SU
non plus dans une petite ville d'une colonie obscure , mais dans la capitale même de la civilisation grecque , une philosophie véritablement grecque, une ère nouvelle qui , dans les arts de la pensée, est précisément ce qu'est celle de Phidias et de Sophocle dans les arts du dessin et de la parole. Deux hommes ont attaché leur nom à cette grande époque , deux hommes d'un génie différent mais égal ; car si Platon est supérieur à Aristote pour les idées, Aristote est supérieur à Platon pour la forme. Depuis Platon , le fondement de la philosophie et toutes les bases de son développement ultérieur sont posées ; depuis Aristote, la forme et la méthode de ses ouvrages est restée cl restera la forme nécessaire de la philosophie , pour jamais arrachée à toute autre autorité et à tout autre guide que la raison seule , l’évidence naturelle et la puissance de la vérité, libre de toute alliance étrangère. Heureusement détail impossible que ces deux grands hommes , entourés comme ils l'étaient de toutes les ressources d'une civilisation avancée , n'élevassent point des monuments assez nombreux et assez solides pour résister au moins en partie à toutes les causes de destruction. Aussi la plupart de leurs ouvrages sont-ils arrivés jusqu'à nous ; et si quelques-uns ont péri, en revanche on leur en a beaucoup attribué qui ne leur appartiennent pas. Platon et Aristote , comme auparavant Pythagore , Orphée et peutêtre Homère, ont éclipsé de leur gloire celle de leurs successeurs et imitateurs immédiats, et l’on a rapporté aux maîtres les meilleurs ouvrages sortis de leur école.
PROCI. CS.
Voilà pourquoi il n'est pas inutile de constater quels sont, aux différente âges de l'antiquité, les écrite que l'on a regardés connue appartenant ou n'appartenant pas à Platon ou à Aristote : et un «les moyens de parvenir à ce résultat est de constater d'aliord quels sont, à ces différente âges, ceux de leurs écrits qui sont mentionnés par les auteurs. Quand , par exemple , on trouve que tel ouvrage, répandu aujourd'hui sous leur nom , n'est pas cité une seule fois avant une époque assez récente , on peut tirer de ce silence, quoique avec une extrême circonspection , des inductions sur le plus ou moins d'authenticité de cet ouvrage. C'est dans cette vue que nous donnerons ici la liste des écrite de Platon cl d'Aristote que Proclus cite dans ce commentaire sur V Alcibiade . bien convaincu que de pareils relevés, quand ils seront nombreux, fourniront des données utiles à la critique moderne. Les dialogues de Plaluu que Proclus cite le plus souvent, outre YAlci- Itimlc , sont la République (t)M Timée(t),\eGorgia*( s), le Théelite (s), le Phèdre (r), le Banquet (a), le Pliédon (•)
(l)P. 21, 29, 70, 74,75,90 , 99, 110, 157, ICO, 197, 214, 218, 225, 517. — (i) P. 5, 20, 44, 51, G5, 72, 75, 74, 112, 134, 465, 202, 207, 247, 291, 522. — (s) P. 158, 220, 255, 256, 272,289, 505, 510, 525.— (4) P. 28, 42, 82, 110, 112, 155, 214 , 228 , 202 (celle citation manque dans l’index), 284.— (5) P. 26,29, 50, 50, 77, 79, 84, 117, 147, 148, 174, 227, 272, 506, 520, 528; l’index marque, 204, une citation qui manque. — (8) P. 50, 55, 46, 58, 64, 09, 72, 89, 129, 151 , 1 89, 315, 329, 350 ; l’index marque, p. 183, une citation qui manque. — (7) P. 5, 75, 174, 191, 217. —
el les Lois (»). Le Sophiste (a), le Philèbe (s), le Politique (*), le Cratyle (s), sont moins souvent mentionnés, ainsi que le Protagoras («), le Ménon(i), l' Apologielfi), le Charmide ( 9 ), le Lâchés ( to), le Theagès (u), et les Lellrc*(u). Voilà les seuls dialogues dont il soit ici question , et il est à remarquer que, dans tout ce commentaire sur l' Alcibiade , jamais ce dialogue n’est appelé le premier Alcibiade, excepté dans le titre, qui évidemment n’est pas de Proclus, et que jamais il n’est parlé d'un second .4 Icibiade, silence bien étrange si Proclus l'eût connu nu l’eût jugé de Platon. Il est encore à remarquer que jamais non plus il n'est fait mention de la seconde inscription du dialogue : y vepi àvôpûrou yûaeu <; pour la trouver, il faut descendre un siècle entier après Proclus, jusqu’à Olympiodore , sans parler de Diogène de Laërlc dont l'autorité représente, il est vrai , celle des critiques où il a dû puiser. La critique avait sans doute des arguments supérieurs , et , comme on dit, des arguments intrinsèques, pour nier l'authenticité du second Alcibiade el de la seconde inscription du premier; mais le silence absolu d’un philosophe du v c siècle, dans un commentaire spécial de Y Alcibiade, est un argument extérieur que la critique
(t) P. 3 , 59 , 97, 103, 113, 160 , 221, 293; l’index marque, p. 193, une citation qui manque. — (*) P. 210. L’index marque, p. 5-t, une citation qui manque. — (3) P. 153. — (*) P. 191. —(s) P. 22, 193. — (6) P. 233.— (7) P. 185, 329. — (s) P. 39, 79, 159. — ( 9 ) P. 160. — ( 10 ) P. 235. — («) P. 79. — (t>) P. 183.
