MADAME DU BARRY
jour^ celui qui, pendant six ans, ne fut son mari que de nom. Le lendemain, la cour était à la Aluette, et déjà on y attendait madame du Barry.
« On nous menace, écrit Mercyd'Argenteau, qu'elle • ' y soupera avec la famille royale. Je n'y puis croire. En tout cas, ajoute-t-il, je suis assuré que la dauphine tiendra bonne contenance. ^
Cette fois, en effet, on en fut quitte pour la peur.
C'est seulement dans une lettre du 9 juillet 1770 que Marie-Antoinette fait pour la première fois mention à sa mère de madame du Barry.
« Le roi, dit-elle, a mille bontés pour moi, et je l'aime tendrement, mais c'est à faire pitié la faiblesse qu'il a pour madame du Barry, qui est la plus sotte et impertinente créature qui soit imaginable. Elle a joué tous les soirs avec nous à Marly, elle s'est trouvée deux fois à côté de moi; mais elle ne ni'a point parlé, et je n'ai point tâché justement de lier conversation avec elle; mais, quand il le fallait, je lui ai pourtant parlé. »
Elle dit aussi qu'elle a écrit pour la première fois au roi, non sans grande peur, sachant que la comtesse du Barry lit toutes les lettres.
« Mais, ajoute-t-elle, vous pouvez être persuadée, ma très chère mère, que je ne ferai jamais de faute ni pour jii contre elle. »
On voit tout le fond de ce jeune cœur, le trouble où
Ta jetée un voisinage odieux, et aussi la résolution de conduite discrète qu'en dépit d'influences contradictoires, également pressantes, rien ne changera. Et n'oublions pas que celle qui écrit ainsi n'a pas encore seize ans.
Mercy en témoigne dans ce passage d'une lettre à Marie-Thérèse, parlant des rencontres de la dauphine et de la favorite dans le dernier séjour à Marly, où la princesse, étant exposée a à jouer tous les soirs au lansquenet avec la comtesse du Barry, et à se trouver même assise quelquefois à côté de cette femme, il ne s'est pas échangé le moindre geste qui pût donner matière à dire qu'elle eût bien ou mal traité la favorite».
Aucun document ne nous dit quelle conduite tenait dans ces réunions le dauphin à l'égard de la favorite, ni celle-ci à l'égard du prince. Seulement, dans un entretien avec Mercy (20 août), la dauphine se plaint qu'il se laisse entraîner aux soupers intimes, aux retours de chasse, où la du Barry faisait partie de la société intime dont s'entourait le roi. Était-ce facilité, faiblesse? était-ce, faut-il le dire, qu'il était attiré à ces fins repas soit par un appétit qu'avaient aiguisé les fatigues de la chasse, soit par un peu de gourmandise dont il était si peu maître, qu'à la suite d'une indigestion de pâtisseries, la dauphine dut faire enlever de la table tous les mets qui pouvaient le tenter?