à Porphyre , sur Porphyre lui-même. Wyttcnbach , qui résout toutes les difficultés en prêtant à Eunape des extravagances , a bien l’air cette fois d’avoir raison de mettre ce récit sur le compte d’une imagination de rhéteur qui aura outré et gâté un incident par lui-même très-curieux , et qui donne une idée de l’état extraordinaire des âmes à cette époque. Du reste Eunape fait un éloge bien mérité de Porphyre. On ne sait , dit-il ,
(l) T. I, p. 8. *- (») Ibid., p. 0. Tiiv^uxt)» SttitTHaOcLi roû oûfiaTOi/JLiXXouiav. — (5) Ibid.
EUNAPE.
MO
lequel de ses talents il faut le plus estimer, et si c'est en lui le grammairien ou le rhéteur ou le musicien ou l'arithméticien ou le géomètre ou le philosophe , qui est le plus admirable (i). Il se maria , et il y a un livre de lui adressé à sa femme Marcella ; mais il la prit veuve , et déjà mère de cinq enfants , non pour en avoir lui-méme , mais pour donner un père à ceux de sa femme (a). Ce passage d'Eunape et un autre de S. Cyrille contre Julien (5) étaient jusqu’ici la seule indication que nous eussions de l’existence de la lettre de Porphyre à Marcella ; mais depuis , M. Mai a trouvé à l’Ambroisienne et publié , malheureusement encore incomplet , cet écrit , qui donne une si haute idée de la pureté et de l’élévation de l’àme de Porphyre , et où un philosophe , parlant à une femme , mêle à l'austérité des principes les plus sublimes des teintes gracieuses cl toutes les délicatesses du sentiment. Porphyre parvint à une vieillesse très-avancée et mourut , dit-on, à Rome (*) . Mais ici Eunape ajoute une chose fort singulière , savoir , qu'arrivé à la vieillesse , Porphyre publia des ouvrages dans un sens tout différent des premiers ; assertion qui, faute de développements, est à peine concevable. Porphyre devint-il chrétien , on abjura-t-il le système de Plotin pour un autre système philosophique '! C’est ce qu'on ne peut savoir d'après ce passage d'Eunape , que nous croyons devoir citer
(i) Ibid., p. 10. — ( 2 ) Ibid. , p. H. — ( 3 ) Lib. vi, p.209. — (*) Ibid.
EU If APE.
textuellement : IIsAXà,' ycôv rc 7 i JjJy xpoxexpxyiexTtuftévoii (ii&Jcif ôtcjptXs èvamltti xarfAnrr, ire pi uvoiixêuriv frf pôv ri cfc§i?f iv vj cti Tpcïùv érepx èJoÇxxev (1). Nous regrettons que ce passage n'ait attiré l'attention ni de M. Boissonnade ni de YVytlcnbach.
Iambliquc était de Cbalcis en Célésyric, d’une origine illustre et d'une famille riche et puissante (2). Il ne fut pas le successeur immédiat de Porphyre ; entre eux deux est Anatolius. C’est probablement celui auquel Porphyre a dédié ses Questions sur Homère, ou peut-être l’auteur du traité des sympathies et des antipathies , dont il nous reste un fragment publié par Reudtorf dans la Bibliothèque grecque de Fabricius. 11 y a eu plusieurs philosophes de ce nom ; niais quel que soit celui dont il est ici question , Eunapc dit qu' Anatolius succéda à la réputation de Porphyre (3) ; mais il ne nous apprend ni d'où il était, ni si ce fut à Borne qu’il recueillit l’héritage de Porphyre ; il ne dit pas non plus si c'est à Rome ou à Cbalcis ou à Alexandrie qu'Iamblique lit sa connaissance et ensuite celle de Porphyre, ni dans quelle ville il demeura habituellement ; il est probable que ce fut à Alexandrie. Eunape, comparant le disciple au maître, ne trouve Iambliquc inférieur à Porphyre que |>our le style. < Ses écrits, dit-il, ne sont pas remplis de grâce et t d’agrément, comme ceux de Porphyre ; ils 11’cn ont
su
(1) Ibid . — (a) Ibid., p. 11 . — (3) Ibid. Tw xatà Qopipùp <0*
tjc Jcût ipx pipo/iiio.
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EC!UPE.
