L'INTERVENTION ÉTRANGÈRE
siens; elle ne voulait pas du secours de Fémigration, parce que l'émigration changeait une guerre libéra^ trice en une guerre de Français contre la France.
Peut-être, au gré d'un certain patriotisme implacable, la résignation à ce qu'on ne pouvait plus empêcher eût été plus digne; car pour demander que la reine aimât la Révolution, qu'elle fût reine sans ressentir les outrages de la royauté, qu'elle fil ce que devait faire Louis XVI au 10 août, en se dégradant sans se sauver, qu'elle se coiffât du bonnet rouge, je ne sache personne, même parmi les partisans de la Révolution à tout prix, qui en ait exprimé la pensée. Aux hommes, ne demandons que des vertus humaines. Pftit-être la résignation eût-elle été possible à une femme sans enfants. Ainsi, à côté de lareiiie, Madame Elisabeth en trouvait la force dans la méditation habituelle de la mort du Christ, quoiqu'elle n'eût pas la consolation de croire son sacrifice nécessaire. Marie- Antoinette était mère : ce n'est pas sa propre vie qu'elle défend, c'est celle de son fils. Passons-lui sa mauvaise politique; nous trouvons bien à admirer chez les animaux la mère qui défend ses petits!
Il n'y a pas non plus à justifier la reine de n'avoir pas accepté sincèrement la constitution de 1791. ée ne suis pourtant pas surpris qu'on lui en ait fait le reproche; mais je le serais bien plus qu'elle ne l'eût pas mérité.
Il est très vrai que la cour ne voulait pas sincèrement le « pacte constitutionnel ». Que la reine y fût la conseillère du roi, ou que la femme ne fit que suivre les sentiments de son mari, ses lettres ne permettent pas de douter qu'elle subissait la Constitution comme on subit l'oppression, avec la pensée de s'en affranchir dès qu'elle le pourrait. Écrivant au comte de Mercy-Argenteau, le 28 septembre 1791, sur les nouveaux ajournements des puissances qui paraissent disposées à sauver le roi : « C'est ce terme encore éloigné,