SIS
OLYMPIODORE.
renferme plusieurs détails qui ne sont pas dans Diogène, et qui souvent présente les mêmes choses sous un autre aspect ; il importe de signaler ici ces différences.
Diogène de Laërte fait remonter Platon jusqu'à Solon par sa mère, jusqu'à Codrus par son père. Au contraire , Olympiodore le fait venir de Solon par son père Ariston , fils d'Aristoclès , et de Codrus par sa mère Périxiouée, qui descendait de Nélée, fils de Codrus. Mais les deux historiens s'accordent pour donner un caractère merveilleux à sa naissance et à son éducation. Ni l’un ni l'autre ne veulent que le mari de Périxionée soit le véritable père de Platon ; il faut absolument que le fantôme d’Apollon prenne la place d'Ariston ; et quand l'enfant divin est né , ses parents le portent sur le mont Hymèle , le consacrent aux divinités du lieu , et les abeilles du mont Hymète entourent sou berceau et le nourrissent de leur miel. Socrate, au moment de faire la connaissance de Platon, voit en songe, assis sur son sein , un jeune cygne sans plumes qui bientôt grandit , prend des ailes , s’envole vers le ciel , et de là fait entendre une voix qui charme les dieux et les hommes. Partout des prodiges et des fables ; c’était l’esprit du temps ; cet esprit fit d’abord la tradition , et la tradition fit ensuite l'histoire. Les Alexandfins avaient d’ailleurs un but qui n'a point échappé aux critiques , et ce but ils ne l'eurent pas seulement pour Apollonius de Tyanc, mais pour Platon. Les deux historiens s'accordent aussi sur son édu-
OLYMPIODORE. SIS
cation , sa jeunesse et la première partie de sa vie jusqu'à la mort de Socrate. Le premier maître de Platon fut Denys le grainmatislc, selon Olympiodore, et non pas le grammairien, comme écrit Diogène. Ariston d’Argos fut son maître de palestre. Ce fut celui-ci qui lui donna le nom de Platon , à cause de la largeur de sa poitrine et de son front, comme on le voit par ses nombreuses statues , où il est représenté avec un front et une poitrine très-forte. D’autres veulent , ajoute Olympiodore, qu’on lui ait donné ce nom à cause du caractère large et abondant de son style , comme Théophraste, qui d'alwrd s'appelait Tyrtamos, fut appelé Théophraste, à cause du charme céleste de sa diction. Son maître de musique fut Dracon, disciple de Damon , dont il fait mention dans la République , connue de Denvs dans les Amant*. Il s'occupa aussi de peinture , cl apprit l'art de nuancer les couleurs sur lequel il dit quelque chose dans le Tintée. 11 ne négligea pas non plus de s'instruire auprès des poctes tragiques , qu’alors on appelait les précepteurs de la Grèce ; il les rechercha pour le caractère moral de leur pensée, la majesté de leur style et les sujets héroïques de leurs pièces. 11 fréquenta aussi les poètes dithyrambiques, et il y parait par le Phèdre, où respire un esprit dithyrambique , et qui passe pour le premier dialogue qu’ait fait Platon. Il fut lié avec les deux grands poètes comiques , Aristophane et Sophron , et apprit d’eux l’art de représenter chaque personnage avec le caractère qui lui est propre. Il aimait tcllc-
OLYMPIODORE.
ment ces deux auteurs, qu'à sa mort on trouva leurs ouvrages dans son lit. Il avait composé des poésies tragiques, lyriques et d'autres, qu'il brûla lorsqu'il eut fait la connaissance de Socrale
Jusqu’ici on voit que le récit d’Olympiodore s’accorde avec celui de Diogène ; mais quand viennent les voyages de Platon , les deux historiens se divisent. Selon Olympiodore , Platon n’alla d’abord en Sicile que par occasion. Socrate mort , après avoir pris quelque temps des leçons de Cratyle , disciple d’Héraclite (t) , Platon alla en Italie , où il trouva Archytas à la tête des pythagoriciens , et de là il passa en Sicile pour y étudier le phénomène de l’Etna. Ce fut pendant son séjour à Syracuse que , présenté à Denys , il eut avec lui cette conversation célèbre qu’OIympiodore et Diogène nous rapportent avec assez peu de différence. Ils s'accordent à dire qu'à la vue de la tyrannie qui opprimait la Sicile , Platon conçut des projets de réforme politique , et se permit de donner au roi des conseils et de lui teuir un langage qui le tirent chasser du pays. Quant au second voyage , son motif fut tout politique. A la mort de Denys, Dion, avec lequel Platon s'était lié intimement , conçut des espérances qui lui firent réclamer l'assistance de son ami d'Athènes. Dion ayant échoué , Platon fut accusé de haute trahi-
(t) Il est à remarquer qu’OIympiodore, qui ailleurs fait de Parménidc le maître de Platon, ne dit pas même ici que Platon prit des leçons d’Hermogène, disciple de Parinénide , comme le veut Diogène.
