MADAME ELISABETH
Si, de plus, celle que nous représentons assise au coin du foyer maudit, modeste et résignée, se dérobant à tout, sauf au devoir, eut beaucoup d'esprit, et du plus vif, de celui qui, par les fautes qu'il fait faire, ajoute aux difficultés de la vertu, Taimable figure, française une fois de plus par le trait caractéristique du pays, n'en est-elle pas plus originale?
Ainsi se montre, dans ses lettres, madame Elisabeth. Elle est, par les grands côtés, la même que nous connaissions déjà ; mais elle l'est avec plus de profondeur dans le solide, et plus de grâce dans l'aimable.
Une singulière indépendance d'humeur est le premier trait que révèlent les lettres de cette princesse. C'est sous cet aspect, fort inattendu, que la vit, pour la première fois, Marie-Antoi nette. La veille même du jour où elle allait devenir sa belle-sœur : elle écrivait à sa mère : « On dirait qu'Elisabeth, qui a six ans, est un peu sauvage. Elle a un air déterminé et doux en même temps. Je l'apprivoiserai, je l'espère (15 mai 1770). »
Un premier coup d'œil a révélé à la jeune dauphine les deux traits dominants de madame Elisabeth : la sauvagerie et la douceur. Laquelle l'emportera?
A un. an de là, le contraste persiste, et les deux penchants se balancent, c Elisabeth n'est pas un caractère méchant, écrit Marie-Antoinette, mais plutôt
entier et rebelle. Elle a sept ans, et gagne beaucoup^ et l'on surprend chez elle des traits de sensibilité qui sont charmants (7 décembre 1771). » A Tâge de huit ans, son éducation demandait beaucoup de ménagements. Elle souffrait malaisément qu'on lui résistât. Étant allée dans un couvent, elle voulut assister à la messe en costume de novice ; il ne s'en trouvait point à sa taille; elle en fut très mortiflée. Elle était fière^ entêtée de son rang. Les dames d'une maison religieuse avaient donné à sa sœur Clotilde et à elle une petite fête. Tandis que Clotilde baisait à la joue les religieuses l'une après l'autre, Elisabeth ne leur donnait que sa main à baiser.
Nous la retrouvons en 1778, de sept ans plus âgée. Elle est devenue sombre, retirée en elle-même. Ses senliments religieux s'exaltent; elle veut se faire carmélite. Louis XVI déclare qu'il ne le lui permet qu'à sa majorité. Elle résiste, elle se dépite. Mais la douce main qui avait essayé d'assouplir la sauvage enfant de six ans réussit à calmer la jeune fille de quatorze ans. Marie-Antoinette continue à bien espérer de cette nature à la fois difficile et aimante. Elle voit dans son obstination un caractère, dans sa fierté a un bo» point de direction », dans sa sensibilité un moyen € de lui faire comprendre l'avantage et le bonheur d'être aimée ». Elisabeth était très bienfaisante. Sa belle-sœur pensa qu'en lui donnant la liberté de faire