PENSÉES
ne àe fait avec sagesse que ce qui se fait avec lenteur, et pour ainsi dire 4 force de temps. Us ont raison en un sens, et à un ceitain degré; mais ils n'ont pas raison toujours et en tout. Les génies dominateurs qui ont exercé une puissante influence, suï 4eur siècle , et traîné le monde à leur suite , ont étéredefabJes ' de cet ascendant , moins encore à des vues plus étendues, plus pénctcantes , qu'à une volonté plus active, plus* promjptè. Jls ont fait bien > parcequ'ils ont fait ce que la société auroit fait à la longue,. si les circonstanceis nV Toient pas dérangé son action; et ils ont fait beaucoup, et plus que, nul autre, plus que la société abandonnée à elle-même n'eût pu faire, parcequ'ils ont fait vite , et qu'ils se sont affranchis du temps. Pour conduire les peuples, il faut marcher devant eux.
Les lois civiles ne peuvent établir entre les hommes , et encore très imparfaiteàientV que les seuls rapports qui dépendent d'une justice rigoureuse ; elles sont tout-à-fait insuffisantes pour le maintien dç la société ; car nulle so« ciété ne subsisteroit si chacun n'avoit pour rè-
gle <lc sa conduite envers les autres que le droit strict, Otez l'équité qui l'adoucit » qui pèse les
circonstances, qui attéhue les torts en tenant compte de la foiblesse , et se relâche-» et compatit , la dure rectitude de la loi romproit , à force de les tendre , tous les liens qui unissent
les membres du corps social. Qui prétend tout . ce qui hii est dû ne sauroit rendre ce qu'il doit lui-même. Il j a des devoirs d'humanité dont la justice légale ne peut ni imposer l'obligaUoa» ni punir Tinfraction ; comme il y a aussi des droits qu'elle prqtège, et qu'on ne pourroit quelquefois sans cri nie exercer dans toute leur rigueur. L'équité vient alors au secours de la justice pour la sauver d'elle-même. Il suit de là que cbei les peuples où les fonctions du magistrat y lorsqu^il s'agit de punir les . délits^ se réduisent à appliquer matériellement une loi abstraite et morte ,'la justice» distribuée sans égard à tout ce qui devroit équitablement modifier les sentences, n'est plus guère qu'une loterie de supplices. Les înconvénieiits qu'il peut y avoir à laisser au juge une liberté plus grande sont et bien moins fréquents et d'une nature beaucoup moins grave. Quelque déplorables qu'elles puissent être, ses erreurs n'ont pas l'effet d'altérer , comme la disproportion habituelle entre le châtiment et la faute , le sentiment deTéquité dans une nation.