V. il
Et le cordon d'or à Pontoise (l);
Que sa digtiité a fait recevoir dans
L'Académie ;
Qui parle comme il écrit et qui écrit
Comme il parle ;
Prélat des plus qualifiés;
Prélat Harlay-Quint,.,
H était Harlay, cinquième du nom ; ce qui prêtait au jeu de mots (Arlequin), Que voulez -vous? nous sommes dans les lazzis, dans les lardons, dans ce qui est éternel en France contre tout pouvoir qui y donne prise, Mazarinades, Satyre Ménippèe, Nain jaune, La majesté de Louis XIV ne pouvait couvrir M. de Harlay.
Les châtiments furent terribles. Le Noir, auteur des principaux libelles, fut condamné à faire amende honorable devant Téglise dé Paris, nu, en chemise, la corde au cou, la torche au poing. Deux autres ecclésiai^tiques compromis, Tun notamment nommé Bourdin, ami et compagnon de Le Noir, et qui confessait avoir pris part aux libelles de ce dernier, en s'offrant de prouver tout ce qu'on avait avancé et en demandant à être renvoyé par-devant le juge d'Église, seul compétent, au lieu des juges laïques qu'on lui avait donnés, furent condamnés
(I) On disait qu'étant archevêque de Rouen il avait perdu^ un matin, une de ses pautoi fles en Sortant pl^écipitanlment de Tabbaye dos Andelys; on a déjà parlé du col^ddn d'or perdu à Pontoise» ^- l\ avait eu aussi assez Récemment (ce qu'on aurait pu indiquer) do grandes liaisons avec une maltresse du roi d'Angleterre, la comtesse de Northumberland , qui était venue demeurer dans le monastère des Bénédictines dô Gonflans. Cette dame, à un moment, crut ou fit semblant de croire que son royal amant la redemandait, et elle retourna c:i Angleterre (juillet 1678); mais
M. Dt; HAULÂY. 183
ux galères, et Bourdin aux galères perpétuelles (1683). es malheureux furent mis à la chaiue. C'étaient ouze juges du Châtelet nommés en commission^ avec lieutenant de police La Reynie et M. Robert, procuîur du roi, qui avaient prononcé la sentence; on disait ême qu'il y avait eu quatre voix à mort pour Bourdin. . de Harlay était trop courtisan et trop voué à son ibition pour avoir le sentiment de la justice; mais il lit doux, d'un naturel humain, et il dut souffrir de s sévérités exigées en son nom et pour sa défense. Pour le consoler de ses ennuis et mettre un peu de urne sur ses blessures, l'abbé Legendre imagina de re de lui un Éloge : « Je lis son Panégyrique dans le ît de celui de Pline. Il fut charmé et lut la pièce aire ou cinq fois ; mais, soit modestie, soit politique, 'es m'en avoir remercié, il me fit promettre de ne la 'e voir à personne. » La pièce ne fut imprimée après sa mort. M. de Harlay sentait que le moment tait pas venu; il ne faut pas arborer toutes ses voiles tre le vent en plein orage.
our mieux se consoler et se remettre en lustre^ chevêque imagina/en cette même année (1683), une
*les II la renvoya en disant qUMl était fort surpris qu'elle eût té la France où elle avait cie si boîls amis, et il nomma le chc* tr de Ghàtillon et l'archevSque de Paris. « Elle est donc revc« nous dit un contemporain bien inforiiié, au monastère dd lans, où M. de Pai'is la va voir très-souvent, et on dit plûfi ent que M">* de Bretonvilliers. » (Journal manuscrit de M. de château, à la date du ^5 août 167è). Plus on regarde dans la e cet archevêque, et plus on y découvre de maîtresses j c'est lé ie tous les libertins;
diversion qui lui réussit: il tint dans une salle de son palais des Conférences sur la morale {De re moralij.l^ contraste ne parut pas trop criant. C'étaient des questions'à Tordre du jour dans le monde ecclésiastique. De telles Conférences, instituées par lui, avaient lieu précédemment au séminaire de Saint-Nicolas-du-Chardonnet. Un incident majeur, Texil du supérieur et du curé de la paroisse, les ayant interrompues, il eut la pensée de les continuer à son compte et de les présider. Pour faire sa paix avec la Faculté à laquelle il était alors suspect et réputé hostile, il affecta de ne prendre pour assistants que des docteurs qui en fussent membres :
a Ces Conférences, nous dit Legendre qui, dans son enthousiasme, les appelle le plus bel endroit de la vie de M. de Harlay, ces Conférences les plus célèbres dont on ait gardé mémoire, se tinrent dans la salle de Tarchevêché qui, après celle du Palais, est la plus grande de Paris. Toute vaste qu'elle est, elle était trop petite pour le monde qui y accourait. Quoique les Conférences s'ouvrissent à trois heures après midi, la salle était si remplie dès les neuf heures du matin, qu'il n'y avait plus de places que celles qui étaient gardées pour Tes personnes du premier rang. M. l'archevêque, pour être vu et entendu plus commodément , était sur un amphithéâtre, ayant à droite et à gauche les docteurs qui devaient parler. Un d'eux proposait la question et l'agitait longtemps avant que de la résoudre ; un autre proposait les difficultés; un troisième y répondait; un quatrième examinait les objections et lés réponses ; ensuite M. l'archevêque reprenait ce qu'on avait dit, et après avoir discuté avec autant de précision que de netteté ce qu'il y avait de douteux, de certain, de faux et de vrai dans le pour et le contre, il appuyait la résolution du cas avec une surabondance de preuves toutes neuves tirées
de rÉcriture, des Conciles, des Pères et de Tite-Live. II parlait avec tant de grâce, tant de feu, tant de majesté, souvent une heure durant, il s'énonçait en si beaux ternies, tantôt latins, tantôt français, et disait de si belles choses, si curieuses, si recherchées, que les gens qui n'étaient venus qu'à dessein de le critiquer (ils étaient sans doute en grand nombre) ne pouvaient s'empêcher d'admirer son érudition et de se recrier comme les autres sur sa mémoire. Je n'ai point connu d'homme qui l'eût si heureuse. On l'a vu dans ses derniers temps réciter, sans broncher d'un mot, des passages de plus de vingt lignes, surtout de saint Augustin, quand l'occasion s'en présentait. Ces vives, ces générales, ces sincères acclamations firent taire pour longtemps ses ennemis, ses jaloux, etces atrabilaires qui, souvent sans savoir pourquoi, ou croyant se faire valoir, crient sans cesse contre les gens en place et trouvent plus ou moins à mordre en tout ce qui excelle. »
Cette page, que j'ai tenu à donner dans toute son étendue, est le revers de la Pyramide de tout à l'heure. On fait de ces magnifiques frontispices pour masquer les misères et les délabrements du fond.
Si Tarchevêque montra qu'il était homme d'esprit en établissant ces Conférences , il ne le montra pas ïïioins en les terminant à temps et en ne souffrant pas qu'elles fussent mises ensuite par écrit. 11 appréhendait que « ces discours qui avaient charmé dans sa bouche n'eussent pas le même succès quand ils seraient Sur le papier. » Legendre qui avait eu l'idée de les rédiger est forcé de convenir que le prélat avait raison : «J'ai de lui des sermons qui avaient charmé quand il les avait prononcés et qui réellement ne m'ont paru, en les lisant, que des pièces assez ordi-
18tt NOUVEAUX LUNDIS.
naires. » Les fameuses Conférences restèrent donc à l'état de pure renommée et de souvenir; si glorieuses qu'elles fussent pour le prélat, elles avaient cessé du jo^ir où il avait pensé que l'effet était produit «et son nom remis sufBsamment en honneur. 11 ne fut point fâché que i'extinction du Calvinisme, qui devint dès lors la grosse affaire, arrivât tout à propos et à point pour lui donner prétexte de les rompre.
Le triomphe si bien ménagé de M. de Harlay en cette circonstance achève de nous le montrer dans tout son beau, j'allais dire dans tout son plein; et, après tant de témoignages déjà produits, je ne saurais mieux le définir encore qu'avec les excellentes paroles de d'Olivet, qui cette fois (chose unique dans sa vie de grammairien et d'écrivain correct) a eu un ou deux traits dé pinceau :
a Personne ne reçut de la nature un plus merveilleux talent pour l'éloquence . Il rassemblait non-seulement tout ce qui peut contribuer au charme des oreilles, une élocution noble et coulante, une prononciation animée, je ne sais quoi d'insinuant et d'aimable dans la voix, mais encore tout ce qui peut fixer agréablement les yeux, une physionomie solaire, un grand air de majesté, un geste libre et régulier. »
Cette physionomie solaire, qui était à l'ordre du jour sous Louis XIV et à l'instar du maître, répond bien aux beaux portraits peints ou gravés qu'on a de M. de Harlay: je veux parler surtout de ceux de Nanteuil, de Van Schuppen et de Champagne. Chez tous on distingue une grande douceur, de la finesse, un air de persuasion; l'œil est riant, la lèvre est entr'ouverte et belle;
M. DE HAHLAY. 187
mais dans celui de Nanleuil en particulier, le plus naturel des trois, on sent la force, quelque chose de mâle dans la douceur, et de capable, à un monïent, d'imposer, d'éblouir et de remplir les yeux. C'est bien l'homme de qui l'on a pu dire qu'il parlait de la sagesse avec magnificence.