OLYMPIODORE.
son , livré à Pollys d'Ægine , qui faisait alors le commerce en Sicile , vendu j»ar lui , conduit à Ægiue , et là délivré par Anniccris de Cyrène. Un voit que ce récit diffère entièrement de celui de Diogène de Laérte , qui place la vente et la captivité de Platon à son premier voyage , et fait de Pollys , non pas un marchand d'Ægine , mais un général lacédémouien , chef du parti opposé à Dion. Le motif du premier voyage de Platon en Sicile avait été la science , celui du second l'espoir d'èlre utile aux hommes; celui du troisième ne fut pas moins noble , selon Olympiodore : ce fut l'amitié. Platon retourna en Sicile pour délivrer Dion , que Denys avait dépouillé de ses biens et mis en prison, et qu'il ne voulait délivrer qu'à condition que Platon reviendrait en Sicile. Pour sauver son ami , Platon n'hésita pas à entreprendre ce troisième voyage. Olyrnpiodorc fait aussi mention , comme Diogène de Laërle, d’un voyage de Platon en Égypte, où il s'instruisit auprès des prêtres, et apprit la science hiératique de l’Égypte. Il voulait aller jusqu'en Perse pour visiter les mages ; mais la guerre des Grecs et des Perses ne lui ayant pas permis d'accomplir son dessein , il alla en Phénicie , où il rencontra des mages qui lui enseignèrent tout ce qu’ils savaient; et voilà pourquoi, dans le Timée , il paraît si fort au fait de tout ce qui concerne l’art de faire des sacrifices , d’adorer et de consulter les dieux. Olympiodore ajoute que ces excursions de Platon en Égypte et en Phénicie curent lieu avant ses voyages en Sicile , et il avoue avec candeur que, dans
dlthpiodore.
r. ii.
sa relation , il aurait dû les placer auparavant. C’est à une saine critique à apprécier et à réduire ce récit.
Au retour de toutes ces courses aventureuses , Platon se fixa à Athènes et y fonda une école. Ses succès furent immenses. 11 attirail à ses leçons, non-seulemenl les hommes , mais les femmes , desquelles il exigeait , dit Olympiodore , qu’elles prissent des habits d'homme pour entrer dans son auditoire. Son commerce était si aimable , qu’il séduisit jusqu’à Timon le Misanthrope ; et il ne faut pas croire que, dans la conviction profonde qu’il avait de la vérité de sa philosophie , il ail négligé ce qui pouvait la faire mieux accueillir : il connut parfaitement l’esprit de son temps et s’y conforma. Quoique pythagoricien pour le fond des idées, il se garda bien de convertir l’académie en une société secrète; il rejeta, dit Olympiodore , le serment solennel , les portes fermées , 1’«i/t 4$ r tpx, en un mot le principe de l'autorité sur lequel reposait l'institut de Pythagore. 11 avait voué un culte à la mémoire de Socrate ; mais il n'imita pas sa conduite, cl s'abstint d’irriter comme lui la vanité athénienne par ses railleries, et de passer sa vie sur la place publique et dans les boutiques à attirer les jeunes gens. Ajoutez à ceci ce qu’Olympiodore rapporte ailleurs , que Platon le premier enseigna gratuitement.
On suppose bien qu'un Alexandrin ne laissera pas Platon mourir sans quelque miracle : aussi Olympiodorc lui donne, à son lit de mort, un songe prophétique, où il se croit changé en cygne, volant d’arbre
OLY’MPIODOnE.
