‹ Nouveaux mélanges d'histoire et de littératureChapitre 75 sur 76 · Réflexions critiques sur Longin, Y · texte numérisé non relu

Réflexions critiques sur Longin, Y

Ce qu'il était comme architecte, son traité le dit assezj Ce quil était comme homme, on le sait par quelques passages de ses préfaces, écrites avec un tel accent de sincérité et de candeur, qu'on ne peut douter qu'il ne s'y rende simplement justice. Très instruit dans les lettres et les sciences, ce dont il se déclare redevable aux soins de ses parents et de ses maîtres, il, en était arrivé, dit-il, < à se faire un geâre de possessions qui lui 6tait tout besoin d'avoir davantage. Ce qui est le propre des richesses ». Il aimait mieux la médiocrité avec la bonne renommée, que fopulence au prix de l'infamie. Il voulait que l'architecte fût philosophe, € pour avoir une âme grande et hardie sans arrogance, et pour apprendre à être équitable, fidèle et surtout exempt d'avarice »^ Sa vie ne fut que l'application .de ses maximes. Très considéré par César, puis par Auguste, leurs dons insuffisants n'empêchèrent pas qu'il n'eût à souffrir du peu de soin qu'il avait pris de sa fortune; et, pour s'être trop défendu de l'avarice, il paraît qu'il connut la pauvreté.

t D'un homme de cette humeur, on ne s'attend guère à des sentiments cruels. Pourtant Vitruve estime que la mort de Zoïle était méritée, par quelque supplice qu'il eût péri. Et chose singulière, la circonstance aggra>vante dans l'acte de Zoïle, c'est, aux yeux de Vitruve,

i,De V Architecture y préface du livre IV.

qu'Homère n'était pas là pour lui répondre : c'est la même qu'avait relevée, selon lui, le roi Ptoléraée.

L'approbateur moderne de la fin tragique de Zoïle est un homme dont l'humeur n'était guère plus farouche que celle de Vitruve. En fait d'honnêteté, nous savons, par le témoignage unanime de ses contemporains, qu'aucun écrivain de son temps n'a laissé une meilleure renommée. Cet homme, c'est Boileâu. Eh bien, Boileau pense comme Vitruve. Seulement, au lieu d'approuver expressément la mort de Zoile, comme une juste expiation, Boileau ne fait qu'y souscrire comme à un effet inévitable des haines qu'il avait suscitées. Pour être atténué dans l'expression, c'est, au fond, le même jugement. Et ce jugement surprend d'autant plus de Boileau, qu'il avait commencé par nous donner Zoïle, sur la foi de Denys d'Halicarnasse, pour « un rhéteur fort savant*, à qui je ne vois pas, dit-il, qu'on puisse rien reprocher sur les mœurs, puisqu'il fut toute sa vie très pauvre ^. Il semblait, par ces premières paroles, qu'il se fût mis sur la voie d'une opinion plus humaine, et qu'arrivé à conclure il ne dût pas prendre si aisément soft parti de la chose. Il l'accepte sans plus d'émotion que de doute. Qu'une légende lointaine laisse indifférents ceux qui n'ont pas de malif de l'examiner, on le comprend. Mais que des

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