ne peut pas non plus négliger , et que lui fournit la publication de ce commentaire , avec cette réserve toutefois que le commentaire est incomplet , cl pourrait à la rigueur, mais contre toute vraisemblance , contenir dans la partie jierdue ce qui manque dans celle qui nous a été conservée , et qui forme déjà un vol. in-8° de 340 pages. L’autorité d'Aristote est moins souvent invoquée par Proclus que celle de Platon : les seuls ouvrages cités sont les A naly tiques postérieures (i), le Traité du Ciel (<), les Morales à Nicomaque (r.), la Métaphysique ( 4 ), la Rhétorique (s), et un autre ouvrage qui peut être ou le Traité de l'Ame, ou les Catégories , ou les Topiques ( 0 ) : car il est à remarquer que, pour Aristote, les ouvrages ne sont jamais expressément désignés , et que ç'a été la lâche , toujours habilement remplie, du savant éditeur, de retrouver les écrits d'Aristote auxquels se rapportent les allusions indirectes du philosophe alexandrin ( 1 ). Les péri pale ticiens ne sont cités qu'une fois (s), ainsi que Théophraste (u). Nous ne trouvons pas non plus de renseignements importants sur les écoles inférieures, qui remplissent
(0 P. 217, 275, 338; on ne retrouve pas dans Proclus la citation des premières Analytiques indiquée dans l’index de M. Creuzer, sous lu page 35. — (ï) P. 102, et peut-être aussi dans le même endroit la Politique. — ( 3 ) P. 221. — (s) P. 108. — (3) P. 23.— ( 0 ) P. 237. — (ij’ûî 'Kptox., ü; «ïprirai uni toi/A/jiït. — (s) Voyez p. 170, t. ni de l’édition de Paris. Cette indication manque dans l'index de M. Creuzer. — ( 0 ) P. 180, t. ni, de l'édition de Paris.
lu seconde époque. Les épicuriens ne sont cités qu'une seule fois (1) ; et dans un commentaire sur un dialogue tellement empreint de stoïcisme, queM. üoëckapu, sans invraisemblance , l'attribuer à un stoïcien , nous avons trouvé tout au plus quatre ou cinq maximes stoïques déjà connues que nous ne rapporterons pas ici , mais qui eussent mérité une mention dans l'index de M. Creuzer (*). Il ne faut pas oublier qu’il est plusieurs lois question d'Anlislhènes, dont il nous reste si peu de chose; et si la première citation (s) ne nous apprend guère que ee que nous savions déjà par Athénée, l’opinion sévère du rigide Autisthènes sur l’élégant et voluptueux Alcibiade, si la seconde se rapporte au même sujet (•*), la troisième citation nous conserve une phrase entière du plus célèbre de ses ouvrages, dont le nom seul est \enu jusqu'à nous, r'HjMxAÿf(v). Mais l'importance historique de ce commentaire s'augmente quand ou arrive à la troisième époque de la philosophie ancienne.
Comme la seconde époque delà philosophie grecque est déjà le résumé et la conciliation des tentatives opposées de la première, de même la troisième n’est autre chose que l'entreprise bien autrement ditlicile de ramener à l'unité toutes les écoles , qui , parties du même tronc, de Platon cl d'Aristote, s'étaient, dans leurs
(t) P. 170 de l’édition de Paris. — (*) Edit, de Paris, l. m, p. îiO, 04, 158, 170. — ( 3 ) P. 98, Creuzer. — (*) P. 114, ibid.
