‹ Nouveaux fragments philosophiquesChapitre 44 sur 50 · LEÇON 46», FOL. 72 VERSO — 74 VERSO · texte numérisé non relu

LEÇON 46», FOL. 72 VERSO — 74 VERSO

Puisque Platon raconte un mythe, cherchons 1° ce qui porta les anciens à l'invention des mythes; 2" quelle

OLt'MPIODORE.

est la différence entre les mythes philosophiques cl les mythes poétiques; 3" quel est le but de celui du Gorgias.

4° Les mythes se rapportent d'un côté à la nature , de l'autre à notre âme.

Le mythe est fondé sur la nature : les choses invisibles sc concluent des choses visibles ; les incorporelles , des corporelles. Nous voyons les corps soumisâ des lois, et nous concevons qu'une puissance incorporelle y préside. Nous voyons que maintenant notre corps sc meut, et ensuite , après la mort , qu'il ne se meut plus ; nous comprenons par là qu'une puissance incorporelle était la cause de scs mouvements. Ainsi nous sommes conduits par les choses visibles et corporelles aux choses invisibles cl incorporelles. Or les mythes ont été inventés pour que nous allions de ce qui est apparent à ce qui est obscur. Quand on nous parle, par exemple, des adultères, de la captivité , des blessures des dieux, de la mutilation d'Uranus, etc., nous ne devons point nous arrêter à ces dehors , mais pénétrer jusqu'à la vérité qu'ils enveloppent.

Les mythes sc rapportent aussi à notre âme. Dans notre enfance , nous vivons selon l'imagination ; et l'imagination se prend aux formes. L'emploi des mythes est destiné à satisfaire cette faculté. Le mythe n'est autre chose qu'une fiction qui représente la vérité. Si donc le mythe est l'image de la vérité , et si l'àmc est l'image de ce qui est au-dessus d'elle dans l'ordre des êtres , c’est avec raison que l’àme aime les mythes ; c'est l’image qui appelle l'image.

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f. Quelle est la différence entre les mythes philosophiques et les mythes poétiques ?

Les uns et les autres sont réciproquement inférieurs sous un rapport, et supérieurs sous un autre. Le mythe poétique est supérieur en ce qu’on est comme forcé d écarter 1 enveloppe pour pénétrer jusqu a la vérité qu il contient : son absurdité empêche qu'on s’arrête a ce qu, est apparent, et oblige à chercher la vérité cite. D autre pan il est inférieur en ce qu’à la rigueur 1 homme simple qui ne regarderait que l’appai tnte , et ne chercherait pas ce qui est caché au fond du mythe, pourrait être induit en erreur; le mythe poétique peut tromper une âme sans expérience. Aussi V a - t -' 1 Lanm Homère de sa République, à cause c cette sorte de mythes. Les jeunes gens , dit-il , ne peuvent entendre sainement de telles fables : car les jeunes gens ne savent point distinguer ce qui est allégorique de ce qui ne l’est pas, et ce qu’ils ont une ois mis dans leur mémoire est ineffaçable. Platon veut donc qu on leur enseigne d’autres mythes. Dans les niy thés philosophiques, au contraire, même en s’ari étant aux apparences , l’esprit n’éprouve rien de tres- , dieux. En effet, ces mythes supposent sous la terre des suppl, ces, des Heures , etc. En admettant la lettre

nnJn T,' 1 *’ T nC t0 ' Ube P 0 * 01 <lans une erreur u ble. Mais I infériorité de ces mythes consiste en

ce que I on se contente souvent de leurs dehors , parce

Li "! T 1 ^ absUr(le8 ’ cl ( l u ’ on cherche pas toujours le vrai sens.

OLVMPIODORE.

Telle* sont le* différence* de* mythe*. On le* emploie encore pour ne pa* divulguer ce qui ne pourrait être

compris. Comme dans le* cérémonies religieuses on voile le* instruments sacré* et les choses mystérieuses; afin de les dérober aux regards des hommes indignes, ainsi les mythes enveloppent la doctrine, afin qu'elle ne soit pas livrée au premier venu. Eu outre, les mythes philosophiques se rapportent aux trois puissances de l’àme. Si nous étions une pure intelligence sans imagination , l'esprit , uniquement occupé des choses intelligibles, n'aurait pas besoin de mythes. Si , au contraire , nous étions tout à fait privés d'intelligence, si notre vie était toute livrée à l'imagination , sans rien chercher au delà (t) , les mythes suffiraient à tous nos besoins ; mais nous avons en nous l'intelligence , l’opinion , l'imagination. Voulezvous vous conduire d'après l'intelligence? Vous avez la voie de la démonstration. D’après l'opinion ? Vous avez celle du témoignage. Par l'imagination ? Vous avez les mythes. Ainsi tous les besoins sont satisfaits.

3° Quel est le but du mythe du Gorgias?

Comme il faut avoir devant les yeux le monde , c’est-à-dire l’ordre et non le désordre , de même il faut penser, non pas aux juges particuliers de cette vie . mais aux juges universels qui jugent l'àmc après sa sortie du corps, et traitent chacun selon son mérite. I.a rhétorique nous défend devant les tribunaux

(l) T«ût>iv /xovov npoio^t îxo*Tt{.

OLYUPIODOHE.

humains , mais devant, le tribunal des juges universels, celui qui a bien vécu gagnera sa cause , et la rhétorique est inutile, car ils sont incorruptibles. Telle est l'intention immédiate du mythe du Gorgias.

Platon rapporte des mythes en plusieurs endroits. On en trouve un dans le Politique , savoir, que jadis , dans l’âge d’or, le mouvement des corps célestes n’était pas tel qu'il est aujourd'hui ; que celui des planètes était contraire à celui des étoiles tixes; qu'il n'y avait ni été ni hiver. 11 y a un mythe sur l'amour dans le Banquet; il y en a un dans la République ; un dans le Pliédon ; un autre plus haut, dans le Gorgias; cntin celui qui nous occupe.

Tout mythe ne se rapporte pas à l’autre vie et ne s’appelle pas ve xjix ; ou n’appelle ainsi que les mythes où il s’agit spécialement des destinées de l’âme. Celui du Politique n’est pas de ce genre : il parle seulement des corps célestes. Celui du Banquet n’en est jws non plus. Trois seulement se rangent sous ce titre ; celui de la République, car le mythe de la République traite des âmes ; celui du Phédon et celui du Gorgias. Dans le Phédon , Platon parle des lieux où se subissent les châtiments ; dans la République , des âmes qui sont jugées ; ici, des juges eux-mêmes. Mais, puisqu’il y a dans Platon trois mythes sur l’autre vie , pourquoi Iambliquc , dans l’une de ses Lettres , n’en cile-l-il que deux , celui du Phédon et celui de la République ? Peut-être celui à qui est adressée la lettre ne l’avail-il consulté que sur ces deux derniers; car un si grand philosophe ne pouvait ignorer le mythe du Gorgias.

OI.VMPIODOIlE.

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