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LES

Pour ôler à ce titre tout air de mystère, je dirai tout de suite qu'il s'agit des notes dont Sainte-Beuve a accompagné ou fait suivre ses Portraits littéraires contemporains, dans la dernière édition. Encore le mot n'esl-il pas de mon invention. Sainte-Beuve luir même nomme ainsi quelques-unes de ces notes. Et le nom est bien donné ; car, si les articles d'un tel critique sont des lettres publiques à l'adresse de la postérité, on peut en dii*e, comme de certaines lettres privées, que la vraie pensée est dans le post-scriptum.

En lisant les portraits et les posl-scriptum qui en sont comme les retouches, je n'ai cherché tout d'abord que le plaisir de la lecture, et ce plaisir a été vif. Je

conseillerais d'en essayer à quiconque, dans la préoccupation inquiète où nous vivons aujourd'hui, sait regarder au delà de ce qu'il regrette, de ce qu'il espère ou même de ce qu'il a. Je ne sache pas de distraction plus calmante que la lecture de ces pages ingénieuses et aimables inspirées par le pur amour des lettres, où rien ne nous parle du présent qui nous oppresse, où nous sommes reportés, comme en un rêve, vers un temps qui mettait les lettres au premier rang de ses affaires, et qui offrait aux jugements delà critique des prosateurs comme Chateaubriand, Lamennais, Georges Sand à ses débuts éblouissants, des poètes tels que Lamartine, Victor Hugo, Déranger, de Vigny, de Musset, Barbier, pour ne parler que des plus illustres. Une lecture des Portraits littéraires contemporains, c'est une retraite au plus épais du bois sacré.

Mais, comme un critique ne peut guère lire pour le seul plaisir et sans que ^ l'humeur jugeuse i>, comme dit Sainte-Beuve, ne se mette de la partie, l'idée m'est venue de faire une comparaison des portraits et des posl-scriptum et d'en tirer une conclusion.

Cette conclusion, est-il besoin de le dire? n'est pas que les meilleurs juges des choses de l'esprit sont sujets à se conlredire. J'ai mieux à faire que fournir des preuves de cette banalité. Il n'y a pas là, d'ailleurs, de contradiction, au sens ou l'on prend ce mot, d'un

changement d'opinion par intérêt. Rectifier ses jugements, les proportionner, au moyen d'amendements, au mérite réel des œuvres jugées, cela ne s'appelle pas plus se contredire que, si l'on a été emporté à quelque exagération par le vent des paroles, la retirer et se reprendre. L'exemple donné par Sainte-Beuve retouchant ses portraits pour les faire plus ressemblants, est un exemple de sincérité et de bonne foi auquel je comparerais volontiers, sauf à étonner quelques personnes, les Retractationes de saint Augustin. Dans ce livre, comme on sait, le grand docteur note du stylet de censeur, censorio stylo, les erreurs qui lui ont échappé dans ses nombreux ouvrages*, et il les corrige. Ce sont, pour la plupart, des erreurs vénielles. Par exemple, il s'accuse, ici d'avoir traité superficiellement un sujet qui devait l'être à fond; là, d'avoir manqué de mémoire; ailleurs, d'avoir donné comme certain ce qui était douteux; mal interprété ou mal appliqué certains passages des livres saints; ailleurs, d'avoir à tort expliqué par quelle raison on croit les enfers placés sous la terre, au lieu d'affirmer tout simplement le fait. Heureux et vraiment saint l'écrivain qui n'a que de tels péchés à confesser! Entre les Retractationes de saint Augustin et les

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