‹ Nouveaux mélangesChapitre 21 sur 107 · J>C PAPE · texte numérisé non relu

J>C PAPE

A.U fait, OD est bien obligé, pour ne pas anathématiser le souverain Pontife et la plus grande partie de l'Eglise , c'est-à-dire pour ne pas tomber dans le schisme , d'a?ouer qu'on ne défend qu'une simple opinion ; mais dès lors tout le monde est maître de la rejeter. En adoptant l'opinion contraire, le Pape rentre dans tous les droits que tous lui contestez; et quand il lui plaira d'en user , si tous refuser de vous soumettre , ce sera déclarer que yotre opinion particulière , opinion libre selon vous^ doit prévaloir sur celle du Saint-Siège , et faire loi pour l'Eglise entière, ce qui ne seroit rien moins que vous arroger la primauté. Mais poursuivons.

Suivant le quatrième article , c/ani le% question$ de foi^ le jugement du Pape n'en pas ir-

riformabUy à moins que le consentement de l'Eglise n intervienne ; ce qui signifie très clairement que les jugements du Pape peuvent être léformés. Or un jugement ne sauroit être réformé que par un autre jugement. Supposons donc que le Pape rende , en matière de foi , un jugement qu'il soit nécessaire de réformer , qu'arrivera^-t-il? Comme l'Eglise dispersée ne peut prononcer de jugement, puisqu'elle ne forme point un tribunal , il y aura d'abord des

110 SUR UN OVTftAGE INTITULE

oppositions particulières. Un érêque , après ayoir reçu le décret du Pape , décidera que le Pape s'est trompé , et par conséquent jugera le Pape ; n>ais son jugement ne sera pas non plus irréformable. Les oppositions particulières se multipliant , et la question restant indécise , il faudra qu'un concile général s'assemble , chose aujourd'hui si aisée, comme chacun sait; et jusque là f dans une question de foi débattue en«* tre le souverain Pontife et les évêques , l'Eglise ignorera ce qu'elle doit croire.

Enfin les obstacles sont surmontés :Je ns $aiê gui convoque le concile ; de tous les points de la terre les évêques y arrivent pour juger le Pape ; et puisque le concile juge le Pape, et que le Pape doit lui obéir , il faut donc qu'il soit audessus du Pape? Or, quelles sont les condi-tions que doit réunir on concile pour être investi de cette suprême autorité? Ecoutons Bossuet : « La puissance qu'il faut reconnoitre • dans le Saint-Siège est si haute et si émi- > nente , si chère et si vénérable à tous les fidè- «les, qu'il n'y a rien au-dessus que toute TE- »glise catholique ensemble '• • Le concile qui sera au-dessus du Pape devra donc représenter toute l'Église catholique ensemble. Or un

* Sermon lur l'anité. deuxième partie.

concile séparé du Pape représenteroît-îl toute VÉgiiie catholique ensemble? Est-ce que le souterain Pontife ne fait pas partie de TÉglise catholique? Ainsi donc , séparé du Pape , le con« die ne peut rien contre lui ; uni au Pnpc, ce seroit le pape qui se jugeroît et se réfornïeroît lui-même 9 puisque, en quittant le concile, il le dissoudroit en tant que général.

Bossuet lui-même reconnoît en termes formels que , d'après les anciennes régies , les con-cites généraux tenus sans le Pontife romain sont nuls* et dénuis de toute autorité \ Il excepte à la vérité le cas où le Pape seroit tombé dans le schisme ou dans l'hérésie. Mais comment savoir autrement que par la sentence du concile si le souverain Pontife est réellement tombé dans l'hérésie ou dans le schisme? La puissance du concile demeure donc douteuse jusqu'à ce qu'il ait prononcé son jugement , et c'est de la nature du jugement que dépend l'étendue de la puissance : si le concile décide que le Pape est hérétique , il est infaillible; il ne l'est pas , s'il déclare que le Pape n'est point

* ÇiKMf autem aUin^ ad gynodot habitas iecluto pontlfiee : prU mttm ^umtem Parisientoê ultra eotuenîiunt, et antiquisêimis rtgulU^ tynodoê gûnêrale$ abtqae romano pontificô nattas eue et irritas. Gailia orthod. , n. tzxiir.

112 SUE AjN OUVRACE IMITULÉ

hérétique. Tout-puissaot pour condamner, il est sans pouvoir pour absoudre ; et , à moins que le Pape , se joignant au concile , ne se juge lui-même, et ne dise, Je déclare que je suis orthodoxe , la sentepce qui le justifieroit , et le tribunal qui auroit prononcé cette sentence , seroient nuls , de toute nullité , nuUasel irritas.

Voilà ce qu'on soutient sérieusement. Et encore l'idée d'un concile supérieur au Pape , dans un cas quelconque, d'un concile séparé du Pape , et à qui le Pape doit obéir , paroit si étonnante à ceux mêmes qui se sont engagés à soutenir cette étrange doctrine, que Bossuet, répondant à cette question , • Le Pape obéira »donc au concile comme à son supérieur?» s'écrie : « Gardez-vous de prononcer cette pa- 9 rôle abominable ! » Le Pape , selon Bossuet , ne sera donc point tenu d'obéir ? Pardonnezmoi , il obéira à la vérité révélée au concile par te Saint-EspriV y ce qui lève toute difficulté, comme on voit.

Toujours résulte-t-il de ce passage quç Bossuet n'a pas osé mettre formellement la souve-

* Ergone codùUo obediens erit tanquam raperîorif Cûvedùoe^ m : abominandam vœem ! $ed dicat obcdire ipti veritati per Spi~ ritam saDCtum ip0Î concUiû rcveUtse. Hid, PravUi DUseri, n. XIII.

DU PAP£. /. 1 l3

raioelé daas le concile. Sa raison, ordiûaftrcineot si droite, répugpoit à concevoir l'Eglise sous Tabaurde nptioD d'une société privée bc^ I

bituellement du pouvoir souverain. Quel état '

pourroit subsister sans un tribunal suprêfxie , perpétuel, et jnge en dernier ressort des coa- 's

tostations qui peuvent naître, et naissent en ^

i^et à chaque instant? Où en seroit-on si cha- .

cua avoit \% droit d'appeler des décisions et des ordres du monarque à une pnisifance supérieure qpi ne se montra que de loin en loin? Au lieu d'un gouvernement , on auroit Tanarchie la plus profonde. C'est la souveraineté qui fait la société : donc la souveraineté doit être permanente comme la société. Une souveraineté intermittente est , comme l'observe fort bien M. de Maist^ei, une contradiction dans les teimes. Or les conciles sont , de. leur nature , nécessairement intermittents , et il y a trois siècles <|u'on n'a vu de concile général dans l'Eglise.

Il fai^t Jire les excellantes réflexions de JM. de Maistre sur ces gt^ndes assemblées qui ne sont et ne peuvent être qu0 le parUïïwni ou le» états généraux du ehrisUanisme ras$efnbté$ par l'au* torité et MUB la firé$i(^mcé du souverain. < .

«Partout où il T a un -souverain, et dans le *

ll4 son tN OtVRAGE iRTlTl'li

• système catholique le souverain est inconteS'* stable, il ne peut y avoir d'assemblées natio-

• nâles et légitimes sans lai. Dès q^i'U a dit ^ veto 9 l'assemblée est dissoute, ou sa force eo-

• législatrice est suspendue; si elle s'obstine ^

• il y a révolution.

> Cette notion si simple , si incontestable , et » qu'on n'ébranlera jamais, expose dans tout >3on jour l'immense ridicule de la question si » débattue , si te Pape est au-dessus du conciU , 9 ou le concile au-dessus du Pape; car c'est de-*

• mander en d'autres termes si te Pape est aa-

• dessus du Pape, ou te concile au-dessus du conlicite.

» Je crois de tout mon cœur avec Leibnitz » que Dieu a préservé Jusqu'ici tes conciles véri-

• taMement cecuméniques de toute erreur contraire

• à la doctrine salutaire i je crois déplus qu'il

• les en préservera toujours; mais puisqu'il ne •peut y avoir de concile œcuménique sans

• Pape , que signifie la question , s*il est au- -dessus ou au-dessous du Pape? La demande

• est précisément ce qu'on appelle en anglois » un non-sens.