( 5 ) Voyez p. 239 du t. 11 de l’édition de Paris; ce morceau précieux n’est pas dans l’index de M. Creuzer.
PR0CLIS.
ramifications et leurs développements, tellement divisées et combattues, qu’elles ne présentaient plus, vers le premier siècle de notre ère, que le spectacle d’une langueur mortelle et d’une complète dissolution. I,a base exclusive d’une des écoles particulières de la seconde époque ne sullisait plus à l’esprit humain , agrandi par le combat même et l'anarchie des anciens systèmes et par ses communications nouvelles avec l’Égypte, la Perse et ce même Orient , qui avait déjà fourni à la Grèce ses premières inspirations. Le progrès des temps, trois siècles de critique , le godt de l’érudition , la diffusion des connaissances, l’état général du monde, les conquêtes d’Alexandre et de Rome, la substitution d’Alexandrie à Athènes comme capitale de la civilisation , toutes les religions et toutes les doctrines se rencontrant perpétuellement dans ce rendezvous de tous les peuples, tout imposait à l’esprit grec la nécessité de s’élever à un point de vue universel , en restant fidèle à lui-même, c’est-à-dire aux idées de Platon et à la méthode d'Aristote. La philosophie grecque à Alexandrie, au deuxième siècle de notre ère, devait être éclectique, et elle le fut. Voilà ce qui explique en partie l’intérêt qu’elle commence à exciter dans un état du monde assez peu différent de celui qui la produisit, aujourd'hui que la philosophie moderne, jeune encore mais déjà embarrassée de ses richesses , songe moins à les augmenter qu'à s’en rendre compte, et sent le besoin d'un sage éclectisme sur la double base de l'ancien spiritualisme et de l'analyse nouvelle ;
PROCLOS.
voilà ce qui explique aussi le zèle de quelques personnes à la tète desquelles est assurément l'illustre auteur de la Symbolique , pour tirer de l'oubli et remettre en honneur les monuments de l'école d’Alexandrie, et ce qui justifiera le soin presque minutieux avec lequel nous allons rechercher dans cette publication nouvelle de M. Creuzer les moindres documents qu'elle pourra nous fournir sur la suite des philosophes alexandrins jusqu'au siècle de Proclu8.
On n’y trouve, relativement à Plolin , que trois passages (») peu importants ; mais on est bien dédommagé par une assez longue citation d'Amélius (i), qu'il faut recueillir et ajouter au petit nombre de fragments qui nous restent de ce disciple célèbre de Plotin. Il parait qu'Amélius, et nous le savions déjà par Porphyre dans la vie de son maître , s'était beaucoup occupé de la question théologique qui agitait alors tous les esprits, celle des démons. Proclus nous apprend positivement que, selon Àmélius, les démons n'étaient pas autre chose que les dieux eux-mémcs considérés comme répandus partout, opinion qui semble à Proclus une hérésie grave qu’il combat avec soin , s’efforçant de prouver, d'après les principes de l'orthodoxie païenne telle que la maintenaient les Alexandrins, qu'à la rigueur les démons ne sont* pas des dieux, mais des intermédiaires entre les dieux et le monde, les minis-
1res des dieux , soit dans la nature, soit dans l'àme humaine. Porphyre n'est ici mentionné qu'une seule ibis, mais avec cela de particulier qu'il est désigné sons le nom de l'Égyptien , ô parce qu’il
était de Tyr en Célésvrie, et nous ne nous rappelons pas que Porphyre soit ailleurs désigné de celle manière (i). Mais c'est relativement à lamblique que ce commentaire de Proclus nous fournit des renseignements curieux et complètement nouveaux. En effet , si nous ne nous trompons, il résulte de plusieurs passages qu'Iambliquc avait lui-méme composé un commentaire sur V Alcibiade, et Proclus nous a conservé de quoi nous faire une idée juste et étendue de l’ouvrage entier. Nulle part ailleurs dans l'antiquité il n'est fait mention de ce commentaire d'Iamblique , et le même auteur qui nous révèle la perte que nous avons faite , nous aide en même temps à la réparer. Nous indiquerons ici successivement les passages de Proclus qui peuvent servir à reconstruire en partie le commentaire perdu d'Iamblique.