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« pas la lucidité ni la pureté, sans être pourtant ni « obscurs ni incorrects ; mais, comme Platon le dit de
< Xénocrate, lamblique n’avait pas sacrifié aux Grâces;
« aussi , loin d’attirer et d’attacher le lecteur , il le
< fatigue et le repousse (<). » Et, quoi qu’en dise Wyttcnbach (a), ce jugement d’Eunape est resté celui des connaisseurs et des juges impartiaux. lamblique rassembla autour de lui une foule de disciples, qui de tous côtés venaient pour l’entendre et se former dans scs entretiens. Parmi eux sc distinguaient Sopater de Syrie, Édésius, Eustalhede Cappadocc, le Grec Théodore , Euphrasius et beaucoup d'autres, en si grand nombre, qu'il est vraiment étonnant qu'un seul homme ait pu leur suffire à tous (3) . Plus tard , dans la vie d’Édésius , nous ferons connaissance avec Édésius , Eustalhe et Sopater. Quant à Euphrasius, nous 11’en avons pas plus entendu parler que Wytlenbach (*). Théodore est probablement ce Théodore d'Asinée , que Proclus cite si fréquemment et qu'il regarde comme le véritable successeur d'Iambliquc. La seule difficulté qui arrête Wytlenbach est un passage de Damascius, où Théodore d'Asinée est donné comme un élève de Porphyre, ce qui, chronologiquement, ne permettrait guère que Proclus eût pu l’entendre , tandis que nous lisons dans le commentaire sur le Tintée, ■eoixvra yàp ü ko 01 a. 1 tcù rcu Qeodûpov fiXcccfevÿrot; (s). Si
( 1 ) Ibid., p. 12. — (a) T. 11 , p. 50. — ( 3 ) Ibid. , p. 12. Qït 1 Sau/uaariv tiv Sri Trâotv inrjpr.tt. — ( 4 ) T. II, p. 51. — (5) P. 240.
EÜNAPE.
la difficulté chronologique paraissait insurmontable, il n’y aurait d’autre ressource que d’interpréter différemment IV xouaa de la phrase de Proclus, et de lui faire signifier que Proclus a entendu dire cela de Théodore et non pas à Théodore , en sous-entendant repi au lieu de ex, comme il y en a tant d’exemples (i). Si PtocIub avait suivi les leçons d’un maître aussi célèbre que Théodore , il est probable que Marinus nous l’aurait appris, lui qui indique avec tant de soin tous ceux que Proclus a entendus (3) : il est douteux aussi que Proclus, qui rend hommage en toute occasion à son maître Syrien, n’eût jamais exprimé une seule fois sa reconnaissance pour Théodore qu’il cite et loue fréquemment, si jamais il avait assisté à ses leçons. Enfin, dans le traité sur la Providence, la Falalilé et la Liberté (s), adressé à un de scs amis nommé Théodore, il fait allusion au philosophe de même nom qui est venu après Iamblique ; et certes il n’eût pas manqué de compléter l’allusion , et de rappeler , à l’occasion de sou ami Théodore , Théodore , son maître, si celui-ci l’avait été. De cette manière du moins on expliquerait la phrase de Damascius (*) , qui s’était occupé avec tant de soin de l'histoire de la philosophie, et dont il ne faut pas répudier l’autorité aussi légèrement que le fait ici Wyttenbach.
(t) Voyez Lamb. Dos, éd. Schœf.,p. 734. — (s) Marinus, Vie de Proclus , éd. de M. Doissonnade. — (s) Voyez mon édition des OEuvrcs inédites de Proclus , 1. 1. — (*) Vit. Isidor. Phot., cod. 242.
EUNAPE.
Le reste de cette vie d’Iamblique est rempli de détails qu’Eunape déclare tenir de Chrysanthc , lequel les tenait d'Ëdésius, disciple immédiat et ami d'Iamblique. On sent que l’on approche du temps où les récits d’Eunape vont appartenir à la biographie plus qu’à l’histoire , et où l’école platonicienne , privée de ses chefs les plus illustres , s'enfonce de plus en plus dans les superstitions de cette époque. Ainsi Eunape rapporte assez longuement ce qu’il appelle des exemples de la faculté divinatoire d’Iamblique et de son pouvoir de faire des prodiges. Dans ce siècle, tout le monde faisait des prodiges ou en voulait faire ; et les Alexandrins, moitié superstition , moitié calcul, n'étaient pas restés en arrière de leurs émules. Ici Iamblique , se promenant avec scs disciples , leur annonce qu’il va passer un convoi , et à l'instant un convoi se présente; et Eunape a la bonne foi d’avouer que ce fut peut-être an effet de la bonté de son odorat plutôt que de sa vertu divinatoire (i). Mais une autre fois , au bain, devant deux fontaines nommées l’une Ilios et l'autre Antéros, il évoque en riant les génies de ces deux fontaines , et les deux génies sortent des eaux et entourent Iamblique de leurs petits bras. Ce trait , dit Eunape , fil taire l'incrédulité de ses disciples , qui dès lors se montrèrent dociles et confiants ( 2 ). « On ra- « conte , dit encore l’historien , beaucoup d’autres « choses bien plus étonnantes que je n’ai pas voulu
(i) Ibid., }». 14. — (i) Ibid., p. 13-10.