» Au reste , quoique je ne pense nullement à

• contester l'éminente prérogative des, conciles

• généraux, je nen reconnois pas moins les

DU PAPE. Il5

inconvënients immenses de ces grandes assemblées, et Tabus qu'on en fit dans les premiers siècles de l'Eglise. Les empereurs grecs, dont la fage ttiéologique est un des gmnds scandales de l'histoire , étoient toujours prêts  convoquer des conciles ; et lorsqu'ils le Toulôient absolument, il fSilloit bien y consentir: car l'Eglise ne doit refuser à la sou- Tcraineté qui s'obstine rien de ce qui ne fait n^tre que des ineon^nients. Souvent Tiocrëdulité moderne s'est pki à faire remarquer l'influence des princes sur les conciles , pour nous apprendre à mépriser ces assemblées;, ou pour les séparer de l'autorité du Pape. On Ini a répondu mille et mille fcîis sur Tune et Tautre de ces fausses conséquences ; mais du reste qu'elle dise ce qu'elle voudra sur ce sujet, rien n'est plus indifférent à l'Ëgnse catholique, quf ne doit ni ne peut être gouvernée par des coAeilesf. Les empereurs," dans les premiers siècles de l'Eglise, i>'«voient qu'à vouloir pour assembler un concile , et ils le voulurent trop souvent. Les évêques , de leur rcÂlé , s'accoutumoicnt à regarder ces assemblées comme un tribunal permanent, toujours ouvert au zèle^et au doute; de là lieut la mention frécfUeiite qu'ils en font^dans leiffs

Il6 SUR LN OUVRAGE INTITULÉ

«écrits, et Textrême importance qu'ils y atta- Dchèreot. Mais s'ils a?oient vu d'autres temps, «s'ils avoieut réflcchi sur les dimensions du Bglojl^e, et s'ils avoient prévu ce qui devoit ar- » river un jour dans le monde, ils auroient bien senti qu'un tribunal accidentel , dépeqdant du caprice des princes , et d'une réunion excessivement rare et difficile, ne pouvoit avoir été choisi pour régir l'Eglise cternelle et universelle. Lors donc, que Bossuet demande, avec ce top de supériorité qu'on peut lui pardonner sans doute plus qu'à tout autre homm^j pourquoi tant de conciles y si la décision.des Papes suffisait à l'Ëgiisê * , le cardinal Orsî lui répond fort à propos : — Ne le dtemandcs^ point à nous, ne le demandez point aux Papes Damase , Gélestiu . Agathoii , Adrien , Léon , qui ont foudroyé toutes les hérésies , depuis Arius jusqu'à Butichès , avec le conseotemeut de rÊgUfe, ou d'une

• On poarroit demander afec plus de Mion pourquoi uo Pape, si sa décision ne suffit pas à rÉgliter Pourquoi rÉgliac, à qui une / autorité supr£me n'est pas moins nécessaire qu'à toute autre société, n'est- elle pas gouvernée par un concile permanent , -ai lu soavcraifieté i€side dans le concile F On répondra qu'an concile permanent eat impossible. Donc la souveraineté ne réside pas dans Ib concile , puisqu^lne sou? cnîiieté permanente est indiap'cftsable.

DU PAPE. ÎI7

mense majorhc» et qui n'oat jamais imaginé qu'il fût besoin des conciles œcuméniques pour les réprimer. Deraandez-le aux empereui^s grecs , qui ont voulu absolument les conciles, qui les ont convoqués, qui ont exigé Tassentiment des Papes , qui ont excité inutilement tout ce fracas dans l'Eglise '.

1 Au souverain Pontife seul appartient essentiellement le droit de convoquer les conciles géoéraiix Mais comment les hommes subordonnés à une puissance, puisqu'ils sont convoqués par elle, pourroient-ils être, quoi* que séparés délie, au-dessus d'elle? L'énoncé seul de cette proposition en démontre l'absu rdité

sOàestla souveraineté dans les longs intervalles qui séparent les conciles œcuméniques?... Si les besoins de l'Église appeloient une de ces grandes mesures qui ne souffrent pas de délai , comme nous l'avons vu deux fois pendant la révolution françoise, que faudroit-il faire? Les jugements du Pape ne pouvant être réformés que par le concile gé* néral, qui assemblera le concile? Si le Pape s'y refuse, qui le forcera ? et en attendant com-

■ /off. ffM^. Orti. Dtf irreformabili nom. pontif, in definiendU fidet epniraveniit judieh» Tom. iit , lib. 11 , cap. ix , p. i83, i84«

Il8 St}R UN 0CVBA6B INTITULÉ

> ment TÉglise sera^-elle gouvernée? etc*, etc..

» Plus on examinera la chose attentivement,

» et -plus on se convaincra que, malgré les con-

• elles et en wertu même des conciles , sans la

• monarchie romaine il n'y a plus d'Éghse' • »

On doit ajouter que s'il y a une puissance au-dessus du Pape , si l'on peut appeler de ses jugements, et le juger lui-^nême, Un'y a plus de monarchie, plus d'unité. Les protestants l'ont très hien vu , et leurs témoignages , raslemblés avec soin par M. de Maistre , ne sont pas la partie la moins curieuse de s%a livre. Mosheim a écrit une dissertation pour établir que Vappel du Pape au futur concile détruit l'unité visible*. Luther même et Calvin , Mélanchton, Grotius, Casaubon, Sckenherg, et beaucoup d'autres, ont fait des aveux non moins remarquables. Obligés de nous borner , nous ne citerons que ces paroles de Puffendorf :

%Que le concile gait au-deisus du Pape, c'est »une proposition qui doit entraîner sans peine

• l'assentiment de ceux qui s'en tiennent à la

• raison et à l'Ecriture* : mais que ceux qui » regardent le siège de Rome comme le centre

* Du Pape jtom. i, pag. ao et soiv. — * Mosheimii dissert. De €ipfêL wiconeii, ttnc'v, tceitiite uniiatim tpeetabUem toUeniibut» •— ** Farces nou, Piiffeodorf entend désigner les piotestanti.

JXÛ PAVE» 1^9

• de rÉglide^ et le Pape comme l^véque œcu- > méttique 9 adoptent aussi le même sentiment i 9 c'est ce ^ui ne doit pas sembler médiocrement 9 absurde; car la proposition qui met le concile

• au-dessus du Pape établit une yéiitable aristo- »cratie» et cependant TEglise romaine est une ^

• moparchie*'» ^

Les principes que nous venons decombattre» destructifs du gouvernement de TEglise, ne sauroient Soutenir ua examen sérieux , et ceux mêmes qui les défendent en théorie sont con* traints»pour éviter le schisme, de les abandon** ner dans la pratique. Après avoir montré que la raison ne peut les admettre, nous ferons voir qu'ils sont également contraires à la tra* }

dition , et principalement à celle de l'Eglise de France. Tout ce que demandent avec Bossuet les partisans de ces tristes opinion|| c'est d'être exempts de censure ; et c'est en Writk deman-> der bien peu pour des catholiques ; mais enfin Ton d'en contente. Après cela il nous est sans doute permis de dire , sans craindre d'offenser personne , qu'en ce qui concerne le pouvoir du souverain Pontife le système gallican se réduit à

> ... îd qukiem non par km absurditatU habût , guitm ttaius §etU' <t« mnnartkiems «ît« De habita relig. Ghrût. ad vitam civUeiOy

IdO SUR UN OUVRAGE INTITULÉ

croire le moins ponsibte sans être hérétique , afin d'obéir le moins possible sans être rebelle.

On sent bien qu'il est impossible ée présenter ici uo tableau complet dé la tradition sur le pouvoir dii souverain Pontife. Mais, comme les nombreux témoignages que nous pourrions citer se ressemblent tous , qu'ils ont d'ailleurs été rassemblés dans des ouvrages que chacun peut consulter , il suffît d'en mettre quelques uns sous les yeux du lecteur pour le convaincre que la doctrine défendue par M. de Maistre n'eât que la doctrine constamment enseignée dans l'Eglise depuis son origine.