Pans TÂssemblée du Clergé de 4682, le prélat avait également déployé avec une supériorité incomparable toutes ses qualités de président, et il avait mérité d'être ainsi défini dans ce dernier rôle par un des évoques témoins et admirateurs, M. de Cosnac, lequel savait d'ailleurs saisir le fort et le faible des gens :
« Sa civilité et sa conversation étaient charmantes et auraient été pourtant mieux reçues, si elles n'eussent pas été également répandues à tous ceux qui le voyaient. Je m'y attachai, d'abord, parce que le roi l'avait ainsi désiré de moi ; après, par un grand fonds de mérite qu'il faisait paraître dans toutes les séances de l'Assomblée avec une si grando distinction, que personne, bien loin de prétenflro le pouvoir surpasser, ne pouvait l'égaler. Dans un grand nombre d'affaires qu'on traita dans cette Assemblée, quoiqu'il parUU et dît son sentiment après tous les autres, il trouvait toujours de si fortes et nouvelles raisons, qu*il était bien difficile de ne pas se rendre à ses décisions. »
Tel était, dans l'entière vérité du portrait, rhoiiime lont on n'a pas à dissimuler les faibles , mais dont il 'aut reconnaître, avec tous les contemporains éclairés, a supériorité et l'espèce de génie. (1)
(I) De religion, de croyance religieuse proprement dite, il n*en airt point parler, il n'en avait pas. Le sérieux des autres en telle
fK« NOUVEAUX LUNDIS.
L'abbé Legendre, malgré le titre qu'on lui donne ou qu'il prend en tête des Mémoires, n'était pas proprement le secrétaire du prélat ou, si l'on veut, ce n'était qu'un secrétaire libre et détaché , qu'il employait aux recherches et qu'il envoyait à la découverte. L'abbé était un peu son homme de lettres; il travaillait le matin à faire pour lui des extraits, et l'après-midi il allait dans les assemblées d'où il lui rapportait des
matière l'étonnait même un peu. Je citerai à Tappui une anecdote que voici d'original ; je la tire d'une lettre particulière écrite de Paris à M. de Pontch&teau et insérée dans un Journal manuscrit de co dernier, à la date du 16 janvier 1679 : « M. Feuillet, chanoine do Saint-Cloud. (un ecclésiastique des plus rigides), étant allé rendre compte, il y a sept ou huit jours, à M. de Paris du fruit ou plutôt de l'endurcissement qu'avaient produit les prédications de son Avent, ce Prélat qui sait que ce prédicateur a grande entrée chez Monsieur {frèi'e du roi) lui demanda qui on donnerait poar confesseur à Son Altesse? M. Feuillet lui répondit qu'il n'en savait rien, mais que depuis peu il avait dit sur ce sujet à Monsieur {et Von sait de qmlle nature étaient les mœurs de ce prince) qu'il n'avait point besoin de confesseur en menant la vie qu'il mène à la Cour, et qu'il lui conseillait d'épargner les 6,000 livres qu'il donne à son confesseur qui ne sert qu'à le tromper, et qu'il valait bien mieux pour lui de les donner aux pauvres, afin de fléchir par leurs prières la miséricorde de Dieu sur sa personne : après quoi, si Jésus-Christ lui donnait quelque sentiment de pénitence pour se convertir, il choisirait lui-même un homme de bien pour régler ses mœurs et la conduite de sa vie. — Ce discours, que la plupart des gens prendraient pour quelque chose de bien grave et de bien sérieux, parut à M. de Paris si agréable et si divertissant qu'il fut plus d'un bon demi-quart d'heure à en rire de tout son cœur. »
ons agréables ou utiles. Le rapporteur y pre- : (( Je^ne sais, nous dit-il, s'il y a un plus passe-temps que de voltiger ainsi de compa-' ompagnie , pourvu qu'elle soit triée, et d'ap- 3](actement à cette source les anecdotes de s. »
véque , qui était membre de l'Académie franà un moment l'idée d'intervenir dans l'affaire ère, violemment aux prises avec quelques de la Compagnie (1685), et de devenir arbitre confrères. Ceci rentre dans le chapitre de sa lurait pour titre : M. de Harlay, académicien. it, on l'a dit , les Lettres. 11 s'y sentait porté étant fils d'un père qui avait traduit Tacite. I avait appris les humanités par goût, la théodevoir. » Dans ses années de résidence à avait fort connu Brébeuf et Corneille, et qui avait exhorté, dit-on, le grand tragique rimitation en vers français. A peine promu de Paris, l'Académie française l'avait appelé îin pour y remplacer M. de Péréfixe. Le 3 fé- [, l'Académie extraordinairement assemblée chancelier Réguler, son protecteur, avait enremercîment de M. de Harlay et la réponse îur Pellisson. L'Académie Tétait allée féliciter lans son palais archiépiscopal le 22 mars suivait parlé par la même bouche de Pellisson le, l'eiTusion et le transport quasi apostolique /eau converti. Le chancelier Séguier étant :ommencement de Tannée suivante (1672),
M. de Harlay fut, auprès de Louis XIV, l'interprète du A^œu de TAcadémie pour que le roi en personne voulût bien agréer dorénavant le titre de son Protecteur. M. de Harlay, en toutes ces démarches qui ont gravé à jamais son nom dans Thistoire de la Compagnie,' était animé' du noble désir de la servir, et aussi peut-être de la crainte que si l'Académie venait à se choisir, après le chancelier Séguier, un second protecteur au-dessous du trône, ce protecteur ne fût pas lui, encore si nouveau et l'un des derniers élus. Quoi qu'il en soit du mobile, il fut le principal auteur et acteur dans cette élévation d'un cran et cet anoblissement définitif de la Compagnie; il obtint que l'Académie eût désormais ses séances dans une salle du Louvre et fût considérée comme un des ornements ou accessoires du trône; il usa de tout son crédit pour la faire valoir en toute occasion et la maintenir dans l'intégrité de son privilège ; et un jour qu'allant complimenter le roi elle n'avait pas été reçue avec tous les honneurs rendus aux Cours supérieures, il s'en plaignit directement à Sa Majesté, en rappelant « que François 1^% lorsqu'on lui présentait pour la première fois un homme de Lettres, faisait trois pas au-devant de lui. » *
La querelle engagée entre l'Académie et Furetière intéressait au plus haut degré l'honneur de la Compagnie : « car c'est grand'pitié , comme remarque trèssensément Legendre, quand des personnes d'un même Corps s'acharnent les unes contre les autres , et qu'au lieu de se respecter et de bien vivre ensemble comme doivent faire d'honnêtes gens , ^les en viennent à se
M. DE HAULAY. . IM
reprocher ce que l'honneur de la Compagnie et le leur en particulier aurait dû leur faire oublier. » 11 s'agissait, au fond, de l'affaire importante de l'Académie , le Dictionnaire, et de savoir si un académicien avait le droit d'en faire un, tandis que l'Académie n'avait pas encore publié le sien. Legendre, qui paraît fort au fait des circonstances et des phases de la querelle dont le dernier résultat fut l'excommunication académique de Furetière, avait été chargé sans doute par l'archevêque de e mettre lui-môme au courant de la question. Ce préat, en effet, « qui se faisait un plaisir d'être le pacifiateur de tous les différends d'État, » eut, dans le rincipe, quelque envie de s'entremettre- pour réconilierFuretière avec l'Académie. Mais, après avoir pris Dnseil et mieux avisé , il sentit l'inconvénient qu'il y urait, pour un homme de sa dignité, à se jeter dans 1 mêlée pour séparer des furieux. 11 y a dans les uerelles de Vadius et de ïrissotin une acrimonie irticulière qui échappe à l'action et au traitement îs esprits polis. Le premier président, M. de Novion, ii avait eu la même pensée que M. de Harlay, qui y avait obéi en réunissant chez lui les parties Iverses, ne fut pas long à s'en repentir : on en vint IX injures et à s'arracher les yeux en sa présence. Le le de spectateur désintéressé était évidemment le eilleur ; c'était celui de l'abbé Legendre : n Tant que ira , dit-il , cette comédie dont je connaissais les teurs, le plaisir que j'avais les après-dînées d'en )prendre les scènes nouvelles aidait à me délasser i travail sérfëùx du matin, »
Quelques années après, lors de la querelle c^s Anciens et des Modernes, qui s'émut à Toccasion du poëme du Siècle de Louis le Grand , lu par Perrault à TAcadémie, en 1687, M. de Harlay ne pensa plus à rétablir la paix et l'union parmi ses confrères; mais il s'amusa à faire traiter devant lui la question; il fit plaider le pour et le contre par deux avocats d'office qu'il désigna : Martignac, ancien précepteur de son neveu, et l'abbé de La Vau. Martignac tenait pour les Anciens, La Vau pour les Modernes. L'un et l'autre s'acquittèrent assez mal de leur tâche :
« liB prélat n*en fut point fâché, remarque à ce sujet Legendre, qui a bien son grain de causticité; il aimait à briller aux dépens d'autrui ; c'était assez sa coutume de faire agiter devant lui des problèmes de toute sorte, afin d'avoir le plaisir de donner à ce* qu'on avait dit, et qu'il ne manquait point de résumer exactement, un tour si fin, si délicat, que I on admirait dans sa bouche ce qui avait paru plat dans celle des autres. »
On aime d'ordinaire ce qu'on fait bien : le prélat aimait à jouer aux arbitrages.
