PENSÉES DIVERSES
Plier sous la force, c*estresclavage; obéir i des lois , c'est la société. Mais quelqu'un a-l-il droit dlmposer des lois à Thomme? ou, en d'autres termes, existe-t-il une société légitime? Voilà, en politique, la première et la plus importante question ; car, que resteroit-il à discuter, si on la décidoit négativement? Et toutefois la philosophie est impuissante à la décider d'une autre manière.
État social parfait : parfaite s oumission au pouvoir réglé par la raison de la société, ou par des lois parfaites.
État intellectuel parfait : parfaite soamissiooL au pouvoir on à Tautorité , qui n'est que la raison générale, et primitivement la raison divine, manifestée par le témoignage. «
Etat imparfait : soumission imparfaite, ou pouvoir particulier qui cherche à s'établir, commencement de révolte et de désordre.
État sauvage : ni pouvoirs ni lois, ou un pouvoir vague et des lois vagues; ce pouvoir, re«
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connu seulement en temps de guerre , c'està-*dire pour détruire et pour rarager. Chacun ' maître chez soi , maître de ses croyances , de ses devoirs , de ses actio ns. C'est le déisme.
Etat de nature : indépendance absolue 9 ou absence de touto société. Plus d'autorité, plus de lois, plus de devoirs, plus de raison ^ plus de langage* La nuit dans l'entendement, Tapa* thie dans le cœur qui ne bat plus, le silence sur les lèvres. C'est l'athéisme, c'est la mort. Et aussi l'homme n'a jamais vécu dans l'état de nature, et l'esprk ne .«'est jamais arrêté dans l'athéisme* Ce qu'on prend pour lui , c'est le doute , ou un état de recherche inquiète.
L'h omme qui est seul cherche la société , la parole , la lumière, la vie ; l'esprit qui est seul cherche Dieu; Yoilà tout.
Les chartes sont pour les peuples ce qu'est l'Ecrit ure pour les réformés : c'est le protestantisme transporté dans la politique. En croyant obvier aux difficultés, on les multiplie. Chacun interprète, à sa façon le texte sacré, y trouve ce qui lui plait; et déjà n'avons-nous pas vu dans les Chambres des disputes grammaticales? Je ne sais même si Ton n'y a point cité le Die^
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tionnaire de l'Académie. II est plus désirable qu'on De le pense qu'il y ait quelque chose d'indéûni dans les attributions du pouvoir, que l'on n'en connoisse pas bien exactement les limites ; car il arrive des circonstances où il est contraint, pour le salut de tous, de scdéployer avec plus d'étendue que dans les temps ordinaires. Gela est sans iBconvénlenl sous l'empire des constitutions traditionnelles, mais cela n'est jamais possible sans blesser les chartes écrites , et alors tout est perdu , parceque , la charte violée, il ne reste plus rien, et iesrévoludonnaires ont beau jeu ; les apparences sont de leur côté.
Ces réflexions peuvent s'appliquer au gou<verncment de l'Eglise : cela est clair pour ceux qui le connoissent. Les théologiens d'une certaine école sont des amateurs de chartes ecciésiastiques , ils n'y entendent rien , même à ne parler qu'humainement.
On s'est imaginé de nos jours qu'une feuille de papier, qu'on appelle Constitution , devoit tenir lieu de tout aux peuples , de mœurs , de religion 9 etmêmede gouvernement.
Ûa ne conçoit4>a8bi^a.ce qu'on peut entea-
dce par gouvernement Représentatif. Que représente*il?Le pouvoir? Mais le gouvernement, qui est le pouvoir, ne sauroit le représenter. Le peuple? Mais le peuple n'est et ne peut être que sujet , 6t il n'est pas aisé de comprendre comment le pouvoir représente le sujet, et comment le droit de commander représente le devoir d'obéir. Si on prétend que le peuple est pouvoir à certains égards , et le pouvoir sujet & certains égards , cela devient un peu moins obscur. Me voudroit-on pas alors dire que le gouvernement représentatif est comme la représentation d'un gouvernement ?
