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MADAME ELISABETH

plus de bien et de le faire à sa façon, « on lui 6terait ridée de s*enterrer :»; elle conseilla au roi de l'émanciper et de lui constituer une maison.

Louis XYI suivit ce conseil, et, dès le mois de mai 1778, Elisabeth était maîtresse de ses actions.

Franchissons avec la correspondance Tintervalle qui sépare 1778 de 1 789. La Révolution a éclaté. L'indépendance d'humeur de madame Elisabeth prend tout d'abord le caractère d'une double opposition à la Révolution et à la politique de Louis XVL On n'a guère le courage d'en vouloir à la pieuse princesse de n'avoir rien aimé de la Révolution; on n'est pourtant pas fâché de voir qu'à toutes les vertus qui lui ont valu une douce vénération parmi les hommes, elle a joint la générosité qui lui fit comprendre et admirer les grands élans d'une nation qui se régénère. Elle dit de la nuit du 4 août : c La noblesse, avec un enthou-^ siasme digne du cœur français, a renoncé à tous ses droits féodaux... C'était à qui ferait le plus de sacri* fiées. Tout le monde était magnétisé. » C*est penser et parler en vraie sœur du Louis XVI ami de Turgot. Même après le retour de Varennes, elle a des paroles d'admiration pour la fête de la Fédération du 14 juillet 1791:

« Spectacle superbe, dit-elle comme en soupirant, si l'on avait le cœur gai. i^

Elle ne s'étonne pas que l'on sorte de France. « Si

j'en étais dehors, [dit-elle, je crois que ce serait pour longtemps. » Mais tout de suite le bon sens et les grands sentiments lui font ajouter : c II serait fâcheux que tout le monde pensât de même ; car notre pauvre pairie serait encore plus malheureuse » (30 mars 1790). Elle fait plus que parler, elle agit. Louis XYI l'avait pressée de partir avec ses tantes; elle aima mieux rester près de lui.

Et cependant, si quelqu'un exerce sa patience et lui donne sujet de remporter des victoires contre son humeur indépendante, c'est ce frère aux mains de qui elle voyait périr la royauté et la fortune de sa famille. Ses lettres offrent plus d'un trait où semble percer, sous le regret affectueux, un secret dépit de n'avoir ni le conseil ni la décision. « Nous laissons tout faire, écrit-elle à madame de Bombelles; et ce qu'il y a de pis, c'est que nous persuadons à tout le monde que nous ne sommes pas fâchés de ce qui se passe (27 avril 1790). » Quatre mois après, faisant allusion aux incertitudes de Louis XVI sur son projet de fuite : « Si tu veux savoir, écrit-elle à la même, des nouvelles de ma petite santé, je te dirai que j'ai toujours beaucoup d'engourdissement dans les jambes. Peut-être, si j'avais le courage de me guérir, je dirais que je ne le désire pas (29 août 1790). » Je désigne ici le Roi.

Et, six semaines après : « Les jambes du malade reprennent de la vigueur, et dans peu peut-être pourra-

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