N'écrivant point la Vie du prélat, je n'ai pas à le suivre dans le détail des dernières années. Son crédit, tout arrêté et stagnant qu'il était, et sans plus de progrès possible, ne laissa pas d'être fort grand jusqu'à la fin, ainsi que l'apparence de faveur. Le 9 janvier 1695, le
roi lui écrivait de sa main une belle lettre sur la mort (le l'abbesse de Port-Royal, sa sœur. Depuis 1690, il était désigné et nommé par le roi pour le chapeau de cardinal, mais sans espoir, du côté de Rome, de Tobtenir. Le l«f juin 1695, il allait à Versailles comme président de l'Assemblée du Clergé, et il harangua au nom de cet illustre Corps pour la nemième fois. Cependant sa santé s'altérait visiblement, et il essayait en vain de le cacher. On a diversement parlé des ennuis qui auraient hâté sa fin. On a dit (et c'est la version de Legendre) que le Clergé lui en voulait d'avoir été amené par lui à offrir quatre millions annuels de don gratuit, quand on sut bientôt que le roi se serait à la rigueur contenté de la moitié. Les intérêts ne pardonnent pas, et l'archevêque eut sensiblement à souffrir depuis lors de la part de ce même Clergé qu'il avait si longtemps mené à son gré. Yingtnquatre ans de domination sont un long règne, et il y avait ce temps que l'archevêque conduisait l'Église de France en véritable primat. Ces ennuis et d'autres encore purent contribuer à ^a fin. 11 avait, après tout, ses soixante-dix ans presque accomplis. 11 ïïîourut subitement, le 6 août 1695, à sa belle maison <le Conflans dont il avait fait un lieu de délices. C'était uw don ou plutôt un dédommagement du roi. Le roi, ayant voulu acquérir les justices de Paris appartenant à Tarchevêque, on avait proposé à celui-ci, en manière d'échange, Meudon ou Conflans; et sur le choix du prélat, le roi avait acheté Conflans de M. de Richelieu pour l'unir à l'archevêché. L'archevêque en avait fait '^n lieu si soigné, si peigné, que lorsqu'on marchait
dans les allées un garçon jardinier, dit-on, était là qui passait le râteau derrière. On avait fort parlé, il y avait quelques années , et avec exagération sans doute, des parties unes de Conflans, des collations de Conflans. Il y était seul , l'après-midi qu'il mourut, avec son amie la duchesse de Lesdiguières, nièce du cardinal de Retz, et qui était sa dernière liaison ; quoique cette dame ne fût plus jeune, on n'avait pas laissé, par habitude, d'en médire.
Cette mort subite, sans qu'il ait eu le temps de recevoir les sacrements, ce brusque appel au tribunal d'en haut, fit alors un effet terrible. La mort subite , qui, dans l'antiquité, était le vœu et faisait l'envie du.5age, est l'épouvante et l'horreur du chrétien. Et qu'était-ce quand il s'agissait du pasteur même, et d'un pasteur au terme d'une vie sans repentance, surpris et enlevé comme dans un dernier flagrant délit de diversion mondaine? Ce fut au point qu'on ne trouva pas sur le moment un prédicateur pour prononcer purement et simplement l'oraison funèbre. M"»« dcCoulanges, cette aimable et légère amie de M"« dé Sévigné, écrivait gaiement à celle-ci, alors en Provence :
« (Le 411 août 4695). La mort de M. de Paris, ma tnès-belle, vous aura infailliblement surprise. Il n'y en eut jamais de si prompte. M"^*' de Lesdiguières a été présente à ce spectacle ; on assure qu'elle est médiocrement affligée. L'on ne parle point encore du successeur... Il s'agit maintenant de trouver quelqu'un qui se charge de l'oraison funèbre du mort ; on prétend qu'il n'y a que deux petites bagatelles qui rendent cet ouvrage difficile, c'est la vie et la mort, »
M. DE HARLAY. ' 1i»5
Et un mois après (1 5 septembre) :
« Encore faut-il bien vous apprendre, mon amie, que c*esl le Père Gaillard qui lie doit point faire l'oraison funèbre de feu M. l'archevêque. Voici ce que je veux dire : M. le premier président (de Harlay) et le Père de La Chaise se sont adressés au Père Gaillard pour ce grand ouvrage ; le Père Gaillard a répondu qu'il y trouvait de grandes difficultés ; il a imaginé de faire un sermon sur la mort au milieu de la cérémonie, de tourner tout en morale, d'éviter les louanges et la satire , qui sont deux écueils bien dangereux ; tout le prélude des oraisons funèbres n'y sera point ; il se jettera sur les auditeurs pour les exhorter ; il parlera de la surprise de la mort, peu du mort ; et puis, Dieu vous conduise à la vie éternelle I »
M"® de Coulanges parle déjà comme si elle avait entendu le Père Gaillard, dont le sermon ne fut prononcé que cinq semaines après (23 novembre). On peut, entre autres passages de cette singulière oraison funèbre, citer le suivant , pour montrer à quel point l'opinion était alors défavorable à M. de Harlay, et quelle clameur publique il y avait à surmonter et à combattre lorsqu'on en venait à toucher l'article de ses mœurs :
a Quand du côté de la paix et de la Térité, disait l'orateur, il n'aurait rien eu à se reprocher, est-il pour cela entièrement justifié ?... Si l'infraction d'une seule loi peut contre-balancer toutes nos bonnes œuvres, et que, par ce seul manquement, on soit coupable comme si l'on avait manqué à tout, qui pourra se sauver de la rigueur d'un jugement où rien ne nous sera pardonné? Que si par une soudaine citation on est appelé à ce jugement, et que le juge vienne tout d'un coup à interroger, qui pourra lui répondre?... Mystères terribles
de la justice de Dieu, profonds abîmes de ses jugements, ce n'est pas à nous à vous pénétrer, mais nousne saurions assez vous redouter. Malheur à nous qui, étant témoins de tant de subits ajournements devant ]e tribunal divin, vivons avec tant de sécurité!... Ce sont des réflexions que notre sujet nous présente... réflexions salutaires quand nous savons nous les appliquer, mais téméraires quand nous les portons hors de nous-mêmes; car alors nous jugeons ce que nous ne connaissons pas, au lieu que nous devrions être uniquement attentifs à juger ce que nous connaissons... Ce sont ces vagues et inutiles discours que Job reprochait à ceux qui voulaient raisonner sur le malheur de son sort. Us le voient terriblement frappé de la main de Dieu , et ils s'en font une preuve pour assurer qu'il est tombé dans son indignation... Eh ! leur dit-il, vous "ne vous étudiez dans vos discours qu'à trouver des moyens d'accuser les autres, et vous vous jetez sur un homme accablé... Contontez-vous de voir l'état où je suis réduit, et mettez le doigt sur votre bouche. Considérezmoi et soyez saisis, d'étonnement : AUendite me et ob^lupescite ! »
Dans ce passage, et dans tout le discours, on sent Torateur qui a à marcher sur des charbons ardents : ce dont il faut le louer, c'est d'y avoir marché d*un pas si ferme. Il est peu d*oraisons funèbres, il n'en est peut-être aucune, où un coin de vérité se soit aussi fortement marqué (1).
(1) Dans une publication toute en Thonneur et à la dévotion de M. de Harlay, intitulée : Éloges historiques des Évéques et Archevêques de Paris, etc., par Martignac, l'un des serviteurs et des obligés de Tarchevêque, et qui dédie son ouvrage à la duchesse de Retz elle-même (1698), on ,voit percer tout l'embarras de l'auteur si dévoué^ lorsqu'il en est à la fin et aux derniers moments du prélat, n suppose , d'après quelques mots confidentiels rapportés par deux amis de M. de Harlay, qu'il n'était pas si peu préparé à
On revint pourtant peu à peu, au sujet de M. do Harlay; on lui rendit plus de justice. Son successeur, M. de Noailles, y aida lorsque, après la première lune de miel passée, on s'aperçut de son insuffisance et de ses petitesses. Un homme qui connaissait bien les hommes, le cardinal de Forbin-Janson, avait tiré son horoscope : « M. de Noailles, avait-il dit, sera un jour chef de parti , mais ce sera sans le vouloir ni le savoir. »
Encore une fois , au point de vue politique et ecclésiastique extérieur, et comme archevêque dirigeant tout un Ordre auguste et vénérable, M. de Harlay n'avait qu'un défaut, celui qui fit tort au sage roi Salomon ; et La Bruyère, ce grand et excellent juge. Ta dit avec bien de la modération et de la finesse ; car c'est très-probablement à l'archevêque de Paris qu'il pensait lorsqu'il a tracé ce Caractère :
« Il coûte moins à certains hommes de s'enrichir de mille vertus que de se corriger d'un seul défaut ; ils sont même si malheureux que ce vice est souvent celui qui convenait le moins à leur état%et qui pouvait leur donner dans le monde plus de ridicule : il affaiblit réclat de leurs grandes qualités, empêche qu'ils ne soient des hommes parfaits et que leur réputation ne soit entière. On ne leur demande point qu'ils
la mort qu*on l'avait cru généralement. Il nous apprend que la duchesse de Retz, pour plus de sûreté, avait fondé à ses frais, dans l'église de Paris, un service complet et perpétuel -pour y faire recommander par les prières de MM. du Chapitre le repos de T&me du prélat à Dieu. Laissant la question de l'éternité à part, c'est quelque chose, dirons-nous, que d'avoir su s'acquérir en cette vie des amis si affectionnés et si fidèles.
soient plus éclairés ot plus incorruptibles ; qu'ils soient plui^ amis de l'ordre et de la discipline, plus fidèles à leurs devoirs, plus zélés pour le bien public, plus graves : on veut seulement qu'ils ne soient point amoureux, »
Voilà la vraie morale humaine, ramenant les choses au juste point, sans exagération, sans haine, sans frayeur et sans terreur.
