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aux fables de la religion populaire qui dégradaient la vérité et faussaient l'intelligence , sans avoir celui de présenter la vérité dans sa simplicité majestueuse et de donner à la philosophie sa véritable forme. Il prit donc un moyen terme entre ces deux partis, et cessant d’étre sacerdotal , sans cesser d’être aristocratique , également éloigné de la soumission aveugle de la multitude à la foi populaire , et de l'indépendance philosophique et démocratique de l’école ionienne, Pythagore échangea les fables pour les symboles. C'était déjà un pas immense. Pylhagore défendit de divulguer le fond des mystères et ce qui n'était enseigné qu'aux initiés , mais il permit de le montrer symboliquement (i).
Aussi pour les Pythagoriciens tout était symbolique, le langage humain , comme la nature : certains mots servaient de signes mystiques à certaines idées. Celui de père , par exemple , avait la vertu symbolique de rappeler l'àme à son auteur. Il est certain que Platon avait gardé quelque chose de l’esprit pythagoricien ; mais Proclu8 (*) subtilise, quand il prétend que Platon emploie souvent dans l ’ Alcibiade le nom de père et en général les appellations patronymiques dans leur intention pythagoricienne, et lui-même est forcé d’avouer qu'appeler un homme par son nom patronymique était
(t) P. -•). Tit iv x7toppr)T<it( iriXovfitvx Six tüv av/tUiav inrrtiàtv ov xai r b fxivo/j.tjov avTûv ùç ixtlvtiv rii* Sinxfiix àittixo -hX.o fj.it a-t TtapsfiiXxTTOv. — (j) Ibid.
rnodus.
d’ailleurs dans les habitudes homériques et dans l'e: prit de la politesse grecque.
Aux yeux des pythagoriciens , la nature était ti symbole d'un idéal invisible qui sc révélait et parla à l'àme par les formes mêmes de l'organisation pin sique. Entre toutes les formes , la ligure de l’homm était éminemment symbolique : de là la science c lire le caractère dans les traits de la figure et dai toute l'habitude du corps (i), propre aux pylhagor ciens.
De tous les attributs de la Divinité , celui qui h avait le plus frappés était celte puissance bienfaisante qui répand partout l’ordre et l'harmonie avec le pli parfait à-propos. De là le nom de K ccipit (s).
Us appelaient (s) l’action par laquelle un éli sort de lui-même pour se mettre en rapport avec u autre et agir sur lui , la force intérieure , l’énergie qi met une nature quelconque en dehors d'elle.
Selon les pythagoriciens , toutes les vertus ne sor que des roules pour arriver à l’amour («), vérité pre fonde qui sépare les deux parties de la morale , l’un toute spéciale qui se compose de probité et d’exact justice, l’autre de charité et d’amour; vérité que 1 christianisme a popularisée et qu’ Aristote exprime foi bien (s ), lorsqu'il dit que si tout le monde s'aimait i n’y aurait plus besoin de justice, parce qu’il u’y aurai
(i) P. 94. — (*) P. 121. — (s) P. 132. — (s) P. 221. - (s) Mor. à \icom., vm, 1.
plus de tien ni de mien ; et qu'au contraire , la justice fût-elle observée , il y aurait encore besoin du lien de l'amour.
Pylhagore disait que le nombre est la plus sage de toutes les choses, et qu'ensuite ce qu'il y a de plus sageesi de donner aux choses les noms qui leur conviennent. C’est dans I’roclus même (i), et aussi dans lamhlique , qu’il faut voir le développement de cette pensée.
Ce commentaire ne cite qu’une seule fois Empédocle, et pour rappeler qu'Einpédocle donnait à Dieu le nom de Zfxlps*; (*). Quant aux philosophes de lecolc d'Cléc , l’index de M. Creuzer porte, il est vrai, le nom de Parménide : mais il ne faut pas s'y tromper; malgré l’index, il ne s'agit pas de Parménide lui-même, mais bien du dialogue de Platon , «pie le passage de Proclus désigne évidemment, puisque, quelques lignes après ces mots qui ont fait illusion à M. Creuzer, ùaxtp l 'ifjLXi ; ïïxpfjuvtfyi àvxJ'iJxaxei, on lit oOev <Sÿ S axpxtij,' ixi réXei rcù Jixtàycu... (s).
