‹ Nouveaux fragments philosophiquesChapitre 30 sur 50 · E CHAPE · texte numérisé non relu

E CHAPE

contraire , était un penseur plus sévère , et paraît s’étre distingué dans l'école d’Édésius comme dialecticien. Il se moquait des prétendus miracles de scs collègues, et fil tous scsellorts pour détourner Julien de la route du mysticisme et de la théurgic (i). Mais Julien, au lieu de l’écouler, s’attacha à Chrysanlhc : il alla même avec lui à Éplièse, où était .Maxime (a) , et ce fut là qu’il se forma et devint ce qu’il resta toute sa vie. Ayant entendu dire qu’il existait en Grèce un vieux prêtre d'Éleusis, il alla le visiter; et à cette occasion Eunapc rapporte 1 que c’est ce prêtre qui l’initia, lui Eunapc, aux saints mystères, l'éleva au rang des Eumolpidcs (3), et lui prédit qu'à sa mort il deviendrait grand prêtre à son tour, malgré la loi de l'institution qui défendait que tout homme initié à d'autres mystères et étranger

Slohée nous a conservé des fragments en ionien, et que ce ne peut être celui dont parle Ammien Marcellin, xiv, 7.

(t) Ibid., p. 49, 50, 51.

(») Ibid . , p. 51 .

(S) /èid., p. 52. y Ip t bv ypxfona xai «i« Eù/i oXnlSat

3y«. Malgré l’opinion de M. Boissonnade (p. 298), qui a entraîné Wytlenbach , p. 181, 182, 183, nous faisous dépendre tov ypi<fov ra de 3y* comme de ixiXet, avec tous les autres critiques. D’abord il n’en est pas de «ytiv comme de ctvxtfipuv, et M. Boissonnade convient qu’il ne connaît pas d’autre exemple de âyto» dans le sens de remonter jusqu’à, descendre de. Ensuite c’est abuser aussi de la mauvaise réputation des constructions d’Eunape, que de lui prêter une construction aussi bizarre que serait celle de la phrase en question , dans l’hypothèse de M. Boissonnade. Sur les Eumolpidcs, voyez Hcsychius.

ECJfÀPE. *31

montât jamais sur le trône de l'hiérophante. Eunape lions apprend encore que le culte d'Eleusis était celui de Mithra, puisqu’il emploie, pour désigner le prêtre athénien, tantôt le nom d'hicrophante des déesses, rifi toCîv Qexiv ’lepsÿàvTf, tantôt celui de père de l’initiation de Mithra, irari/p r/fr Miûpixri^ «A êrÿi (1). Enfin il indique ici ce qu'il avait raconté avec étendue dans son Histoire générale , savoir, que ce furent les moines de la nouvelle religion , les hommes habillés de noir , dit-il , qui livrèrent à Alaric le passage des Thcrmopyles, et renversèrent, à l’aide de l’étranger , l’institution elles mystères d’Eleusis (s). Julien se lia intimement avec ce vieux prêtre athénien ; et au retour de son expédition dans les Gaules, où Eunape assure (s), avec beaucoup d’autres historiens, que Constance l'avait envoyé pours'en défaire, et où il sut , à force de génie et de prudence, échapper à tous les pièges dressés contre sa vie et cacher son dévouement à l’ancienne religion; lorsque enfin il prit le parti d'éclater cl de détruire ce qu'Eunape appelle la tyrannie de Constance (4), il fil venir de Grèce ce même prêtre et

(i) Ibid. , p. 52. Voyez l'excellente note de M. Boissonnade, p. 300, 301 ; et celle de Wyttenbach, p. 183, 181.

(*) Ibid., p. 52, 53.

( 3 ) Ibid. , p. 53; Ammien Marcellin, xvi, 11; Socrate, Hist. eccl., ni, p. 137; Sozomène, v, 3, p. 484; Zonar. Ann., xni, 10; Zosiine, 111 , 1 ; Liban. Oral. Parental. 17. (Fabric. Bibl. Gr.t. vu. 1 ™ édit.); Julien, Epitl. ad Alhen., p. 277. — (*) Ibid., p. 53, 51.

EL'N.VPE.

lui fit part de ses desseins. Us ne mirent dans leur

secret que deux hommes , dit Eunapc , Oribazc de PergameelÉvémère l’Africain (i). Parvenu à l’empire, Julien renvoya en Grèce ce grand prêtre avec un pouvoir illimité et les forces nécessaires à la défense des temples et du culte. 11 est fâcheux que , par un scrupule religieux ( 2 ) , Eunape ne nous ait point dit le nom de ce prêtre. Quant à tous ces détails , ils ne sont nulle part ailleurs dans les historiens; et il en est peu qui soient plus importants dans l'histoire du Pas-Empire, puisqu'ils éclairent la grande lutte du paganisme et du christianisme. Malheureusement nous n’avons aucun moyen de contrôler le récit d’Eunape ; il y règne une teinte romanesque qui sans doute n’est pas invraisemblable et peut tenir aux choses elles-mêmes, à l'imagination de Julien et à sa destinée extraordinaire; mais nous ne pouvons nous empêcher de nous rappeler l’épisode romanesque de la vie de Porphyre, raconté par Eunape et démenti par Porphyre lui-même.

Quand Julien fut arrivé à l'empire, on conçoit avec quel empressement il appela auprès de lui ses amis de Pcrgame et d’Éphèsc. Maxime et Chrysanthe délibérèrent ensemble sur ce qu’ils avaient à faire. Eunapc nous a conservé leur entretien. * Mon cher Maxime, lui

(•) Ibid., p. 5t.