Nous avons vu que la question se réduit à savoir si le Pape est véritablemeut souverain. Or, dire que l'Eglise est une monarchie, ou que le Pontife romain possède une puissance suprême djus l'Eglise, ou que nul n'a droit dele juger, ou que ses jugements sont îrréformables , ou enfin qu'il est infaillible, c'est, en des termes différents , lui attribuer la souveraineté. On ne doit jamais perdre de vue cette • réflexion en examinant les monuments de la tradition.

Voyons d'abord quelle idée les Papes ont eue de leur pouvoir , dans les premiers siècles. Innocent I , qui succéda en 4oi ou 402 à saint

Anastase , écrivoit aux évêqnes d'Afrique : «C'est fturtoat lorsqu'il s agit de la foi que jios » frères et cocVcques doivent on référer à Pierre «seul, c'e«^-à-dire à l'auteur de leur nom et >de leur dignité ' : «et saint Augustin déclare que le Pape « a parle comme il convtnoit , et » comme devoit parler le chef du Siège aposto-- »lique*.>

Vers la fin du même siècle , un des (dus grands Pontifes dont se glorifie TEgUse. romaine , saint Gélasc , défendoit ainsi les droits de sa primauté côotr quelques rebeHes : « Ces

• hommes qui ne savent ce qu'ils disent nous

• opposeilt les canons, et ils commencent par »les Tioler ea refusant d'obéir au premier Siège »qui cberdie à leur inspirer des sentiments

• droits et salutaires. Ne sont-ce pas les ca-

• nons mêmes qui consacrent dans toute !*£-

• glise les appels à ce Siège , dont ils ont défendu 9 que nul appelât jamai%^;^%v\ii ils ont voulu que, vjtt^e de toute l'Eglise^ il ne fût lui-même soumis » aujugement de personne. Loin d* ordonner JamaU

• un nouvel examen de ses décisions^ ils ont statué

* Epift. III, Inaor. i, n. a. Epist. R. P. , col. S«^6. — • 'Ad omoia nobis itle rMcrtpstt co nooclo, qiio fas erat, atqne oportebat apostoUe» scdU antistitcic. £/^. CLixiri, 5. j4u^», n. a, tom* Il , col. 664*

SDR UN OCtJIAGB INTITULE

que ses sentences ne pouvaient être cassées »

et qu'on devoit obéir à ses décrets. .«..C'est

pourquoi nous ne craignons point l'abrogation

de notre sentence apostolique , qu'appuient

de concert , et la voix de Jésus-Christ, et la

tradition de nos ancêtres, et rautorité des

canons. Qu'ils craignent plutôt eux-mêmes »

s'il leur reste quelque sentiment de religion»

d'être condamnés devant Dieu et devant les

ho/nmes , par une irréformable constitution du

Siège apostolique '••

Ce témoignage paroit-il asstt clair, asseft

formel? Nicolas s'exprime, s'il est possible ^

avec plus de forée encore : « Il est manifeste ,

» dit-il , que les jugements du Siégg apostolique

• sontîrréformables , et qu'il n'est permis à qui

• que ce soit de se rendre juge de ses senten- ■ ces, parcequ'il n'y a point d'autorité au-des- » sus de la sienne : et c'est pour cela que les

• canons ont voulu (fùe » de toutes les parties

• du monde, ont appelât à ce Siège éminent » » duquel il n'est permis à personne d'appeler'. »

* Kpist. iT, Gelasii, tom. !▼, concil. , col. 1169 et 1171. — • Patct profecto aedîs apostolic» , eujui auetifrUate major non 9si, judicium à oemine fore retracUadom , neque cnîqoam de ejus liceat jadicare judicio : siqaideDiadilJain de qaâlibet mundi parte caooaei appellari ▼olucrant , ab illA autem acmo fit appeU Uns permÎMiu. Ibid,, tom. fin, col. 3 19.

Yeut-OD s eu rapporter aux Papes de la prn xnilîve Eglise sur ce qui regarde les prérogative» 4e leur Siège? La question, dans ce cas, estv décidée par les textes qu'on fient délire. Refusera-t-on de les en croire , sous prétexte quiU $ont parties intéresséesl Alors, qu'on désavoue et que l'on condamne Bossuet , dont voici les propres paroles : « Je déclare que, sur ce qui » concerne ladîgnitédu Saint-Siège apostolique, B )è m'en tiens à la tradition et à la doctrine » des Pontifes romains '. >

Examinons maintenant quelle a été , dès Ych rigine, celle de TÉglise de France. Selon saint Hilaire et saint Bernard, i^ Pierre a reçu les clefs

• d'une manière qui lui est tellement propre, » que ses décrets sont d'avance ratifiés dans le «ciel*. Le premier disciple parmi les disciples, »le premier maître parmi les maîtres, le chef »de l'Eglise romaine , il possède tout ensemble

• la principauté de la foi et du sacerdoce^ Pas- •teur de tous, il régit, dit saint Eucber, les

• prélats comme les simples fidèles^; car il »étoît conforme à l'ordre que la principauté

■ DeC dccUnt. Gleri gallic. » par), m, 1. x, c. n. — ' Oper. S. Hilar., col. 690. ^Qat clave» regni coelorum Um singula* riter aocepit , al pnecedat seotcntia Pciri aeDleotiaiD cœli. 5. Bêm* i* futo ûpost, , teroi. 1. — ^ Gauian y de locaro. Domiol , L III p c. su. «• * Euch. in ▼igU. S. Pclri«

124 ^^^ ^^ OUVRAGE UîTITCLÉ

• appartint au Siège d*ou émanent encore /es

• oracles de Ceêprtl apo$ioUque\ » selon Tex* pression des évêques Cérèce , Salonius et Yers^ DUS, dans leur lettre à saint Léon. Saint Prosper voit dans la puissance du premier apôtre la puissance même de Jésus-Christ. «Qui ne » connoît, dit-il, la force de cette pierre, laquelle

• emprunte de la principale pierre , qui est le » Christ , et son nom et toute sa vertu' ?» Oset-on donner des juges à un Pape *, même de son consentement, même sur sa demande, toutes les Églises des Gaules « se troublent et »se sentent ébranlées dans leur chef. S'il y a

• quelque choçe à réformer dans levautres mem- »bres du sacerdoce, on le peut ; mais si Ton

• élève des doutes sur le Pape , si Ton se per- » met de le juger , ce n'est plus un évêqiie , c'est tl'épiscopat même qui est chancelant *;parce-

• que l'épiscopat , suivant saint Césaire d'Arles , » a sa source dans la personne de Pierre » ; d'où le saint docteur conclut que « toutes les Eglises

• doivent recevoir de lui leur discipline*. »

* Epist. Gereti , Salonii et Verani ad LeoD., tom. i , concil. Gai. lie , pag. 93. — ■ De Vocat. ^ent. ,1. 11 , c. «xtiii. — • Le Pape Sytnmaque. — ' Aviti Viennensis Epiât, communi epi«cop. Gallls Domine scripta ad sénat, urbis Romac, tom. 1, concil. Gaili« , p. t58. — 4 Libel. Symmacho oblat. ii Cesario Arel. , t. iv» concil. f col. 1394*

Fidèle à cette doctrine , Ives de Cliartres ré- s

[londoity au nom des évêques de la proTiuce I

de Chartres , à Tarchevêque de Lyon qui les avoit invités à se trouver à un concile pour discuter la conduite de Pascal II : « Il ne nous 9 paroit point utile de nous rendre à ces con- ^

> ciles , dans lesquels nous ne pouvons ni con- M damner ni juger les personnes contre qui on » procède , parcequ'il est avéré qu'elles ne sont » soumises ni à notre jugeaient ni à celui d au- >cun homme'.» ^/

Selon saint Thomas, «on doit dire que le » Pape a , comme pontife , la plénitude de puis- » sauce , comme le roi dans son royaume ; les V évêques sont appelés à partager une partie de «sa sollicitude, comme des juges préposés dans • des villes'. • Saint Adelme^, Walafrid Strabon^, saint Laurent Justinien^, enseignent /

la même doctrine.

