COMMENTAIRE SUR LE PREMIER ALCIBIADÇ
Isitia Philosophiae ac Theologiae ex plalonicis fonlibus ducla, tire Procli et Olympiodori in Platonis Alcibiadem comment arii; ex codd. manuscr. nunc primum edidit. Fricd. Creuzer. Francofurti ad Mœnum. Pars prima, 1820, pars secunda, 1821.
Les ouvrages qui nous restent d’Olympiodore sont : 1° Un commentaire sur le Phédon, dont Forster, Fischer et Wyltenbach ont inséré quelques extraits dans les notes de l'édition que chacun d'eux a donnée de ce dialogue. Sainte-Croix a essayé de le faire connaître dans le Magasin Encyclopédique de Millin , tome l° r , 3 e année. MM. Mustoxidi et Schinas en ont publié de nouveaux fragments dans leur crvXXoyï airtKJXxg/xariav ivtx&Tuv, Venise, 1817.
2° Un commentaire sur le Gorgias, encore inédit, à l’exception de l’Introduction d’environ une douzaine de pages , que Routh a publiée à la suite de son édition du Gorgias , d’après l’excellent manuscrit de la bibliothèque royale de Paris, n° 1822, collationné avec celui de la bibliothèque de Saint-Germain, n°15C.
3° Un écrit contre Slraton le Péripatéticien , qui se
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trouverait à la bibliothèque royale de Munich. Calalog. codd. Bibibliolh. rcg. Ilavar. , t. I er , p. 528.
4° Le catalogue de la bibliothèque de Leyde fait mention d’un écrit d’Olympiodore sur l’état de l'Ame, «épurée du corjis, p. 135, n° 36, et p. 396, n° 15, ainsi que d’un autre , intitulé TpsSXijfixr» eiç vov (jùjfcv.
5° Lambécius dit qu’il y a à la bibliothèque de Vienne des Prolégomènes d'Olympiodore sur toute la Philosophie de Platon. Codd. 77, n° 3.
6° Un commentaire sur le Philèbe, qui se trouve dans presque toutes les bibliothèques de l'Europe, et que M. Slalbaum a publié à la suite de son édition du Philèbe, d'après le manuscrit de Scilz, Leipzig, 1821.
7° Le catalogue des manuscrits grecs de la bibliothèque de Paris fait mention , sous le n° 2016, d'un commentaire d'Olympiodore sur le second Alcibiade.
8° Eulin, le commentaire sur le premier Alcibiade, dont M. Creuzer a donné l’édition que nous annonçons, et qui sert de base à cette dissertation.
L’abondance de manuscrits et de secours de tout genre que M. Creuzer a eus à sa disposition pour l’édition du commentaire de Proclus sur Y Alcibiade, contraste avec l’extrême disette de matériaux dont il a pu faire usage pour celle du commentaire d’OIyrnpiodore sur le même dialogue. En effet, le seul manuscrit qu'il ait eu cette fois est celui de Hambourg, donné A la bibliothèque de celte ville par Lucas Hol- 8lcnius, et copié sur le manuscrit 1106 du Vatican ; encore cet unique manuscrit est-il rempli de lacunes
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et très-défectueux. Cependant , n'en ayant aucun autre avec lequel il pût le collationner, M. Creuzer a dû le donner tel qu'il était , sauf à mettre en note scs corrections et ses conjectures. Cette réserve ne peut qu’être approuvée ; mais il y a aussi une excessive circonspection à laisser dans le texte les moindres fautes de copiste, comme le fait quelquefois M. Creuzer (i); car alors il n'y aurait pas de raison pour ne pas réduire une édition à un fac-similé. Nous avouons que de pareils scrupules nous semblent un peu superstitieux, surtout avec un écrivain tel qu'Olympiodore , et nous ne voulons pas d'autre autorité contre M. Creuzer que M. Creuzer lui-méme, qui, dans d’autres endroits, n'hésite pas à introduire ses corrections dans le texte lorsqu’elles sont parfaitement évidentes (s) . Mais nous nous hâtons d’abandonner de pareilles remarques, pour avoir le plaisir de louer sans restriction les notes savantes qui éclaircissent ou rectifient les endroits obscurs ou corrompus du texte, et dont la sobriété et la concision nous paraissent un mérite de plus. Nous regrettons de ne pouvoir offrir ici à M. Creuzer le tribut des variantes du manuscrit de Paris , qui lui eût fourni plus d'une rectification utile; mais nous sommes pressé
(<) Par exemple, p. 140, i f-h***, et dans la note scrib. Z-fivuv, et encore même page, 4 fVjvw» dans le texte, et dans la note scrib. i Zh*ta*.