L*abbé Legendre , qui devait à M. de Harlay d'être chanoine de l'Église de Paris, eut, des premiers-, à son égard, le courage de la reconnaissance ; il le loua publiquement le lendemain de sa mort et fit distribuei par les facteurs de lettres un premier: Panégyrique qu'il répéta et varia d'année en année. Cet abbé se fil connaître encore de son temps par d'autres écrits, pai des compositions historiques qui, sans grande nouveauté dès leur naissance, ont perdu aujourd'hui toul intérêt. Mais une particularité qu'il ne faut pas omettre à son sujet, c'est que, lorsqu'il mourut en 1733, il laissa par son testament des fondations bizarres, d'une exécution impossible, et qui furent appliquées par Tautorlté civile pour une distribution solennelle de prix dans l'Université, c'est-à-dire pour la fondation du Con* cours général. Legendre se trouva être ainsi le bienfaiteur et comme qui dirait le Montyon de l'Université, sans s'en être douté et sans l'avoir su (1).
(l) Ses Mémoires, quoiqu'il n'y ait pas lieu de soupçonner la véracité de l'auteur, renferment pourtant des inexactitudes évidentes, comme lorsqu'il dit (page 173) avoir rencontré à Auteuii, chez Boilcau, M"** Des Houlières,: c'est tout simplement impossible, M"»*^ Des Houlières et Boileau étant brouillés à mort depuis
M. DE HAHLAY. 19t»
laqueroUfî de Phèdre; ot do plus, il est peu oxact do dire, commo il le fait, que ]a vertu de M'"* Des Houlières avait essayt^ bien des assauts, et saas que la médisance y put mordre. On sait les aventures de jeunesse de cette muse. L*abbé Legendre est plus sur son terrain quand il parle des ecclésiastiques et des clianoincs, que quand il touche aux portes.
Lundi 29 juin, — lundi 6 et mardi 7 juillet 1863.
Le nom de M. Littré, qui depuis des années était en estime auprès des savants et de tous les hommes instruits, est devenu, grâce à une circonstance imprévue (son échec à TAcadémie par suite de la dénonciation de l'évêque d'Orléans), des plus célèbres tout d*un coup et presque populaire. C'est le n\pment aussi où les premières livraisons de son Dictionnaire de la Langue française viennent mettre en lumière et répandre, à Tusage de tous, les trésors d'une érudition si longuement amassée. Je n'ai point attendu ces circonstances pour exprimer les sentiments de déférence et de respect que m'a toujours inspirés l'auteur; mais je profiterai du moment favorable pour parler de lui avec l'étendue qu'il mérite, pour caractériser quelques-uns de ses tra-
(1) M, Hachette m'a demandé dans le temps de réunir en brochure, sons le titre de Notice sur M, Littré, trois de mes articles du Consktutionnel , ce que j*ai fait, en les revoyant avec soin, en les corrigeant et en y ajoutant; c'a été toute une légère, refonte. Je les donne ici, par exception, sous cette forme qui est, après tout, plus coulante et définitive.
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vaux, et le présenter au public tel que je l'ai vu constamment et que me le peignent les hommes qui l'ont le plus cultivé et qui l'ont suivi de plus près.
SA NAISSANCE. — SES PARENTS. — SES ÉTUDES. — PREMIÈRE CARRIÈRE. — ^.PREMIERS ÉCRITS.
Maximilien-Paul-Émile Littré, né à Paris le !«' février 1801, fut élevé par des parents d'une moralité ^1 forte, sévère et profonde; il reçut une éducation domestique qui eut sur lui la plus grande influence et qui le marqua à jamais. Son père, en particulier, mérite qu'on s'arrête à le ressaisir et à le considérer.
C'était un Normand, d'Avranches, fils d'un orfèvre; il avait reçu une certaine éducation et était déjà en mesure d'en profiter, lorsque, s'ennuyant de la maison paternelle où il avait une belle-mère avec laquelle il ne s'accordait pas, il alla chercher fortune à Paris. Là, informé que son père était dans la gêne, il s'engagea dans l'artillerie de marine, et envoya à Avranches le prix de son engagement. 11 fut canonnier de marine pendant des années et, dans ce service borné où l'on n'a pas chance d'avancement comme sur terre, il parvint au grade de sergent-major (1). Tel qu'on me l'a dépeint, et quoique
(i) Dans un sanglant combat, livré en vue de Hle-de-France par la Cybéle, de 44 canons, à un vaisseau anglais de 50, et où l'Anglais eut le dessous, la conduite du sergent-major Littrt^. fut tellement remarquée que TAssemblée coloniale lui décerna un sabre d'honneur.
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enlaidi par la petite vérole, il était des mieux faits dans sa jeunesse, un homme superbe, athlétique, d'une vigueur, d'une adresse, d'une intrépidité sans égale, et avec des sentiments d'une fierté, d'une indépendance, d'une ambition généreuse, qui le mettaient tout à fait hors de pair. Nul doute que si, au lieu de courir les mers de l'Inde, il s'était trouvé .en France dans ces années brûlantes et fécondes où les géants se levèrent, sortirent des sillons, et où k Révolution enfanta ses hommes, il n'eût été l'un d'eux et n'eût fait grandement son chemin, s'il n'avait péri. Au lieu de cela, il sema sa force sur l'élément stérile, sur la plaine où l'on ne-vendange pas. Quand, après onze ans d'absence, il revint à terre, ayant quitté le service, le 18 Brumaireavait sonné ou allait sonner : la lutte des principes expirait. Il fallait vivre. Littré s'était marié, il était père : il entra dans les Droits réunis dès la fondatioif , grâce à une trèsbelle écriture et à la bienveillance . de Français de Nantes. Après quelque emploi en province, il fut appelé à Paris, où il devint chef de bureau à l'administration centrale. Sa carrière ne fut même fixée et arrêtée à ce cran définitif qu'à la suite d'un incident où \l fit preuve d'une probité intraitable et inflexible^ Cependant il profitait de ses moments de loisir pour l'étude ; il avait assemblé une très-bonne bibliothèque en tout genfe, et se jetant sur les choses de l'esprit dvec la force qu'il mettait à tout, il s'était avancé et formé lui-même* Il apprit le grec pour le montrer à son fils ; plus avancé en âge, il apprit même du sanscrit, et il aVait des livres en cette langue, ce qui était alors fort
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rare. Ce père, en un mot, avait le seDtiinent des hautes études. 11 mérita que, dix ans après sa mort, M. Barthélémy Saint-Hilaire, ami de ses fils, et qui avait vécu dans i\ sa maison sous la même discipline, lui dédiât sa Poli^ lU tique d'Aristote (1837), et en des termes qui se gravent lA et ne s*effacent plus; voici en partie cette dédicace qui sr f prouve quelle idée, quelle empreinte ce père de M. Litrf:t tré avait laissée de lui et de sa force d'initiative : « A la ^î mémoire de Michel-Franij^is Littré, d'Avranches, chef K. de bureau à la direction générale des» Contributions i J indirectes, mort à Paris le 20 décembre 1827 ; canon- ^ ! nier de marine durant les guerres de notre Révolution ; Tun des collaborateurs du Journal des Hommes libres en 1799; patriote sincère et constant, qui a cru et travaillé pendant sa vie entière aux progrès de la liberté; érudit qui ne devait qu'à lui seul et à la persévérance de ses travaux des connaissances étendues et variées ; philologue distingué, Tun des plus anciens membres de la Société asiatique de Paris; homme d'une inaltérable droiture, etc. » J'abrège. Voilà l'homme qui a créé et formé celui que nous avons.
Logé au n° 3 de la rue des Maçons*Sorbonne, dans une maison qui avait un jardin, il se plaisait à y réunir les camarades de son fils ou de ses fils ; caf il avait deux fils, Emile, l'aîné, le nôtre, et Bai'thélemyi le cadet. Mais c'était l'aîné surtout qui portait le cachet paternel, et à qui son père avait transmis toute Sa passion de l'étude par le sang à la fois et par l'exemple. 11 réunissait donc les jours dexongé les premiers de la classe, Burnouf, Hachette, Bascou, mort professeur
(le littérature française à Montpellier. Ce père énèrgiqae était en plein, on le voit assez, dans les priacipes et les idées philosophiques du dix-huitième siècle, 11 ne séparait pas la science de la morale, et il n'était pas non plus de ceux qui ensevelissent leurs débuts pénibles et leurs origines ; il avait eu la vie rude et même misérable ; il avait été pauvre, et il lui arrivait de le rappeler à son fds en des termes qui ne s'oublient pas : « 11 m'est arriv^de manquer de pain, toi déjà né. » Cela devenait un stimulant ensuite pour mieux acquérir le pain de l'esprit, et surtout pour être disposé à le partager avec tous.
