LES ESPÉRANCES
bilité d'une grossesse », elle le donnait au jeu. Ses finances en étaient si dérangées, qu'elle était c obligée de se refuser aux actes de bienfaisance où la portait sa générosité naturelle ».
Les alternatives d'espérance et de découragement sur le « point important » avaient pour eflfet ou de la modérer tout à coup ou de l'affoler. Les communications de Mercy à Marie-Thérèse sur ce sujet se suivent et se ressemblent. Tantôt la reine en est fortement occupée, et voilà qu'elle saisit les occasions d'être dans la journée avec le roi; une réciprocité d'égards et d'attentions s'établit entre les deux époux. La reine se ménage sur le jeu, sur les bals et les spectacles, quoique le roi l'y encourage; l'ennui même lui en prend. Tantôt elle s'y jette de nouveau comme avec un redoublement. Elle va au bal de l'Opéra, en plein mois de février, malgré le danger des sorties, des retours à quatre heures du matin sur la route de Versailles. Le mois suivant, les dissipations et les veillées immodérées du carnaval « ont fait le plus grand tort aux espérances de grossesse », et Mercy voit avec autant de « surprise que de chagrin la reine retombée dans une sorte d'oubli et d'indifférence sur cet important article » (20 mars 1778).
Enfin Marie-Thérèse^ que la seule idée d'un courrier lui apportant la nouvelle d'une grossesse mettait € hors d'elle-même de consolation et d'impatience », recevait de sa fille, le 19 avril 1778, < la grande et non attendue nouvelle », et, parmi des conseils sur des soins et des précautions de maternité à prendre, elle écrivait ces choses si touchantes et si propres à diminuer l'envie qu'excitent les conditions privilégiées : « Tout m'est infiniment à cœur : je ne me livre pas trop vite à la joie, et je suis accoutumée aux chagrins depuis trente -six ans; cela est devenu une seconde nature ; un instant donc de plaisir est pour moi un grand bien. »
Les perspectives prochaines avaient déjà changé le genre de vie de la reine. Les jeux de hasard