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vivre à Rome , si Ton en croit Eunape , exercé dans l’art de flatter les grands et façonne à la corruption d’une capitale ; du reste sans aucun talent oratoire , comme on pouvait l’attendre d’un Égyptien ; car l’Égy pte , dit Eunape (i) , est si folle de poésie , que le sérieux Hermès s’en est retiré. Il est aussi question, dans cette Vie de Proærésius , d’un rhéteur nommé Musonius (*) , qui fut exclu de sa chaire sous Julien , parce qu’il avait la réputation d’être chrétien. Proærésius mourut à Athènes , où il avait acquis une grande réputation , quoiqu'il n’y fût pas né : son pays était l’Arménie (î).
Après la biographie de Proærésius vient celle d’Épiphanius le Sy rien , un des rivaux de Proærésius (*) ; puis celle de Diophante l’Arabe , qui fit l’éloge funèbre de Proærésius (») ; celle de Sopolis , qui essaya d’imiter le caractère du style des anciens (o) ; celle d’Himérius de Bithynic (î) , qui passa quelque temps auprès de Julien , et , à la mort de l’empereur , vint à Athènes recueillir l’héritage de Proærésius; * écrivain d’un style
Bibl. grœc., t. vu, p. 410, soupçonne que c'est le sophiste dont parle Pholius, cod. 134.
(i) Ibid., 02. H. Doissonnade remarque très-bien qu’à ce compte l’Égypte était fort changée. Voyez Hcyne , Opvtcvl., 1 . 1 , p. 92.
(a) Ibid., 92. Sur ce Musonius, voyez Wernsdorf sur Hitucrius, p. 472; Jons., Ilisl. phil., ni, 7.
(s) Ibid., p. 78. — (4) Ibid., 93. — (5) Ibid., 93 ; voyez la note de M. ltoissonn., p. 388, 389. — (G) Ibid., 94; Liban. Epiai. 881. — (7) Ibid. 95, voyez Wernsdorf.
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< facile et harmouieux et qui s’élève quelquefois à la « hauteur d'Aristide (t). • Eunape accorde à peine une ou deux phrases à Parnasius (i) , qui fut aussi professeur , et ne mauqua pas tout à fait de mérite. La biographie de Libanius est un peu plus longue ; mais Eunape ayant raconté la meilleure partie de sa vie dans son Histoire générale , à l'occasion du règne de Julien, n'a mis ici que des détails d'un faible intérêt. Cependant on ne peut nier qu’il ne le caractérise avec exactitude. Le vrai talent de Libanius , selon Eunape, était l’ironie (s) ; il avait aussi la plus grande aptitude aux affaires (4). On lui proposa les plus hautes dignités, qu'il refusa (5). Il était d’Antioche en Célésyrie; il avait été élevé à Athènes sous Diophante ; il visita Constantinople, mais il vécut et mourut à Antioche (s). Restent deux autres biographies de rhéteurs, celle d'Acacius, né à Césarée en Palestine (7), contenqiorain de Libanius et auquel celui-ci dédia son traité t epi ri ipü**î , et celle de Nymphidianus de Smyrne (s) , frère du philosophe Maxime , et lui-même philosophe distingué, qui participa à la fortune de son frère sous Julien et remplit un emploi de secrétaire à la cour impériale.
Voilà les rhéteurs dont Eunape a écrit l’histoire ; les médecins sont Zenon , Magnus , Oribaze et Jonicus. Le premier est le maître de tous les autres : il était de
(1) Ibid., 9o. — (s) Ibid. — (3) Ibid., 08. — (4) Ibid.,
00. — (!i) Ibid., 100. — (6) Ibid., xaxiï to* tixvtb èâ lu 'ipi-tm. —\i) Ibid., 100, 10t. — (s) Ibid., 101 , 102.
r.UNAPE.