La mère d'Emile Littré, qui était d'Annonay, — elle, protestante de religion et croyante, — n'avait pas dans son genre une moindre originalité que son mari. C'était, telle qu'on me l'a dépeinte, une figure antique, habillée le plus souvent non comme une dame mais comme une servante, en faisant l'office au logis, la femiïve de ménage parfaite, une mère aux entrailles ardentes, et avec cela douée d'une élévation d'âme et *d'un sentiment de la justice qu'elle dut transmettre à ce fils dont elle était fière et jalouse. Il tient beaucoup d'elle, pour le moins autant que de son père (1).
(1) Sophie Johannot, c'était le nom de famille de M"^<' Littré. Elle était d'une branche des Johannot d'Annonay, ruinée, mais parente des Boissy d'Anglas et amie des Montgolfier. S'il est vrai que dans son humble ménage elle remplit plus d'une fois le rôle de servante, elle était telle, en le remplissant, qu'elle avait été jadis dans la maison paternelle, fille adorée d'un père riche commerçant. Les Johannot étaient papetiers. Une affreuse catastrophe, où elle avait montré toute sa force d'âme, dominait ses souvenirs de jeu-
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M. Littré (sans parler d'une sœur morte en bas âge) avait un frère plus jeune, employé, homme instruit, distingué, qui mourut en 1838; mais, par une variété ordinaire dans cet ordre physiologique si complexe, et si mobile, il ne portait point, je l'ai dit, l'empreinte des mœurs domestiques comme son aîné.
On ne voyait pas, à proprement parler, le monde dans la maiso^ Littré ; c'était une officine d'étude, un laboratoire : domus mea,.domus orationis. Emile était
nesse. Son père s*était déclaré avec énergie pour la Révolution ; il appartenait au parti montagnard et fut , dans un temps , maire de Saint-Etienne. Des luttes sanglantes s'engagèrent dans le Midi. Johannot fut emprisonné, et il était détenu à Lyon quand cette cité se souleva. Sa fille vint^se loger près de la prison; elle consolait chaque jour son père et les amis de son père , tous menacés de réchafaud. Elle sortit quand les troupes de la Convention investirent la ville et, retournant dans son pays, eUe décida des paysans et des ouvriers à s'armer : dans son héroïsme filial, elle les conduisit elle-même au camp de Dubois-Grancé. La ville prise, elle et sa mère se h&taient sur la route de Lyon, quand elles rencontrèrent quelqu'un de leur connaissance qui leur annonça que Johannot était Qiort dans les prisons : cette nouvelle leur perce le Cœur ; la mère refuse de faire un pas de plus, la fille veut aller chercher le corps de son père ; elle chemine pleurant; puis au loin, sur la route, elle aperçoit... son père lui -môme vivant et délivré; qu'on juge des émotions de ces tragédies! Mais on n'était pas à bout de tragédies. Après le 9 thermidor, dans ce second moment de réaction, Johannot est incarcéré de nouveau, et peu après, sous prétexte de le transférer, on le livre en proie aux fureurs ennemies : il tombe dans la rue assassiné de dix-sept coups de poignard et de pistolet par les compagnies dites de Jésus ei du Soleil. Sa fille, se précipitant sur le corps de son père et appelant les habitants et citoyens à la vengeance, devint si menaçante pour l'ordre d'alors que les autorités la firent arrêter. — Je ne regarde point en tout ceci à la couleur des opinions du père ; je ne vois que le courage de la fille. C'était une Romaine.
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externe et suivait, ainsi que son frère, les classes à Louis-Ie-Grand. Il avait d'ordinaire la première place et tous les prix à la fin de Tannée. La première question des parents au retour du collège était : « Quelle place as-tu?» Rien ne le distrayait d'apprendre. Les amis même, invités les jours de congé, continuaienten quelque sorte l'émulation de toute la semaine. Il croissait ainsi à côté de ses parents et de sa mère, très-libre et dominant avec simplicité parmi ses condisciples.
Ses succès de chaque fin d'année, de bons témoins me l'attestent, étaient prodigieux. En rhétorique, vétéran, il eut tous les prix du collège et plusieurs au concours : on fut tout surpris qu'il n'eût pas le prix d'honneur. 11 revenait littéralement chargé et accablé de livres. . La dernière année, le nombre des volumes obtenus en prix dépassait de beaucoup cent volumes.
Il n'était pas homme à plier sous le faix. Tel qu'on me le décrit à cet âge de première jeunesse, il n'était pas du tout pareil à ce savant d'une santé ferme encore, mais réduite, que nous avons sous les yeux : il jouissait d*une force de cofps et d'une organisation herculéenne, héritée par lui de son père. Le premier aux exercices corporels cotnme à ceux de Tesprit, aux barres, à la natatiotl, d'un jarret d'aCier, d'un poignet de fer, il était capable de lever^ à bras teiidu, line * chaise qui portait un camarade âgé de dix-neuf ans. Rien de gracieux, mais la force même. Cette force se détruisit par l'excès du travail intellectuel. Il passa du tempérament athlétique à ce tempérament diminué qui est le sien, moyennant une gastrite permanente
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qui ne lui dura pas moins de dix ans. Sa vigueur native, consumée ailleurs et transformée, s'est portée tout entière et s'est concentrée désormais dans les fibres seules du cerveau.
II terminait ses classes en 1819. Il fit une année de mathématiques; s'il eut un moment l'idée d'entrer à l'École polytechnique, il n'y donna pas suite. Un incident, une épaule qu'il se démit en piquant une tête dans une partie de natation, l'empêcha de se présenter à l'examen. 11 fut placé deux ans auprès du comte Daru en qualité de secrétaire. Sa santé commença à se déranger. Il continuait d'étudier, mais il se lassa de voir que c'était sans destination. Au sortir de chez M. Daru, il se mit à la médecine, et cette étude devint désormais la principale branche à laquelle il se rattacha (vers 1821, 1822).
Il savait dès lors (sans parler des deux langues anciennes) l'allemand qu'il possédait à fond, plus l'anglais et l'italien; et ces diverses langues, il les savait assez, remarquez-le, pour écrire dans chacune et pour y composer môme des vers. 11 aimait ce dernier genre d'exercice.
Vers 1823-1824, il recevait, en même temps que M. Barthélémy Saint-Hilaire , des leçons de sanscrit d'Eugène Burnouf ; il n'en fit jamais parade, mais il assurait ainsi par les plus fortes assises les fondements de sa science philologique.
Pendant huit années, il se consacra d'ailleurs, presque sans partage, aux études médicales et aux préparations pénibles qu'elles exigent; il disséquait dans les
amphithéâtres, légèrement vêtu en hiver et sans aucune des précautions ordinaires à ceux qui ne passent pas pour délicats. Même en étudiant le corps, il semblait pour lui, au peu de soin qu'il en prenait, que le corps n'existât pas. Pendant trois ans, il allait assidûment au Jardin botanique étudier les plantes, les familles, parlant peu en chemin à son compagnon, le front penché et tout à ses classifications exactes. 11 ne s'en tint pas aux cours de l'École, il passa par tous* les degrés de l'externat et de l'internat dans les divers hôpitaux; il y fut condisciple et collègue des docteurs Michon, Da-^ nyau, Natalis Guillot, Gervais (de Caen). k tous, selon l'expression de ce dernier, il inspirait dès lors plus que de Pestime ; c'était du respect. On avait de lui la plus haute idée. Un nouveau Journal de médecine s'était fondé sous les auspices et par la collaboration de jeunes médecins déjà en renom, Andral, Bouillaud, Blandin, Casenave, Dalmas, etc. Ils s'adjoignirent M. Littré, encore interne. Sa carrière médicale semblait tout indiquée, toute tracée. Mais en 1827, son père meurt; il reste avec sa mère et son frère sans fortune, sans ressources. 11 faut soutenir sa mère; il y. pourvoit et donne des leçons de latin, de grec, jusqu'en
Pourquoi alors ne pas se faire tout simplement recevoir docteur en médecine et ne pas se livrer incontinent à l'exercice d'un art où il était déjà maître, et où les maîtres le traitaient au moins en égal ? On se le demande; ses amis se le demandèrent dans le temps et le pressèrent de questions, quelques-uns même d'in-
Il avait toutes ses inscriptions; il ne lui raanl'un titre, et ce titre, il ne Ta même pas encore hui ; il a toujours négligé do le prendre. Il est 1 de l'Académie de médecine, et il n'est pas ! Pourquoi s'être arrêté ainsi au terme, non mt le seuil d'une initiation nouvelle et d'une
(ce n'en était pas une pour un tel candidat), vant la porte de sortie toute grande ouverte? uchons là, dans ce caractère essentiellement i quelqu'une des difficultés secrètes qui sont le I des consciences délicates et qu'on ne peut ider discrètement. Les années de son internat 3S, il n'avait, nous l'avons dit, aucune fortune : sèment d'un médecin coûte en premiers frais ;
fallu contracter une dette, une obligation ; il rendre sur lui ce risque, il ne voulut pas ?r sa vie. » C'était chez lui un principe de î qu'il s'était fait de bonne heure. Et voilà ►i, tout traducteur d'Hippocrate qu'il est, tout t praticien qu'il est aussi et très-habile guéris-
n est pas médecin en titre et sur V Annuaire. ique Tété à la cjimpagne (et il le fait de grand ; avec grand succès), c'est pour les pauvres, ; voisins, et rien que pour eux.
je toute ma pensée ? quand les Stoïciens se mètre modestes, on ne peut savoir à quel point ils et quel degré de scrupule et de raffinement ils
dans cette vertu d'humilité, et même à leur elquefôis. J'ai beaucoup étudié les Port-Royales Stoïciens du Christianisme. Eh bien ! parmi
eux, combien en ai-je rencontré qui, purs^ éclairés, savants et fervents, tout nourris de la moelle sacrée des Basile et des Chrysostome, capables d'être prêtres et des meilleurs, n'osaient prendre sur eux le ministère de l'autel et se rabattaient à ne vouloir jamais être que diacres ou acolytes ! De même, j'imagine, cette âme austère et modeste de M. Littré, qui s'est montrée égale à l'interprétation du plus grand médecin de l'Antiquité et à l'intelligence de cette royale nature d'Hippocrate, se rabat volontiers à n'être qu'un des derniers de son Ordre, un officier de santé, pendant ses mois d'été à la campagne. Jouissance Intime et sobre, non exempte de privation, d'autant plus voisine de la conscience, et qui fuit les orgueilleux vulgaires !