Quand un malade est sans ressource» on fait une assemblée de médecins. Il est juste qu'on ait le même égard pour la société.
Messieurs les libéraux 'ne se lassent point d'opposer ce qu'ils appellent le régime du pri^ vilége , à l* ordre constitutionnel , qui est pour eux le beau idéal de la société. Ce doit être en effet quelque chose de bien admirable et de bien doux; sans cela se mettroit-on en si grands frais de révolte pour se procurer une de ces heureuses constitutions qui, à la vérité, en-
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traioeot bieo d'abord de légers inconvénients, la guerre civile , lés proscriptions , les confiscations » le régicide même quelquefois ; mais qui finissent toujours, comme chacun sait, par assurer aux peuples assez sages pour ne pas se laisser prévenir contre elles sur les premières apparences , une gloire impérissable et une félicité sans exemple. Très permis donc aux libéraux de vanter et d*aimer les mille et une constitutions qui ont fait le bonheur de TEurope depuis trente ans. Mais à cause de cela même, ce que nous ne concevons pas, c'est leur aversion pour le privilège f carie privilège est partout dans ces constitutions, à commencer par celle de Tempire , et sans cela il setoit impossible d'organiser une forme quelconque de société. Prenons la Charte pour ex^emple. Ne déclare-t-elle pas que la personne du Roi est inviolable? et rinviolabilité n'est-elie pas un privilège? Les pairs ne jouîssent-ils pas d'une foule de privilèges qui leur sont accordés par la loi? l'hérédité , les majorats, les titres transmissibles , Texemption de la prise de corps à raison de leurs dettes? Les députés des départements n'ont-ilspas aussi des privilèges qui leur sont propres? Et quel privilège plus grand que la participation au droit de faire la
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loi , droit qui constitue la souveraineté? Les électeurs nomment le souverain en vertu d'un autre privilège , fondé 9 non sur les lumières , sur l'instruction > sur l'estime publique , mais sur l'argent; et ce privilège est ou plus étendu ou plus restreint , suivant la richesse du privi-^ légié. Ainsi légalité d$$ droits j entendue dans le sens révolutionnaire , ne signifie rien , ne conduit à rien , si Ton n'établit de plus l'égU" lité des fortunes. Il y auroit en ce genre de beaux exemples à donner par lés libéraux.
Au-dessous des grands privilèges dont nous venons de parler , il en existe une foule d'autres moins brillants , mais non moins réels. Combien de charges ne sont-elles pas des pro* priétés de famille? Celles de notaire, de greffier! etc., se vendent légalement et avec justice, non seulement par le titulaire, mais encore par ses héritiers^ Les courtiers, les agents de change jouissent du priyilége qui a bien son prix , de gagner chaque année cinq ou six cent mille francs , sans craindre aucune concurrence. Quand on en est là j nous ne pensons pas qu'où dût tant crier, contre le régime du privilège f ni le présenter comme 1 opposé du régime constitutionnel. U ne faut abuser de rien , pas même du privilège de déraisooner.
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C'est prendre trop de peine pour séduire et remuer les hommes, que de chercher des etreurs nouvelles ; on les trompe à moins de frais : il suffit de changer les mots. Un peuple est-il las de la servitude que les factieux appellent liberté, parlez-lui d'indépendance, d'idées libérales , constitutionnelles , de tout ce que vous voudrez; il n'en demande pas davantage , et le progrès des lumières n'est que cela.
On demandoit au brahme Poulahvi ce gui monte le plus haut? Il répondit, L'orgueil d'uu esprit médiocre qui détourne ses regards de Dieu. Ce qu'il y a de plus vaste? Il répondit. Les prétentions d'un homme ambitieux qui n'aime que soi. Ce qu'il y a de plus profond? Il répondit, Le sommeil d'un prince que sa coa^ science ne réveille plus. Ce qu'il y a de plus petit? Il répondit. Les pensées d'un visir qui ne voit que le présent. Ce qu'il y a de plus malheureux ? Il répondit , Le sort du peuple abandonné à ce visir.