(8) Sur la loi de ne pas révéler le nom de l’hiérophante, voyez Valois, Entend., liv. 111 , 15; et Villoison, Mémoires de l'Académie des inscripl., t. xlvii, p. 338.

ECNAPE.

dit Chrysanthe, non-seulement il faut rester ici, mais il faut môme nous cacher. — Chrysanthe, répondit Maxime, il me semble que tu oublies un peu les principes dans lesquels nous avons été nourris, et qui commandent au sage de ne point se décourager et trembler à la première apparence (car ils avaient fait en commun un sacrifice et consulte les dieux) ; il faut écarter les apparences contraires et forcer le dieu de répondre favorablement (i). > Chrysanthe resta inflexiblement attache à ses projets de solitude. Maxime lui fit écrire par Julien ; et celui-ci, sachant quelle était sur Chry santhe l'influence de sa femme Mélite, cousine d'Eunapc, lui écrivit de sa propre main une lettre où il la priait de déterminer son mari à venir le joindre. Enfin désespérant de vaincre sa résistance, il le nomma avec sa femme (s) souverain pontife de la Lydie, leur laissant le pouvoir de choisir les autres ministres du culte. Maxime et Priscus se rendirent auprès de Julien. Maxime y jouit d'une faveur illimitée : il était de tous les conseils de l’empereur et le voyait à toute heure du jour et de la nuit. Mais il parait que son pouvoir l'enorgueillit, qu'il prit des habitudes d'élégance et de mollesse, et devint superbe et difficile. Au contraire, Priscus se conduisit avec une modération parfaite, résista à toutes les séductions, et conserva à la cour

(i) Ibid., p. 55.

(a) Ibid., p. 36, 57. Sur les souverains pontifes, avant le christianisme et sous Julien, voyez Godefroy, Code de Théodose, t. iv, p. 483.

EUNAPE.

les mœurs et la simplicité d'un philosophe. Prisons et Maxime accompagnèrent Julien dans son expédition contre les Perses (i) ; et il faut que tout ce cortège philosophique ail clé en général bien hautain et bien ridicule , puisque Eunapc lui-même est forcé de l'avouer. Après le désastre de l'expédition de Perse et la mort de Julien, qu'Eunape dit avoir racontées longuement dans son Histoire générale (i), Jovicn continua de bien traiter les favoris de son prédécesseur. Mais quand Valentinien et Valons parvinrent à l’empire, la scène changea ; Maxime et Priscus furent jetés en prison. Priscus absous retourna en Grèce ; mais pour Maxime, il avait soulevé trop de haines par sa conduite orgueilleuse pendant le règne de Julien, pour ne pas les retrouver ardentes et acharnées à sa perte quand le malheur fut venu. Il le supporta mieux qu’il n’avait supporté la prospérité : on le condamna à des amendes, on le vexa, on le tourmenta de toutes les manières. Eunape exagère sans doute, comme l'a remarqué Wyltcnhach (s), en disant que le supplice des Perses, $ oKdffuaiç , était peu de chose en comparaison des supplices qu'on lui infligea ; mais enfin il faut que la torture ail été poussée bien loin, puisque Maxime demanda à sa femme un breuvage qui le délivrât de scs ennemis et de la vie. En effet, elle acheta

(t) Ibid. , p. 57. Ammien Marcellin dk qu’ils assistèrent à sa mortel recueillirent ses dernières paroles sur l’immortalité de l’âme, xxv, 3.

(*) Ibid., p. 58. — (s) T. h, p. 203, 206.

du poison et l'apporta dans la prison de son mari ; mais quand celui-ci le lui demanda, elle le prit elle-

même. Eunape loue beaucoup le préfet d'Asie, Cléarque (i), qui fit cesser la persécution qu'éprouvait Maxime, et lui fit rendre peu à peu une partie de ses biens. Maxime revint à Constantinople, cl prouva l'innocence de scs études théurgiques (s), ce qui augmenta la considération générale qu’on avait pour lui, mais ranima l'envie. Faussement impliqué dans un complot, arrêté avec scs prétendus associés, et conduit il Antioche, où était l'empereur, il réfuta devant le tribunal l'accusation portée contre lui ; et il aurait été absoug, sans la lâche férocité de Festus, qui s'empressa de le faire périr (s). Telle fut la fin d'un homme dont les fortunes diverses représentent merveilleusement les vicissitudes de ces temps orageux.

Après Maxime, Eunape passe à la biographie de Priscus (s), dont il avait déjà eu occasion de parler

(i) Sur Cléarque, voyez Ammicn Marcellin, xxvn, 0, et Wyttenbacb, 210.

(s) Si tel est le vrai sens de la phrase d’Eunnpe(t. i, p. 62; Boisson., 324; Wvttenb., 221), il paraîtrait que Maxime aurait été accusé de magie. Voyez, contre la magie, les Décret* de* emjrercurs , d’abord de Constance, années 337 et 338, puis de Lucius et Valentinien, Code de Théodose, liv. ix, lit. xvi.

(5) Ibid., 62, 63. Sur Festus, Amm. Marc., xxix, 1, 2, 3; Zosime, iv, 13; Godefroy, sur le Code de Théodose , t. vi , part. 2, p. 134.

(*) Les auteurs qui ont parlé de Priscus sont Julien,

SI

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