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rîce d'Ulysse, Euryclée, Ta reconnu à la cicatrice d'une ancienne blessure. Aristote blâme cette reconnaissance. Quel autre indice pourtant était plus sûr? Quel souvenir avait pu rester plus présent à l'esprit d'Ëuryclée? C'est à une chasse qu'Ulysse attaquant un sanglier, l'animal l'avait blessé d'un coup de défense au-dessus du genou. De retour chez ses parents, qui donc avait dû voir, même avant eux, sa blessure à peine fermée? Qui s'en était émue la première, sinon sa nourrice, celle c qui l'avait posé enfant nouveau-né sur les genoux de son grand-père Autolycus, venu à Ithaque au temps des couches de Pénélope »? Ulysse s'était, comme on sait, introduit dans son palais déguisé en mendiant. Euryclée, à laquelle Pénélope avait donné la charge de rendre aux étrangers les premiers soins de l'hospitalité, s'est approchée du mendiant pour lui laver les pieds. Croyant n'avoir devant elle qu'un des compagnons de son maître, réduit par le malheur à mendier, elle fait, il est vrai, la remarque que, de tous les malheureux qui se sont présentés, aucun ne ressemble plus à Ulysse « de corps, de voix, de pieds i> ; mais elle ne suit pas sa pensée et elle va en silence préparer l'aiguière. C'est seulement à la vue de la cicatrice qu'elle reconnaît son maître. Dans le trouble où la jettent la joie et la douleur, ses mains laissent tomber la jambe d'Ulysse sur le bord de l'aiguière qui est renversée. Alors prenant Ulysse au

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menton : « Tu es bien Ulysse ! dit-elle. mon cher fils^ je ne t'avais pas reconnu avant d'avoir touché de mes mains celui qui est mon maître ! »

Comment à la lecture d'une telle scène, fait-on autre chose que de prendre sa part de la joie d'Euryclée?Aristote n'avait pas decesattendrîssemenls-là; il cherchait la raison, non les <r larmes i> des choses. En cet exemple-ci, ne lui a-t-elle pas échappé? Il ne veut pas de ce moyen de reconnaissance, parce qu'une fois employé, dit-il, quiconque porte une cicatrice sera Ulysse. Je ne veux rien dire d'irrévérencieux d'Aristote, même quand il me faut prendre parti contre lui 4)0ur Homère; mais il semble qu'il aurait dû laisser cette objection-là à Zoïle.

A leur tour, Eumée le bouvier, et Philetus le porcher, font comme Euryclée. Ulysse, voulant les sonder, leur demande quel secours ils porteraient à Ulysse, si un Dieu le ramenait dans Ithaque. La fermeté de leur réponse ne lui laissant aucun doute sur leurs sentiments, il se découvre à eux. Quoique persuadés plus qu'à demi, ils se taisent. Vainement Ulysse leur dit qu'il les tient pour les seuls fidèles d'entre ses serviteurs; vainement il leur promet à chacun, si un dieu lui donne de détruire les prétendants, une femme .et une demeure près de la sienne; ils continuent de se taire, comme s'il manquait, pour les convaincre, une dernière preuve. Mais à peine Ulysse, écartant ses

baillons, leur a-t-il montré sa cicatrice, ils la regardent, la reconnaissent, et, pleurant, ils entourent Ulysse de leurs bras, et ils baisent sa tète et ses épaules ^

A propos de ces reconnaissances, voulant expliquer pourquoi Ulysse ne se fait reconnaître à Pénélope qu'après Télémaque, le bouvier, le porcher et la nourrice, et lorsque les prétendants ont péri, Âristote en donne trois raisons :

1* A la différence de Télémaque, qui, par son habitude de parler aux gens d'un air riant et nair, éloignait toute défiance, et qui, d'ailleurs, savait maîtriser sa passion, Pénélope ne faisait guère que se lamenter. Cessant tout à coup, dût-elle n'en dire la cause à personne, des soupçons pouvaient s'élever. Quant à feindre de continuer ses gémissements, la joie l'en eût rendue incapable.

2* Peut-être Ulysse craignait-il qu'avertie de ce qui allait se passer, elle ne voulût sauver quelqu'un des prétendants. La chose n'était pas impossible. Luimême n'avait-il pas de l'affection pour certains d'entre eux, témoin les paroles que, dans la scène du massacre, il échange avec Amphinomus?

3<» S'il ne se fait reconnaître qu'en dernier lieu par sa femme et par son père, c'est pour qu'ils apprennent en même temps sa présence et la mort des prétendants.

i. Odyssée, XXI, 222.

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En attendant, exempts de l'agitation de ceux qui étaient engagés dans la lutte, ils auront dormi d'un sommeil tranquille, et le plaisir de la surprise que leur ménageait Ulysse n'en sera que plus doux.

- De ces diverses raisons, dont aucune n'est invraisemblable ni indiiTérente, et qui toutes témoignent de la pénétration ingénieuse d'Âristote, la dernière me paraît être du bel esprit, la seconde n*est qu'une supposition gratuite, où le caractère de Pénélope est légè-. rement méconnu ; la première seule est vraie. Ulysse n'y eût-il pas.pensé de lui-même, quelqu'un l'y aurait fait penser. C'est Agamemnon qu'il avait vu dans sa descente aux enfers, pleurant encore le crime qui l'y avait précipité :

€ Ne sois jamais trop doux pour ta femme, lui avait dit l'ombre du roi des rois. Ne lui dis pas tout ce que tu sais, mais une partie seulement, et cachelui le reste. Mais toi, tu ne périras pas par ta femme; car elle est sage, et elle ne forme que de bons desseins... Je te dirai une autre chose; retiens-la bien dans ton cœur. Aborde secrètement, non pas eh vue de tous, ta chère patrie ; car il n'y a pas à se fier aux femmes, i^

Voilà la vraie, la seule explication du secret qu'Ulysse garde avec Pénélope. Je m'étonne d'autant plus qu'Aristote ne s'en soit pas tenu là, que, parlant de la discrétion d'Ulysse : « Nul doute, dit-il, que ces

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conseils d'Agamemnon ne se fussent présentés à son esprit*. >

Le traité d'Aristote offre un autre exemple de ces explications multipliées où semble se jouer ce grand esprit. C'est à propos d'un passage de l'Iliade que tous les lettrés ont en mémoire s.

Hélène vient d'arriver à la porte Scée. Elle y trouve assisy devisant sur la guerre, Priam et quelques vieillards qui, la voyant venir, se disent entre eux ce que traduit ainsi Ronsard en un de ses sonnets :

Il ne faut 8*esbahir (disaient ces bons vieillards),

Dessus le mur troyen voyant passer Hélène,

Si pour telle beauté nous souffrons tant de peine.

Les Grecs sont rassemblés aux pieds 'des murs. Il y a trêve entre les deux armées. Le court espace qui sépare les Grecs des Troyens permettant à ceux-ci de voir distinctement les principaux chefs ennemis, Priam demande à Hélène de lui montrer ceux qu'elle connaît. Après en avoir désigné plusieurs : e: Il en est deux, dit-elle, parmi les princes des peuples, que je ne vois pas. C'est Castor, le dompteur de chevaux et Pollux, si vaillant au pugilat, deux frères qui sont de la même mère que moi. Ne sont-ils donc pas venus de l'aimable Lacédémone?»

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