‹ Nouveaux mélangesChapitre 23 sur 107 · PAR LA COUR DE CASSATION · texte numérisé non relu

PAR LA COUR DE CASSATION

la loi est athée; que par conséquent lEtat ou le corps politique est athée, que le gouvernement , quelle que soit la croyance personnelle des individus dont il se compose , est athée ; que les tribunaux sont athées; que tous les agents de l'autorité, considérés comme hom* mes publics , sont athées : c'est-à-dire que la société entière est athée, et doit l'être. En 93, on n'avoit pas encore aussi bien compris cette nécessité, puisque Robespierre lui-même fit de Texistence de l'Être suprême un dogme na* tional consacre par la loi. Il est étrange qu'on ait attendu , pour abolir cette loi , le règne du Roi très chrétien. On auroit pu, ce semble, à toute force , en trouver dans le code révolutionnaire , qu'il eût été plus pressant d'effacer du code monarchique.

Enfin , la sagesse d'une cour souveraine en a îugé autrement; elle a déclaré que l'État ne connoit pas Dieu , que dès lors la religion de l'Etat n'est qu'un vain nom. Mais comme elle n'a pas expliqué ce que c'est que la morale sans religion , sans Dieu , il s'ensuit que l'Etat ne connoit point de morale, dans le sens où ce mot a été entendu jusqu'ici; et, pour être conséquent, il faut tolérer les morales individuelles, comme on tolère les religions et les opi-

M it

l58 6UR VM ARitT UNOU

nioDB iodiTiduelles. Nous disons tolérer ^ par* cequ*OD De doit pas parler de protection daod un pays où Ton permet que la religioa de vingtcinq millions d'hommes soit chaque jour insultée» calomniée, tournée en dérision , dans des multitudes de pamphlets et de journaux , et où quelques factieux peuvent , à volonté , sans que les dépositaires de l'autorité s'y opposent, en troubler et même en empêcher l'exercice.

£t quand nous disons que l'Etat » dans notre système de législation , doit tolérer toutes les morales, nous ne faisons que répéter» en d'autres termes , ce qui a été soutenu à la tribune de la Chambre des Députés. N*a-t-on pas demandé que le mot même de morale fût effacé de notre code? Quand une nation repousse Dieu de ses lois, toutes les vérités, tous les devoirs , toutes les vertus se retirent ; et , comme autrefois , dans ce temple célèbre que la Divinité n'habitoit plus , on entend des voix qui disent: Sortons d'ici! Bientôt après, raconte l'histoire, un soldat, poussé par une inspiration divine , met le feu à ce temple vide, et le peuple est dispersé.

L'arrdt dont nous essayons de montrer les conséquences offre encore une particularité

PAR LA COUR DB CASSATION. iS^

digne d'obaeryation , c'est qu'à peine a*t-il excité l'attention publique. Un procès en police correctionnelle eût fait plus de bruit. Il est Trai que les circonstances étoient peu favora*blés. On étoit occupé d'autre chose » on n'ayoit pas le temps de songer à Dieu. IMas ! tels que tous les peuples sans doctrines et sans avenir , rien ne nous touche plus que ce qui frappe les sens. Mous ne voyons partout que l'homme ; nous n'attribuons nos maux qa'a^ux hommes t nous ne comptons , pour nous sauver , que sur les hommes ; oubliant que les hommes sont impuissants à sauver ou i perdre les peuples, et que c'est Terreur qui perd , et la vérité qui sauve et qui conserve » ainsi que nous lap* prend le suprême législateur do la société : Cherchez premièrement le royaume de Dieu et ea juÈiice » et le reste tout sera donné par êurcrott. On s'est ému pour rejeter du sein des Cham«» bres un homme qui a prêché le meurtre des Rois et l'abolition de la royauté ; et on a vu tranquillement des magistrats déclarer l'abolition de la Divinité ; et , s! je l'ose dire , prononcer légalement le meurtre de Dieu , puisqu'ils l'ont anéanti , autant qu'il étoit en eux, dans l'État. L'histoire remarquera ce contraste ; elle parlera de notre aveuglement et de nos crimî-

l60 SUR UN ARRET RENDU PAR LA COUR DE CASSAT.

nelles folies : puîsse-t-eile n'avoir pas à en raconter le châtiment !

Quoi qu'il en soit, noiis pouvons aujourd'hui nous flatter d être un peuple à part, un peupletel qu'il n'en exista jamais de semblable. Sans religion publique , sans morale définie , nous sommes libres de cette liberté qui n'a de limites que l'échafaud ; car en ôtant Ûieu de l'État , on a laissé le bourreau, véritable pouvoir d'une nation athée, où l'espérance ne croit qu'au plaisir , et la crainte qu'au glaive : encore , pour échapper à ce dernier pouvoir , les indépendants ont-ils la ressource du suicide. Je ne suis pas surpris que nous soyons si fiers de nos progrès; ils sont immenses , en effet ; nous \ avons découvert l'illusion de tout ce que les peuples avoient jusqu'à présent regardé comme le principe de leur vie , et nous nous sommes emparés de la mort.

Page 1