Il n'y a qu'un seul philosophe ionien cité dans ce commentaire, savoir. Hérédité, dont Proclus nous conserve ici un fragment entièrement nouveau , mais d’une dilliculté qui fait trop bien comprendre comment les contemporains d'Héraclile lui avaient donné le nom de Sx;r eiviç. S'il paraissait tel à ses conlem-
(i) 259. — (s) P. 1 15. Voyez Slurz., Empcdod. , p. 277- 292.— (5) P. 40.
PKOCI.US.
porains, on peul penser ce qu’il doil nous paraître |
aujourd’hui, à la distance de plus de deux mille ans.
Oii eu jugera par le fragment suivant. Proclus dit, à l’occasion de la démocratie et contre elle, que plus on sc rapproche de l'imité , plus on est pi es de ce qui est vrai et de ce (jui est bien , et que plus on tombe dans le multiple et la multitude , plus ou s'écarte de la raison. Il ajoute (i) : ’Oaôa,- cùv kxI à yevycûa'llpaxXf/ra,- ixaoupxx'fct rô T/.jjiâ:, «ç « vcvv xxi iXiytorcv riÿ yàp, yyfd, vicp y ypijv ty/xuv aiêcvp ÿmiuv te xxtJiêxcxxkav Xptiùv te èfuXuv, cjk EiJirej oti ci xeXXj/ xxkci, c>Jyci <fè iyaOci. Txütx ptèvi ‘BpdxAfiroç. Au premier coup dœil, ce passage est véritablement indécbilfrable; mais il reste si peu de chose d'Heraclite , que c’est uii devoir pour nous d'essayer de comprendre ce passage et de l’éclaircir. Kahricius , qui connaissait le commentaire sur ['Alcibiade par le manuscrit de Hambourg, en y
avait tiré cette phrase , qu’il avait insérée dans une note de son édition de Sextus Empirions ( 4 ) ; mais , ne la comprenant pas, il se contenta d’en citer le commencement : T ipyàp xjtù w, y^at -/cop t fpÿv, et la fin cri ai tîXX:/ xax:i, cléysi <fè àyxOci, mettant dans l’intervalle le signe d'une omission ou d'une lacune. Ce n'était pas un lacune qui éUjit dans le manuscrit de Hambourg , mais une portion de phrase inintelligible. Schleiermacher , qui n'avait pas le manuscrit de Hambourg, mais seulement la citation tronquée de
PROCLÜS.
Frabricius , n’a pas eu de peine à expliquer le commencement et la fin de la phrase (i). M. VVerfer a essayé de restaurer ce passade comme il suit : T<< yàp, vtfci , vosp i f ypitv Jÿfiu aiJtvi re xai <ti<fzcx&-
Xtüv xpiiûv t( cfjLt Xaj. (Juw ,inquit, meii* sive sensns in multitudine inesl verecundiœ , munsuetudinis prœceplionumt/ur et eontrn quœ verè tint pujndo utUia. La correction n’est pas heureuse. D'abord , qui ne voit que cette locution , vas; tj <ppyv <zèto£; , pour dire le sens de la pudeur , n’est jas du tout grecque ? Nsa; et fptjv sont absolus, et ne peuvent se rapporter à xitfcüi, encore bien moins à îjrisnfrswet à JiJ'xexxï.iû». Ensuite pourquoi le pluriel i}tiot irav , sinon pour rendre compte jusqu’à un certain point de ÿrisuv té? Il en est de même du pluriel <fidx<jxx>.iav. Xpeiüv té ipùXu, choses utiles au peuple, se rapportant au sous-entendu xpxy/xxruv, et non à Mxaxxi.iüv, est totalement inadmissible , sans compter que si Heraclite eût voulu dire que le peuple n’a pas le sentiment des choses qui sont utiles au peuple, il aurait répété M. Creuzcr
cite la correction de Werfer sans se prononcer d’aucune manière ni fournir aucune lumière. Il se contente de remarquer que celle pensée d'Heraclite a été imitée par Euripide ( Iphig. l’aur. 678), et d'indiquer les variantes de ses manuscrits. Voici ces variantes : au lieu de ri; yàp ç^i, le manuscrit de Hambourg et deux manuscrits de Munich donnent ri; yàp xùrüv.