SU
en arbre d’un vol si rapide , que les oiseleurs qui voulaient l'attraper ne pouvaient le faire. Il parait pourtant que l'invention du songe n'est pas alcxandrine, et qu'elle remonte jusqu'au temps de Platon , puisque , au rapport d'Olympiodore , Simmias le Socratique, dans un ouvrage qui n'est pas venu jusqu'à nous, en donnait cette explication : les oiseleurs sont ici les interprètes, qui lâchent de saisir la pensée des anciens,
• et qui , malgré tous leurs efforts, ne peuvent atteindre
i celle de Platon.
I Olympiodore termine par un jugement général sui-
tes dialogues de Platon , bien supérieur à tous les juge-
• racnls de Diogène de Laërte. Selon lui , nul point de vue exclusif ne donne le secret de la philosophie de
i Platon. Platon , comme Homère , a envisagé le monde
80 us toutes ses faces; c'est donc aussi sous toutes les i faces qu’il faut envisager ces deux âmes, qu'Olympio-
k dore appelle jrxvxp/jùvioi , des âmes en harmo-
k nie avec tout , afin de les embrasser tout entières.
t 11 veut donc qu’on n’étudie exclusivement Platon, ni
| comme physicien, ni comme moraliste, ni comme
i théologien , mais comme tout cela à la fois. A la mort
; de Platon les Athéniens lui firent de magnifiques funé-
k railles, et écrivirent sur son tombeau ces deux vers :
Apollon a donné au momie Eaeulape et Platon ; i L’un pour l’âme , l’autre pour le corps.
t Nous ne croyons pas que ces vers existent ailleurs
t clans l'antiquité.
Quant à la philosophie de Platon , Olympiodore la croit renfermée dans quatre dialogues, savoir, le- Timée, la République, le Phèdre et le Thèélèle, qui peuvent être considérés comme les types de tous les autres (i). Nous avons vu qu’OIympiodore cite souvent le Gorgias en faisant quelquefois allusion à son propre commentaire. Il est à remarquer qu’il ne cite pas même une seule fois le Philèbe , qu’il avait pourtant commenté , et qu’à l’occasion du Phédon il ne fasse aucune mention du long et savant commentaire qu'il en a laissé. Ni les Lois, ni le Lâchés, ni le Menon, ni le Politique , ni I e, Protagoras, ni les Lettres, ni le Théagès, ne sont mentionnés. Les dialogues cités le plus souvent sont le Timée, le Thèélèle, le Sophiste, la République avec l’inscription, ÿ repi Jotaîcu; le Charmide avec l'inscription, y repi cufpooûvyt, l’.lpologie, le Banquet, le Phèdre. Nous avons vu que Proclus ne cite jamais l’inscription de V Alcibiade, repl ivôpûxo y fLitreuf ; on la trouve ici , et c’est de là qu'elle sera passée dans les manuscrits de Platon , comme le conjecturent les éditeurs de Deux-Ponts et avec eux Butlmann. On trouve encore ici la distinction d'un grand et d'un petit Alcibiade, ainsi que d'un grand et d’un petit Hippias (i) ; mais il ne faut pas oublier que nous sommes déjà au vi c siècle.
Ce commentaire nous apprend que , bien qu’appartenant à une école électique, Olympiodore a beaucoup
OLYMPIODORE. 319
pl us étudié Platon qu'Aristote , et qu'il n'est pas même
toujours juste envers ce dernier ; car il le cite assez rarement, ne l’entend pas très-profondément, et le critique avec sévérité. Après l'avoir appelé Jai/uvm (i) avec toute l’école d'Alexandrie, il donne (s) à cette expression une interprétation mystique qui ne lui laisse plus que le sens de pénétrant et rabaisse un peu le mérite supérieur d'Aristote. Ailleurs (s) il dit : < Si Aristote ou un autre philosophe purement dialecticien, ipiarbuç... » Ailleurs encore il l’accuse (*) de faire de l'individu une collection, et une collection d'accidents; il lui fait une seconde fois le même reproche (s); il oppose (e) le principe de Platon qui met le bien à la tête de toutes choses, même au-dessus de l'intelligence , au principe d'Aristote , qui met l'intelligence avant tout et au-dessus de tout : différence en laquelle se manifestent le caractère éminemment scientifique de la philosophie d'Aristote et le caractère éminemment moral de celle de Platon. Mais c'est plutôt une différence qu’une opposition , comme nous le verrions sans doute , si nous avions le livre perdu d'Aristote (7) où l'illustre élève avait consigné l'opinion de son maître sur le bien comme principe de toutes choses , opinion dont Platon ne faisait pas un mystère, mais qu'il n’avait pu développer suffisamment dans ses dialogues, à
(I) P. 122. — (i) P. 218. — (s) P. 62. — (4) P. 204. — (6) P. 210. — (a) P. 45. — ( 7 ) Voyez l’excellent écrit de M. Krandis, De perdilis Arûtol. librii. Bonn. 1822.