(*) Comme page 87, ’AJx<€<â<lij pour 'kXxiiSrt. En vérité, si l’éditeur ne laisse pointàixtxiîr;, pourquoi laisser i fé»wv, et si 6 (ht oiv, pourquoi pas
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d’arriver à l’examen de ce qu’il peut y avoir d’impor tant pour {'histoire de la philosophie , dans cet ouvrag d’Olympiodore.
Olympiodore est si peu connu , que la plupart de historiens de la philosophie , même les plus estimé pour l’étendue et l'exactitude de leurs recherches
comme Tiedemann, Tenncmann et Rixner, font peine mention de son nom , et que des savants comm Fabricius et Lambecius disputent sur l’époque où il vécu ; et il n’en pouvait guère être autrement , puis qu’il y a quelques années aucun de scs ouvrages n’a vail vu le jour. C’est seulement depuis la publicatio récente de quelques-uns d'entre eux , qu’OIympiodor nous a fourni et sur lui-même et sur l’cpoque où il paru des données précises et certaines. On est sù aujourd'hui qu’OIympiodore appartient au vt e siècle Fabricius (t) l'avait déjà démontré contre Lambe dus (?) par celte raison décisive que , dans ce coin mentaire, Olympiodore cite Proclus et même Damas
dus , qui est incontestablement (s) du temps d Justinien. Fabricius parlait ainsi sur une premièr
étude du manuscrit de Hambourg. Un examen appro
fondi de ce même manuscrit a fourni à M. Creuzer 1 moyen de lixer avec plus de précision l’àge de ce coin mentaire d'Olympiodore. En effet, on y lit que Plato n'ayant voulu aucun salaire pour ses leçons, < ses suc
(i) Bibl. gr., ix, p. 421 , éd. Harl. — (*) L. vu, p. S sqq.; p. 113, éd. Koll.
(s) Suidas, Aa/uàaxtoç.
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« ccsscurs ont conservé cet usage, même jusqu’à cette « époque, quoiqu’il y ait déjà eu beaucoup de confist cations des biens dont les écoles étaient dotées (i). * Ceci suppose deux choses, d'abord que cette phrase a été écrite au temps où Justinien dépouillait les écoles, ensuite qu'elle a été écrite avant le temps où ce même Justinien, sous le consulat de Décius, fit fermer toutes les écoles et même l’école d’Athènes, ce qui fut le dernier coup porté à la philosophie et à la civilisation ancienne. Or, on sait positivement que le consulat de Décius est de l’année 529. On peut donc conclure avec certitude que ce commentaire sur l ’ Alcibiade a été écrit un peu avant celte époque, c’est-à-dire dans les premières années du vi e siècle. M. Creuzer prouve encore (i) surabondamment ce qu’avait déjà avancé Fabricius, savoir, que l'auteur du commentaire sur Y Alcibiade n’est point Olympiodore le péripatéticien, un des maîtres de Proclus, dont le commentaire aurait été interpolé postérieurement , comme le voulait I.ambeciu8, par un autre Olympiodore, dans les endroits qui portent un caractère de platonisme. Fabricius avait déjà remarqué qu'à ce compte presque tout ce commentaire serait interpolé, et M. Creuzer fait voir qu'en voulant détacher du tissu total les fils qui paraissent empreints d'une couleur platonicienne , on déchirerait et détruirait toute la composition. De plus,
(i) Creuz., édit., p. Ht. Zonaras, Annal., xiv, 6, p. 63, éd. Paris, Suidas, UptattU- — (*) Procm., p. i5.
sus
ce commentaire à la main, M. Creuzer démonti que, loin d’être favorable à l’école péripatéticic Olympiodore est au contraire plus que sévère e elle.
Après avoir fixé le siècle d'OIympiodore , il ei à désirer que M. Creuzer essayât de détermin patrie. C'est ce qu’il eût pu faire aisément avec phrase de ce même commentaire de laquelle il ri qu'Olympiodore était d’Alexandrie , ou du moim habitait cette ville et probablement y professait , qu’il écrivait ce commentaire sur V Alcibiade. En dans la vie de Platon , qui fait pÿ*tie de ce com taire, on lit qu' « un nommé Anatolius, récitan « Vulcain , gouverneur de la ville, ce vers de PI;
< Viens, ô Vulcain ! Platon t'appelle, parodia ai) « vers : Viens, ô Vulcain ! le phare t’appelle. > J ville, le phare indiquent très-évidemment Alexar Alexandrie était donc ou la patrie ou du moi séjour d’OIympiodore.