Nous la retrouvons , au quatorzième siècle , dans les écrits des théologiens les moins suspects d'exagérer les droits des Pontifes romains.

■ Epût. ccxxi«ni , Iyod Carotil.*- * S. Tho*. m topplem., de stttt in iib. seolent. comment, dcprompto , quftst. 36, art. 3. ^ ) EpisL XLif, ioter rp. S. Booif. , tom. xiii, Biblîoth. Pair., cdit. Lagdun., p. 87. — 4 Valafr. Sirab., De rebut ecclesiast. , c. sxxi. — 'De obcdicnt. , c. 11.

196 SliR UN OtTRAGE INTJTUli

• L'Église romaine, dit le célèbre Pierre d'Aîlly, n représente CÉglise universelle; ce qui n'appar* ntienf à aucune autre Eglise particulière, mais

• seulement au concile général\» L'Église ro* maine est donc comme un concile général toujours subsistant. • L'Eglise romaine , pour*

• suit-il, possède seule la plénitude du pouvoir, »dont elk communique une portion aux au*

• très Églises. De là vient qu'elle peut les juger

• toutes , et que toutes doivent garder la disci- » pline qu'elle leur prescrit ; et celui--là est héré-

• tique qui viole ses privilèges'. »■ Après avoir remarqué que ce que les canons disent de la plénitude de puissance doit s'entendre de celle de juridiction , il soutient qu'à proprement parler cette plénitude de juridiction ne réside que dans le Pape : « car , dît-il , on doit recon-

• noitre qu'une puissance est proprement dans » quelqu'un , lorsqu'il est libre de l'exercer par-

• tout et de la dispenser aux autres. Or cela ne

• convient qu'au Pape seul, et ne sauroit conre- 9 mr à aucun corps. • D'où il conclut que «ce n*est » que métaphoriquement et dans un senséquivo- »que qu'on peut attribuer ée pouvoir à l'Église

• universelle et au concile qui la représente*. »

* lo oper. GenoD. i tom. ii , col. 938. — ■ Ibid, , qoI. 9S9. — s iiiV. , col. gSo.

Saint François de Sale» exprime en quelques mots les mêmes idées : Le Pape et C Église e*est tout un'; et saint Ambroise avoit dit avant lui : Oà est Pierre^ là est FÉgiise ••'

On n'acci^sera pas Gerson d^avoîr corrompu , en faveur des Papes, la tradition de TÉglise gallicane. Or il enseigne que • la plénitude de la

• puissance ecclésiastique résfde formellement » et subjectivement dans le seul Pontife romain, »et qu'elle n'est autre diose que le pouvoir V d'ordre et de juridiction qui a été donné 9 surnaturellement par Jésus-Christ à Pierre , » comme à son vicaire et au souverain mênar^

• que, pour lui et ses successeurs légitimes »jtMqu'à la fin des siècles ^i II n'hésite point à déclarer hérétique et schtsmattque quiconque dferoittque le Pape a été institué de Dieu sur- #naturellement et immédiatement , et qu'il

• possède une autorité monarchique et royale

• dans la hiérarchie ecclésiastique^.» Ailleurs « aptes avoir observé à combien de changements sont exposés les gouvérnementsciviis, il ajoutée « B n'en est pas ainsi de l'Église qui a été fondée

« Éf Iket tpirit* d« S. Ftançotê de Sftlei. Lyoo , i634 , 1. f 11 » ép. XU& -^ • Vki PttruM , m Beclêùa. Aaibr. la pial. xl.-^^ï^ polcst. eedctlatt. ooosld. x. Oper. Geivoo.y t. ii. Col. 239. — 4 Oc itat. ecclef. 9 ikié, , coL Sag.

IflS SUR UN OUV&AGK INTITULE

• p^T iésus-Chvisisurunseul hwnarquesuprême... »C*est la seule police imoiuablemont monar- > chique , et eu quelque sorte royale , que le » Christ ait établie.'!

La faculté de théologie de Paris proclama solennellement les mêmes maximes ,. en condamnant cette proposition d'Antoine de Doininis.: «La forme monarchique n'a pas été ibstt-

• tuée dans TÈglise immédiatement par Jésus- » Christ ';» et les évêques mêmes qui venoient de signer les quatre articles de 1G62 accordoient cependant au Pape, dans une lettre circulaire adressée i tous leurs collègues^ la souveraine puissance ecctésiastique ^ '

Quelque envie que nous ayons d abréger, nous ne pouvom pasfter sous silence un passage du saint concile de Trente^qui nous paroit éà^ cîiif dans cette question. Le concile déclao^ que la raison et la nature du jugement esngenl que Ift sentence soii poÊtlée seulement contre des inférieurs j après quoi il ajouté que les sottcerams Pontifes ont refu- unt psdssanee. suprême dans toute l'Église ^, <*e qui exclut tout supérieur :

■ De auferibil. Papac, consid. 8, ibid.^ col. ai3. — • Gollcct. Jodic») tom» Il , part. ii« pa|^ io5 el^ 106. — ' Hout* opt^. de Fleory, p* in, cotreet. et addit. aux méines opii^ules, p. 3a et 53. — Du Pepe^ ton. i« p* é4 et 65. — ^Gpocil. Trident.» aess.

XIV, C. fil.

" Lib. III • Gontn hmtf* , c. m , n. s. Op«r. S« Iren. , p. 175. «• 9

donc , suivant le concile de Trente , le Pape ne peut être jugé.

Nous avons vu que cette éminente principauté^ comme parloit saint Irénée, à la fin du second siècle % ce droit de juger en dernier ressort, /

sans jamais être jugé soi-même, constitue proprement, quant à l'ordre extérieur, ce qu on appelle infaillibilité» On ne s étonnera donc pas que le clergé de France assemblé, en i6a5, ait reconnu hautement dans le Pontife romain cette divine prérogative. «Les évêques, disoittil, seront exhqrtés d'honorer le siège aposto-

• lique et rÊgiise romaine , fondée sur la pro-

• messe infailIiUe de Dieu, sur le ^ng des « apôtres et des martyrs , la mère des Eglises ,

• et laquelle , pour parler avec saint Anastase ,

• est comme la tête sacrée par laquelle les autres » Eglises f qui ne sont que ses membres , se te-

• lèvent , se maintiennent et se conservent. Ils » respecteront aussi notre Saint Père le Pape ,

• chef visible de l'Êllise universelle , vicaire de

• Dieu en terre , évêque des évêques et patriar- > ches ; en un mot , successeur de saint Pierre , «auquel Tapostolat et L'épiscopat ont .eu com* » mencement, et sur lequel Jésus-Christ a fondé

• son Eglise, en lui baillant les clefs du ciel

l30 SUR UN OUVAAGX INTITULA

» avec l'infaillibilité d$ la foi » <jue l'on a vue % miraculeusement demeurer immuable dans ses ^successeurs jusqu* aujourd'hui. £t qu'ayant » obligé tous les fidèles orthodoxes à leur ren- »dre toutes sortes d'obéissances, et de yivre »en déférence à leurs saints décrets et ordon^ »nances» les évêques seront exborté& à faire »la Diênie chose, et de réprimer, autant qu'il »leur sera possible , les esprits libertins qui » veulent révoquer en doute, et mettre en comt promis^ cette sainte et sacrée autorité , confirvmée par tant de lois divines et positives; et H pour montrer le chemin aux autres , ils y dé- 1 fèreront les premiers '. »

On 9ait qu« le cardinal de Richelieu dicta luir-mê^9iifc à Richer la rétractation des erreurs contenuds dans son livre De la piiissance ecclé^ êiastique et^ politique; il l'obligea de déclarer .«qu'il se .soumettoit au jugement de l'Eglise »cath]olique romaine, et du Saiut-Siége apos- ».tholique , qu'il reconnois^oit pour la mère et • la maîtresse de toutes les Eglises, et pour 9 Juge infaillible de la vérité^. » Nouvelle preilTe

' Avis de Tasiemblée géuér%le du clergé de France à mesBcigneart les archevêques et évêques de ce royaume.