EUNAPE. 215
« rapporter , pour ne pas mêler à une histoire véri- « dique des récits qui pourraient sembler fabuleux. « L’exemple même que je viens de citer , je me serais * fait scrupule de le rapporter, dans la crainte que « ce ne lût un conte , si je n’avais l'autorité d'hommes « sensés qui eux-mêmes avaient vu la chose. Quoi « qu'il en soit , personne avanl moi n'a fait mention
< de ce trait , et Ldésius m'a dit qu'il ne l'avait pas
< mis dans scs ouvrages et qu'aucun autre écrivain « n'avait osé le faire (i). > Pour nous , qui avons quelque connaissance de l'éqioque d'Eunape , loin de nous étonner de sa crédulité , nous sommes au contraire surpris de sa réserve , et nous ne pouvons guère l'expliquer qu'en nous rappelant que Tbéodosc n'aimait ]>as «pic les païens lisscntaussi des miracles.
Vient ensuite un récit de querelles assez, mesquines entre lambliquc et un nommé Alipius , qui, par jalousie, adresse des questions embarrassantes à notre philosophe , qui se venge de son rival en rendant justice h ses talents et même en faisant son éloge après sa mort (s). Ni M. Loissonnade ni Wyllcnbach ne fournissent aucune lumière sur cet Alipius, et nous n'avons jamais lu ce nom autre part. A ce que dit Eunapc, il était d'Alexandrie et y mourut très-âgé. lambliquc y mourut aussi après lui , selon Eunape : ce qui confirmerait l'opinion que ce fut à Alexandrie qu'lamhliquc passa sa vie. Il avait eu beaucoup d'élèves cl laissa uuc
(0 Ibid., p. 10. — (*) Ibid., p. 17, 18, 19.
316 EUNAPE.
nombreuse école (i) ; c’est au milieu de scs élèves qu’est tombé Eunape dans sa jeunesse (2). Ils se répandirent de tous côtés dans l’empire romain , et l’un des plus célèbres , Édésius , se retira à Pergamc en Mysie, et y établit une école où fut élevé Chrysanthc , le premier maître d’Eunapc. C’est depuis ce moment surtout que l’histoire d’Eunape gagne en authenticité tout ce qu’elle perd en grandeur , et devient d’autant plus curieuse qu’elle dégénère en mémoires domestiques, et ne contient plus que des détails minutieux , il est vrai , mais que l’on chercherait en vain ailleurs , et qui , réunis, ne laissent pas de jeter d’assez grandes lumières sur l’état du platonisme à cette époque, cl indirectement sur toute l’histoire du temps.
Les seuls écrivains de l’antiquité qui fassent mention d’Édésius, sont , avec Eunape, Libanius et Simplicius (3). 11 faut qu’il ait été entraîné vers la philosophie par une vocation particulière ; car il était d’une grande famille de Cappadocc, et , pour se livrer à ses goûts , il eut à vaincre une vive résistance de la part de sa famille. Il la surmonta à force de patience (a) , et fit un voyage en Syrie auprès d’iambliquc, sous lequel il étudia (5) avec un succès égal à son zèle. Eunape assure qu’il ne reste pas fort au-dessous de son
(<) Ibid., p. 10. II 0 AA&; te xa.1 rctiy'xç yiXoaoflz.i;.
( 2 ) Ibid. T«ût> 1 { b xaÜTX ypAjoiv rr,j fopâf eùryx>jeïv.
( 5 ) Lihan. Oral. 11 , p. 17-18, éd. Hong. ; Simpl., Commentaire sur les Catégories , p. 1 .