0LVMPI0D0RE.
cause de leur forme négative, peu favorable à une exposition régulière, et qu'il expliquait oralement, d'une manière plus positive et plus dogmatique, à ses disciples les plus distingués , Spcusippe , Iléraclide , Ilcsliée et Aristote. A propos des livres perdus d’Aristote, Olympiodore en cite un dont Diogène de Laërtc (i) et Télés dans Slobée ( 2 ) nous avaient conservé le titre, savoir , rà TIpo rperrixov. Ici , avec le titre de l’ouvrage , 01yni|)iodore nous en rapporte une phrase entière d'un sens profond et bien digne de son auteur. De quelque manière qu'on s’y prenne, dit Aristote, on n’échappe point è un système et à la philosophie; car, ou l’on croit qu’il faut rejeter tout système, ou on ne le croit pas. Croit-on qu’il faut adopter un système ? nous voilà nécessairement philosophes : croit-on qu'il ne faut adopter aucun système ? cela même est encore un système, une philosophie qu’il faut adopter; on a donc toujours une philosophie et un système. Etre réov, rpi'Xtxjc^ricv, ffrf /uij fiXotrofijTéov, fiXoac<py?éov, xivrui tfè 'pt\ooo<pv{lécv ( 3 ).
L’étendue des détails que nous avons tirés d'OIympiodore sur Platon et sur Aristote, nous force de nous contenter d'indiquer seulement les autres philosophes de la seconde époque cités dans ce commentaire : ce sont les Stoïciens et Épiclète ( 1 ), Arislippe (s), Archimède ( 0 ), Antislhèncs (i). D'ailleurs ces citations
(i) V. 22, et l’anonyme dans Ménage, v. 53. — (s) Floril. Serm., 96, éd. Gaisf., t. ur, p. 220. — ( 5 ) P. 144. — U) P. 101.— (b) P. 136 et 140. — ( 0 ) P. 191.— ( 7 ) P. 28.
OLYMPIOOORE.
ont peu d'inlcrél , et ne nous apprennent rien de nouveau , pas plus que les citations des autres écrivains non philosophiques , tels que Xénophon , Thucydide, Déinoslhènc, Eschine, Eschyle , Euripide , Hérodote, Hippocrate , Isocrate , Pindare, etc. , qui sont mentionnés fréquemment , et nous nous hâtons de passer aux documents que fournil Olympiodorc sur la troisième et dernière époque de la philosophie ancienne.
Troisième époque . — On pourrait s’étonner qu'OIympiodorc , dans ses différents ouvrages , n'invoque pas plus souvent l'autorité du fondateur de l'école d'Alexandrie. Plolin n'est ici cité qu'une seule fois , comme dans le commentaire du Philibe; dans celui du Gorgias , que nous avons sous les yeux , il ue l'est guère ' ■ plus de trois ou quatre fois , cl encore d'une manière
insignifiante. Pour Porphyre , il n'est pas même mentionné ici une seule fois ; mais en revanche , ce commentaire nous révèle l'existence de plusieurs commentaires perdus sur le premier Alcibiade. Olympiodorc continue ce que nous savions déjà par Proclus , qu'il y avait eu un grand nombre de commentateurs de ce dialogue. Proclus ne nomme qu'Iamblique ; mais ! Olympiodorc nous fournit des lumières plus précises. Il cite en effet (i), sur un point assez délicat , l'opinion de Démocrite , probablement de ce Démocrite dont Porphyre fait mention dans la Vie de Plotin , ainsi que Ruhnkcn , dans sa dissertation sur Longin , cap. iv.
(i) P. 105 et 106.
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OLYMPIODORE.