4° L' Alcibiade (ï) étant le point de départ de toute philosophie, c’est sans doute pour cela , dit Proclus , qu lamblique le met à la tête des dix dialogues dans lesquels, selon lui, est concentrée toute la philosophie de Platon. Mais quels sont ces dix dialogues fondamentaux, quel est leur ordre, et comment contiennentils tous les autres? Cest ce que nous avons expliqué
(i)P. 73; cette citation manque dans l’index. — (!) P. tt.
ailleurs. M. Creuzer ne dit point où Proclus avait donné ces explications qu’il serait aujourd’hui si précieux de connaître , et nous avouons que nous ne savons pas plus «pie lui dans quel ouvrage de Proclus on peut les trouver. D’un autre côté, nous ne voyons, dans aucun ouvrage qui nous rsetc dlambliquc, la réduction de tous les dialogues de Platon à dix et V Alcibiade mis au premier rang. 11 n’y aurait pas là pourtant de quoi faire conclure précisément l’existence d’un commentaire perdu d’iamhlique sur Y Alcibiade, si les passages suivants ne levaient tout doute à cet égard.
2° Proclus (i), après avoir bien fixé le but del\d/c*biade , [lasse en revue les opinions les plus célèbres sur la manière de le diviser, et huit par déclarer qu’il adopte entièrement celle d’iamblique, qui divise Y Air cibiude en trois grands points, auxquels se rapporte tout le reste. Ces trois points , le but fondamental du dialogue, savoir, la connaissance de soi-uiéme, préalablement fixée , sont :
1° L’art de retrancher les erreurs de l’esprit qui s’opposent à la vraie connaissance de nous-mêmes;
2° L’art de retrancher les passions qui s'opposent à la vertu , troublent la conscience et la vue distincte de nous-mêmes ;
5° L’art de rentrer en soi , de s’élever par tous les degrés de la conscience à la contemplation de l'essence
PHOCLCS.
de l’âme, et l’art de retenir et d’épurer celte contemplation.
Tout dépend de ces trois points, qui dépendent eux-mêmes du but principal ; et c'est dans celte division vraiment philosophique que trouvent leur place les autres divisions tirées de l’ordre logique et de l'ordre oratoire.
Ce morceau , que nous avons fort abrégé, lève déjà toute difficulté , puisque lamblique est positivement cité parmi les autres commentateurs de {'Alcibiade, et qu'on nous fait connaître son opinion sur les deux points les plus importants pour un commentateur , le but du dialogue et scs divisions. Resterait à savoir quelles étaient les idées d'Iamblique sur les endroits les plus remarquables et les plus controversés de l’Afcibiade ; or on les trouve développées ou indiquées par Proclus, à mesure que l’on avance dans l’ouvrage que nous examinons.
3° Socrate appelle Alcibiade fdsde Clinias ; à cette occasion , l’roclus ne manque pas de prêter à Platon ( 1 ) les intentions mystiques des pythagoriciens, qui se servaient des appellations patronymiques dans un but moral , et il s'appuie sur l'autorité d'Iamblique. « Cette expression ( tils de Clinias), dit-il , convient « merveilleusement dans un entretien où il est ques- < lion de l’amour, comme le dit le divin lamblique ; « car l’appellation patronymique indique un amour
SM
< mâle et éloigné (le toute idée sensuelle ; dans an « ordre supérieur, tout amour se rattache au père. > Cette explication d'une expression de Y Alcibiade ne pouvait guère trouver sa place que dans un commentaire spécial sur ce dialogue.
4° I*roclu8 cite encore ( 1 ) l’opinion d'Iambliquc sur le passage célèbre de l’Alcibiade , où Socrate parle de son démon familier, et plus loin (s) sur la question générale des démons. Apres avoir exposé les objections, il rapporte et développe , d'après lamblique et d'après Syrien , trois considérations qui , selon lui , peuvent servir à les résoudre. Ce fragment est extrêmement précieux; mais son étendue, qui d ailleurs est un avantage de plus, nous force à le signaler seulementà l'attention des amis de la philosophie ancienne.
5° Enfin , sur une expression de Platon , Proelus nous donne d'abord (s) l'explication verbale et ensuite l'explication tbéologique d'Iambliquc , qu'il appelle presque toujours le divin , o 6t 7s<, parce qu’en effet c’est toujours le point de vue tbéologique qu'lamblique recherche et préfère.