' On remarque quelquefois dans la société un certain repos de lassitude, dont lesjgouvernements voudroient se faire honneur. Ils disent
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du peuple : Voyea^ comme il dort! Et les voilà eux-mêmes qui s'endormeut satisfaits du succès de leurs soins. Mais le sommeil du peuple est court ^ et malheur à ceux qui le gouvernent, lorsqu'il se réveille le premier !
La force n'est pas l'effort, au Contraire; et voilà pourquoi on ne l'acquiert jamais.
II y a une sorte de clémence sanglante , et c'est celle qui ne prend poiTit conseil de la justice. Le pardon qui ne tombe que sur le crime est un nouveau crime : Dieu lui-même ne pardonne qu'au repentir.
Il but que les peuples sentent le poids du sceptre , et qu'ils le portent avec orgueil.
L'influence du christianisme sur l'esprit humain se montre d'une manière bien frappante dans les troubles mêmes qui agitent maintenant la société. Ils ont pour c^use , en grande partie, un vif sentiment de la perfeclion morale que les anciens ne connoissoient pas et que la religion chrétienne a développé. Les boiis, comme les' méchants, ne peuvent plus supporter les
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imperfectioDs du pouvoir. Pour gouveriier les koinmes, il faudroit des ^tres supérieure à l'humanité , et c'est ce qui rend peut-être la société impossible désormais; car le mélange du bien et du mal , des vices et deis vertus , des incon* vénients et des avantages , est ici-bas inséparablc de toute association humaine. L'ordre plus parfait auqucLtous aspirent, quoiquil&ne s'en forment pas tous la même idée , et qu'ils s'efforcent d'y arriver par dçs voies entièrement diverses, cet ordre n'est pas de ce monde. 11 y a aussi quelques esprits profondément pervers, à qui le mal connu ne suffit plus, et qui cherchent la perfection du désordre, qui n est pas non plus de ce monde. Que résultera-t--il de ce mouvement universel ? Dieu le sait ; mais il est clair que le genre humain aspire à un état nouveau. Les bons appellent Iç ciel , les wé-
chants évoquent l'enfer.
De tous les sentiments que peut inspirer l'autorité publique , le mépris est le plus funeste ; la haiiie a moins de danger. L^s peuples ressemblept à la plupart des hommes» qui trem*blent devant le lion , et qui écrasent sans pitié les reptiles.
Les moindres inconvénients des discussions
publiques eur les matières de gouyeraemeot est qu'elles répandent plus de doutes que de lumières. Elles échauffent les passions, excitent les murmures, dégoûtent de ce qui est, préci* pitent dans les expériences, soumettent le souverain au jugement du peuple, préparent dès lors sa condamnation , et la tribune, qu'on ne Toublie jamais , est Téch^faud de la royauté.
Il j a des|)eu^ies morts, et dont les ambreâ reviennent. Toute leur vie est dansile passé : aussi n'ont-ils qpe des souvenirs. Tels sont les sauvages , tant exaltés par une philosophie qui s'efforçoit de nous conduire au même état. Us ne s'occtipent point de leurs fils; mais leur âme s'émeut en pensant aux ossemenU de leur$ père$. Leur patrie, ce sont des tombeaux ; leurs lois, leurs mœurs, un fantôme de tradition* Entre eux et les peuples vivants, les peuples qui ont un avenir, se trouvent ceux qui n'ont ni avenir ni passé. Us cherchent hors d'eux-mêmes, dans un présent qui fuit, non des souvenirs , non des espérances: quoi donc? l'image trompeuse et les dernières illusions d'une vie qui s'éteint.
Les hommes s Imaginent d'ordinaire que rien