(i) Muséum des Allerlh. von Butlmann., t.i", 3' cahier.
ftfct ; au lieu de ijriouv, un manuscrit de Munich ifiriuv ; au lieu de AJxsxxXiâv , un manuscrit de Munich MxjxâAu, et rien de plus. Le manuscrilde Paris donne (i): T/'( <yxp xùtwv, yi jai. vco( y v, Jij/xuy xiJtèit; ymcuv te xxi MxaxxXu Xpt'à's cpciXu, eixeiJirE(BTi... ^iJxcxxXui c/tiXu est une très-bonne leçon qui peut aider à résoudre les autres difficultés. Le point fondamental que ira pas aperçu M. Werfcr, est <|u’il faut mettre oùx eiJbrec en rapport avec ce qui précède ; et pour cela il faut trouver quelque verbe au pluriel : or ce verbe se présente à nous dans %/jfiwy te qui est peut-être là pour %/swvwti, ce qui éclaircirait déjà la phrase controversée. Quelle peut être , dit Héraclite, l’intelligence ou le bon sens de pareilles gens , Tt( fxp x-ùtüv vice i f <ppijv\ car nous regardons encore comme un point incontestable que xjtüv *é#< i f ypi;v , que donnent les manuscrits , doit subsister et former une phrase séparée ; quel peut être leur bon sens , eux qui prennent le peuple pour maître , ne voyant pas que... Ji<txoxx\u Xpuvrxi éfJXsp, oùx eiJbTEi cri. H es te Jÿpcxv xiJbü< ipnistv te xxi; mais il est probable qu'il en est du te de ijxtiuv te comme du te de xpstuv, cl qu’il est la terminaison d’un verbe passif ou moyen au présent et à la troisième personne du pluriel. C’est ce verbe qu’il faut retrouver dans xiJeüe ipeisuv te. Ht icue te est vicieux et ne peut rester. 11 y a sur ce mol une variante , elle ne sert à rien , mais elle prouve que ÿriouv te est duu-
(») Voyez l’édit, de Paris, t. ui, p. 115-116.
CHOC I l s.
aïs
teu\, ci autorise sur ce |><>int une correction un peu forte. Or , en fondant îjxibuv re avec aiViZs , on peut obtenir aiJsùvrxi, et si aiiâürrsu parait trop court pour la place matérielle des deux mots qu'il remplace , on peut y substituer xiexûi kvtm, en changeant déj/usw en fijftm. Ainsi en résumé on lirait : T/,- yàp a-J rùv. y*aî, ycop vj ; Jîjiucy xio'XÔvsvrxt km JiJxexxXu %püvrxt ipciXu cjk eiJérip on... Insensés qui prennent garde à l'opinion du peuple et prennent pour maître la multitude, ne voyant pas que le grand nombre ne vaut rien. Nous ne prétendons pas que cette correction ne laisse plus rien à désirer , mais nous la donnons ici comme préférable encore à celle de Werfer, et pour qu’elle fraye la route à une meilleure.
La seconde é|>oque de la philosophie grecque , qui va depuis Socrate jusqu'aux Alexandrins, et embrasse les cinq grandes écoles des platoniciens , des péripatéliciens , des épicuriens , des stoïciens et des sceptiques, a laissé beaucoup plus de monuments que la première, et il en devait être ainsi. En effet, c'était alors le temps où l'esprit grec , dégagé de tout élément et presque de tout contact étranger, après avoir traversé les mythes qui présidèrent et suffirent à son enfance , et les deux tendances opposées de l'empirisme ionien et de l’idéalisme dorien , les combat et les réfute l’une par l’autre , ou plutôt les combine ensemble , et , réunissant à la sévérité doricnne la liberté des Ioniens , vivifiant la première par la seconde , épurant la seconde parla première , commence dans Athènes , c’est-à-dire,