‹ Nouveaux mélanges d'histoire et de littératureChapitre 64 sur 76 · Ingeniura magni detrectat livor Homen · texte numérisé non relu

Ingeniura magni detrectat livor Homen

Quisquis es, ex illo, Zoïle, nomen habes.

(Remedium amoris, 365.)

. ZOILË. 299

Cependant ce iiom a été porté par un homme. Il est resté de cet homme des mots, des phrases, d'après lesquels on veut, en dépit de tout, s'en faire une idée. C'est ce que j'ai voulu à mon tour, probablement sans plus de succès que mes devanciers.

J'avoue qu'entre le jugement des Grecs et celui des Latins, c'est pour le premier que je penche.

Porphyre mo paraît le plus près de la vraisemblance, sinon de la vérité, quand il nous donne Zoïle non plus comme un envieux enragé, mais comme un sophiste qui faisait de la gymnastique intellectuelle aux dépens d'Homère. Car que pouvait-il avoir de personnel contre Fauteur de VIliade? Quelle sorte d'envie pouvait-il lui porter? On comprend l'envie de poète à poète, de contemporain à contemporain. Mœvius et Bavius, comme méchants poètes, témoins de la gloire de Virgile, devaient lui vouloir beaucoup de mal, et Pradon, par la môme raison, ne voulait pas grand bien à Racine. Mais Zoïle n'était pas poète, et plus de sept siècles s'étaient écoulés depuis le temps où les Grecs ont fait naître Homère. Quelle apparence qu'un critique et un grammairien eût séché d'envie contre un poète de sept cents ans antérieur à lui? Que celte envie n'ait été qu'un affreux travers d'esprit et le plus malheureux des paradoxes ; qu'il s'y soit mêlé un peu de la basse satisfaction qu'éprouvent les petits esprits à rabaisser les grands, c'est déjà un assez gros méfait ;

Tenvie furieuse est une perversité morale invraisemblable.

Tenons-nous donc aussi près que possible de l'opinion de Porphyre. Zoïle n'était que le plus effronté et le plus chagrin de ces sophistes d'Alexandrie, successeurs de ceux que l'ironie de Socrale avait si fort discrédités, et dont la race s^était continuée, gardant les mœurs que leur attribuent, après Socrate, Platon et Aristote, pour les avoir vus à l'œuvre et, à l'occasion, combattus.

€ Ils professaient, dit Plalon, et ils vendaient le pour et le contre; ils en tenaient débit, comme font de leur méchant vin les cabaretiers :», auxquels il les compare, après les avoir comparés aux marchands forains et faiseurs de tours ^

Le portrait qu'en fait Aristote n'est pas plus flatteur. «Ils vendaient, dit-il, leur savoir apparent, ayant soin de faire payer d'avance leurs leçons, car personne n'eût donné de l'argent pour ce qu'ils savaient*. » Et ailleurs : « Par leur façon d'argumenter, ils faisaient obstacle à la science, cherchant, même dans l'enseignement des choses les plus honnêtes, moins ce qui pouvait être utile aux autres que qui pouvait leur rapporter du profit 3. » C'est ce dont Platon les avait,

i. 1,239, 21, édition Didol.

Page 1