Traité du sublime, ch. vu
de railler Homère pour les' larmes qu'il prête à des pourceaux; c'est pour la fable tout entière de Circé. Siy au contraire, on passe au poète le fabuleux comme un moyen poétique légitime, alors il n'est plus besoin, pour expliquer les pourceaux qui pleurent, d'imaginer avec Longin un Homère composant VIliade dans sa jeunesse et V Odyssée au déclin de l'âge, alors que le génie lui-même commence à radoter. N'en déplaise i lotie et à Longin, les larmes que répandent les compagnons d'Ulysse changés en pourceaux sont l'admirable morale d'une des plus agréables inventions de VOdyssée. En effet, au lieu de suivre Circé dans sa belle demeure bâtie c en pierres polies i^ et d'y prendre de la main de la magicienne du pain et du vin empoisonnés, qui leur font oublier La patrie, que n'imitaient-ils leur compagnon Ëuryloque, resté au dehors parce qu'il soupçonnait un piège? Changés en pourceaux, mais gardant l'intégrité de leur raison, que pleurent-ils, sinon cette patrie dont le souvenir amer est le juste châtiment de leur faiblesse?
Quoique ces critiques de Zoïle témoignent d'aussi peu de goût que de bon sens, et qu'il s'y permette d'y plaisanter le génie, j'ai peine néanmoins à les attribuer à l'envie. Au fond, sinon dans les mots, elles n'excèdent guère plus les limites de la critique licite que telles difficultés faites par Longin à Homère, et, par exemple, l'approbation qu'il donne aux « petits
cochons larmoyants > de Zôïle. Je n'y vois que l'excès d'un défaut propre à la race grecque, et auquel les plus hauts génies, un Platon, un Socrate, unÂristote ont payé tribut. Il y a même dans une des œuvres de ce dernier certaines explications d'Homère qui pourraient être invoquées comme des circonstances atténuantes en faveur de ZoUe.
J'en ai choisi quelques exemples tirés dû peu qui nous reste de ses Problèmes homériques, livre admirable et de si grand prix, par les lumières que le plus grand penseur de l'antiquité y jetait sur le cœur humain, où ne pénétra jamais un regard plus profond.
C'est à titre de Xut«oç qu'Aristote y répondait sans doute à des objections faites de son temps par des pré* décesseurs de Zo'ile. Il va sans dire que, vingt fois pour une, son explication est la bonne. Encore, pour la seule qui est contestable, faut-il y regarder de bien près, et, si l'on est assez osé pour la contredire, le faire en toute humilité, seulement parce qu'entre Aristote et la vérité, c'est la vérité qu'on préfère.
C'est dans cet esprit que, sur un certain nombre