Démocrite voulait que celte expression si souvent répétée dans le dialogue de Platon, eu A éyci<, fut, dans un endroit, rapportée à Socrate , tandis qu’un autre interprète auquel Olvmpiodore donne la préférence , Damascius, la met dans la bouche d'Alcibiade. On trouve aussi (i) une citation d'Ilarpocration qui semble indiquer un commentaire régulier et complet, t Harpoi cration , dit Olympiodore , arrivé en cet endroit , c entre profondément dans le sens de Platon, et « prouve , par des arguments irrésistibles , que l’a- « mour de Socrate pour Alcibiade est un amour su- « blimc et non un amour vulgaire. > Proclus nous avait démontré incontestablement l'existence d'un commentaire perdu d’iamblique sur 1 e premier Alcibiade; Olympiodore cite plusieurs fois ce commentaire , quelquefois même en opposition avec celui de Proclus ; les -citations d'OIympiodore sont assez étendues et ajoutent des fragments précieux d'iainblique à ceux que Proclus nous avait déjà conservés (a). Olympiodore nous apprend encore l'existence d’un commentaire d’iamblique sur le Tintée, qui a péri avec tant d'autres ouvrages de ce philosophe. Iamblique, dit-il dans son commentaire sur le Timée, lui donne pour inscription : le gouvernement de Jupiter : Jidxal 4 'l£ftÛu%o« Cxc/x-sy- /ult%uv <h£\oycv èxiypcupev ci; rijv Jtffujyopieot rcü A iô(.
Tels sont les commentaires alexandrins du iu c et
(t) P. 48 et 49. — (a) Voyez la p. 1 10 et surtout les p. 59 et 60.
OLYUPIODORE .
SSX
du iv® siècle sur le premier Alcibiade qu'OIympiodore nous fait connaître. Il fait plus , et rétablit presque un à un les anneaux rompus de la cliaine des commentateurs qui , depuis Démocrite, contemporain de Plolin et de Porphyre , jusqu’au commencement du vi e siècle, s'étaient occupés de Y Alcibiade. Un des anneaux les plus précieux, mais aussi les plus endommagés, de celte chaiue , est le commentaire de Proclus au v® siècle ; ce qui nous en reste ne va guère au delà de la première moitié du dialogue, et l'on ne savait si Proclus s'était arrêté là , ou s'il fallait mettre sur le compte du temps la perle de la dernière moitié de son commentaire. Mous sommes certains aujourd'hui que le commentaire de Proclus embrassait tout le dialogue de Platon. Olympiodore l'atteste ; il l'avait sous les yeux tout entier , et il cite de la moitié perdue de nombreux et importants fragments, que M. Creuzer et moi eussions bien fait de tirer d'OIympiodore pour les ajouter à notre édition , en essayant de rétablir, ce qui n'eùl pas été très-difficile , l'ordre véritable qu'occupaient ces dillérents morceaux dans l'ouvrage original. Du moins nous indiquerons ici tous les passages d'OIympiodore où ces fragments se rencontrent indépendamment des pages 5 et 9, où il est question de l'opinion de Proclus sur le but de V Alcibiade , les pages 75, 81, 95, 109, 110, 126, 127, 135, 203, 204, 209, 210, 217, 222, se rapportent à la partie perdue du commentaire de Proclus.
Mous ne quitterons pas Proclus sans en citer encore
OLYMPIODORE.
un fragment poétique que nous devons à cet ouvrage d’Olympiodore ; c’est le vers suivant :
Les pères ont transmis aux enfants ce qu'ils ont vu.
'Oîff 5 etSoÿ rexéeeratv tÿij /*{(&* ro r oxvjef.
Or , ce vers n’est ni dans les quatre hymnes depuis longtemps connus et publiés, ni dans les deux hymnes po8iérieurcment découverts; il nous prouve donc que Proclus avait fait d’autres hymnes, ou perdus, ou encore cachés dans quelque bibliothèque, au milieu des hymnes d’Orphée ou de Callimaque. Puisque ce vers démontre l’existence de poésies inconnues de Proclus , on est moins embarrassé pour savoir à qui rapporter cet autre vers d’un hymne à la lune, cité par Olympiodore sans désignation d’auteur :
En augmentant, tu augmentes tout; en diminuant, tu diminues tout.
ACsî*î aûfo/iiwj, yu(vû$ou?a Si Trâvra x a ^ 7rTfc $»
Ce vers ne se trouve pas dans l’hymne d’Orphée à la lune que nous possédons ; et M. Creuzer ne craint pas de le rapporter à quelque hymne perdu ou inédit de Proclus ou de Denys. Mais Denys n’est jamais cité par Olympiodore, tandis que celui-ci a déjà cité, comme nous venons de le voir , un vers de Proclus jusqu’ici inconnu , et qui semble lyrique ; il serait donc mieux peut-être de suivre cette indication et de rapporter aussi à Proclus ce nouveau vers d’un bymne à la lune.
