LES PREMIÈRES PAROLES
l'union enire ses deux patries, et Mercy avait la tâche embarrassante de l'y aider, en la menant de son mieux entre ses obligations de princesse autrichienne et sa fierté d'honnête femme.
A entendre Marie-Thérèse, ce qu'elle veut est fort peu de chose. 11 ne s'agit ni de familiarités ni de bassesses; il n'y avait pas à en craindre le conseil d'une telle reine et d'une telle mère. « Une parole indifférente, certains regards, non pour la dame, mais pour votre grand-père, pour votre maître, votre bienfaiteur est tout ce que je vous demande, » écrit-elle à sa fille (30 septembre 1771). Et à Mercy : « Que ma tille traite la favorite sans affectation, comme le serait une femme présentée, pour laquelle on aurait le moins d'égards. > C'était le minimum des recommandations maternelles.
A deux mois de là, voici ce qu'aurait obtenu Mercy, en y employant, dit-il, « tous les moyens imaginables >. La comtesse du Barry étant venue chez la dauphine, avec la duchesse d'Aiguillon et la marquise de Mirepoix, la dauphine adressa d'abord la parole à la première; passant ensuite devant la favorite, et la regardant sans gêne ni affectation, elle lui dit : < Il y a bien du monde aujourd'hui à Versailles. » Après quoi, elle parla tout de suite à la marquise de Mire* poix (23 janvier 1772).
Cette parole en l'air, qui bien qu'adressée à la per-
sonne n'avait rien de personnel, c'était au-dessous du minimum demandé par Marie-Thérèse. Aussi engaget-elle sa fille à aller un peu plus avant. Parmi des conseils excellents et éloquents pour que, par son fait, il ne se fasse pas de scission dans la famille royale, elle parle de Tâge du roi, de ses fréquentes indispositions qui ne sont pas, dit-elle, indifférentes, des changements en bien ou en mal qui pourraient arriver par la favorite et par les ministres.
« Il faut y pourvoir, ajoute-t-elle, suivre sans hésitation et avec confiance ce que conseillera Mercy, ne relever rien, et rester bonne (13 février 1772). »
On pense si la pauvre dauphine devait être agilée par de telles instances, elle qui, deux jours auparavant, écrivait à sa mère : « Vous pouvez bien croire que je sacrifierai toujours tous mes préjugés et répugnances, tant qu'on ne me proposera rien d'affiché et contre l'honneur. » Enfin elle se décide à faire le pas de plus qu'on veut d'elle. C'était le 26 juillet 1772. Il y avait réception chez elle. Mercy, arrivé avant l'heure de la cour, trouve moyen de lui parler. Il la supplie de « faire à cette femme une réception convenable ». Celle-ci se présente avec sa compagne habituelle, sa suivante, aurait-on pu dire, la duchesse d'Aiguillon. La dauphine, après avoir dit quelques mots à la duchesse, se tournant vers la favorite, dit à propos du temps et des chasses quelques paroles en l'air, point
LA POLITIQUE 1>ES XC9A&EXC9T«. r
accompagnées da refard qm dit à q i: * lis f'i fr* «.*ae et dirigées de telle sorte qu'anmiied** i*rri e* j-w j^ prendre poar elle. La du Barry se î>a tLi: ;aa n:» w pour satisfaite. Il faot arooer q^V»? l'-ci : :« *t-géante.
C'est Mercy (piî Tétait de pi? e!L :I:.i- Iifi'-Tif qu'an plus prochaia des «onp-^r^ t.; «* v.ciiT-^i: ti petit chàteaa, la da Barry p^c«^:t à *'4.**^:lf à ^.v du dauphin^îl obtint de cdai-c', aa ca.* ^c U <i:** aurait lien^qn'il la prendrait b>i- ^-t lilî y rL-î-'ri.t une aisance qui fît taire les reriiir^-'H ruII^-.-îS, L^ prince le promit. Le lendeniaîa.rei«.:-.:m: Jl*rty. il lui dit en souriant : c J'ai ét« vr::i:-»r il*r aji p^: : château. 3 II n'araît rien de p'ys â <Ire. U îiî',r/>. plus discrète que ses cons^-i^i^r?, aya-t rei^: -.<>*: a v.c projet. On en forma un autre , a^qs*^! !* îî/.^'. '^ donna son agrément. Il s'agfssait de p^rr-^r^tr*: zi*:^ favorite se présentât plus sourent chez TartL --^^tr-*-*»'*:. Cette fois encore, elle fut plajm>i^r^eq^^ f.^:* *:'//# *,r». Elle réduisit ses prétentions à deux oa trc^lè tk^^,'^ lions par an, et elle finit par se rabattre â or.^ f^u>. Mercy ne manqua pas de donner à la danprJfje e^.t^ modération de la farorite comme un^ pre^Te 'Ju pfr:j qui en coûterait à la princesse pour ne pa« rn^eofit^riter des gens c qu'il était de la bonne politi'jue d^ ménager i.