M. Creuzer aurait pu tirer encore de ce com taire la preuve que l’Olympiodore qui l’a compo le même qui a composé le commentaire sur le Gm mais qui le composa plus tard , après le commet sur V Alcibiade. Car on lit ici (<) : t Nous faist « mal , non pas parce que nous voulons le mal e
< mais parce que le mal nous parait le bien , et
< Platon le dit dans le Gorgias; c'est là qu’avec
(t) Proœm., p. 15. — (*) P. 59.
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< de Dieu nous comprendrons la différence de ce « qu'on veut réellement d'avec ce que l'on semble
« vouloir. » ’Evôa yvuaofieùx aùv ôeu trahit un professeur qui se propose d'expliquer le Gorgias à ses élèves. La phrase suivante est encore plus positive : « Nous avons dit que ce qu'on veut et ce qu’on t semble vouloir n'est pas la même chose , comme il « sera dit dans le Gorgias. t Le futur comme il sera dit ne peut convenir à un dialogue de Platon et suppose un commentaire à faire. El en effet , dans le commentaire inédit du G orgias, que possède la bibliothèque royale de Paris, et que l'auteur de cet article a sous les yeux, on trouve dans plusieurs leçons, et particulièrement dans la leçon 16 (i) , d’assez longs développements sur la différence de ce que l'homme veut et de ce qu’il semble vouloir.
L'ùge d'ülympiodore , sa patrie, ou du moins le lieu où il enseignait, cl le rapport certain de ce commentaire sur V Alcibiade au commentaire sur le Gorgias , déterminés et fixés par le moyen de l'ouvrage que nous annonçons , il faut maintenant faire connaître la forme de cet ouvrage, avant d'en exposer le contenu. Le commentaire d’OIympiodore a exactement la même forme que celui de Proclus ; il se compose d’une introduction sur Platon, sur sa vie , sur l'ordre et le but de ses dialogues, sur le but de V Alcibiade et scs divisions, selon les devanciers d’OIympiodore , et selon
(i) Mss. 1822, fol. 280, à verso.
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Olympiodorc lui-même. Vient ensuite un commentaire spécial et détaillé sur tous les passages de l' Alcibiade , depuis le commencement du dialogue jusqu'à la lin; car l’ouvrage d'Olympiodorc est complet et embrasse tout le dialogue de Platon , tandis que celui de Proclus s’arrête à peu près à la moitié de Y Alcibiade. Comme Proclus, Olympiodorc cite textuellement les morceaux qu'il se propose de commenter ; et dans son commentaire il commence par les remarques les plus générales cl finit par des explications verbales. La différence qui sépare ces deux commentaires est d'abord que celui d'Olympiodorc est divisé en xpi^eii, ou leçons , tandis que le commentaire de Proclus est continu ; celte division reproduit puur nous la forme même de l'enseignement d'Olympiodore , qui devait avoir consacré vingt-huit leçons à l'explication de Y Alcibiade , puisqu'il y a ici vingt-huit xpâl-eii , en y comprenant les deux dont se compose l’introduction ; et il est très-prohablc que nous avons les leçons mêmes d'Olympiodorc, rédigées par lui ou par un de ses élèves , comme l’indique le titre : e àxo fcnÿt ’OXupLxnxfûpov roi
p ayxX:u fiXecifou. Nous pensons même que nous avons la rédaction d'Olympiodore lui-mêiue ; car jamais le nom d'Olympiodore n'y est cité, tandis que , dans le commentaire sur le Pltilèbe, comme nous le verrons plus lard , la désignation du nom d'Olympiodorc , et la forme du commencement de chaque paragraphe , «ri, etc. , etc., indique un simple résumé fait par un écolier. Le commentaire inédit sur le Gorgias a la
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sot
même forme que celui dont nous rendons compte : il est divisé en leçons , cl , dans l’un comme dans l'autre , le ton général est celui d’un maitre , et même , dans l'ouvrage qui nous occupe , l'auteur parle une fois à la première personne , forme de style qu’une rédaction d'élève n'eût probablement pas conservée. Une autre différence qui est encore entre le commentaire de 1‘roclus et celui d’OIympiodore, c’est que, dans ce dernier , chaque leçon se divise plus explicitement en deux parties ; l'une générale , l'autre particulière, avec cette formule de division: raCra *-%£< if ieupia ; ce qui donne a ce commentaire la forme même d'un cahier de professeur telle qu'on ne la retrouve dans aucun autre ouvrage de la même école, de la même époque et du même auteur. Quant au style d’OIympiodore , il ne peut