Entre Proclus et Olympiodore, l’antiquité ne nous
OLYUPIODORE.
indiquait jusqu'ici aucun commentateur de YAcibiade et tant de commentaires de diiïércnls siècles semblaient avoir épuisé les explications. Cependant Olympiodore nous apprend qu'un des élèves les plus illustres de l'école d'Athènes, Damascius, avait aussi composé un long et savant commentaire sur ce dialogue de Platon. Rien ne pouvait mettre les critiques sur la trace de cet ouvrage avant la publication de celui d’OIympiodore. Les extraits que nous a conservés Photius de la Vie d'Isidore par Damascius, ne contiennent aucune allusion à un commentaire de ce dernier sur Y Aidbiade. I.es fragments ou plutôt les suppléments sur le Parménide, que nous venons de publier (i), s'ils sont de Damascius , ce qui est fort douteux , ne fournissent aucune lumière sur ce point ; et le grand ouvrage xt pl ipx,uv, récemment publié ( 9 ) , ne nous a paru , à une lecture, il est vrai , assez rapide , rien offrir qui pût donner quelque soupçon à cet égard. Le commentaire d’OIympiodorc est donc le seul ouvrage de l'antiquité qui nous fasse cette révélation importante ; et non-seulement il nous apprend qu'Olympiodorc avait sous les yeux un commentaire perdu de Damascius sur V Alcibiade, mais il cite perpétuellement ce commentaire , et avec tant d’étendue qu'il serait encore
(0 Procl. Optra inédit a , t. vi : conlinens texlum el septimum librum commentant in Parmenidem, cum supplément o Damasciano. Paris, 1827.
(S) Aacjuaaxfou \mtoxoo àneptai xat Xuoti} ni pi rûv np. étpxav. Edidit Kopp, Francf. ad Mœn. 1826.
cousis. — souv raies.
OLVMPI0D0RE.
plus facile de reconRlruire «ur ces indications l'ouvrage de Damascius que celui d’Iamblique d’après les indications de Proclus et d’Olympiodorc. h' Alcibiade ne soulève aucune question philosophique ou mythologique sur laquelle Olympiodore ne rapporte l’opinion de Damascius , souvent différente de celle de Proclus, et il conclut presque toujours en faveur du premier. Et , en effet , on conçoit que Damascius , riche de toutes les lumières des commentaires de Démocrite, d’Harpocration , d'iamblique et de Proclus, avait pu éclairer jusqu’aux dernières profondeurs du dialogue de Platon , et surpasser chacun de scs devanciers en les mettant tous à contribution. C’est a regret que nous nous abstenons de citer ici les fragments de Damascius conservés par Olympiodore , cl de donner par là quelque idée d’un écrivain célèbre sur lequel il n’y a pas encore une seule ligne écrite en français. Du moins nous signalons les pages 4, 5, 9, 91 , 95, 105, 409, 12G , 135 ,205, 204 , 209, 222 .
On conçoit que ce commentaire d’Olympiodorc , venu après tant d’autres, ne peut guère être qu’une compilation bien faite; et cela même, tout en retranchant du mérite personnel d'Olympiodore , ajoute infiniment pour nous à l'importance et à l’utilité de son ouvrage : car on peut le regarder comme le dernier mot de toute la philosophie d’Alexandrie sur un dialogue que la critique moderne a voulu enlever à Platon, par de bonnes raisons peut-être , mais qui cependant a été l’objet constant des méditations et des comnien-
u litizet
OLYMPIOOORE.
laires de tous les philosophes alexandrins de siècle en siècle sans interruption , depuis le n® jusqu'au vi e , depuis Tlirasile , que cite Diogène de Laërte , jusqu'à Olyiupiodore.
En finissant cet article, nous ne récapitulerons point les faits intéressants , les fragments précieux , les données nouvelles de tout genre que ce commentaire d'OIympiodore ajoute à tous ceux que nous avons déjà recueillis dans le commentaire de Proclus. Nous nous contenterons de rappeler que , sous ce rapport , l’un u'csi assurément pas moins riche et moins important que l’autre.
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