(*) Ibid., p. 19. — (s) Ibid., p. 20.
maître , à l'enthousiasme religieux près, que peut-être même il posséda sans oser le montrer , à cause des circonstances («). En effet, c’était alors le temps où Constantin, parvenu à l’empire, renversait les temples les plus célèbres de l’ancienne religion , et où les philosophes les plus distingués étaient forcés de se condamner au silence (s) et de s’envelopper de mystère ; ce qui empêcha Eunapc d’acquérir la connaissance du fond de leurs doctrines (s) avant l’àge de vingt ans. Aussi, après la mort d'Iamblique, toute son école fut dispersée, et ses élèves se retirèrent où ils purent. Un d’eux , Sopaler (<) d’Apamée , d'un caractère plus énergique et comptant plus sur lui-méme, au lieu de se cacher, se présenta à la cour de l’empereur, qui le traita si bien que les nouveaux courtisaus en prirent de l'ombrage et jurèrent sa perte. Constantin , pour
peupler la nouvelle ville impériale , avait tiré de toutes
(t) Ibid. Tô yuèv inènc\)TTT£v î<ru( kiSlaiot aùrif ick roùf Xpàvovf. — *(s) Ibid. npb( pv<rrripiûS7) rtvi aiwirqv xai itpoçamxov ixt/ivBlav.
(s) Ibid. C’est ainsi qu’il faut entendre tû» &Xi)Oi<nipuv , avec Fabricius ( Bibliolh. grœc. , t. vu, p. 536, éd. Harl.) et nos deux critiques contre Jonsius, qui voit ici une initiation tardive aux mystères du paganisme (Jons. , de Scriplor. hist. philos., lib. ni, c. 17).
(■») Ibid., p. 21; Voyez Zosime, u, p. 40; Suidas, u. Eûnarpof ’&na/j. ios; Sozomène, Hisl. eccles. , liv. xv; J. I.ydus, DeMcnsibus, éd. Schow, p. 57 ; Julien, Epist. 19 ad. Liban., p. 410. Le Sopaler d’Apamée, auquel écrivit Libanius, est différent de celui-ci; voyez la note de Wytlenbacb, t. ii, p. 71, 72.
FX'NAPE.
les parties de l'empire une foule immense qu’il était obligé de nourrir en faisant venir des vivres de l'Égypte , de la Syrie et de la Phénicie (t). Il aimait, dit Eunape , les applaudissements de gens ivres qui pouvaient à peine se soutenir, et trouvait du plaisir à entendre répéter son nom par des bouches à peine capables de le prononcer (i). A la moindre disette , la foule mécontente n'applaudissait plus. Les ennemis de Sopalçr, parmi lesquels émit Ablabius ( 3 ) , saisirent l’occasion d’une disette pour l’accuser auprès de l’empereur : ils lui dirent que c'était Sopater qui avait retenu les vents et empêché les vaisseaux d’arriver, et le crédule Constantin le fil mettre à mort. Il est inutile d’ajouter combien les détails de cette narration sont invraisemblables, et avec quelle défiance il faut accueillir tous les récits d'Eunape qui se rapportent directement ou indirectement au christianisme. Mais ces récits , quelque altérés qu'ils puissent être par la passion , n’eu sont pas moins intéressants pour celui qui veut tout connaître , et entendre aussi le parti vaincu. D’ailleurs ils remplacent pour nous l'Histoire
( 1 ) Ibid.,p. 22; Zosime,'», 32; Valois sur Socrate, Hist. eccles., n, 13; Spanheim sur Julien, Oral. 1 , p. 78;Ritter sur le Code de Thcodosc, t. v, p. 71-73.
(l) Ibid., p. 22, 23. Toùj iv rot{ Btirpoti X pot oui itapa-
SJtuÇoVrwv xpatnibit àxOpùnax e<fu\\ofiiv(u » àvOpûnuu
à-/ ait riaut iyxiifiia xal ovo/iocros râv p oXiç ûità ou vnj-
Otla-i fQtyyo/tixuv -couxopa.
(5) Ibid., p. 23-26; Zosime, 11 , 40.
eckape. sto
politique d'Eunape , l’auteur se citant lui-même perpétuellement. Nous aurons donc soin de recueillir les passages les plus importants de ce genre qui se rencontreront au milieu des biographies d'Eunape.
Après la mort de Sopater, Édésius était le seul disciple célèbre qui restât de l'école d'Iamblique. U se fixa à Pcrgame (<), et céda ses fonctions de professeur en Cappadoce à un nommé Eustathc , dont Eunape nous raconte fort au long l'histoire («), son crédit auprès de l'empereur, son heureuse ambassade en Perse (s), l'intérêt que tout le parti païen et philosophique prenait à scs succès, et son mariage avec une femme extraordinaire, nommée Sosipalra, sur laquelle Eunape nous fait les récits les plus fabuleux et les plus ridicules. Par exemple, elle prédit à son mari qu'elle en aurait trois enfants qui seraient tous malheureux , etses prédictions s'accomplirent à la lettre ( 4 ). Après la mort d'Eustalhe , elle se retira à Pergame auprès d'Édésius , et nous passerons sous silence les détails étranges de sa vie domestique, pour nous occuper un moment du seul de ses enfants qui se soit distingué , savoir Antonin (»). 11 se fit une grande réputation de
(t) Ibid., p. 28. ’En tw itaXsuû U.ipyi/xu.