entrer d’aucune manière en comparaison avec celui de Proclus. L'un est constamment sain , correct , élégant même , et tout pénétré de l'imitation des auteurs attiques ; il a même encore quelque chose de l'aisance de l'ancienne langue , sans parler du caractère mâle et élevé que lui communique souvent le génie de Proclus , tandis que le style d'Olympiodore , ne recevant aucune empreinte particulière de l'esprit de ce philosophe , est tel que le temps devait l'avoir fait , incorrect dans les constructions , déjà barbare dans les expressions, et dans l'ensemble presque sans aucune trace de mouvement cl de vie. Il est vrai qu’il ne faut pas juger les cahiers d'un professeur comme un livre destiné au public et
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sot
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que l'on soigne davantage ; cependant il est impossible de ne pas reconnaître, dans celle manière lâche et décolorée , le signe de la décrépitude générale de la langue grecque au vi e siècle ; on sent que le moment n'est pas loin où la langue , ainsi que la civilisation de la Grèce, vont périr à la fois et faire place à un monde nouveau qui aura son nouveau langage comme scs destinées nouvelles. Mais en général l'époque où une littérature succombe a cela de bon encore , que l'érudition qui commente , remplaçant alors en tout genre l’originalité qui produit, rassemble , à défaut de richesses qui lui soient propres , celles des âges écoulés , et conserve ainsi une foule de choses qui, plus tard, donnent un pris singulier aux monuments de ces siècles de décadence. C’est sous ce point de vue qu'il faut envisager celui que M. Creuzer vient de tirer de la poussière des bibliothèques. Assez peu intéressant comme composition originale, il a la plus grande importance comme compilation : l'histoire de la philosophie y trouvera des documents précieux sur les différents Ages et les différents systèmes de la philosophie ancienne. Nous l’étudierons donc par ce côté, et nous interrogerons successivement , sur les trois époques dans lesquelles se divise toute la philosophie ancienne, ce commentaire d’Olympiodore comme nous avons fait précédemment celui de Proclus.
Première époque. — Quoiqu’une des idées systématiques des Alexandrins ait été de rapprocher la civilisation grecque de celle de l'Orient et particulièrement
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son
de l'Égypte, on ne peut pourtant pas les accuser d’avoir entièrement méconnu les différences qui séparent ces deux civilisations, et le caractère original que le génie grec imprima de bonne heure à tout ce qu’il emprunta de l’Orient. Sans doute il en reçut tout ; mais il modifia puissamment tout ce qu'il en reçut , le décomposa et le relit, et du même fond tira , à l'aide de formes nouvelles, un monde complètement nouveau , une société nouvelle, une religion nouvelle, des arts nouveaux, une philosophie nouvelle. Le caractère de celte grande révolution est en général d’avoir fait passer l'humanité du règne des sens à celui de l’esprit, de symboles clairs pour les yeui , obscure pour la pensée , à des explications plus ou moins vraies , mais qui du moins s’adressaient à l’intelligence. Il y a dans ce commentaire d’OIympiodore plusieurs endroits qui prouvent que cette différence ne lui avait pas échappé. Dans un passage d'autant plus intéressant, qu’à la bonté du style on pourrait soupçonner qu'il ne lui appartient pas en propre , Olympiodore , après avoir établi à la manière des Alexandrins le principe fécond de la connaissance de soi-même , et fait remonter jusqu’à Platon les idées qu’il développe, rapproche la philosophie de Platon de la sagesse religieuse et politique de la Grèce , manifestée, au cas dont il s'agit, dans l’inscription du temple de Delphes , Connait-loi loi-méme. Il ne s’arrête pas là ; les idées alexandrines identifiées avec celles de Platon et les idées philosophiques de Platon identifiées avec les croyances religieuses de la Grèce , il restait à
