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«aient les textes, comme Barbazan et Méon, ils les transcrivaient et les imprimaient avec une véritable iocurie qui se trahissait à toutes les pages : il semblait que c'était chose sous-entendue et convenue d'avance qu'on n'avait à faire ici qu'à des patois informes où les règles n'existaient pas, et où il fallait deviner les choses spirituelles à travers un fatras de mots qui pouvaient se prendre les uns pour les autres presque indifféremment. Raynouard, de nos jours, fut le premier qui signala une règle, -7- quelques règles grammaticales dans notre vieil idiome, et qui donna à penser que les bons auteurs de ce vieux temps, ceux des douzième et treizième siècles, n'écrivaient pas tout à fait au hasard. Les règles qu'il indiqua, et que je ne puis ici expliquer avec détail, étaient un vestige des cas de la déclinaison latine et constituaient une sorte d'étape ou de station intermédiaire entre l'ancienne langue classique et le français moderne. Ce service rendu par Raynouard, quand il fit remarquer cette particularité caractéristique, fut plus grand que lui-même ne le soupçonna.
On continua, depuis lui, à fouiller notre Moyen-Age, à l'exhumer sur tous les points, à publier sans relâche des textes : chacun sait les obligations qu'on a à M* Paulin Paris, à M. Francisque Michel et à tant d'autres laborieux émules j l'École des Chartes fut une pépinière féconde. Cependant Fauriel < M. Ampère ♦ M. Gustave Fallot^ enlevé trop tôt^ plus tard M. de Chevallet, enlevé de même, essayaient d'apporter quelque ordre dans l'idée qu'on devait se faire des origines et de la formation de notre langue et des langues mo^
dernes. A l'étranger, des philologues distingués, M. d*0rell, de Zurich; M. Diez, de Bonn; M. Fuchs, M. Biirguy (un Français de Berlin), s'appliquèrent à ces mêmes questions et à débrouiller le problème des origines. Ces travaux si voisins, et qui nous intéressaient de si près, étaient généralement inconnus parmi nous; chacun suivait sa voie de routine sans profiter des efforts d'autrui et sans être informé des résultats obtenus ailleurs. M. Édélestand du Méril, seul en France, était parfaitement au courant ; mais il Tétait au point de paraître un homme d'Outre-Rhin lui-même. C'est alors que M. Littré intervint, et du moment qu'il eut l'œil sur ces matières, il les démêla, il les traita de manière à les éclaircir pour tous.
Il se rendit compte d'abord avec une parfaite exactitude de tous les systèmes des philologues allemands; il les exposa dans notre Journal des Savants avec analyse et discussion, dans une suite d'articles aujourd'hui recueillis, et dont quelques-uns en leur genre sont admirables. Le pont désormais était jeté et établi. Il profitait en même temps de chaque système, et il le perfectionnait en l'important; il corrigeait l'un par l'autre. Il faisait la part des observations et des hypothèses. Comment avait-on cessé, à un certain moment, déparier l'ancien latin dans les pays de domination romaine et dans la Gaule en particulier? Comment le bas latin, le latin des paysans et du peuple, de plus en plus mal parlé et estropié, mélangé et trituré avec d'anciens idiomes locaux préexistants ou des jargons d'invasion nouvelle, était-il devenu peu à peu, ici le français, ià
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l'espagnol ou le catalan, là Titalien? Gomment de ce mélange si confus, de ce broiement en tous sens, de cet amalgame d'apparence si incohérente, était-il sorti en ces divers lieux, et avec des différences tranchées, des produits congénères pourtant et marqués^'de certains traits de commune ressemblance? Quelle était la part des accidents, quelle était l'action intime, sourde et fondamentale, de certaines lois? Tout avait-il été perte dans cette transformation? n'y avait-il pas eu aussi du profit et du gain, du moins en perspective, pour faction plus libre de la pensée et le procédé de plus en p)us analytique de l'esprit? Je pose en termes bien vagues tous ces problèmes que M. Littré précise, serre de près, et qu'il s'est accoutumé à traiter comme ferait un chimiste pour des combinaisons délicates de substances.
Un fait piquant et très-essentiel, dont M. Diez avait brt tiré parti et signalé déjà l'importance, est devenu lûx mains de M. Littré un instrument presque infailible pour la plupart des cas d'étymologie : c'est la loi le Y accent. Les Latins ne prononçaient pas toutes les syllabes d'un mot; les peuples du Midi chantent et ne 3arlent pas. Un mot latin n'était donc pas prononcé X)mme il est écrit. Or, quand vint la décadence, quand )n ne sut plus ni lire ni écrire, il en résulta que les mots ne purent se conserver et se transmettre dans leur entier; ils se brisèrent, ils se contractèrent et se croquèrent en quelque sorte, et il ne subsista de solide que la syllabe qui s'accentuait et qui fut comme la pointe de rocher de chaque mot: c'est à cette pointe V. \4
seule qu'on se raccrochait comme on pouvait : le reste des syllabes s'en alla à vau-l'eau comme une terre molle dans une inondation. Ce fait essentiel, bien compris et bien appliqué , devient une clef pour l'étymologie et^sert de fil conducteur pu de sauvetage dans le naufrage des mots de l'ancien latin, au moment où ils passèrent au roman ou vieux français. Je ne puis ici qu'indiquer bien légèrement ces choses.
Elles sont résumées par M. Littré dans les Introclmtiom qui précèdent son Dictionnaire et ses Étvdes sur la langue. C'est en lisant ces morceaux de forte et savante structure et dont rien ne donnait l'idée avant lui, qu'on aperçoit aisément, pour peu qu'on soit au fait de ces questions, quel pas M. Littré leur a fait faire, et combien il est vrai de dire qu'il a organisé véritablement che^^ nous cette étude du français à tous les âges.