(») Ibid., p. 28-38.
(s) Ainmien Marcellin dit, au contraire, que cette ambassade n’eut aucun résultat. Amin. Marc., xvu, 14.
(a) Ibid., p. 37.
(8) Ibid., p. 41. C’est le seul endroit de l’antiquité où il soit mention de cet Antonin; car Wytlenbach a très- bien
EUNAPE.
vertu parmi les siens , et y passa pour un saint, parce qu’il prédit des événements qui se réalisèrent après sa mort, la destruction du temple de Sérapis (i) et une persécution violente et générale qui ne laisserait subsister aucun temple, répandrait partout la désolation , et changerait t le plus beau pays de la terre en un » séjour de ténèbres (»). » Ces prédictions furent trouvées véritables ; et à peine avait-il quitté la vie , que, sous le règne de Théodose , Théophile , évêque d’Alexandrie, Evelius ou Évagrius, gouverneur civil , et Romanus, gouverneur militaire (s), détruisirent le culte païen à Alexandrie, et renversèrent le Sérapéum.
montré, contre Carpzow, que l’Antonin cité par Zosime est un disciple d’Ammonius Saccas, dont parle Proclus dans son commentaire sur le Timée, liv. ni, p. 187. Wyttenbach penche à croire que ce peut être l’Antonin d’Alexandrie, cité par Suidas, 1. 1 , p. 235, d’après Damascius.
(1) Wyttenbach remarque que la destruction des temples égyptiens avait déjà été prédite dans les livres d’Hermès. Voyez la traduction latine attribuée à Apulée , Discours d'Hermès à Asclépios , p. 90 ; et saint Augustin , Cilè de Dieu, vin, 26.
(2) Ibid., p.41. Kai ti fiuûûStixai àttSlf sxàrOf rvpavAiast ri iîti xiXXtaTa.
(3) Ibid., p. 44. QioSoatav juiv to't < fSaatXtvovroç, &tOf(Xo\t Si (Zosime, v, 28 ; Théodoret, Hist. eccl. , v, 42 ; Socrate , v, 16; Suidas, llpanit; Sozom. vu, 13) irposTciTo&vTOî tûv ivetywv (les chrétiens), Eùrriou Si (Eùâypio; Sozomène, vu , 13; Cod. Theodos., L, xi) tà» noAiTixjj» àpxi “pZ 0/ T°«, •PuyuavoD Si (Cod. Theodos., ibid.) toù* xaï’ Aîyvnva»
ÜTf 2TI&IT«{ KfXITTCV/ISVSU,..,
EÜNAPE.
Nous rapporterons ici, en l’abrégeant un peu, le récit d'Eunapc, dont le ton, moitié amer et moitié ironique, trahit, sous l'affectation du langage, un ressentiment profond, et nous montre l’impression bizarre que faisaient sur l’àine des lettrés païens les grandes scènes populaires de la révolution chrétienne, c Des hommes, « dit Eunapc, qui n’avaient jamais entendu parler de
< la guerre , 8'atlaquèreul bravement à des pierres , « les assiégèrent en règle , démolirent le Sérapéum
< et s’emparèrent des offrandes que la vénération des > siècles y avait accumulées. Vainqueurs sans combats « et sans ennemis , après avoir courageusement livré « bataille aux statues et aux offrandes, les avoir vain- « eues et dépouillées, ils firent la convention militaire
< que tout ce qui aurait été volé serait de bonne prise, t Mais enfin, quelle que fût leur bonne volonté, comme
< ils ne pouvaient emporter le sol , ces grands guer- « riers , ces héroïques conquérants , tout glorieux de « leurs exploits , se retirèrent et se firent remplacer c dans l'occupation du sol sacré par des moines , « c’est-à-dire par des êtres ayant de l’homme l’appa- « rencc, vivant comme les plus vils animaux, et se « livrant en public aux actions les plus dégoûtantes , « qu'il est impossible de rappeler. C’était pour eux « un acte de piété de profaner de toute manière ce * lieu révéré; car, à cette époque, quiconque portait « une robe noire avait un pouvoir despotique. Nous « en avons parlé dans notre Histoire générale. Ces
< moines campèrent donc sur la place du Sérapéum ;