Cependant on vit la dauphine, trois mois apr/fS, sft
révolter de nouveau contre c cette bonne politique >. Elle en avait sujet. La comtesse du Barry, emportée par la faveur, faisait bâtir à Versailles un pavillon, à côté de son appartement, en prenant du terrain sur un jardin qui servait à la promenade de la famille royale, et que masquait la construction nouvelle. La dauphine s'en plaignit avec chaleur et aigreur, trouvant l'entreprise « fort impertinente ». Mercy n'en disconvînt pas. Il essaya de la calmer, en lui représentant, avec € ingénuité », qu'il attribuait ces petites « variétés dans sa façon de penser > à sa liaison plus intime avec le comte de Provence.
A la réception du nouvel an, elle ne dit mot à personne, pour n'avoir pas à parler à. la favorite, à la différence du dauphin, qui lui adressa quelques paroles au grand étonnement de tout le monde. La favorite se plaignit à Mercy du silence delà dauphine. Mais l'habile diplomate lui persuada si bien de compenser le mauvais traitement de la dauphine par le très bon traitement du dauphin, que celle-ci qui, au fond était bonne personne, se tint pour satisfaite, et chargea Mercy d*en exprimer sa reconnaissance à la dauphine.
Celle qui ne fut pas contente, ce fut Marie-Thérèse : « Il faut réparer cela, écrit-elle à sa fille. Je ne demande pas trop en exigeant que, quatre ou cinq fois par an, vous parliez à la favorite (31 janvier 1773) ».
NOUVELLES UÉSISTANCES. ?3
Maric-Anloinelte, pour toute soumission, le jour que la favorite lui présenta sa nièce à Compiègne, ne parla ni à la nièce ni à sa tante. Mandant la chose à sa mère : « J'ai, dit-elle, imité le roi, qui a fait de même; » et, soit naïveté, soit malice, elle ajoute : « C'est une présentation qui s'est bien passée », Marie Thérèse ne s'y laisse pas prendre. Elle oppose à sa fille l'exemple de la comtesse de Provence, laquelle y avait mis plus d'empressement : € C'est, répond la dauphine, que la comtesse de Provence y est encouragée par son mari, et que, d'ailleur?, le caractère italien donne à ma belle-sœur plus dç ressources que je n'en ai. »
Mercy, poussé par Marie-Thérèse, lui conseille d'admettre la nièce de la favorite à la suivre à la chasse, et que, pour atténuer la chose, elle l'y fasse inviter par sa dame d'honneur. La dauphine s'y refuse ; elle parle de sa répugnance pour tout ce qui de près ou de loin tient à la favorite. Et, Mercy insistant, elle lui dit que, quand on avait adopté un système de conduite, il était difficile d'en changer. C'est ce que savait du reste Marie-Thérèse, qui, informée de ce nouveau refus : « Je connais mieux que personne mes enfants, écrit-elle à Mercy; ils tiennent à leurs volontés et ne manquent pas de ressources pour en venir à bout (3 janvier 1 774). »
Madame du Barry, encouragée par lout ce qu'elle
savait de l'obsession exercée sur la dauphine, consulta Mercy sur l'idée qui lui était venue de faire écrire par le roi une lettre à la princesse, pour en obtenir un « retour de bonté y>. Mercy l'en dissuada. Quelques jours après, elle pensait à acheter ce retour de bonté par des présents. Elle savait le goût de la dauphine pour les pierreries. Un joaillier ayant à vendre des pendants d'oreille eslimés 700000 francs, elle voulut les faire voir à la princesse, et elle lui fit dire que, si elle en avait le désir, elle n'eût pointa s'embarrasser du prix ni du payement, qu'elle trouverait moyen de lui en faire faire cadeau par le roi. La dauphine répondit simplement qu'elle « avait assez de diamants, et qu'elle ne songeait pas à en augmenter le nombre ». Cette fois, Marie-Thérèse approuva sans réserve sa fille : « Ce refus, écrit-elle, est bien pensé. C'est un point pour lequel je suis délicate. j> Mais elle gâte son approbation par de nouvelles plaintes sur ce que sa fille en fait trop peu pour la favorite. Et cependant la conduite de la dauphine était de moins en moins agressive. Bien résolue à n'en pas changer, la jeune princesse n'avait pas de peine à se refuser toutes les petites satisfactions qu'elle s'était données jusqu'alors, tels que les propos mortifiants, et tous les mouvements par lesquels se trahissait l'aversion ou la haine. Elle alla même jusqu'à montrer moins de froideur à une autre nièce de madame du