Dans les journées de Juillet 1830, après la violation des lois par le pouvoir existant, M. Littré avait fait selon ses principes ; il avait pris le fusil ainsi que ses amis, avec cette particularité qu'il s'était revêtu d'un habit de garde national, habit séditieux, puisque la garde nationale était dissoute; et il joignait à l'uniforme un chapeau rond. Pendant toute la journée du mercredi 28, il avait fait le coup de feu dans la Cité, le long du quai Napoléon. Le lendemain jeudi, au Carrousel, Farcy avait été frappé d'une balle à son côté ; et c'est chez lui que le corps du généreux jeune homme avait été ramené à travers lés mille difficultés du moment. On avait fait une civière avec le pan de volet d'une boutique de marchand de vin; quatre porteurs de bonne volonté s'étaient chargés au fardeau, et M. Hachette, conduisant le convoi sanglant, chapeau
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bas, à travers le respect universel, était arrivé à la maison de M. Littré, d*où le corps, dès qu'on l'avait pu, était ensi(ite allé au Père La Chaise, y recevoir les derniers honneurs.
M. Littré entra au National en 1831. Un de ses anciens collègues d'internat, le docteur Gampaignac, parla de lui à Garrel dont il était le médecin, et M. Barthélémy Saint-Hilaire se chargea aussi de l'introduire. Mais il n'y était point d'abord sur le pied auquel il aurait pu prétendre. 11 était simple traducteur des journaux étrangers sous M. Albert Stapfer. Trois années durant,, il resta dans cette position secondaire, sans que le rédacteur en chef devinât toute la portée de son mérite et sans que lui, de son Côté, il fît rien pour l'en avertir. Un article qu'il écrivit un jour, à la recommandation du libraire Paulin, au sujet d'un Discours de W. Herschell, fils de l'illustre astronome, sur l'Étude de la philosophie naturelle, un très-bel article tout animé du souffle newtonien et où il s'inspirait du génie des sciences (14 février 1835), frappa pourtant et devait frapper Garrel ; arrivant ce jour-là au Nalioliai, et voyant Littré qui traduisait ses journaux allemands, selon son habitude, au bout de la table de la rédaction dans le salon commun : a Mais vous ne pouvez rester dans cette position, lui dit-il, vous êtes notre collaborateur. » L'estime de Garrel fut très-haute dès qu'il se mit à l'apprécier ; il essaya même de faire de lui un rédacteur politique et de premiers-Paris. C'était trop demander à l'écrivain philosophe. M. Littré, du vivant de Garrel et après loi, fit des articles et
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rendit des services au National, mais sans jamais être, à proprement parler, un collaborateur politique et une plume d'action.
Dès ce temps et à travers les diversions commandées par la nécessité, il avait repris la suite de ses études médicales. 11 mêlait la pratique à la science. 11 était des plus assidus au service de M. Rayer à la Charité, et il prit part pendant six ans aux travaux de ce médecin si distingué qui est son ami. Dès 1830, le libraire Baillière lui avait proposé de faire une traduction et une édition d'Hippocrate. Ce devait être d'abord avec M. Andral. L'affaire ne fut reprise et convenue avec M. Littré seul qu'en 1834. A partir de ce moment, la publication d'Hippocrate devint l'œuvre capitale de M. Littré, celle sur laquelle se dirigea et se concentra pendant des années son principal effort intellectuel. Les articles publiés par lui dans la Revue des Deux Mondes depuis 1836, et ailleurs, n'étaient que des accessoires et des hors-d'œuvre.
Je ne puis cependant omettre de signaler quelquesuns de ces beaux articles qui montraient dès lors en M. Littré le médecin et le naturaliste philosophe, le morceau des Grandes Épidémies {Revue des Deux Mondes, 15 janvier 1836), et les deux morceaux précédemment publiés dans un autre recueil {Revue républicaine, 10 juin et 10 novembre 1834), au sujet des Recherches sur les ossements fossiles, de Cuvier, et des Nouvelles reclierches des géomètres sur la chaleur de la teire. Le sentiment de ces époques antérieures à l'homme et à l'humanité, plus grandes que notre faible espèce, qui
en embrassent et en dépassent les limites, et qui sont mesurées sur un tout autre compas que nos cadrans particuliers, y respire et y règne sans partage avec une sorte de tristesse sereine. La vue élevée et anticipée qu'eurent de ces choses, dans TAntiquité même, les Sénèque , les Lucrèce , les Aristote , les Empédocle , M. Littré l'a retrouvée, et il la rend à son tour, en y joignant la connaissance plus précise qui caractérise les modernes :
« On prétend, dit-il, que Virgile, interrogé sur les choses qui ne causent jamais ni dégoût, ni satiété, répondit qu'on seJassàit de tout, excepté de comprendre [prœter intelligère). Certes, la pensée est profonde, et elle appartient bien à une âme retirée et tranquille comme celle du poëte romain. Une vie entière d'étude, accompagnée de lumière et de poésie, l'avait porté dans les pures et paisibles régions de l'intelligence; mais jamais on ne sent mieux la vérité des mots qui lui sont attribués, que lorsqu'on touche à ces questions qui nous lancent dans la double immensité du temps et de l'espace. Il y a dans la petitesse de l'homme, dans la petitesse de sa terre, dans la brièveté de sa vie, quelque chose qui contraste singulièrement avec les énormes distan- ' ces quMI soupçonne, et les vastes intervalles de temps qu'il 'suppute et qu'il retrouve dans les ombres du passé. Grâce à ceux qui, comme dit Childe-Harold, ont rendu légers nos travaux mortelSj une certaine lumière a commencé à poindre. La science est le flambeau qui vient éclairer un lieu obscur; et tout entraîné qu'on est par le tourbillon de la terre et de la vie, c'est quelque chose que de pouvoir jeter un grave et long regard sur ces ténèbres et cet abîme. »
Nourri des fortes lectures et abreuvé aux hautes sources des poètes, M. Littré a un côté de lui-même
qu'il n'a jamais laissé qu'entrevoir et qui est cel d'une poésie philosophique à laquelle, m*a-t-on assut il excelle. On m'a parlé d'une ode sur la Lumière, da laquelle, pénétré de toutes les théories optiques ir dernes et imbu des grandes paroles pittoresques (3 maîtres primitifs, il s'est élevé à une belle inspirât! de science et de poésie. Je voudrais la lui arracher j'en désespère (1).
Dans ses articles sur les âges du monde antérieur: l'homme, il a su rendre avec un sentiment bien p sent cet accident et ce mystère de la vie qui vient
(l) J'avais tort de désespérer; ces Stances désirées m'arriver IMnstant, avec quelques autres pièces de vers , de la Jeunesse Tauteur. L'ode intitulée la Lumière est de 1824; qu'on veuilli reporter au moment. M. de Lamartine venait de faire les Êtoi M. Littré , de son point de vue de savant ému , interroge, à tour, les rayotis lumineux qui nous arrivent de si loin et qui vu tant de choses au passage; voici les dernières strophes ;
Rayons que nous envoie une nuit étoilce , Venus de cieux en doux jusqu'en notre vallée,
Que nous apportez-vous?
Vous n'avez point de voix, seuls messagers des mondes, Et poursuivant en paix vos courses vagabondes,
Vous passez devant nous.
Que dis-je ! ce rayon, que tant de force anime , De l'espace toujours ne franchit pas l'abtme ,
Ni n'atteint notre bord ; Le flot élincelant qui partout le propage , Baissant de p^lus en plus dans la mer sans rivage ,
S'affaiblit et s'endort.
Far delà ce ruban dont la blanche lumière , A peine descendant jusque sur notre terre.
