‹ Nouveaux mélangesChapitre 29 sur 107 · SUR L ÉDUCATION · texte numérisé non relu

SUR L ÉDUCATION

tire les conséquences. Ainsi , après s'être mis à la place des pères , par une usurpation qui prépare la dissolution de la famille , le gouvernement paroit vouloir aujourd'hui se mettre à la place des mères ; tant est vaste la sollicitude de M. le ministre de Tintérieur!

Si ses vœux sont remplis , ou si ses ordres sont exécutés , on ne pourra désormais se consacrer à l'éducation des filles qu'on n'y soit autorisé par l'administration.

Or, les maîtresses d'école se divisent en deux classes : les membres des congrégations religieuses reconnues par la loi , et les institutrices particulières. .

D'après les instructions adressées aux préfets, les religieuses , assimilées sous ce rapport aux Frères des écoles chrétiennes , n'auroient besoin pour obtenir des brevets , que de montrer leurs lettres d'obédience. Les autres institutrices seroient soumises à un examen préalable.

Ainsi , suivant ces sages dispositions, il faudra que de jeunes personnes, surmontant cette pudeur timide, leur première vertu et celle qui conserve toutes les autres , comparoissent devant des examinateurs chargés de vérifier si elles possèdent les qualités nécessaires pour enseigner les enfants de leur sexe. Je doute qu'on

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ait jamais imagiaé ries de plus absarde et de plus indécent Représentez- yous desbomines graves, faisant lire , écrire, coudre et tricoter une pauvre maîtresse d'école , et dsessant procès verbal de cet important examen. Comment n'a-t-on pas été frappé de cet excès de ridicule? Et où trouvera-t-on des gens asseï imbéciles pour consentir à jouer un rôle dans cette sotte comédie ' ?

Mais le ridicule n'est ici que le moindre inconvénient. Le résultat des ordres donnés par M. le ministre de l'intérieur sera d'enlever aux pauvres , principalement dans les petites viHes et dans les campagnes , l'unique ressource qu'ils aient pour l'éducation de leurs filles; car on ne se dévoue guère à cette fonction pénible que par un sentiment de charité. Et admirez conment tous les biens naissent

naturellement de la religion ! Nous afons va nous-mêmes seiormep plusieurs de ces écoles. Une personne pieuse , émue de l'abandon où languissent les enfants des pauvres, les rassem* ble près d'elle pour leur enseig^ner la doctrine des devoirs , et prévenir les désordres qu'en-

« Il l'en est tioaTé ; et , s'il étoit permit tfenpporter leaietaet •candiUeiMet aw^eUe» ces étniiget examens ont doi^àè lien, on s'en étoODeioit peot-être , même dans un temps eu il semble <|a'on ne doÎTe plus s'étonner de rien (iSaS).

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traîne, dès cet âge, rignorance de la religion* Son tèlh est surtout excité par un motif dont les chrétiens peuvent seuls cfûmprendre toute la force, le désir de disposer ces enfants à l'acte le plus solennel et le plus important de leur Tie, la première communion. Ce n'est pas Tœuyre d'un jour : aux soins qu'exige l'instruction, il feut joindre une surveillance assidue , une attention pleine de patience pour réformer peu à peu les défauts du caractère , les vices naissants, qui flétrissent sî vite l'innocence despre* mières années. Telle est l'éducation chrétienne; le reste syit de soi-même. L'enfant qui sait lire apprendplus aisément le catéchisme;de là l'établissement d'une classe de lecture. L'écriture vient après , avec les ouvrages de main; car on s'attache au bien qu'on fait , on fcherche. à l'étendre, à le prolonger dans l'avenir, et l'ha-' bitude du travail , qui préserve de la misère , préserve aussi de la corruption:

Voulex-vous priver le peuple des avantages qu'il retire de ces touchantes institutions? Voulez-vous que bientôt il n'en demeure pas de trace? Il ne vous faudra pas pour cela de grands efiiorts. Pressez seulemetit l'exécution des ordres adressés aux préfets , cela suffira , sans aucun doute. I^orsqu^il ne sera plus permis

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de venir au secours de Teafance délaissée 9 & moins de subir des examens 9 et d'étfe muni d'un breret qui constate qu'on vous a jtigéoa* pable d exercer la charité 9 les pieuses person^ nés qui, jusqu'à présent, s'étéient crues asse£ autorisées à ce noble dévouement par les pré<« ceptes de l'Evangile abandonneront en gé^ misaant une œuvre devenue impraticable , puisqu'elle lesezposeroit à de continuelles vexations^ ou les forceroit de surmonter les plus justes ré^ pugnances. Et quelle est la mère <}ui consen^ tiroit à ce que sa fille comparût devant un comité d'hommes 9 pour âtre interrogée sur ce qu'elle sait ou ce qu'elle .ignore 9 et qui voulût être complice d'un succès ou d'une disgtâcè également pénibles à sa modestie ? En vérité l'on peut, même«au)ODird'hui , s'étonner de ce prodige de déraisoTi , et il se passera bien du temps encore avant qu'on s'accoutume à l'idée de voir mettre la charité en régie , et la ml** séricorde à l'amende.

Dira-t^on qu'on n'a prétendu s'occuper que des pensionnats? Cela seroit faux ; on ne fait d'exception pour aucune école. D'ailleurs les raisons de décence et d'honnêteté publique qtii s'opposent à ce qu'on soumette les maîtresses noB payées i un examen n'ont pas moins de

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force à l'égard des auti^es institutriceft. Que Tautorité .jiréTienne les dangers que pourroit rencontrer l'enfaDce dans des maisons suspectes 9 cela est de son devoir , et nous la louerons de le remplir. Mais , apparemment , ce n'est pas en déléguant des commissaires pour interroger une maîtresse d'école , que l'administration s'assurera de ses mœurs. La moindre question qu'on lui adresseroit sur un pareil sujet seroit un outrage intolérable ; et il n'y auroit pas lieu d'en faire une seconde, si elle écoutoit la première sans indignation.

Des certificats , même des curés, ne sont pas un meilleur moyen pour obtenir la garantie qu'on cherche; ce seroit trop humilier la vertu. Mais le curé peut certifier qne telle personne remplit exactement les devoirs de religion; c'est tout ce qu'il peut et doit dire ,'))arceque c'est tout ce qu'il peut et doit savoir comme homme pu* blic. Cela suffit aussi à l'autorité , et en attei* gnant de la sorte le but qu'elle se propose, elle respecte toutes les bienséances , qui sont ici des lois , et des lois sacrées.

Mais on pourroit presque douter qiï'il y ait aujourd'hui des lois d'aucune espèce^pour l'administration , tant elle élude aisément celles qui existent , et supplée sans scrupule celles

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qui n'existent pas. Où est, en effet, la loi, où est lordonnance qui oblige les religieuses et les autres institutrices à se munir de brevets? De quel droit prétend-on .leur imposer cette contrainte ? Où s'arrêtera ce système d'oppression et d'usurpation ? S'il s'y mêloit des vues fiscales , si Ton faisoit payer ces scandaleux breyets, ce ne seroit pas seulemept un abus de pouvoir, mais une véritable concussion. On doit donc croise qu'on délivrera les brevets gratis. Ils n'en seront pas moins une servitude illégsrie , une nouvelle preuve que ces mêmes hommes qui traînent stupidement la France vers la démocratie n'ont au fond de l'Ame que le despotisme, et ne comprennent pas plus la monarchie que les révolutionnaires ne comprennent la liberté.

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