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L'ÉPREUVE SUPRÊME

Marie-Antoinette, ce fut le dévouement de la reine au roi, de lafemme au mari, jusqu'au moment où l'union conjugale, que resserrait de plus en plus leur commune agonie, reçut, par la nfiort^ sa dernière perfection.

Ce sentiment avait tenu trop de place, dans sa vie, pour n'en avoir pas une dans ses dernières pensées. Après l'adieu à sa famille, à ses tantes, à ses frères et sœurs, qui termine l'admirable lettre en manière de testament, qu'elle écrivit à madame Elisabeth, le 16 octobre 1793, quelques heures avant de monter dans la fatale charrette, elle dit de ce cœur qui va bientôt cesser de battre :

a J'avais des amis; l'idée d'en être séparée pour jamais, et leurs peines sont un des plus grands regrets que j'emporte en mourant; qu'ils sachent bien que, jusqu'au dernier moment, j'ai pensé à eux. »

On n'a pas tant de qualités supérieures et char mantes sans avoir quelque partie du talent de l'écrivain. Ce que j'ai cité de la correspondance de Marie- Antoinette prouve que cette fille adoptive de la France, qui c se sentait Française jusqu'au bout des ongles )) (1777), l'était par une des qualités qu'on y prise le plus. Sa correspondance, c'est elle, sans ce plumage dont elle eut tort un moment d'attifer sa tète charmante, mais dont on eut plus tort encore . autour d'elle de se scandaliser. Il est vrai que son

Style n'a pas de traits, et c'est de quoi lai ôter le suf* frage de ceux à qui le style uni et simple ne platt pas. Hais ceux qui se défient des traits comme de pensées^ qu'on aiguise, ou de sentiments dont on est assez mattre pour en faire des pensées, ne refuseront pa& le don de l'expression à celle qui a eu si abondamment le don de sentir.

Ces lettres font détester la crédulité cruelle qui aida les meurtriers de Marie-Antoinette à déshonorer la femme pour frapper plus impunément la reine. La légèreté à tout croire et à tout dire des personnes souveraines est un travers de notre pays, qui a tuè Marie-Antoinette par la main de furieux qui eurent peut-être des honnêtes gens pour complices. Sa mort devrait rendre à jamais impossible en France la calomnie politique.

Il est une mémoire qui n*a pas peu gagné à la publication de ces correspondances. Mais ce mot de gain sied-il ici? Il s'agit en effet de madame Elisabeth, et pour gagner, qu'avait-elle donc perdu? Protégée par son obscurité relative contre les jugements passionnés des partis, pour elle l'impartialité et la pitié sont venues d'abord et de tous côtés. La Révolution ellemême l'avait tuée comme on fait un coup dont on a honte, sans en parler. Le Moniteur met son nom au bas d'une liste d'exéculés, le 10 mai 1794. C'est tout. La défendre contre les ineptes calommnies que vomit contreelle, devant le tribunal révolutionnaire, Fouquier Tinville, sans troubler sa présence d'esprit, ni faire hésiter sa parole, ni altérer Tangélique douceur de son j

visage, personne n'y a songé. C'est qu'il ne s'est ren-

contré, depuis ces jours de sang, ni une faction assez ennemie de tout ordre social, ni un écrivain assez dépourvu du sens moral, pour avoir intérêt à chercher, dans ce charnier qu'on appelalesprocès-verbaux du tribunal révolutionnaire, des motifs sérieux pour un jugement historique. Où manquaient, non seulement les griefs, mais jusqu'aux plus légères apparences de prétextes à accusation, on n'a pas à en faire d'inutiles apologies, et il semble que, dès le lendemain de sa mort, madame Elisabeth ait reçu de la conscience publique la réparation encore contestée à Louis XVI et à Marie-Antoinette.

Désormais elle nous apparaît sous des traits auxquels ni les recherches de l'érudition historique, ni les vicissitudes des opinions sur la révolution française n'ont rien changé, comme la plus innocente desHrois royales victimes, et celle qui, par la pureté virginale de sa vie, a le plus contribué adonner au triple sacrifice le caractère d'une rédemption.

Mais, s'il est vrai que cette vertu sans tache n'eut pas tout d'abord sa perfection, et qu'à l'exemple de beaucoup de saints, madame Elisabeth eut à se corriger de penchants qui pouvaient devenir tout au moins des défauts, il semble que la sœur de Louis XVI s'élève dans l'estime des hommes et que, pour être le résultat de victoires remportées sur elle-même, sa sainteté n'en a que plus de prix.

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