Vient mourir à nos yeux , Sont encor des soleils, étoiles inconnues , Qui, voilés à jamais, de leurs clartés perdues
N'atteignent pas nos cieux !
rtains jours, éclore tout à coup à la surface. « Je ne is, disait autrefois la mère des Machabées à ses ennts, comment vous avez paru dans mon sein; ce 'est pas moi qui vous ai donné l'âme, Tesprit et la ie que vous y avez reçus. » — « Il faut, ajoute M. Lité, qui invoque ce passage, répéter les paroles de la imme de l'Écriture au sujet de l'apparition de Thomme \r la terre, des races animales, du plus humble des isectes, du moindre des végétaux, de la plus petite tiose vivante. » Mais il y avait alors, au moment de la aste éclosion première, je ne sais quel grand prinîmps plus magnifique et plus fécond ; le monde entier lus jeune menait un printemps plus sacré que ceux u'on a vus depuis, toute une saison de fête et de iomphe, dont les nôtres ne sont plus que de moindres t pâles images. « 11 semble que la puissance qui exerça alors jouissait d'une activité immense, qui est éduite aujourd'hui à des effets obscurs et à d'insigniantes ébauches. »
En s'appliquant à l'exposé de ces hautes questions rîmordiales, M. Littré y affermit son âme et y fortifie on entendenient* Il est plein, chemin faisant, de citaions littéraires admirables et qui sortent d'un fonds iche où toute doctrine s'est accumulée. 11 n'est jaitiais lus satisfait que quand il peut revêtir sa propl'e penée de l'expression de quelque ancien sage; eti par xemple, il tire à lui et détourne ici à Son objet, en accomniodant quelque peu, ce beau mot dii philosophe iharron traitant de Dieu même ; « Le plus expédient st que l'âme ë'élèye par-dessus tout conime en un vide
vague et infini, avec un silence profond et chaste et une admiration toute pleine de craintive humilité. » Tel est le sentiment, religieux à sa manière et des plus graves, des plus moraux assurément, que M. Littré apporte en ces considérations d'un ordre si étendu et si vaste. Béranger, qui avait lu ces articles de la Revue réptbblicaine, en avait été vivement frappé et avait dû à l'auteur un agrandissement d'horizon (1).
En 1835, M. Littré se maria. Peu de temps auparavant, il comptait encore échapper à ce joug que la société impose et se croyait fait pour le célibat. 11 changea brusquement d'avis et se souitfit avec facilité. 11 épousa une personne simple et de mérite, pieuse et pratiquant. La fille qui lui naquit et qui est aujourd'hui si digne de son père, une aide intelligente dans ses travaux, fut élevée de même selon la foi de sa mère,
(1) Voici encore l'éloquente conclusion d'un article de M. Littré, dans la Revue des Deux Mandes du i*' avril 1838, à propos des OEuvres d'histoire naturelle de Goethe :
« En commençant, j'ai rappelé, dit-il, la magnificence du spectacle du ciel, et combien les yeux se plaisent à considérer ces étoiles innombrables, ces globes semés dans l'espace, ces îles de lumière, comme dit Byron, dont se pare la nuit : je termine en rappelant que, pour les yeux de l'intelligence, le spectacle des. lois mystérieuses et irrésistibles qui gouvernent les choses n'est ni moins splendide ni moins attrayant. Le poète latin, quand il dissipe l'obscurité qui enveloppe son héros, lui fait voir, au milieu du tumulte d'une ville qui s'abime, les formes redoutables des divinités qui président à ce grand changement, numina magna deûm. Ainsi, au milieu du tumulte de la vie qui arrive et de la vie qui s'en va, au milieu de l'évolution perpétuelle des êtres, apparaissent les lois redoutables que l'esprit humain ne peut contempler ui sans effroi ni sans ravissement. »
chrétieuneaient. C'est ainsi que ce philosophe, au cœur doux autant qu'à Tesprit élevé, comprend la tolérance et l'exerce autour de lui. Ce fut lui-même qui éleva sa fille. Chaque jour, après le dîner, une heure durantt.il lui faisait faire des devoirs, des dictées, dont Sophie était l'occasion et le sujet. Il y mettait de l'ingénieux et même une sorte de grâce. De même qu'il respecta toujours dans sa femme la piété qu'elle avait, il la respecta également dans sa fille avec une délicatesse et une douceur parfaites. Quand on est initié comme je le suis, comme je%viens de l'être par touteç sortes de témoignages, à cet intérieur d'honnêteté, de simplicité et de devoir, le cœur se révolte à penser que c'est cet homme-là, la droiture et la vertu même, une âme en qui jamais une idée mauvaise ou douteuse n'a pénétré, que c'est lui qu'on est allé choisir tout exprès pour le dénoncer à tous les pères de famille de France comme un type d'immoralité. — Et cela, parce qu'il pense autrement que vous, partisan littéral de la Genèse, sur l'origine des choses et l'éternité du monde! Quand donc ne placerons-nous la morale que là où elle est réellement?
EDITION ET TRADUCTION D HIPPOCRATE. — NOMINATION A l/ INSTITUT.
il nous faut en venir au premier et principal Ktre de M. Littré en ces années et dans la première iiioitié de sa carrière, à son Hippocrate.
til8 NOUVEAUX LUNDIS.
Co qu'il fallait de connaissances positives et variées, d'aptitudes et de spécialités diverses, concourant dans un labeur assidu, pour entreprendre et mènera fin cette grande œuvre de la Collection hippocratique, rien qu'une telle idée, au premier aspect, eût été capable d'effrayer et de détourner tout autre que M. Littré: intelligence approfondie du grec, lecture des manuscrits, collation des textes et détermination du dialecte; intelligence et reconstitution des doctrines au point de vue médical ancien, examen critique en tous sens, interprétation et traduction à notre usage, tellement que les traités hippocratiques, en définitive, a pussent être lus et compris désormais comme un livre contemporain. » Le traducteur-éditeur a suffi à cette tâche considérable, et le monument qu'il a mis vingt-cinq ans à préparer et à produire répond pour lui (1839- 1862).
Hippocrate ! si je me laissais aller à parler comme je sentais à l'âge où j'essayai pour la première-fois de t'aborder, que ne dirais-je pas de toi I Nom vénérable et presque sacré, plus mystérieux et plus voilé que ceux de Socrate et de Platon, à peine plus dessiné à nos yeux et plus distinct que celui d'Homère, on ne t'interrogeait qu'avec respect et religion ; on supposait derrière ta science toutes sortes de sciences perdues, on voyait dans ton expérience le résumé de toutes lea expériences ; on sentait en toi, aux bons endroits lumineux, l'universalité d'une doctrine, le lien de l'ob^ servation comparée, partout le sentiment de la vie; on voulait tout comprendre , on espérait t'arracher de
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dernier» secrets; on te demaDdait presque des oracles. M. Littré, le flambeau ou la lampe à la main, a rabattu beaucoup de ces vagues espérances et a simplifié l'étude par la critique. Du véritable Hippocrate, à le prendre dans sa vie, si Ton retranche tout ce que la légende et la fable y ont ajouté, combien on sait peu de chose I Platon, seule autorité au ihen tique sur son compte, nous apprend , par le passage d'un dialogue, qu'Hippocrate de Cos, contemporain de Socrate, élail de la famille des Asclépiades, c'est-à-dire d'une race de médecins qui prétendaient remonter à Esculape; qu'il était praticien et professeur renommé, et qu'il donnait des leçons qu'on payait. C'est bien peu. 11 nous faut renoncer dès lors à toutes les anecdotes postérieures qui ont couru et qui font légende à son sujet ; aux services qu'il aurait rendus à la Grèce pendant la peste d'Athènes, et dont Thucydide ne dit mot; à ces grands bûchers qu'il aurait fait allumer pour purifier l'air et qui chassèrent le fléau; à son refus d'aller servir le roi de Perse, et à son mépris des présents d'Artaxerce : inventions agréables, ingénieuses, mais inventions de rhéteurs, nées d'écrits apocryphes que la critique n'admet pas et qu'elle met à néant. Elle est sans pitié, cette critique; elle est en garde contre tout ce que cette Grèce aimable et mensongère a imaginé ; elle se bouche les oreilles avec de la cire contre la voix des Sirènes. Je suis de ceux qui ne sont pas sans quelque regret stir ces pertes que fait l'imagination des âges en avançant. Si nous détruisons la légende, il semble que tious devrions nous mettre en peine de la remplacer
aussitôt; si nous arrachons le rameau d*or, qu'un autre rameau succède à Tinstant et repousse, ne fût-ce qu'un . rameau d'argent. Ne laissons pas une lumière, même décevante, s'éteindre sans la rallumer sous une autre forme et, s'il se peut, par un autre flambeau. N'appauvrissons pas la mémoire humaine et le Panthéon du passé d'une grande image. Si la figure d'Hippocrate se détruit et s'évanouit par un côté, qu'elle se relève aussitôt et subsiste de l'autre.
M. Littré Ta fait en partie, bien que, doué comme il est, il l'eût pu faire peut-être encore davantage. J'aurais aimé à trouver dans son Introduction d'Hîppocrale quelque page vivante, animée, se détachant aisément, flottante et immortelle, une page décidément de grand écrivain et à la Buffon, comme il était certes capable de l'écrire, où fût restauré, sans un trait faux, mais éclairé de toutes les lumières probables, ce personnage d'Hippocrate, du vieillard divin, dans sa ligne idéale, tenant en main le sceptre de son art, ce sceptre enroulé du mystérieux serpent d'Épidaure; un Hippocrate environné de disciples, au lit du malade, le front grave, au tact divinateur, au pronostic sûr et presque infaillible; juge unique de l'ensemble des phénomènes, en saisissant le lien, embrassant d'un coup d'oeil la marche du mal, l'équilibre instable de la vie, prédisant les crises; maître dans tous les dehors de l'observation médicale, qu'il possédait comme pas un ne l'a fait depuis. Quand je dis que j'aurais désiré trouver un tel portrait idéal, je ne suis pas juste, car il y est, bien qu'un peu trop dispersé; les chapitres xni et xiv de
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Ylntroduction qui ont pour titre : Exposé sommmre de la doctrine médicale d' Hippocrate ; Remarqites sur le caractère médical et le style d" Hippocrate; ces chapitres ne sont autre chose que la description exacte, précise, définitive, de la forme de science et du genre de talent de THomère médical. Il faudrait bien peu pour donner h telle de ces pages de la couleur et de la flamme, de ce qui brille de loin ; mais ce peu eût sans doute paru de trop à l'esprit exact et consciencieux qui tient à ne pas excéder d'une ligne la limite du vrai.
