MARIE-ANTOINETTE
M»t que Matm-Antotnetle B'ayaîl dû s'en faire aucua scrupule, et que le temps en apporterait des preuves bien autrement fortes que celles qui parurent suffisantes à la justice du tribunal révolutionnaire pour la condamner à mort. Aujourd'hui, l'en disculper n'est pas possible. Nous avons ses aveux; il reste à voir si ce qu'elle a fait, c'était assez d'une vertu surhumaine pour ne pas le faire.
Pour parler du premier grief, les vœux et les démarches de Marie-Antoinelte n'allèrent pas d'abord au delà d'une sorte de conlre-révolution pacifique, « qui devait se faire, disait-elle, par la menace de la guerre et non par la guerre elle-même ». Il n'est en effet question, dans les premières dépêches, que d'un congrès armé qui, en intimidant les méchants et en encourageant les bons, réveillerait l'esprit public, rendrait à chacun ses véritables sentiments, et ramènerait à la monarchie un nombre inCni de gens à qui les violences de l'Assemblée, des clubs et de la presse fermaient la bouche, et qui n'osaient se parler à euxmêmes de leurs regrets et de leurs désirs. Celle politique comminatoire n'était guère sensée, et quoique voir juste, en un temps si violent, fût presque aussi
LE CONGRÈS ARMP.. 5
impossible que craindre ou espérer avec mesure, on a peine à croire qu'une princesse si intelligente pût se persuader qu'un congrès armé ne serait pas pris par la France pour une déclaration de guerre. Elle se le persuadait pourtant, et ce fut durant plusieurs mois son illusion et celle de Louis XVI. Leur vue était déjà troublée; mais leurs sentiments restaient français. Us désiraient un congrès armé; ils se seraient révoltés à ridée d'appeler le fléau de la guerre sur leur pays.
Le péril croissant, ce sont leurs sentiments qui commencent à se troubler. Déjà ils vont plus loin qu'un congrès armé. Ce que leurs yeux n'apercevaient pas d'abord, l'inquiétude, qui est si clairvoyante, le leur découvre. D'un congrès armé, ils ne se dissimulent plus que la guerre peut sortir. Ils s'accoutument peu à peu à cette idée. Mais, à ce moment encore, on les eût fort étonnés, et peut-être indignés, si on leur eût dit que cette guerre serait sérieuse et sanglante, et que ce qu'ils désiraient secrètement n'était ni plus ni moins que l'invasion de leur pays. Ils continuaient d'espérer que, le premier coup frappé, la Révolution reculerait et que la royauté regagnerait tout le terrain que la Révolution aurait perdu. Us se représentaient l'armée française comme une armée royaliste au fond, dont les émeutiers de la Révolution formaient l'avant-garde. Cette avant-garde battue, pensaient- ils, il n'y aurait de vaincus que les émeutiers, et la France, délivrée
de ses oppresseurs, recouvrerait du même coup Tordre et la paix.
A mesure que la violence prend le dessus dans les conseils de la Révolution, les appels de la reine à Tîntervention étrangère deviennent plus pressants. Ne dissimulons rien; l'idée d'une guerre s'y mêle de plus en plus^ et d'une guerre où l'armée française serait battue. Un jour, Marie-Antoinette écrira : « La meilleure manière de nous servir est de nous tomber sur le corps. » (6 décembre 1791). Le mot est dur, mais déjà nous servir signifie dans sa pensée nous sauver, et cet appel à l'étranger n'est qu'un appel au secours. N'oublions pas à qui il est adressé : c'est au ministre de son frère et pour son .frère que Marie-Antoinette écrit. L'assistance naturelle d'un parent lui cache l'odieux de l'intervention étrangère. Ah! s'il y a encore quelque jugement sévère à porter contre la famille qui régnait en France en 1791, réservons-le pour les princes qui, dans la sécurité de leur exil volontaire, faisaient en style précieux hommage à l'impératrice Catherine de Russie de leurs plans de coalition contre la France, et indiquaient par quelles portes pourraient y pénétrer les armées étrangères avec l'émigration pour avant-garde ! Où le mari manquait pour protéger la femme, qui blâmera la femme de s'être tournée du côté de sa famille paternelle ? Marie-Antoinette croyait n'invoquer que l'aide des