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LES AMUSEMENTS DE LA REINE

disait avoir depuis la racine des cheveux trente* six pouces de liauleur » (5 mars 1774); vainement Mercy s'évertuait à son tour à lui vouloir persuader, à force de circonlocutions et de périphrases, où ne manquaient, d'ailleurs, ni le tact de l'homme de cour, ni l'accent persuasif d'un fidèle serviteur de sa famille, que sa situation ne prendrait^ de consistance solide que le jour où elle aurait donné un héritier à l'État. Vainement ajoutait-il que ses qualités mêmes inquiéteraient une nation mobile et légère « qui craint d'être gouvernée par une princesse à laquelle il manque là qualité de mère pour être Française » (17 décembre 1775); et, développant les conseils de Marie-Thérèse sur la modération dans les distractions, insinuait-il qu'elles éloignaient le moment où cesserait le sujet de ses déplaisirs; que la cause était en elle, dans son trop peu d'attention à être, pour le roi, comme le voulait sa mère, amusante. Elle répondait à Mercy que ce qu'il prenait pour la cause de € ses sujets de déplaisir i^ pouvait bien en être l'effet, € qu'il fallait bien se distraire, et qu'elle n'en trouvait les moyens qu'en multipliant ses amusements » (18 mars 1775).

Par suite de l'arrangement intérieur des appartements de Versailles, le roi et la reine ne pouvaient aller l'un chez l'autre qu'en traversant une antichambre publique et toujours remplie de monde, ou

bien, par un grand détour, en passant par un des cabinets de madame Sophie, une des trois tantes du roi. On comprend de quel obstacle devait être au rapprochement des deux époux une disposition qui ne leur permettait pas de se réunir sans que la nouvelle en devint publique à la cour, ou que madame Sophie en fût avertie. La reine n'en paraissait pas trop embarrassée. Elle prolongeait les veillées^ et rentrait tard dans la nuit. Le roi, gros mangeur, grand chasseur, souvent fatigué et somnolent, aimait à se coucher tôt. Il avait, d^ailleurs, ses raisons pour ne pas attendre la reine, comme celle-ci avait les siennes pour ne pas aller le réveiller. On en glosait dans le public. On savait que la reine restait plusieurs semaines de suite faisant lit à part^ec le roL On lui en imputait tout le tort. Mercy proposa qu'on pratiquât entre les deux appartements un couloir par où les deux époux pussent aller l'un chez l'autre, sans rencontre ni témoin. La reine s'y prêta de la meilleure grâce et le couloir se fit. Mais, pour être faciles et secrètes, les communications n'en furent pas plus fréquentes, et « malheureusement, écrit Mercy, ce n'était pas des occupations sérieuses qui les empêchaient »,

En effet, la jeune reine était comme saisie d'un esprit d'emportement dans tous les genres de distraction avouable qui faisait dire â sa mère : ^ Elle court à grands pas à sa ruine (31 juillet 1775). »

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