DU CONSERVATEUR
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Monsieur,
On m'apprend que M. Odilon-Barrot , choqué de mes réflexions sur l'arrêt rendu par la Cour de cassation , dans l'affaire du sieur Roman f a jugé à propos de m'adresser une vire réprimande dans le Constitutionnel ^ et de me faire supporter la censure à laquelle son Mémoire a échappé. Il a même pris la peine de m'écrire une assez longue lettre » toute remplie de belles maximes et de sages conseils, dont il m'engage à profiter. Il m'avertit, par exemple, que , quoique je préférasse peut-être la perséeu-' iion de 1 793 à la tolérance de nos lois actuelles , i7 faut bien me résoudre à n'être plus désormais ni persécutant^ ni persécuté. J'ignorois que j'eusse jamais été persécutant , et qu'il dépen- " dit de moi de il 'être pas persécuté , si messieurs
les libéraux s'afiaoient de s^égarer une seconde I. Il
i6a tETTius A u. l'éditeur
fois. Au reste, M. Barrot n'approuve pas que Robespierre ait fait guilloAner les prêtres , et je suis de son avis; ai qu'il ait imaginé la fête de l* Être-Suprême , €t je suis encore de son avis; car il n'appartient pas plus à l'homme d'tmag'tn^r un' culte, même lorsqu'il en sent le besoin , que A' imaginer ou d'inventer Dieu. M. Barrot ajoute qu'on ne s est que trop occupé de religion dans ces temps malheureux. Ceci ressemble beaucoup à une plaisanterie , mais elle il'esl pus heureuse. On ne plaisante point de la mort , et le rire a mauvaise grice au milieu 4u sang et des' tombeaux.
Retiré loin de Paris « à la campagne , je n'ai reçu qu'aujourd'hui la lettre de àl. Barrot. J« m'empresse. Monsieur, de vous l'envoyer » avec prière de l'insérer dans le Conseroateur. M. Barrot assure que la religion Vordenne. Je ne vols pas bien comment ; mais je m'en rapporte à lui et â vous. Il se pourroit cependant que le Constitutionnel 9 par zèle religieux , eût pris les devants, et que l'article dont on m'a parlé ne fût autre chose que cette même lettre. En ce cas , son insertion dans le Conservateur ^ formant un doublo emploi, la religion n'or^ donnerait peut-être pas aussi rigoureusement deiy Insérer , et vous poiirriet n'être pas aussi
diaposé à céder aux iostanees de M. Barrot et aux miennes , sans que lui ni moi eussions droit de nous plaindre » puisque après tout le pu» blic n'y auroit rien perdu \
£n ce qui me concerne46dois des remerciements à M. Barrot , qui obligeamment ne laisse échapper aucune occasion de confirmer par ses a?eux ce que j'ai cru devoir dire de la tendanee de ses principes*
Il avoit soutenu qu'en France la loi n'êêt d'aacun9 religion f de là je conclus que, se- Ion lui, la loi eHMhée. Oui, répondait aussitôt, la loi eu athée 9 ei doit l'Sire. Si , dans sa lettre, ]il se fâche, ce n'est point parcequè \t lui impute ces deux assertions; au contraire , il les avoue, il les répète de nouveau t t Pour moi , dit-il , qui ai commis le crime • énorme de dire que la loi doit être^ ee qu'elle > est, etc. • Sa colère vient uniquement de ee que cette maxime , la loi doit être athée, ne me paroit pas tout-à-fait aussi admirable qu'à lui.
J'en avois tiré la conséquence que la loi doit tolérer toutes les morales , comme elle tolère toutes les religions , oo , en d'auties termes ,
> La leUrc de M. Odilon-B^rrot avoit été eo 6ff«t pnbllée 4cm la OtmtiitÊOaimel'
l64 LETTBE A M. L EDITES R
que la toi nesî d'aucune morale , comme elle n'est d'aucune religion. M. Barrot en convient encore ; car il est d'une franchise étonnante. Voici ses paroles :
Après avoir posé en principe que la loi n'existe que pour contraindre , il ajoute : « Dans » ce siècle désenchanté , nous reconnoissons » deux espèces de devoirs dans la société , ceux • qui sont forcés , et ceux qui sont abandonnés » au libre arbitre de chacun. Les premiers tomibent dans le domaine des contraintes légales ;
> les seconds dans celui de la simple persua-
> sion. La religion et la morale sent dans cette » dernière classe. »
La loi n'existe que pour contraindre ; la mo« raie ne tombe pas dans le domaine des contraintes légales ; les devoirs qu'elle impose sont abandonnés au libre arbitre de chacun. Cela est clair» ce me semble.
« Tels sont , continue M. Barrot , les princi- » pes qui nous régissent , et vers lesquels ten- »dent toutes les sociétés modernes. C'est le » résultat de la civilisation. »
Ainsi , U résultat de la civilisation est d'avoir exclu des lois la reljgion et la morale. Je n'ose montrer tout ce que cette assertion renferme d'absurdités détestables. Je craindrois de nou-
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yeaux aveux de M. Barrot. Sa logique Tentraine si loin , que je tremblerois de tenter une troisième fois un esprit si droit dans Terreur. Je me tais pour le sauver des dernières conséquences de sa doctrine.
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