Giypre (i) , et contemporain de Julien et de Proæré sius. 11 parait que Magnus était meilleur professeur qui praticien : on établit pour lui une école de médecin à Alexandrie (t). Jonicus de Sardes (s) ne fut pas seu lemcnl un médecin du plus grand mérite, mais il cul tiva avec soin l’art oratoire , la logique et la poésie. I y eut aussi en Gaule, à cette époque, un médecin célèbr» nommé Tliéon ( 4 ) ; mais celui qui éclipsa tous les autre* estOribazc , né à Pergame ( 5 ) et élevé à Athènes, audi leur de Zenon et condisciple de Magnus (e). Il ne resU pas étranger aux mouvements politiques de son temps. Sous le manteau de médecin , il fut le confident d« Julien, et ne contribua pas peu à l’élever à l’empire ( 7 ); mais après Julien , il expia sa faveur passée par la confiscation de ses biens , la proscription et l’exil chez les barbares (m). Ce fut Ut précisément qu’Oribazc montra toute la force de son caractère et les ressources de son talent. Des guérisons miraculeuses le rendirent si
(* ) Ibid., 102. — (s) Ibid., 102, 103; voyez la note de Boissonn., 411,412. — ( 5 ) Ibid., 106, 107. — -(4) Ibid., 107. — (s) Ibid., 1 03; selon Suidas, il était de Sardes.— (s) Ibid., 1 04.
( 7 ) Ibid., 104. C’est ainsi qu’il faut entendre la phrase suivante, malgré l’hésitation de M. Boissonnade, qui ne voudrait pas qu’un médecin et un homme de lettres se fû t Si fort mêlé de politique : ’louiiavô; ph aù TM «i{ xbv Kaloapa n polit* avrfipxaatv ini rfi •dxvfl, b 3b tojoutov TtXioxtxttï rai iXXatf àpiralf Ctart xai fiaatXix rb* ’touiiavè» ÙTzbbetft
Voy. la lettre de Julien aux Athéniens, p. 277, «« iaxpbs
cl la lettre d’Oribaze à Julien , dans Pholius, Cod. 217. — (s) Ibid., 104.
EUNAPE.
célèbre chez ces barbares , et le mirent en telle faveur auprès de leurs chefs , que les empereurs romains se lassèrent de persécuter un tel homme , et lui permirent
de retourner dans sa patrie , où il fut rétabli en possession de tous scs biens (t). 11 vécut heureux ; il vit encore, dit Eunape, au moment où j’écris, et je souhaite qu’il vive longtemps (i). Après celte digression sur les rhéteurs et les médecins de son temps, Eunape s’avertit lui-inéme qu’il est temps de revenir aux philosophes.
Mais les philosophes, à cette époque, étaient plus rares que les rhéteurs , et , avant de reprendre une nouvelle vie à Athènes sous les auspices de Syrien et de Proclu* , l'école néoplatonicienne semble épuisée et près do s’éteindre avec Epigonus ou Épigonius de Lacédémone ( 3 ) , et Beronicianus de Sardes ( 4 ) , qui ont à peine laissé quelques traces dans l'histoire. Le seul philosophe de cet âge est Chrysanthe, auquel Eunape consacre un chapitre de quelque étendue, dicté par la reconnaissance et des sentiments j»arliculicrs. Chrysanthe était un parent d'Eunapc , qui prit soin de sa première jeunesse , l’envoya étudier à Athènes, et le reçut chez lui à son retour en Lydie. C’est lui qui engagea Eunape ù écrire la vie de ses
(4) Ibid., 105. — (a) Ibid., 105. — (s) Ibid., 120. Eunape: ’Enlyovoi. Amin. Mare, parle d’un Epigonius , è l.ycid philosophas , xiv, 7, et Valois veut que ce soit le philosophe d’Eunape. — (4) Ibid., 120. Est-ce celui qui est cité dans la troisième lettre de Denys?
EUNAPE.
contemporains les plus illustres. Élève d'Édésius avec Priscus et Maxime , nous avons vu avec quelle sagesse il refusa de se mêler aux orages politiques de son temps, et ne se laissa point éblouir par l’éclat des succès passagers de Julien. Eunape confirme ici tout ce qu'il nous en avait déjà appris , par une foule de détails qui ne sont pas toujours aussi importants pour le lecteur moderne qu'ils pouvaient le paraître à la piété et à la reconnaissance d'Eunape. Nous n’extrairons de ce panégyrique assez long que les traits les plus saillants. Chrysanlhe était d’une famille de sénateurs , pelit-lils d'innocentius (i), qui jouit d’une grande autorité auprès des empereurs, et écrivit plusieurs ouvrages en latin et en grec, oit se montraient, au rapport d’ICnnape, un jugement et une sagacité peu commune. Après avoir étudié sous Édésius toutes les doctrines antiques et parcouru le champ entier de la philosophie d'alors, il s'appliqua particulièrement < à cette partie « de la philosophie que cultivèrent Pythagore et son « école , Archy las, Apollonius de Tyane et ses adora- » leurs (î) , » c'est-à-dire que Chrysanlhe fut plus théologien que philosophe; et de la théologie à la théurgie, dans ce siècle , il n’y avait qu'un pas : aussi nous avons déjà vu que , pour savoir s'ils devaient se rendre à l'invitation de Julien , Chrysanlhe et Maxime consultèrent les prodiges. L'ambitieux Maxime s’ohsli-
(0 Ibid., 108. Amip. Marc., parle d’un Innocentius, su, u. — (*) Ibid., p. 109.
