LE PAUVRE HOMME
Réservée dans ses réponses aux insistance^ de Mercy, ayant l'air d'accepter les espérances qu'il lui donnait d'un prochain avenir meilleur, parlant toujours du roi avec un respect affectueux, elle se gênait moins dans ses confidences avec ses amis particuliers. Elle écrivait à l'un d'eux*:
c Mes goûts ne sont pas les mêmes que ceux du roi, qui n'a que ceux de la chasse et des ouvrages mécaniques. Vous conviendrez que j'aurais assez mauvaise grâce auprès d'une forge. Je n'y serais pas Vulcain, et le rôle de Vénus pourrait lui déplaire plus que mes goûts qu'il ne désapprouve pas (17 avril 1775). »
Au même, parlant d'une permission qu'elle veut obtenir du roi pour avoir une entrevue avec le duc de Choiseul :
« J'ai si bien fait, disait-elle, que le pauvre homme m'a arrangé lui même l'heure la plus commode. Je crois que j'ai assez usé du droit de femme en ce moment » (13 juillet 1775).
C'est de ces lettres tombées dans les mains de Marie-Thérèse que celle-ci écrivait à Mercy : « Quel style, quelle façon de penser ! » Mercy avait lu ou cru lire dans la seconde le « bonhomme :», c'est le « pauvre homme », qu'il faut lire, lui écrit Marie-
i. Le comte de Rosenberg.
Thérèse, L'un valait l'autre. Au choix pourtant, j'eusse mieux aimé le « bonhomme », parce qu'il eût rendu justice, un peu ironiquement il est vrai, à la moins contestée des qualités du jeune roi, la bonté.
Aussi bien, la reine mettait souvent cette bonté à l'épreuve. C'était, comme elle ne s'en cachait pas, l'effet de sa situation, qu'elle ne pouvait s'en distraire que par des amusements dont le moindre était fort coûteux. Par malheur, celui pour lequel elle avait le plus de goût était le jeu. Elle y mettait tant de passion, que tenir son jeu était devenu un danger. Les perles étaient énormes. Dames et courtisans s'effrayaient du prix qu'il leur en coûtait pour lui faire leur cour dans la plus dispendieuse de ses faiblesses. Le roi payait les dettes de la reine sur sa cassette, se contentant de demander des délais, contre l'usage des règnes précédents, et n'en parlait point aux ministres. Tel avait été l'abus des jeux de hasard dans l'hiver de 1776, que le gouvernement, d'accord avec le roi, avait dû renouveler les anciennes défenses- La reine, que celte mesure atteignait indirectement, en avait montré quelque humeur. Le « pauvre homme » n'osa pas lui avouer les mesures de prohibition qu'il avait ordonnées, et la reine, loin d'en être guérie, joua de plus belle, et « fit jouer presque tous les jours chez elle au pharaon :& (18 mars 1777).
Elle avait un autre goût également ruineux, et elle
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