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LES MARIAGES POLITIQUES

misères domestiques de sa fille le maintien de l'alliance entre les deux pays. Quelquefois pourtant la nature parle, mais elle parle après le devoir, jamais plus haut; et, si Marie-Thérèse a des regrets du mariage, c'est à cause de sa stérilité, qu'elle est plus près de reprocher à sa fille qu'à elle-même.

Sur cette première période de la vie de Marie-Antoinette, un jugement trop sévère serait une injustice. Elle y semble moins à blâmer de fautes où sa destinée eut plus de part que sa volonté, qu'à louer de ce qui fut vraiment la victoire de sa volonté sur sa destinée. Sans compter qu'il y aurait plus à la plaindre qu'à la blâmer de la fatigue et du vide des lendemains dans sa vie dissipée, et, pour rappeler la belle pensée de Lucrèce sur l'imperfection de nos plaisirs, « de ce ;îe ne sais quoi d'amer qui nous tourmente même au milieu des fleurs ».

Il y a un mot de Marie-Thérèse sur les fautes de conduite de sa fille. « Seul, un revers, écrit-elle à Mercy, pourrait la corriger. » Mot bien dur sous la plume d'une mère, première cause d'un mal qui ne pouvait se guérir que par un revers. Rien, d'ailleurs, n'était plus vrai, et l'événement ne le prouva que trop. Tant que Marie-Antoinette ne trouva que les affaires pour modérer ses dissipations, elle n'en vit que les ennuis, et ne s'y engagea qu'avec le désir d'en sortir au plus tôt. Il fallut l'y pousser, le roi manquant de

plus en plus à la royauté. Elle s'y mêla sans s'y fixer, n'y ayant aucun goût ni aucune préparation, sentant bien qu'on ne lui saurait aucun gré de la nécessité qui l'y jetait malgré elle, et que la nation ne l'y appelait point. On croit voir, sur une mer de plus en plus mauvaise, une barque démâtée que gouverne mal un patron inbabile. Sa femme et ses enfants sont avec lui. Effrayée du péril qui s'accroît, la femme prend le gouvernail des mains du mari; mais bientôt elle le lui abandonne découragée, n'ayant réussi qu'à lui ôter le peu qui lui restait de confiance. Pour une barque ainsi gouvernée, il n'y a de fin que le naufrage.

Dans le rôle que la force des choses lui fait jouer malgré elle, Marie-Antoinette garde auprès du roi la place et les sentiments de sujette et de femme. Sans doute elle fait quelquefois allusion à la faiblesse de Louis XYI : il le fallait bien; c'était la seule explication qu'elle pût donner de tant de démarches contradictoires qui fatiguaient les amitiés les plus dévouées. Peut-être même, si l'on regardait dans ses lettres comme dans les pièces d'un procès, y verraiton percer, sous l'allusion, quelque chose qui ressemble à du dépit. Mais le respect est conservé, et ce dépit ne vient que d'une affection inquiète jusqu'à l'angoisse. Quand les suprêmes épreuves furent arrivées, un seul sentiment domina dans le cœur de

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