RÉPUGNANCES DE LA DAUPHINE
Pour ce qui la regarde, sa conduite discrète à l'égard de la favorite était taxée de fierté. Les officieux en faisaient leur cour à Marie-Thérèse.
« Il m'est revenu, écrivait-elle à son ambassadeur, qu'on trouve la dauphine trop fière vis-à-vis de la favorite, qu'elle suit trop les conseils de madame Adélaïde (celle des trois sœurs du roi qui était la plus animée contre madame du Barry), et qu'elle perd chaque jour auprès du roi. »
Mercy lui rend confiance, et dans la satisfaction qu'elle en éprouve, écrivant à sa fille, parmi les plus sages conseils de mère, de femme et de reine, elle lui dit :
« Ma chère fille! Demain, c'est un grand jour de consolation pour moi, jour qui, depuis quinze ans, ne m'a procuré que des consolations. »
Ce demain, c'était le 2 novembre^ jour anniversaire de la naissance de Marie-Antoinelle, jour où elle allait avoir quinze ans!
Nous franchissons un intervalle de dix mois, durant lesquels il n'y a eu, ni de Mercy à Marie-Thérèse, ni de Marie-Antoinette à sa mère, aucune communication de quelque importance au sujet de madame du Barry. Seulement, il paraît qu'à la date du 22 mai 1771, la dauphine, bien que Mercy l'en eût doucement presséCj^ n'avait pas encore adressé la parole à la favorite. Elle s'en défendait par la peur qu'elle avait,
disait- elle, de ses tantes. Mercy, qui croit y voir une marque d'ingénuité, se trompe. Cette peur des tantes n'était qu'une couverture qu'elle donnait à sa répugnance persistante. Que ne parlait-elle du moins, lui demandait Mercy, aux personnes attachées à la favorite. La chose étant de moindre conséquence, elle voulait bien parler au duc d'Aiguillon. Deux mois après, elle allait plus loin. Jouant au lansquenet avec le roi et la famille royale, et se trouvant assise à côlé de madame du Barry, elle prenait une contenance plus aisée, elle parlait à la favorite de bonne grâce^ quand les incidents du jeu le comportaient, « sans affectation et sans qu'il y eût trop ni trop peu j>. Mais l'effort que lui coûtait cette aisance avait été si grand, qu'un mois après, elle reprenait toutes ses répugnances. Le roi en avait fait des plaintes à Mercy, le chargeant, en père qui ne craignait rien tant que d'avoir des explications avec ses enfants, d'exprimer à la dauphine « son déplaisir de la voir se livrer à des préventions, à des haines qui ne venaient pas d'elle ». Il faisait allusion à madame Adélaïde. Ce qu'il demandait à la dauphine, c'était « d'accorder strictement le traitement que toute personne présentée est en droit d'attendre "». Mercy fait la commission. 11 supplie la dauphine de ne pas prendre les directions de mesdames ses tantes, il la presse de parler au roi. Elle ne s'en sentait pas la force. Elle consent enfin à