Toutes ces citations, tant sur des points importants que sur d’autres qui le sont moins , établissent incontestablement que Proelus avait sous les yeux un commentaire d'Iambliquc sur V Alcibiade , qu'on pourrait presque reconstruire à l'aide des fragments qu’il nous a conservés.
PROCLÜS.
Proclus nous apprend encore qu’outre lamblique , V Alcibiade avait trouvé beaucoup d’antres commentateurs célèbres (i) ; malheureusement il ne les nomme pas.
Ces commentateurs ne s'entendaient pas assez sur le but de V Alcibiade (i).
Quelques-uns de ces anciens commentateurs, semblables en cela à beaucoup de modernes, ne voyant dans les dialogues de Platon que ce qui est à la surrace, rapportaient V Alcibiadeîi la personne même d'Alcibiade, et le considéraient exclusivement sous le point de vue de l'histoire et du drame. Proclus, en deux endroits, réfutecette opinion superficielle : « La science, dit-il (5), ne considère pas ce qui est propre à un seul individu, maisce qui est universel, et s'applique à tous les êtres. > El plus lias : « Un point de vue purement historique et dramati- « que est indigne d’un philosophe. Ici le drame et l'his-
< toire ne sont pas le but, comme l'ont pensé quelques « commentateurs, mais de simples moyens qui se rap- 1 portent au but philosophique de l'ensemble, comme
< l’ont pensé nos maîtres, et comme ailleurs nous l’a- » vous exposé nous-mêmes (t). 1 Ces maîtres doivent être lamblique et Syrien, qu’ailleurs , comme nous l'avons dit plus haut , il cite encore , sans les séparer, sur un point important de ce dialogue ; ce qui nous
(<) “AXXaix noXXüv xxl xXitxâv «fniyijTÛv Xoyot.
(S) lbid.UpoOiatii al plv âXXasol 3i iXXat «ÙTOvyiypipaariv. — ( 3 ) P. 7 - 8 . — (à) P, \S-\ 9 .’Clrittpxxi rôti iftiripoti Soxti x*B»iyip 6 et xai i* iX.Xaii /itrpia>t v-ripyrtarxi.
porterait assez à croire que Syrien aussi avait réellement commenté YAbcibiade, ou que, du moins, c'est sous les auspices et d'après les leçons de Syrien , son maître (i), «pie Proclus avait rédigé ce commentaire, comme Mariuus nous apprend que Proclus l'avait fait pour d’autres dialogues de Platon, et entre autres pour le limée (s). Quant à l’ouvrage de Proclus , auquel Proclus lui-méme nous renvoie, nous ne pouvons dire quel il est. C'est probablement un des nombreux ouvrages perdus de Proclus ; car, dans tous ceux qui nous restent , nous ne rencontrons rien tpii se rapporte à ce passage, et M. Creuzer, dans ses notes, ne nous fournil aucune lumière.
D'autres commentateurs n'avaient vu à V Alcibiade qu'un but dialectique et oratoire , comme si (3) la rhétorique et la dialectique étaient autre chose que des moyens. D'autres enfin avaient considéré YAlcibiade sous le rapport religieux et mythologique , parce qu’il y est traité du démon de Socrate et de la contemplation de l'essence divine ; mais (v) la connaissance de toute essence étrangère , que celte essence appartienne aux dieux ou qn'clle appartienne à des démons , a pour condition préalable la connaissance de l'essence de nous-mêmes , dans laquelle nous est donnée d'abord toute idée d'essence. C'est donc par lit
(t) Ibid.Tü fi/iiripu xaûrr/t/iJvi . — (*) Marinus, Pie de Proclus, édit, de M. Boissonn., p. H. — (5) P. 8. —
(4) Ibid.
que Platon doit débuter , et le vrai but de V Alcibiade est la nature humaine.
Les commentateurs ne différaient pas seulement sur le but de \'A Icibiade , ils différaient aussi sur la manière de le diviser. Proclus nous rapporte que les uns le divisaient littérairement et oratoirement d’après les catégories oratoires convenues , savoir , l’éloge , le blâme, l'exhortation, etc. : mais , dit Proclus, ces commentateurs sont à trois degrés au-dessous de la vérité (î), occupés seulement de ce qu’il y a de moins important, s'attachant aux formes et oubliant les choses. Au-dessus de ces commentateurs sont ceux qui cherchent au moins à diviser V Alcibiade selon les lois de la dialectique , et qui le résolvent en dix syllogismes , oubXoytzftc ) , c’est-à-dire en dix points logiques. Proclus énumère ces dix points , loue cette division comme bien supérieure à la division oratoire; mais il ne la met encore qu’au second rang (î), parce qu’elle n'entre pas assez profondément dans les choses et s’arrête aux formes et aux moyens. Alors il propose la division d'iamblique en trois points essentiels, auxquels peut se rapporter la division dialectique , et lui assigne le premier rang , comme étant véritablement fondée sur la nature des choses. Nous ne pouvons nous empêcher d’exprimer de nouveau nos regrets que Proclus ne nous ail pas conservé les noms des différents commentateurs dont il expose et réfute si soi-
cousis. — Hour. nue*. 95
aoo
gneusement les opinions , tant sur la division qu le but de V Alcibiade.