Voici pourtant quelques beaux passages, du jugement le plus sûr. de la meilleure et de la plus saine des langues :
« Hippocrale a fleuri à l'époque la plus brillante de la civilisation grecque, dans ce siècle de Périclès qui a laissé d'immortels souvenirs. Il a vécu avec Socrate, Phidias, Sophocle, Euripide, Thucydide, Aristophane, et il n'a pas été indigne de cette haute société. Lui aussi a partagé le sentiment qui pénétrait alors les Hellènes, enorgueillis de leur liberté, enthousiasmés de leurs triomphes, épris de leurs belles créations dans les arts, dans les lettres et dans les sciences. Voyez dans lo traité des AirSj des Eaux et des Lieux, avec quelle fierté le Grec triomphe du barbare, l'homme libre du sujet soumis à un maître, l'Européen vainqueur de l'Asiatique partout vaincu sur terre et sur mer. Se peut-il trouver un sentiment national plus fièrement exprimé que cette supériorité de race que le médecin de Cos attribue à ses compatriotes? Plus on pénètre le sens des écrits d'Hippocrate, et plus l'on s'identifie avec le fond et la forme de ses pensées, plus aussi on comprend l'affinité qu'il a avec les grands esprits ses contemporains, et plus l'on est persuadé qu'il porte comme eux la vive empreinte du génie grec. »
Et pins loin, je détache, avec le regret de l'abréger, une belle et bien bonne page encore :
« Celse a vanté la probité scientiflque d'Hippocrate dans une phrase brillante qui est gravée dans tous les souvenirs : ( (( Hippocrate, a-t-il dit, a témoigné qu'il s'était trompé dans un cas de fracture du crâne, et il a fait cet aveu avec la candeur propre aux grands hommes, aux riches qui ont pleine conscience du grand fonds qu'ils portent en eux »)... C'est le même sentiment de probité qui lui inspire la plus vive répugnance pour tout ce qui sent le charlatanisme... La haine qu'Hippocrate ressentait et exprimait à l'égard des charlatans est très-comparable à la haine qui animait Socrate, son contemporain, contre les sophistes. Le médecin et le philosophe poursuivent d'une égale réprobation ces hommes qui abusaient de la crédulité populaire pour vendre, les uns, une fausse médecine, les autres une fausse sagesse... Il fallait véritablement qu'Hippocrate eût été blessé du spectacle donné par l'effronterie des charlatans et par la crédulité du public pour insister auprès des médecins ses élèves avec tant de force, non pas seulement contre l'emploi d'un charlatanisme honteux, mais encore contre toute conduite dont lo soin exclusif ne serait pas d'en écarter jusqu'à l'ombre la plus légère. La guerre aux sophistes faite par Socrate, la guerre à l'esprit de charlatanisme faite par Hippocrate, sont de la môme époque et portent le môme caractère. »
M. Littré, en cela, est bien un disciple d'Hippocrate. Bien qu'il n'ait pas prononcé le fameux Serment qui lie au sacerdoce médical, il le porte écrit dans son cœur. A le voir passer si souvent tout près de l'éclat en l'évitant, et si en garde contre toute magie, mêm^ celle du langage, on ne peut s'empêcher de faire la comparaison de lui à tant d'autres, qui ont du talent, mais aussi la montre et l'emphase du talent.
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Venant à définir le style si caractéristique du père auguste de la médecine, cette langue ionienne, chez lui si ferme et si sévère, bien qu'élégante toujours, ce style aphoristique en particulier auquel Hippocrate a donné vogue et qu'il semble avoir communiqué depuis à des moralistes eux-mêmes pour graver leurs pensées, il y reconnaît la marque primitive du maître, qui est demeurée sans égale, bien des choses qui, répétées depuis, n'ont plus été exprimées avec le même sens et la même grandeur. « On ne doit pas aller là, dit-il, pour apprendre la médecine; mais, quand on esf pourvu d'une instruction forte et solide, il faut y chercher un complément qui agrandisse l'esprit, affermisse le jugement, excite la méditation, genre de service que tous les livres ne rendent pas. » Modeste pour son auteur comme pour lui-même, on peut trouver qu'il ne le loue que juste assez.
Je regrette que ce ne soit pas ici le lieu d'entrer dans le détail des commentaires si sagaces et si fins qu'il donne de quelques-uns des aphorismes, notamment de ce premier aphorisme si célèbre :
« La vie est courte, l'art est long, l'occasion fugitive, l'expérience trompeuse, le jugement difficile. 11 faut non-seulement faire soi-même ce qui convient, mais encore faire que Iç malade, les assistants et les choses extérieures y concourent. »
H en tire les inductions les plus légitimes sur la pratique d'Hippocrate en qui il se refuse à ne voir, comme quelques-uns, qu'un observateur diligent, mais inactif, (le la marche de la maladie et un médecin expectant.
22i NOUVKAUX LUNDIS.
Hippocrate ouvrirait-il son livre par cet avertissement solennel concernant l'occasion fugitive, s'il n'avait été frappé des malheurs causés par d'irréparables hésitations, et s'il n'avait senti par expérience toute la responsabilité des heures perdues? M. Littré a là-dessus une belle page.
Le premier volume terminé, M. Littré eut la pensée pieuse de le dédier à la mémoire de son père, et il le fit en des termes qui rivalisent avec ceux de M. Barthélémy Saint-Hilaire, dédiant à la même mémoire sa tra- . duction de la. Polilique d'Aristote. Savez-vous que de tels hommages sont des épitaphes en lettres d'or?
A LA MÉMOIRE DE MON PlilRE
MICHEL-FRANÇOrS LITTRÉ...
« Malgré les occupations les plus diverses d'une vie traversée, il ne cessa de se livrer à Tétude des lettres et des sciences, et il forma ses enfants sur son modèle. Préparé par ses leçons et par son exemple, j'ai été soutenu dans mon long travail par son souvenir toujours présent. J'ai voulu inscrire son nom sur la première page de ce livre, auquel du fond de la tombe il a eu tant de part, afin que le travail du père ne fût pas oublié dans le travail du fils, et qu'une pieuse et juste reconnaissance rattachât l'œuvre du vivant à l'héritage du mort... »
C'est ainsi que ce juste et ce sage à la manière de Confucius entend la reconnaissance filiale, et qu'il en motive le témoignage en le consacrant. .
Une grande douleur avait frappé M. Littré au moment où il achevait d'imprimer le premier volume (1838), et
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elle en eût suspendu à coup sûr la publicalion si elle était venue Tatteindre plus tôt. 11 perdit son frère, homme d'esprit et de goût, et qui périt pour s'être livré avec trop d'imprudence à des études d'anatomie : comme Bich^t, il mourut des suites de cette sorte d'empoisonnement cadavérique. La douleur de M. Littré, à chacune de ces pertes de famille, ne peut se rendre : à la mort de son frère, plus tard à la mort de sa mère, on me le dépeint fixe, immobile, la tête baissée près du foyer, dans une sorte de stupeur muette, restant des mois entiers sans travailler, sans loucher une plume ni un livre, et comme mort à tout. Ces âmes intègres et entières ont des sensibilités plus entières aussi; elles ont, à leur manière, des religions de famille, et, quand le destin les frappe, elles reçoivent le coup en plein, sans subterfuge, sans consolation.
Des amis essayèrent de le tirer de cet état sombre. Une place était vacante à Tlnstitut, à l'Académie des Inscriptions et Belles- Lettres; Eugène Burnouf vint trouver M. Littré et lui dit à brûle-pourpoint ; « 11 faut que tu te présentes. » Littré résista, et même violemment. La difficulté était bien plus en lui que du côté de l'Académie. Le vieux et respectable Burnouf père fut mis alors en mouvement et vint le presser à son tour. Littré résista encore, avec moins de vivacitécependant. Mais ce fut sa mère seule qui, en dernier lieu et après un double assaut, l'emporta, comme la mère de Coriolan. Le voilà donc sur les rangs, en tournée de visites, de concert avec M. Barthélémy Saint-Hilaire, qui ne le lâchait pas , et qui faisait de ce succès de son ami
comme un triomphe personnel. On se trompait parfois à les voir arriver tous deux, et Ton ne savait lequel précisément se présentait aux suffrages : « Non, ce n'est pas Aristote cette fois, disait M. Barthélémy Saint- Hilaire, c'est Hippocrate qui a le pas et qui vient à vous. »
M. Letronne était des plus vifs pour M. Littré. Un incident survint. M. Littré, à ce moment, faisait imprimer sa traduction de la Vie de Jésus, de Strauss. Il sut que quelques académiciens timorés ou hypocrites en faisaient une objection contre lui ; on colportait des feuilles pour faire échouer sa candidature. M. Letronne, qui le poussait et le patronnait, lui demanda un jour: « Qu'est-ce donc que ce livre allemand que vous imprimez et dont on parle? » M. Littré le lui expliqua, en ajoutant : « Si cela ne contrarie que tel ou tel membre de TAcadémie, peu importe; mais si c*est un embarras pour r Académie elle-même et pour mes amis, je me retire. » L'Académie des Inscriptions n'y vit point un embarras, et se fit honneur en nommant M. Littré (4839).
ni.