'file (nroteslor et declaro me semper Toluîsse, atqae êtiam nooc telle » et mcipsum, et libellom pisfatum , quascnmqae ejos

DO PAPB« l3l

que telle éloit alors la doctrine de TÉglfee de France, et des fidèles comme des pasteurs ^ ainsi que le mofitre un passage de Balzac , le« quel a d'autaut plus de force que l'auteur, n'étant pas tbëologien , n'énonce point un sen«timent particulier, mais rend témoignage de lacroyaoce universellement reçuede son temps. • L'infaillibilité, dit-il , appartient à cette seule » personne^ qui doit veiller sur tout l'empiredu

• Fils de Dieu, et pour la foi de laquelle le Fils

• de Dieu lui-même a prié , lorsqu'il a prié pour t la foi de $aint Pierre *. »

Si des circonstances que nous ne voulons point rappeler ont pendant quelque temps obscurci parmi nous cette antique et sainte doctrine, d'autres circonstances lui ont rendu toute son autorité , et ce seroit être injuste envers l'épis* copat actuel que de ne pas reconnoître qu'il l'a proclamée de nouveau avec la plus impo« stDte unanimité. Lorsqu'en 1801 le Pontife romain déploya dans toute son étendue sa puissance suprême, quelques prélats, il est vrai,

ri

piopodtioMt, etranque iiiterpretatioaeai,omoemqae &eau doc. triiMim 9 Eec(e«l» cfethDlic» roman» , et nnctae f«dU apottolica fmàkào aubjkere i i|aam matrem et magiilram omoiom Eccleilaram , et inlklUbUènti Teritatia jvdicem agnotco. S. Rictierî fîkÊiiMg éê êteêêtiûMi, 0f petit, p9tûU. , Ht, , p. 98. CêUmtm , i683. * Dîaoo«tt premier à M^ Deieertea.

l32 ' SUK UN OUVRAGE INTITULÉ

réclamèrent contre un acte de souveraineté dont il n'existoit encore aucun exemple ; mais cet acte est demeuré ferme » mais ces évéques eux-mêmes en ont avoué solennellement la validité et en écrivant au Pape une lettre de soumission ', et en acceptant des sièges qu'ils occupent au même titre que les cvêques qu'ils

* Voici quelques passages de cette lettre , tSgnée par l'ancien archevêque de Reims, les anciens é vaques d'Agen , de ChMonsanr-Sa6ne,de la Rochelle, et l'ancien étêque nommé de Moulina. « A Dieu ne plaise , Très-Saint-Père, que nous ayons jamais

• roulu nous diviser d'avec le Saint-Siège, ni prétendre diminuer

■ la puissance apostolique! Ce seroit nous faire injure que de

■ nous attribuer d'avoir pensé que , pour quet^ut eaaie que et fût , »à raison des circonstances , on pût se séparer de la commnnioa •de l'Église romaine. Nous avons toujours fait profession de la «regarder, ainsi que nos prédécesseurs dans l'épiscopat , comme

• ta mère , ta nourriee et ta matîreste de toutes tet Égtites, avec ta-

• quelte toutes les ÉglUeâ «i tous les fidètes doivent s'aeeordor, à 9 cause de sa principale et excellente principauté,,,

• Nous supplions donc Votre Sainteté de vouloir hien, en ou- •è/iont oequiest en arrUre^tt en jetant désormais un voile sur tout see qui anroit pu , contre nos intentions y affliger son cœur, race»

• voir avec bonté l'expression fidèle de nos sentiments, de notre

• vénération filiale, de notre obéissance et de notre empressement

• à seconder ses pienx désirs pour l'Église de France. •

On doit remarquer qu'en repoossant, avec une indignation ▼raiment chrétienne, la supposition qu'on poisse, ffour quoique cause que ce soit, se séparer de la communion de l'Église romaine, les auteurs de cette lettre excluent la possibilité que le Pape , qui représente l'Église romaine , tombe jamais dans l'hérésie on dans le schisme ; et par conséquent ils renoncent , d'une manière for-

slle, à la doctrine contenue dans la déclaration de i68a.

DU PAPB. i3l3

avoient d'abord considérés comme de simples Ticaires apostoliques. Ds ont ainû reconnu que si 9 selon le troisième article de la déclaration de 1 68a , C usage de la puissance apostali" que doit être réglé suivant les canons faits par l* esprit de DieUj et consacrés par le respect gêné* rai, cette puissance peut tout dans le cas de ni-cessiti ou d^utîlité évidente \ et que le Pape seul est juge de cette nécessité ; que c rien y comme » s'exprime le père Thomassin , n'est plus cont forme aux canons que le yiolement des ca« » nons , qui se fait pour un plus grand bien que •l'obserTance même des canons ' ; i et qu'enfin l'autorité que saint Pierre et ses successeurs ont reçue de Jésus-Christ, indépendante de toute autre autorité dans son exercice , a des règle» sans doute qui doivent la diriger, mais n*a de bornes que la loi divine.

Cependant , disent quelques hommes d'un esprit aussi foible que leur foi est pusillanime, qui nous garantira que le Pontife romain n'abusera pas d'une si haute puissance? Qui? l'auteur même de cette puissance , Dieu qui a fondé son Église sur Pierre. Quel autre ga« rant demanderez-vous , si celui-ci ne tous

> Defieot. Cieri galUc, part, m, 1. z, c. 3i. — * Diicipl. de rÉi;lUe« part. iT, L ii« c. 66 , n. 6, t. ii , pag. 2ifi , prein. «dit.

i34 SUK UN ÔOTIAGB INTITULÉ

suffit pasJ Ecoutei un protestant : « Il n'y a »pafl un seul exemple , dans l'histoire entière, »^U' un souverain Pontife ait persécuté ceux tqui i attoohésà leurs droits légitimes, n'entre- »prenoient point de ks outrepasser'.!

Mais enfin , continue-t-6n , si )e Pape devenoit hérétique ^ furieux , destructeur des droits à% l'Eglise, etc., quel sera le remède?

« Je réponds en premier lieu , dit M. de iMaistre, que les hommes qui s'amusent à » faire de nos jours ces sortes de suppositions , » quoique pendant dix-huit cents ans elles ne

• se soient jamais réalisées i sont bien ridicules »ou bien coupables.

» En second lieu , et dans toutes les suppo- »sitions imaginables , \t demande à mon tour: »Que feroit-on si le roi d'Angleterre étoit in- » commode au point de ne pouvoir plus rem- >{>iir 9^% fonctions? On feroit ce qu'on a fait

• ou peut -être autrement; mais s'ensuivroit-il »pâr hasard que le parlement fût au-dessus idu roi, ou qu'il puisse déposer le roi, ou

• qu'il puisse être convoqué par d'autres que

• par le roi, etc., etc., etc.' ? •

• Hanr. Gbrlit. Seckeobeig» Method. }iiritpr. addit. it. De libwt ecclea. ysnft*! S ">• ^ • Dm P^pe^ tom. if p. aS.

