‹ Nouveaux mélanges d'histoire et de littératureChapitre 55 sur 76 · H6 ia horrore le corti · texte numérisé non relu

H6 ia horrore le corti

Tel esti Tn abrégé, d'après rexcellent ouvrage auquel j'ai emprunté plus d'une phrase, l'historique du rôle de Rubens dans la politique. J'y vois beaucoup d'agitation, d'allées et de venues, de voyages, de conférences avec des sous -ordres à qui n'appartenait, pas plus qu'à lui, le dernier mot des affaires qu'ils avaient à traiter, des demi-désaveux de ses maîtres, des disgrâces, plus d'un mauvais procédé dont il dut s'accommoder ne pouvant s'en venger, des lettres dédaigneuses auxquelles il fit des réponses que les panégyristes les plus prévenus trouvent trop humbles, peut-être quelques fautes de conduite, des contradictions qui pouvaient être interprétées comme de la duplicité, de quoi donner quelque apparence de vérité

à ce mot d'un ambassadeur de Venise qui le note comme « plein d'artifice >. Tout compte fait des faveurs et des disgrâces dont il est l'objet, ce sont les disgrâces qui l'emportent. Pour une fois qu'il est avoué et loué de ce qu'il a fait, combien de fois on l'abandonne, on le raille, on parle de lui comme d'une personne sans conséquence! Sauf sa commission à Londres, pour la paix entre l'Espagne et l'Angleterre, il n'est pas une affaire où le succès de son intervention ait payé sa peine et ses ennuis.

Les extraits que donne M. Gachard de sa correspondance, comparés avec les dépêches du même temps dans les mêmes affaires, trahissent souvent ce qui lui manque des qualités du négociateur. La première et la plus essentielle de toutes, celle où se reconnaît le génie de la négociation, la clarté y fait défaut. Qu'on rapproche, par exemple, de la dépêche qui nous est donnée par M- Gachard, comme le plus bel échantillon du c génie politique » de Rubens, la lettre où Philippe III notifie à l'infante les résolutions qu'il a prises contrairement aux plans proposés par Rubens. Celle-ci brille par toutes les qualités qui manquent à la dépêche. C'est un document admirable de sens politique, de mesure, de clarté, où, à chacune des appréciations et des propositions de Rubens, sont opposées les objections les plus përemptoires. Quant aux résolutions elles-mêmes, Philippe III en

pouvait-il prendre de plus sages que de ne pas s'exposer, sur des exagérations et des apparences, et pour une cause perdue, à une guerre avec la France, et de s'en tenir avec Monsieur et la reine mère à l'offre peu compromettante d'une médiation officieuse pour leur rentrée en France *î

Si, dans cette affaire, ni dans aucune autre, Rubens n'a fait preuve de « génie politique », je cherche quel nom donner au mobile qui le poussait à se mêler des affaires d'État. Qu'il y eût une aptitude générale, et que cette aptitude ait été chez lui assez près d'une vocation pour qu'il réussit quelquefois à ne pas faire mal ce que la nature ne l'avait pas appelé à faire excellemment, je le veux bien; mais cela n'expliquerait pas l'ardeur et l'obstination qu'il y mil. J'ai peur que son vrai mobile n'ait été indiqué dans cette phrase de l'ambassadeur de Venise auprès des Provinces-Unies, Contarini : « Le Rubens, écrit-il au doge, à la date du 8 juin 1629, est un homme ambitieux et avide; d'où l'on peut croire qu'il ne vise qu'à faire parler de lui, et à quelque bon présent^. »

1. L'année suivante, ou eut Tair de vouloir faire quelque chose de plus, et l'on flatta Gaston de l'espérance qu'on le mettrait à la tête d'une armée. Après avoir à grand'peine levé deux mille cavaliers allemands, qu'il ne put payer, il passa en Languedoc pour se joindre aux troupes de son seul partisan, le duc de Montmorency. Au combat de Castelnaudary, il le vit périr sans faire un mouvement pour lui porter secours.

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