‹ Nouveaux mélanges d'histoire et de littératureChapitre 22 sur 76 · GROSSESSE DE LA R£IN · texte numérisé non relu

GROSSESSE DE LA R£IN

étaient devenus plus rares. Les amusements de la reine se réduisent à la musique et à des conversations plus longues avec les personnes familières. Elle voyait plus souvent le roi. Elle en parlait avec un accent tout nouveau. Tout en avouant que le mal des affaires venait surtout de sa méfiance en luimême, elle exprimait la certitude que, s'il prenait conseil de lui-même, c on verrait quelle est son honnêteté, sa justice et son tact ». Les espérances dont son cœur était plein s'épanchaient en paroles touchantes : « Je n'ose pas encore demander à ma chère maman des bontés pour son futur petit-enfant; mais je me promets bien que les premiers mots qu'il apprendra seront pour la plus grande souveraine et la plus tendre des mères. t> Et plus loin : « Il y a des moments oà je crois que tout cela est un songe. Mais ce songe se prolonge pourtant et je crois qu'il n'y a plus de doute à avoir. » C'était le temps où Jean-Jacques Rousseau avait mis à la mode l'usage de ne plus emmaillotter les enfants, de les mettre dans une barcelonnelte, et de les tenir presque toujours à l'air. La reine croit cette manière de les élever plus saine et meilleure. « Elle ne manqu ra pas de s'y conformer. Le sien à elle logera en bas avec une petite grille qui le séparera du reste de la terrasse, ce qui même pourra lui apprendre à marcher plus tôt que sur les parquets. » Elle grossit beau-

coup, c N'ai-je pas eu, ajoute-t-elle, T^nfance de me mesurer? J'ai déjà augmenté de quatre pouces et demi.»

On regrette de voir Marie-Antoinette troublée par la politique dans les premières joies pures qu'elle eût goûtées depuis son mariage. Il est vrai qu'il y en avait sujet. L'Autriche traversait une crise périlleuse; il n'était guère possible que la France, dans la famille royale, n'en ressentît pas le contre-coup. Poussée par Joseph II, Marie-Thérèse, le lendemain de la mort de l'électeur de Bavière (30 décembre 1777), avait fait occuper militairement toute la basse Bavière, comme fief de l'empire. A ce coup hardi, Frédéric II avait répondu en conduisant en personne une armée sur la frontière de Bohême, prêt à envahir les -possessions autrichiennes, si les troupes impériales n'évacuaient pas la Bavière. C'est à ce propos que Louis XVI, en roi de France qui voyait juste, plutôt qu'en bon mari, disait à la reine :

c L'ambition de vos parents va tout bouleverser. Ils ont commencé par la Pologne; maintenant la Bavière fera le second tome. J'en suis fâché par rapport à vous (18 février 1778). »

Il avait fait plus que blâmer l'Autriche, il avait donné à ses agents, dans toutes les cours, l'ordre de faire connaître que la France désapprouvait l'occupation de la Bavière. Il s'agissait pour Marie-Thérèse d'empêcher que la France^ allât plus loin, et que cette

Page 1