DO PAPE. l35

Ces suppositions 9 sur lesquelles on tâche d'établir 9 dans Tordre religieux, la souverain netë du concile , ressemblent à celles sur lesquelles Jurieu essayoit d'établir , dans Tordre politique, la souveraineté du peuple. «Il croit, c'est Bossuet qui parle, nous fermer la bouche en nous demandant (^^a'fV faudrait faire à un prince gui commanderoii à la moitié d'une ville de massacrer l'autre , sous prétexté de refus d'obéissance sur un commandement injusie. Qu'un homme se mette dans l'esprit* de fonder des règles de droit et des maximes de gouvernement sur des cas bizarres et inouïs parmi les hommes! Mais écoutons néanmoins, et voyons où Ton vent aller : Cette moitié delà ville j poursuit*Sl , n'est pas obligée de massacrer l'autre : on en demeure d'accord^ car on donne des bornes à l'obéissance active. Mais si ce souverain après cela a le droit de massacrer toute cette ville sans qu'elle ait le droit de se défendre , il est clair que le prince aura le droit de ruiner la société entière. Puisqu'il vouloît conclure à la ruine de toute la société, en ce cas que n'ajoutoit-îl encore que cette ville fût la seule où ce prince fût souverain 5 ou qu'il en voulût faire autant à toutes les autres qui composeroient son état,

l36 ' SUB UN 0UYKA6E INTITULÉ

> en sorte qu'il y restât seul pour n'avoir plus

• de contradicteurs, et pour pouvoir tout sur

• des corps morts qui seroient dorénavant tous » ses sujets? Le ministre n'a osé ainsi construire

• son hypothèse, parcequ'il a bien senti qu'on

• lui diroit qu*elle est insensée , et que c'est » encore quelque chose de plus insensé de fon-

• der des lois, ou de donner un empire au » peuple sous prétexte de remédier à des maux

• qui ne sont que dans la tête d'un spéculatif,

• et que le genre humain ne vit jamais.

• Comme donc, à parler de bonne foi, ce

• prince de M. Jufieu qui voudroit tuer tout

• l'univers ne fut jamais, et que la fureur et la

• frénésie n'ont pas même encore été jusque

• là, demander ce qu'il faudroit faire à un •prince qui auroit conçu un semblable des-

• sein, c'est, en autres ^termes, demander ce

• qu'il faudroit faire à un prince qui devien- » droit furieux ou frénétique au-delà de tous » les exemples que le genre humain connoît.

• En ce cas , la réponse seroit trop aisée. Tout » le monde diroit au ministre qu'on a donné

• des tuteurs à des princes moins insensés que

• celui qu'il nous propose. Son prétendu em-

• pire du peuple n'est ici d'aucun usage: le

• successeur naturel d'un prince dont le cer-

ou PAPE. 137

» veau seroit si malade , ou les transports si yyiolents, feroit aaturellcmeot la charge de » régeat '. •

Nous ne parlerons point des erreurs sur la foi où Ton a prétendu que quelques souverains Pontifes étoient tombés. Avec la plus médiocre instruction il n'est maintenant permis à personne de répéter ces vieilles objections réfutée^ tant de fois. • L'Eglise romaine n'a

• jamais erré*.... L'Eglise romaine ne connoU

• point d'hérésie ; TEglise romaine est toujours

• vierge. . • . Pierre demeure dans ses successeurs

• le fondement des fidèles \»

Après avoir répandu de nouvelles lumières sur l'histoire de Libère et d'Honorius , M. de Maistre termine l'examen de la conduite de ces deux Papes par ces réflexions , auxquelles on ne peut trop applaudir , et qu'on ne sauroit trop méditer.

• Si les Papes avoient souvent donné prise

• sureux par des décisions seulement hasardées,

• )ene serois pQint étonné d'entendre traiter » le pour et le contre de la question ; et même

• j'approuverois beaucoup que dans le doute

* Cinquième avertûtcment «ur le« Lettres de M. Jorieu, o. ltii. — • Flenry, Disc, sur Us libertés de r&gUje galiicaDe. ^ > Bot* suet } serraun sur TUoité , p>em. part.

l58 SCB ON OUTRAGE INTITULÉ

nous prissions parti pour la négative, car les arguments douteux ne sont pas faits pour nous. Mais les Papes, au contraire, n'ayant cessé pendant dix-huit siècles de prononcer sur toutes sortes de questions avec une prudence et une justesse vraiment miraculeuse , en ce que leurs décisions se sont invariablenient montrées indépendantes du caractère moral et des passions de Toracle, qui est un homme, un petit nombre de faits équivoques ne sauroient plus être admis contre les Papes , sans violer toutes les lois de la probabilité, qui sont cependant les reines du monde.

» Lorsqu'une certaine puissance , de quelque ordre qu'elle soit, a toujours agi d'une manière donnée, s'il se présente un très petit nombre de cas où elle ait paru déroger à sa loi, on ne doit point admettre d'anomalies avant d'avoir essayé de plier ces phénomènes à la règle générale: et quand il n'y auroit pas moyen d'éclaircîr parfaitement le problème , il n'en faudroit jamais conclOre que notre ignorance.

• C'est donc un rôle bien indigne d'un catholique , homme du monde même, que ce* lui d'écrire contre ce magnifique et divin privilège de la chaire de saint Pierre. Quant

DU PAPR.' l39

• au prêtre qui se permet un tel abus de Pes- « prit et de l'érudition 9 il est a?eugle , et même, »si je ne me trompe infiniment, il déroge à

> son caractère. Celui-là même , sans destinettion d'état, qui balanceroit sur la théorie,

> devroit toujours recoonoltre la vérité du fait,

> et contenir que le souTerain Pontife ne s'est » jamais trompé ; il derroit au moins pencher » de cœur vers cette croyance, au lieu de s'a-

• baisser jusqu'aux ergoteries de coUé^ pouf » rébranler. On diroit, en lisant certains écri-

• vains de ce genre, qu'ils défendent un droit » personnel contre un usurpateur étranger t » tandis qu'il s'agit d'iin privilège égaleipaent 1 plausible et favorable , inestimable don fait «à la famille universelle autant qu'au père » commun'.!

Qu'on juge de la déclnration de i68â par ses fruits. Qu'a-t-elle produit, que du mat? Jan-* sénistes , constitutionnels , tous les sectaires qui ont paru dans ces derniers temps s'en sont prévalus pour autoriser leur rébellion. C'est en son nom que Buonaparte opprima l'Eglise et son chef. Qu'on se rappelle d'ailleurs en quelles circonstances elle fut publiée; dressée par ordre du Roi, adoptée par des évéques qui

• Hii iv» ^o"** *• p« iSo— is».

l40 SUK UN OUVRAGE INtiTULÉ

disoient : Le Pape nom a poussés, il s'en repentira % flétije ainsi dès sa naissance du double caractère de la passion et de la servilité , quel catholique» instruit par l'expérience, oseroit la défendre aujourd'hui? On sait combien Bossuet fit d'efforts pour arrêter des esprits prêts à s'emporter au-delà de toutes les bornes ; il vouloit . traîner en. longueur pour donner le temps à Tanimosité de se refroidir, on ne le per- ' mit pas. Afin de prévenir des excès qu'il étoit trop naturel d'appréhender , il consentit enfin à rédiger la Déclaration ; et peut-être ce grand homme manqua-t-il en cela de prévoyance. Il est possible qu'il ait épargné à l'Eglise de France un scandale énorme , une scission ouverte avec le Saint-Siège, mais- qui n'auroit eu qu'une courte durée , car le prince et le royaume étoient alors profondément catholiques. La crainte de ce scandale l'engagea malheureusement à soutenir une opinion mitoyenne entre des erreurs condamnées et la doctrine vraiment catholique» Il ne blessa pas la foi, parceque l'Église n'avoit rien défini sur les points en question ; mais il fut forcé d'être inconséquent, et de recourir, pour subsister dans une position équivoque, à des subtilités

■ Fleary, Hout. opasc. , p. i4a et i43* ,

DC PAPB. l4l

peo' dignes de son caractère et de son génie. Ses intentions étoient droites, qui en doute? ' mais frappé du mal présent, il oublia trop l'avenir, et il ne rit pas que le schisme étoit au fond des principes dont il arrêtoît arbitrairement les conséquences , seul moyen de Tempécher d'en sortir : tant Dieu se plait à nous faire sentir la faiblesse des plus forts esprits , et à humilier la sagesse humaine, touJour$ courte par quelque endroit. .