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identifier encore celles-ci avec les croyancesétrangèrcs, et particulièrement avec celles de l'Égypte. Olyntpiodore prétend donc que les Egyptiens plaçaient des miroirs dans les temples en lace des prêtres, pour qu'ils pussent s’y voir , c’est-à-dire se connailre euxmêmes : il prétend que les miroirs hiératiques de# Égyptiens ont le même sens au fond que l'inscription du temple d'Apollon ; et l’extrême différence , quant à la forme, de ce commun enseignement, la différence du miroir symbolique placé dans un obscur sanctuaire , à l'inscription en caractères populaires exposée aux regards et à l'intelligence de tous sur la façade extérieure du temple du dieu de la lumière, est pour Olvmpiodore une image de la profonde différence de l'esprit grec et de l’esprit égyptien . L’Égypte propose des énigmes dont le secret est réservé à quelques hommes ; la Grèce s’explique clairement, elle veut et comprendre et se faire comprendre. «L’une dit, positivement Olympio- « dore (i) , montre toujours les choses à travers l'éuigme « du symbole, l'autre à b lumière de la parole écrite. »
11 y a encore un autre passage où se décèle un sentiment vrai de l'esprit de la philosophie grecque. Ou sait que, dans V Alcibiade , lorsque Alcibiade a l’air de s’enorgueillir de ses aïeux , Socrate , en plaisantant , répond que lui aussi il a d'illustres aïeux et descend de Dédale. Les critiques modernes ont vu là une allusion au métier de sculpteur, par lequel Socrate
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sc disait de la famille de Dédale ; mais les Alexandrins n’étaient pas gens à se contenter d'nne raison aussi simple. Olyinpiodorc en donne donc une plus subtile, tout à fait arbitraire pour l'intention qu'il prête à Socrate , mais ingénieuse et très-vraie dans scs développements. Avant Dédale , les statues imitées de l'étranger étaient roides et massives , et avaient les pieds joints ensemble; Dédale le premier sépara les pieds des statues , voulant montrer par là , dit Olympiodore, que l’être représenté par ces statues n'était pas immobile , mais avait en lui la faculté de se mouvoir librement. De même Socrate apprit à la pensée de l'homme qu’elle n’était pas faite |>our rester immobile , et qu'au lieu de se laisser imposer passivement une doctrine , c’était à elle à chercher librement la vérité. Socrate est l'auteur de celte méthode , qui, au lieu d’étouffer l’esprit sous le joug d'une doctrine vraie ou fausse , mais reçue sans examen, l’accouche peu à peu et lui apprend à produire lui-même toutes les vérités. Socrate a affranchi la philosophie comme Dédale avait affranchi l’art : c'est par là , selon Olympiodore , qu’ils sont de la même famille (s).
(i) P. 151-132. Voyez aussi le morceau, p. 66-07, sur la flûte et la lyre. < I.a flûte appartient à l’Asie, à la Pbrygie où elle a été inventée pour les mystères (probablement de Bacchus); mais la lyre est grecque de sa nature, noble et généreuse. Marsyas, Phrygien, fut vaincu avec la flûte par Apollon, ayant une lyre et représentant la Grèce. » Voyez Hyginus, Fabul. 165; Boettiger, Altisch. Mut., 1.
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3nt,
Malheureusement ce commentaire est très-peu riche en fragments chaldaïqucs et orphiques. Les Chaldécns ne sont cités qu’une seule fois(i), comme ayant, dès la plus haute antiquité , divisé le monde en trois règnes, les anges, les démons et les héros. Les anges se rapportent aux dieux, les héros à l'homme, les démons sont des puissances intermédiaires. C’est ainsi que l’amour est un démon , en tant que puissance intermédiaire qui unit toutes les natures. Voici pourtant un passage qui ressemble fort à des vers chaldaîques. « Soyez persuadés qu’il est une puissance supérieure qui connaît nos moindres démarches , car il est dit avec raison :
Tout c*t plein de Dieu ; Dieu entend tout ,
A travers les roc tiers , sur b terre cl dans l'homme ,
Quelque pensée que l'homme cachc.dans son Ame,
HivT« Ssoû rtX+,pi) t nivrri Si ol tiaiv ixovxl K al Stk nsxpiui xai àxx xfhfva xai ti il' aixoü 'kvlpoi, ô, tt< xlxcuÙt* i'vi odM effet viij/ua (a).
Quant à Orphée, Olympiodore l'invoque à l'appui de Zoroastre , pour montrer leur identité, et en gé-
(i) P. 154. — (i) P. 44. Le manuscrit de Hambourg donne nixxa Si vola», qui n’a pas de sens. Moser, dans l’édition de Francfort, propose de lire jtivS’ of«v, que je n’entends guère : le manuscrit de Paris porte irâvxa Si ol. U. Creuser soupçonne que ce fragment se rapporte aux oracles sibyllins, lib. vu, p. 737, éd. Gai., et il y voit aussi quelque analogie avec un fragment orphique, p. 457, v. 20-20, éd. Hermann.
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