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«ait à repousser les apparences défavorables , et voulait faire sans cesse de nouvelles expériences et comme arracher d'heureux augures. Chrysanthc , plus docile ou plus clairvoyant, se sépara de Maxime et se refusa à toutes les sollicitations de Julien. Nommé grand prêtre en Lydie , au lieu d’imiter le zèle outré de presque tous les autres dépositaires du pouvoir impérial , et de se faire l'instrument d'une réaction momentanée , il se garda d’opprimer les chrétiens ( 1 ) , et son administration fut si modérée , qu’on s'aperçut à peine en Lydie de la restauration de l’ancienne religion. Aussi quand la révolution chrétienne reprit son cours, elle ne changea et ne déplaça presque en Lydie ni les hommes ni les choses , et tout se passa doucement et sans troubles ; tandis que partout ailleurs la tempête religieuse et politique bouleversait toutes les existences (a). Chrysanthe était généralement admiré , et rappelait le Socrate de Platon que , dès sa jeunesse , il avait pris pour modèle ( 3 ). On ne pouvait être plus simple dans ses manières , d'un commerce plus facile et d’une affabilité plus parfaite , quoiqu’il fût trèsattaché à ses opinions et au culte de ses pères. 11 mourut dans une vieillesse avancée, étranger aux événements publics, et uniquement occupé du soin de sa famille ( 4 ). 11 supporta la pauvreté plus aisément que d'autres la fortune ; adorateur fidèle de l’ancien culte , il ne cessait de lire les anciens philosophes, et il écrivit dans
(») Ibid., |>. tH. — (a)/ 6 »</.— ( 3 ) Ibid., p. 115.— (4 )lbid.
SS
El'NAPE.
sa vieillesse plus d'ouvrages que beaucoup de jeunes gens n'en ont lu (i). Malheureusement aucun de ses ouvrages n'est venu jusqu’à nous. Eunape ne donne le titre d'aucun d'eux , et il n'en est fait mention dans aucun auteur de l’antiquité.
Tellessontles Vies des sophistes d’Eunape; on ne peut nier qu’elles ne renferment beaucoup de renseignements importants pour l’histoire générale et l'histoire de la philosophie , et qu’elles n’aient l’avantage de nous familiariser avec les hommes d’une école et d’une époque trop ignorée. Ne nous récrions pas contre les superstitions d'Eunape ; car elles appartiennent à son siècle , et sont communes à scs ennemis comme à ses amis. 11 ne faut pas oublier non plus que son fanatisme et sa partialité historique, tout en imposant de graves précautions à la critique moderne, lui fournissent en même temps de nouvelles et utiles données. La passion des uns sert de contrôle et de contre-poids à la passion des autres. Il est curieux aujourd’hui d’entendre sur ce grand débat la voix de l’un des derniers défenseurs de la cause perdue. On pardonne même à cette voix d’être amère et souvent injuste , parce qu’elle est celle d’un vaincu ; et la situation de cet homme du iv* siècle, de cet ami d’Oribaie et de Chrysanlhe, obligé de cacher sa foi dans l’obscur asile d’une société secrète, se retirant d'un monde qu’il ne peut comprendre et qu'il abandonne aux révolutions cl aux barbares , cette
EUNAPE.
situation a quelque chose (le touchant encore , même a la distance de quinze siècles , et répand uu intérêt singulier sur ce petit livre , écrit par un prêtre et un sophiste païen d'un esprit ordinaire en l'honneur de quelques lettrés ses contemporains , restés fidèles comme lui à une religion cl à une philosophie expirantes.
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