Nous regrettons extrêmement de ne pouvoir donner qu'une idée fort imparfaite des trois dernières parties de l'ouvrage de M. de Maistre ; mais un ouvrage si riche de pensées et de faits se refuse absolument à l'analyse, et doit être lu tout entier. Le second livre traite du Pape dans ton rapport avec les souverainetés temporelles y sujet d'une grande importance, et sur lequel on a , depuis un siècle , étrangement déraisonné. Il semble qu'on ait pris à tâche de dénaturer la question , que Leibnitz et Hobbcs lui-même ont mieux comprise que beaucoup de catholiques d'ailleurs habiles. En la discutant de nouveau , Ton ne doit jamais perdre de vue ,

1* Que le Piipe n'a aucun droit de s'approprier ni de doimerà un tiers le territoire d'un

l4s SUB Vtf OTYKAGB INTITULÉ

prince, ni d'imposer aux peuples des lois po* Utiqiies ou ciFiles, et que ce n'est pas de cela qu'il s'agit ;

a.* Que lepouroir dont les souverains pontifes usèrent dans le moyen âge étoit un pouvoir purement spirituel, reconnu de ceux mêmes contre lesquels ils Texerçoieut, pouvoir qui a sauvé les rois comme les peuples, et qui faisoit partiedu droit public universellement reçu alors;

y Que personne ne dit qu'on doive maintenant rétablir Tusage de ce droit : et qu'il ne pourroit, en aucun cas^être exercé sans l'appui de l'opinion publique et du consentement général.

Céùi posé , voici ce que soutient M. de Maistre. Personne ne pouvant mieux que lui résumer sa doctrine , nous emprunterons ses propres expressions. < Nulle souveraineté n'est ^illimitée dans toute la force du terme, et

• même nulle souveraineté ne peut l'être: tou- » jours et partout elle a été restreinte de quel-

• que manière. La plus naturelle et la moins •dangereuse, chez des nations surtout neuves » et féroces^ , o'étoit sans doute une interven- •.tion quelconque de la puissance spirituelle. •L'bypothèst de toutes les souverainetés chré- » tieilnes réunies par la fraternité religieuse en

une sorte de république universelle, sous la supréoiaUe mesurée du pouvoir spirituel suprême ; cette hypothèse , dis-je , n'avoit rien de choquant , et pouvoit même se présenter à la raison , comme supérieure à Tinstitution des amphictyons. Je ne vois pas q^e les temps moderqes aient imaginé rien de meilLftur , ni même d'aussi bon. Qui sait ce qui seroit arrivé si la thépcratie , la politique et la science avoient pu se mettre tranquillement en équilibre, comme il arrive toujours lorsque les éléments sont abandonnés à eux-mêmes , et qu'on laisse faire le temps? Les plus affreuses calamités , les guerres de religion , la révolution Françoise , etc. , n'eussent pas été possibles dans cet ordre de choses ; et telle encore que la puissance pontificale a pu se déployer , et malgré l'épouvantable alliage des erreurs, des vices et des passions qui ont désolé l'humanité à. des époques déplorables , elle n'en a pas moins rendu les services les plus signalés à l'humanité. Les écrivains sans nombre , qui n'ont pas aperçu ces vérités dans l'histoire, savoient écrire sans doute , ils ne l'ont que trop prouvé ; mais certainement aussi , jamais ils n'ont su lire '.i

ÙH Fmpê, tom. 1, p«g. 343— ^45<

l44 W^ ^^ OUVRAGE INTITULÉ

Avant que les constitutions européennes se fussent formées sous l'influence du Saint-Siège, avant que la religion eût adouci les gouvernements et les mœurs , les peuples n'avoient d'autre protection tontre les excès du pouvoir que ràutorhédes Pontifes romains. Est-ce de la leur avoir accordée que la philosophie blâme les Papes? en garantissant le foible , autant qu'il étoit possible , de l'oppression , ils affermissoient la souveraineté , et l'obéissance devenoit plus profonde et plus sacrée, à mesure que le pouvoir devenoit plus juste. On reconnut pleinement ses droits quand il eut appris

' à remplir des devoirs; et sans l'inflexible fermeté des souverains Pontifes , véritables fondateurs de la civilisation , l'Europe auroit péri

, par le despotisme ou par l'anarchie.

c La barbarie et les guerres interminables » ayant effacé tous les principes , réduit la sou- Bveraineté d'Europe à un certain état de fluc- Btuation qu'on n'a jamais vu» et créé des .déiserts de toutes parts, il étoit avantageux

• qu'une puissance supérieure eût une certaine

• influence sur cette souveraineté; or, comme >les Papes étoient supérieurs par la sagesse et I par la science , et qu'ils commandoient d'ail- ■ leurs à toute la science qui existoit dans ce

DU PAPB. . * 145

» temps-là 9 la force des choses les investit , »delle-méiïie et sans contradiction, de cette » supériorité dont on nepouvoit se passer alors. 9 Le principe très vrai, que ta souveraineté vient 9 de Dieu, renforçoit d'ailleurs ces idées anti- » queS) et il se forma enfin une opinion à peu

• près uniTcrselle » qui attribuoit aux Papes une » certaine compétence sur les questions desoutyeraineté. Cette idée étoit très sage et valoit > mieux que tous nos sophismes. Les Papes ne 9 se mêloient jamais de gêner les princes sages » dans l'exercice de leurs fonctions souverai- » nés» encore moins de troubler Tordre des suc- » cessions, tant que les choses alloient suivant >les règles ordinaires et connues; c'est lorsqu'il » y avoit grand abus , grand crime , ou grand

• doute, que le souverain Pontife interposoit 9 son autorité. Or, comment nous tirons*nous

• d'affaires en cas semblables, nous qui regar- «dons nos pères en pitié? par la révolte, les •guerres civiles, tousles maux qui en résultent. » En vérité, il n'y a pas de quoi se vanter '. »

Voltaire lui-même , qu'aucunes préventions nepouvoient égarer sur ce point, avoit compris les avantages d'une juste et sage intervention de la puissance spirituelle entre les peu-

■ Dm PâpCf p«g« 33i— -33», !• 10

1^6 6DR YJN OtVRAGB INTlTDli

pies et les rois. « Llntérêt du genre humain , » dit-il, demande un frein qui retienne les sou- 9 rerains , et qui mette à couvert la vie des «peuples. Ce frein deJa religion auroit pu être, >par une convention universelle dans la main

• des Papes , comme nous l'avons déjà remar« >qué. Les premiers Pontifes, en ne ffe mêlant tdes querelles temporelles que pour les apai- » ser, en avertissant les rois et les peuples de I leurs devoirs, en reprenant leurs crimes, en

• réservant les excommunications pour les

• graods attentats , auroient toujours été regar- » dés comme des images de Dieu sur la terre ;

• mais les hommes sont réduits à n'avoir pour

• dé/ense que les lois et les mœurs de leur pars:

• lois souvent méprisées, et mœurs souvent

• corrompues. » (Essai sur t histoire générale et sur les mœurs et reeprit dés nations , tom. i, chap. XI, pag. 3o6.)

Les modernes , pour prévenir l'abus de l'autorité, ont imaginé, au Keu d'une supériorité d'un ordre spiHtuel, des rivalités de pouvoir; c'est-à-dire qu'ils ont établi un combat permanent au sein de l'état. Autrefois il y avoit un juge, et un juge nécessairement désintéressé; aujourd'hui il n'y a que des parties, avec la • force pour arbitre. Le peuple est à l'égard du

DU FAPB. 147

soureraio , ef le souverain à l'égard du peuple dans réiai de nature, puisqu'ils ne sont liés que par un pacte sans aucune garantie possible, et qui suppose originairement Tindépendance absolue des contractants. Il peut bien y avoir , sous cette forme de gouvernement, une société civile aussi précaire que le gouvernement même; mais qu'il existe une véritable société politique, c'est ce qu'il n'est pas aisé de concevoir.

Le temps , au reste , jugera ce qui est, comme il a jugé ce qui fut. Mais quelque baute idée qu'on se forme de la perfection relative des in» stitutions que la philosophie nous a données , ou plutôt vendues au prix du sang le plus sacré comme le plus pur, nous ne devons pas être ingrats envers les Pontifes à qui le monde dut aussi des bienfaits qu'il paya moins cher, et qui peuvent cependant , i toute force, soutenir la comparaison avec ceux que , depuis trente ans , la révolution répand sur nous à pleines mains.

