LA CONSTITUTION
parce que j'ai toujours cru que c'était le moyen de la faire aimer (23 avril 1791). >
Le christianisme n'a rien inspiré de plus touchant que ce sacrifice d'une âme affamée qui se prive du pain spirituel pour ne pas mettre les autres en péril.
Par les sentiments de madame Elisabeth sur la Révolution, on peut juger ce qu'il lui fallait faire d^efforts pour les dissimuler. Elle savait à quoi s'en tenir sur la Constitution de 1791, dont elle dit avec tant de justesse < qu'elle ôte à Louis XVI le peu de couronne qui lui restait » (18 mai 1790). Cependant on la voit assister aux fêtes données en Thon^ neur de la Constitution.
« Nous avons été hier à l'Opéra, écrit-elle, nous irons demain à la comédie. Mon Dieu ! que de plaisirs, j'en suis toute ravie ! Ce soir, nous avons encore une illumination superbe tout en lampions, et en machines de verre que, depuis deux ans, on ne peut plus nommer sans horreur (25 septembre 1791)*. »
L'ironie est poignante. Figurer dans des fêtes dont les badauds seuls étaient dupes, faire bon visage à cette joie hypocrite ou imbécile, madame Elisabeth en eut le courage. Mais, pour que rien ne manquât à son épreuve, ce courage même parut à certaines gens faiblesse. On en parla mal. Elle ne s'en indigne pas; à peine s'en plaint-elle.