Si l’on cherche quelles lumières ce commentai Proclus jette sur les autres ouvrages de ce philosc nous ne trouvons guère que trois endroits qui quelque intérêt sous ce rapport. D'abord les endroits déjà cités : le premier , où il renvoie écrit dans lequel il avait dû expliquer commer effet , d'après lamblique , tous les dialogues de P pouvaient se concentrer dans des dialogues fonda taux , et quel était l’ordre véritable de ces dix logues ; le second , où il déclare avoir suffisant réfuté ailleurs le point de vue historique et dr tique. Le troisième passage est une allusion (i) autre de ses écrits, dans lequel il avait montré chaque dialogue particulier est une philosophie entière , et renferme quelque chose relatif au b quelque chose relatif à l'intelligence , quelque c relatif à l'àme , quelque chose relatif à la forme quelque chose relatif à la matière. M. Creuser n pas quel est cet écrit , et il est probable que encore un des écrits perdus de Proclus.
Enfin, sur la situation du monde à cette époqt sur le christianisme , il n'y a dans tout ce comn taire qu’une seule phrase , où Proclus avoue , une sorte de dédain amer , que la fouie déserte cienne religion par pure ignorance; car nous
sons, avec le gloasateur du manuscrit do Vatican (i), que c'est ainsi qu'il faut entendre cette phrase : Ev •yàp npi isetpévn Xpi'-'V xe pl tsù f&f a vxt ôecùi 5/xsteycvvTet ci jtûàAî?, ii àvexii-nffuaùv^v tovto ireirSvôxci.
Tels sont les documents historiques que fournit ce commentaire. En résnmé, il nous a donné plusieurs sentences chaldaïques qui ne sont point ailleurs ; plusieurs fragments orphiques déjà connus, il est vrai, mais seulement par cet ouvrage lorsqu'il était encore inédit ; une phrase nouvelle , mais fort obscure , de l’obscur Héraclile ; une autre d’Anlisihènes , une désignation de Porphyre assez peu commune ; il appuie la réputation d'apocryphes qu'avaient déjà le second Alcibiade et la seconde inscription du premier ; il nous apprend qu'il existait du temps de Proclus un commentaire d'iamblique sur Y Alcibiade , et nous en conserve un grand nombre de fragments qui suffisent pour nous mettre en possession de ce qu'il contenait de plus important ; il nous révèle l'existence probable d’un commentaire de Syrien , et l'existence certaine de beaucoup d’autre* commentaires célèbres dont Proclus ne nomme pas les auteurs , mais dont il nous rapporte les principales opinions ; enfin il met sur la trace de plusieurs ouvrages de Proclus qui ne sont pas
(i) P. 364. le manuscrit du Vatican a en marge pitatu Le manuscrit de Hambourg, donné à Hambourg par L. Holstenius, et copié sur celui du Vatican, porte, Chrislianot inleUigit, probablement de la main même d’Holstenius, d'après la glose du manuscrit de Home.
PROCIUS.
arrivés jusqu’à nous. Il nous semble qu’en voilà assez pour justifier les travaux de M. Creuzer nôtres , et placer cette publication à un rang dist parmi les diverses publications de monuments de l’antiquité qui ont été faites dans ces dei temps (î).
(i) Pour compléter oe tableau, peut-être faud) citer et discuter ici tontes les locutions nouvelles qu’i aux lexiques ce nouveau monument qui appartient e à une excellente grécité. Nous nous contenlero signaler les principales, savoir: àvtlimnof, aùrrf;
aùroSùvx/Mi , aùrotvipynTOf , ixtÇo<fa*i<iTepov , irtpoxi eciroolovn»» aùroÿâwjî , Avpatoi, /xonpinii, noAu/tcrsi etc.
OLYMPIODORE,