■ La conscience éclairée et la bonne foi n'es

• sauroient plus douter ; c'est le christianisme

• qui a formé la monarchie européenne , mer* » veille trop peu admirée. Mais sans le Pape,

• il n'y a point de véritable christianisme ; » Sans le Pape , l'institution divine perd sa puis-

l4S SUR 17N OUVRAGE INTITUli

saDce, son caractère divin et sa force convert^sante; sans le Pape, ce n*est plus qu'un système I une croyance humaine, incapable d'entrer dans. les cœurs et de les modifier pour rjsndrc l'homme susceptible d'un plus haut degré de science , de morale et de civilisation. Toute souveraineté dont le doigt efficace du grand Pontife n'a pas touché le front demeurera toujours inférieure aux autres , tant dans la durée de ses règnes que dans le ca« ractère de sa dignité et les formes de son gouvernement. Toute nation, même chrétieoBe, qui n'a pas assez senti l'action constituante , demeurera de même éternellement au-dessous des autres , toutes choses égales d'ailleurs ; et toute nation séparée, après avoir reçu Timpression du sceau universel , sentira enfin qu'il lui manque quelque chose , et sera ramenée tôt ou tard par la raison ou par le malheur.* • Les fautes des Papes, infiniment exagérées, ou mal représentées, et qui ont tourné en général au profit des hommes , ne sont d'ailleurs que l'alliage humain , inaé>parable de toute mixtion temporelle ; et quand on a tout bien examiné et peso dans les balances de la plus froide et de la plus impartialf^ philosophie , il reste démontré ^ue

» Us Papa furent les instituteurê , tes tuteurs, » Us sauveurs et les véritabUs génies eonetituants • de l'Europe \it

La barbarie reculoit devant les missionnaires qui incessamment partoient de Rome pour porter aux peuples sauvages une religion sainte comme Dieu même , des lois protectrices du foible , et des mœurs telles que jamais n'en connurent les nations païennes. Quand on se représente tout ce qu'il y avoit dans le monde d'erreurs , de corruption , de férocité , d'ignorance , lorsque les Papes commencèrent l'œuvre de sa régénération , et qu'ensuite on con« sidère le résultat de leurs nobles et persévérants efforts 9 les expressions manquent à la reconnoissance ainsi qu'à l'admiration. La liberté civile établie, la sainteté des mariages consacrée 9 rbumanité consolée , les nations protégées par un nouveau droit des gens , le pouvoir défendu contre l'inquiétude des peu« pies et contre ses propres excès , les sciences et les lettres renaissantes au milieu de toutes les vertus , tels furent les fruits de leurs travaux; et le clergé qui les seconda , qu'ils formèrent avec tant de soin et qu'ils élevèrent à une si haute perfection morale , n'est pas lui-même

• Dm P9p9, ton. Il » p«g. 549^559.

l5o 8CR UN 0CVRA6B INTITULÉ

àe Itun eiéatioDS la moins teerveilleuse. En TcAligeant au célibat » ils le détachèrent du siècle , et imprimèrent au sacerdoce un carac* tère sacré , à jamais inimitable par toutes les sectes séparées de la yéritable Église,, II faut lire les réflexions aussi frappantes que profondes que fait â ce sujet M. de Maistre. Dans un mor^ ceau admirable i et que nous regretterions trop de ne pas citer , il oppose ainsi le prêtre ca-* tbolique aux prêtres des autres communions chrétiennes :

« Quoiqu'il m'en coûtât trop d'appuyer sur »les suites du système contraire ( le système

• qui abolit le célibat ecclésiastique ) , je ne puis » cependa nt me dispenser d'insister sur l'absolue » nullité de ce sacerdoce dans son rapport avec »la conscience de l'homme. Ce merveilleux as-

• cendaot qui arrètoit Théodose à la porte du «temple , Attila devant celle de Rome , et Louis «Xiy devant la table sainte; cette puissance ,

• encore plus merveilleuse ^ qui peut attendrir

• un cœur pétrifié et le rendre à la vie ; qui va «dans les palais arracher l'or à l'opulent in-

• sensible ou distrait, pour le verser dans le vséinde Tin^igence; qui affronte tout, qui » surmonte tout dès qu'il s'agit de consoler une

• âme, d'en éclairer ou d'en sauver une autre ;

DU FArx. l5l

qui slnsinue (loucemeot dans le^ consciences pour y saisir des secrets funestes , pour en arracher la racine desyices ; organe et gardienne infatigable des unions saintes ; ennemie non moins active de toute licence; douce sans foiblesse; effrayante avec amour ; supplément inappréciable de la raison , de la probité, de rhonneur , de toutes Tes forces humaines au moment où elles se déclarent impuissantes ; source précieuse et intarissable de réconcilia* tion , de réparation , de restitutions , de repentirs efficaces , de tout ce que Dieu aime le plus après rinnocence ; debout à côté de l'homme qu'elle bénit ; debout encore à côté de son lit de mort, et lui disant au milieu des exhortations les plus pathétiques et des plus tendres adieux... Pariez;... cette puis^. sance surnaturelle ne se trouve pas hors de l'unité. J'ai long-temps étudié le christianisme hors de cette enceinte divine. Là , le sacerdoce est impuissant, et tremble devant ceux qu'il devroit faire trembler. A celui qui vient lui dire J'ai volé , il n'ose pas, il ne sait pas dire nsiituez. T/bomme le plus abominable ne lui doit aucune promesse. Le prêtre est employé comme une machine. On diroit qye ses paroles sont une espèce d'opération

l52 SUR UN OUVRAGB INTITULÉ

» mécanique qui efface les pécbës^ comme le

• savon fait disparof Ire les souillures matérielles:

• c*est encoi^ une ckosç qu'il faut avoir vue

• pour s'en former une idée juste. L'état moral

• de l'homme qui invoque le ministère du prê-

• tre est si indifférent dans ces contrées, il j

• est si peu pris en considération , qu'il est très

• ordinaire de s'entendre demander en con-

• versation : Avez^vous fait vos pâques ? C'est » une question comme une autre , à laquelle on > répond oui ou non , comme s'il s'agissoit d'une

• promenade ou d'une visite qui ne dépend que » de celui qui la fait '. •

M. de Maistre, qui a long-temps habité la Russie, nous apprend un grand nombre de faits extrêmement curieux sur les églises grecques, qu'il voudroit, avec raison, qu'on appelât Photiennes , du nom de l'homme qui les sépara si malheureusement de l'unité ; et en effet, comment l'église russe, qui n'a aucun rapport avec celles de Grèce, pourroit-elle être appelée grecque*? Puisqu'il faut leur donner une dénomination commune , il convient qu'elle marque leur origine et leur rappelle l'époque funeste du divorce qui les a condamnées à une éternelle stérilité. Également dé-

> Du Papc^ toni« ii, pag. ij6-^iyS. •

DU PAPE. l53

pourvues de centre et de lien , elles ne Tivent pas , elles sommeillent , toutes prêtes à se dissoudre dès que lesprit du protestantisme , qui a déjà fait chez elles de rapides progrès 9 les aura entièrement pénétrées. Comme il est nécessaire , selon toute apparence , que leur décomposition s'achève avant qu'elles rentrent dans le sein de l'Église universelle» leur retour paroît moins prochain que celui des églises protestantes , et surtout de l'église anglicane » destinée , suivant M. de Maistre , à donner le signal d'une réunion tant désirée. Nous partageons cette espérance. Il y a dans l'Angleterre un besoin religieux et une certaine droiture d'esprit et de Conscience, qui portera tôt ou tard son fruit. Ce peuple est encore digne de donner un grand exemple. Si des motifs de politique le retiennent loin de l'unité, une politique plus élevée l'en rapprochera plus tôt peutêtre qu'on ne le suppose ; car tout va vite en ce siècle, et la lumière qui jaillit des événements dont nous sommes témoins est bien propre à dissiper ce qui reste encore des vieux préjugés contre l'Église romaine. M. de Maistre contribuera puissamment à les déttuire ; c'est le plus bel éloge qu'on puisse faire de son ouvrage , et celui qui touchera le plus l'auteur*

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